Mathieu Rochet signe une saison 2 californienne de Lost in Transplanta

Série | Mathieu Rochet nous a ouvert les portes de son studio de montage pour l'avant-première de la suite de Lost In Traplanta, basée en Californie

Alpha Saliou Diallo | Mardi 4 janvier 2022

Photo : © Mathieu Rochet


Mathieu Rochet, l’homme aux mille anecdotes et tout autant d’initiatives, co-fondateur de Gasface le média que les hip-hop heads de Lyon et de ses environs connaissent par cœur, avait rendu la période fin 2019/début 2020 plus douce avec sa série Lost In Traplanta. co-produite par Arte. Une première saison se passant à Atlanta qui a raflé honneurs et distinctions, alors qu'une seconde est en gestation, voyant les choses en plus grand et prenant place en Californie. Ce nouveau trip, nous avons eu l'honneur de le voir en avant-première et on peut succinctement le présenter en évitant tout spoiler...

Hoodie rouge sous son imper, Larry s’était donné pour mission de reformer Outkast dans la saison 1. Il part désormais dans la saison 2 à la recherche de Detox, l’album jamais sorti de Dr Dre qui est une véritable légende urbaine. Le concept reste le même : un fil d’ariane, prétexte à la découverte d’une place forte du hip-hop, dans toute son histoire et son folklore. La saison 1 abordait les origines de la trap, la définition de son terme et du style de rap associé. La saison 2 se passe au cœur de la West Coast, berceau des courants G-funk et gangsta rap.

De l’ancienne policière qui le met en garde sur les gangs locaux, au rappeur Murs qui explique l’envers du système carcéral, en passant par le son de L.A. décortiqué en coulisses par des producteurs de légende, chaque initiative de Larry est une occasion de prendre un shot de réalité californienne dans les mirettes et les esgourdes. Tout comme à Atlanta, sa route croise celle des mythes, là où on ne les attend pas. La frontière entre interviews et passages scriptés est plus que jamais floue. Une volonté affichée de ne pas compartimenter et de laisser le champ libre à l'interprétation.

Embrouille avec Pharrell Williams

« J’ai vraiment voulu laisser planer le doute à ce niveau. Que chacun se pose la question à chaque nouvelle interaction de Larry de savoir si c’est un réel passant ou un acteur » explique l'auteur. Une séparation fiction/réalité d’autant plus floue quand on connaît les frasques de Mathieu Rochet, qui sont tout aussi délirantes que les aventures de Larry à l'écran. Il nous confie que celui-ci est, quelque part, son alter ego. Un autre lui-même qui, à l’écran, vit des expériences similaires au vécu de Mathieu.

Le personnage principal et le réalisateur partagent beaucoup de choses, au rayon situations et rencontres improbables. Le personnage principal se fraye un chemin dans l’entourage de Dr Dre alors que l’homme qui filme s’est (réellement) fait embrouiller par Pharrell Williams, a engagé une course-poursuite avec des mythes de la soul, s’est accidentellement retrouvé nez à nez avec D’Angelo au moment où ce dernier avait complètement disparu et autres anecdotes...

« Pendant la réalisation du docu, on a eu une conversation avec Joseph Lundberg, trompettiste de jazz qui a produit To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar. Il voyait beaucoup de similitudes entre cet album et The Chronic car tous deux sont chargés politiquement et faisaient écho à une situation tendue aux États-Unis. L’un résonne avec la naissance du mouvement Black Lives Matter, l’autre avec des émeutes suite à l’arrestation brutale de Rodney King. » poursuit Mathieu Rochet. C’est en couleurs et avec style que l’on plonge dans un contexte parfois dur mais dont émanent des œuvres et une imagerie qui sont parties prenantes du soft power US à l’international. « Ces gars ont été capables de faire des choses magnifiques à partir d’un contexte de merde. »

On voit dans la série le candide francophone Larry propulsé au cœur de la culture afro-américaine. Le personnage déambule et le réalisateur nous parle de lieux chargés d'histoire, comme le Good Life Café (lieu de naissance du groupe Jurassic 5) qui, entre 1989 et 1999, a vu des noms comme Snoop Dogg, Ice Cube, Common, Lenny Kravitz se produire en open mic' et respecter scrupuleusement la règle du no cursing (pas de vulgarité).

« Il y a un quartier de South Central qui s'appelle Leimert Park, c'est un peu le Harlem de Los Angeles. Parait que c’est le nom d’un architecte français qui a construit un village que la population au nord de South Central nomme Little Africa. C’est le cœur culturel de tout ce qui est cool et positif. Il y a beaucoup de rap, de jazz. Tous les dimanches, il y a une sorte de “festival” avec énormément de groupes et de sonos dans la rue, des DJs, des mecs avec leur Chevrolet qui mettent la musique à fond, d'autres avec des saxos qui jouent à côté. Tout le monde fait la guerre du son mais c’est incroyable. »

Plus qu’une fiction documentaire, cette suite de Lost In Traplanta transforme l’essai et va plus loin. Que l’on connaisse la West Coast sur le bout des doigts ou que l’on soit dans la totale découverte, on prend plaisir à découvrir les péripéties du débrouillard en hoodie rouge sous son imper. Un roadtrip qui ne laisse personne sur le carreau, peu importe son bagage et ses références. La série sortira dans l'année et on peut d’ores et déjà vous le dire : tout ce qui a cartonné à Atlanta s'y trouve en plus grand, généreux et ambitieux à tous les niveaux.

Lost in California, une série de Mathieu Rochet, à voir sur Arte en 2022

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Mathieu Rochet, l'Américain

Portrait | Le réalisateur Mathieu Rochet porte sa passion pour le hip-hop à l’écran depuis des lustres. Autodidacte empli d’humour, le Lyonnais a fait ses gammes avec Gasface. Lost in Traplanta, son dernier bijou de websérie, fait le buzz sur Arte : qui se cache derrière la caméra du plus américain des gônes ?

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Mathieu Rochet, l'Américain

Jusqu’à ses 35 ans, le natif de la Croix-Rousse a plus souvent mis les pieds à New York qu’à Paris. Passion pour le hip-hop oblige ? Pas seulement. Sa famille entretient une affection particulière pour le continent nord-américain : elle s'est installée sur la côte Est avant sa naissance. Lui grandit entre Tassin et Écully. Plus au vert. Ses premiers émois musicaux le portent ver le hard rock : « je délirais à courir dans les bois avec Iron Maiden à fond dans mon walkman ». Jusqu’au jour où son grand frère lui file une K7 de Run DMC. Déclic, « il y avait tout ce qu'il fallait dans le rap. » Le regard de ce féru de basket se tourne de l’autre côté de l’Atlantique. Et trouve un peu des États-Unis à Lyon grâce à Kymon, originaire de Chicago, dont le père travaille à Interpol : « ils avaient des portraits de Malcolm X ou Marcus Garvey chez eux, ça m'a marqué. J'écoutais

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