"Licorice Pizza" de Paul Thomas Anderson : sweet seventies

Comédie dramatique | Deux jeunes gens que près de dix ans séparent apprennent à s’aimer, non sans peine. À la fois roman picaresque et d’apprentissage, une balade sur la carte américaine du tendre à l’aube des 70’s. Une carte postale datant de l’époque du pétrole illimité, des waterbeds et des cols pelle à tarte confiée à d’inattendues têtes d’affiche.

Vincent Raymond | Mardi 4 janvier 2022

Photo : © Metro-Goldwyn-Mayer


San Fernando, L.A., 1973. À la fois lycéen, comédien et à l’affût de la moindre opportunité entrepreneuriale, le jeune Gary Valentine tombe sous le charme d’Alana, l’assistante du photographe de l’école. Le fait qu’elle ait la vingtaine ne l’arrêtant pas, l’ado culotté engage une opération de séduction qui ne laisse pas totalement insensible sa putative dulcinée. Chronique de leur histoire, entre hauts et bas…

Ne vous attendez pas à découvrir dans ce film la recette (ni la moindre apparition) de la pizza à la réglisse promise par le titre ! Cette espèce de chimère culinaire, que les papilles peinent d’ailleurs à conceptualiser — quand bien même elles auraient tâté de l’improbable Hawaïenne — doit se comprendre comme l’équivalent alimentaire doux-amer de notre mariage entre la carpe et le lapin. Une sorte d’attelage improbable entre deux caractères davantage susceptibles de créer une discordance qu’une harmonie, mais que la force de l’imagination (ou de la conviction !) permet d’apparier. Rien de bien neuf devant la caméra de Paul Thomas Anderson, qui filme volontiers les romances comme des parcours semés d’obstacles pour marathoniens sado-masochistes. Si l’entreprise de séduction de Gary constitue l’amorce de l’histoire, l’asynchrone réciprocité des sentiments mutuels en est le carburant ; en résulte fatalement un voyage cahoteux permettant d’admirer le paysage — une toile de fond historico-sociologique dont on est persuadé qu’elle forme le réel centre de gravité du projet andersonien, tant minutieuse s’avère sa peinture.

Nostalgie de la lumière

Paul Thomas Anderson porte un regard empreint d’une bienveillance nostalgique sur cette époque où, traumatisme du Vietnam savamment occulté, la jeunesse pouvait encore rêver à un avenir d'épanouissement sans entrave — avant de se fracasser sur les murs de la récession économique, du sida et du terrorisme, pour n’évoquer que la fin du XXe siècle. À l’instar de Boogie Nights (1997) ou de Inherent Vice (2014), il nimbe ses images d’une lumière diaprée, suridéalisant même l’esthétique des séquences ayant pour protagonistes des personnages en représentation croisant la route d’Alana et Gary — et il y en a beaucoup à Los Angeles : acteurs émergents ou se ringardisant (Sean Penn, en mixte de William Holden et Steve McQueen recuit dans l’alcool de ses souvenirs), agent d’artistes, producteur psychopathe (Bradley Cooper, en décalque de Jon Peters), candidat à la mairie (Ben Safdie, potentiel clone de Harvey Milk), patron de restaurant japonais singeant l’accent nippon… Cette galerie de référents grotesques ou pathétiques (auxquels la jeunesse d’alors était censée se soumettre et/ou s’identifier), justifie pleinement la rébellion des baby-boomers.

Amateur des personnages en demi-teinte ou affligés d’une part d’ombre plus ou moins dévorante, PTA privilégie la plausibilité plutôt que la façade lorsqu’il compose sa distribution. En clair, elle vise davantage un réalisme conforme à la vibration de l’époque qu’un glamour factice. À raison : les débutants Cooper Hoffman (fils de son défunt comédien fétiche) et Alana Haim (chanteuse du trio homonyme dont il a signé de nombreux clips) n’auraient pas pu jouer dans Le Lagon bleu selon les canons des studios ; ils forment en revanche le duo adéquat pour ces deux heures et quelques minutes de flirt sur la B.O. de jadis. Le plus long slow du monde…

★★★★☆ Licorice Pizza
Un film de Paul Thomas Anderson (É-U, 2h13) avec Alana Haim, Cooper Hoffman, Sean Penn…


Licorice Pizza

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h13) Avec Alana Haim, Cooper Hoffman, Sean Penn

De Paul Thomas Anderson (ÉU, 2h13) Avec Alana Haim, Cooper Hoffman, Sean Penn

salles et horaires du film


LICORICE PIZZA est l’histoire d’Alana Kane et Gary Valentine, deux adolescents qui grandissent, s’égarent et tombent amoureux dans la vallée de San Fernando, en 1973. Écrit et réalisé par Paul Thomas Anderson, le film traverse les bouleversements d’une Première histoire d’amour.

Licorice Pizza est à  l'affiche dans 5 salles le mercredi 12 janvier

Lumière Terreaux

40 rue du Président Édouard Herriot 69001 Lyon
(en V0) TLJ sauf dim 10h25-13h-15h35-18h10-20h45h, dim 10h25-13h-15h35-17h40-20h20

Pathé Bellecour

79 rue de la République 69002 Lyon
(en V0) TLJ sauf sam-dim-mar 15h55, TLJ sauf jeu-sam-dim 18h40, TLJ sauf sam 21h45, sam-dim 15h50, sam 21h40

UGC Part-Dieu

CC Part-Dieu niveaux 2 & 4 69003 Lyon
(en V0) TLJ 11h-13h40-16h20-19h-21h40

UGC Ciné-Cité Confluence

121 cours Charlemagne 69002 Lyon
(en V0) TLJ 10h40-13h25-16h05-18h45-21h30

Comoedia

13 Av. Berthelot 69007 Lyon
(en V0) Mer 13h25-15h30-18h10-21h, jeu-ven-sam-lun-mar 10h50-13h25-15h30-18h10-21h, dim 13h25-15h20-18h10-21h
Licorice Pizza est à  l'affiche dans 6 salles le jeudi 13 janvier

Lumière Terreaux

40 rue du Président Édouard Herriot 69001 Lyon
(en V0) TLJ sauf dim 10h25-13h-15h35-18h10-20h45h, dim 10h25-13h-15h35-17h40-20h20

Pathé Bellecour

79 rue de la République 69002 Lyon
Jeu-dim 18h40, mar 15h55
(en V0) TLJ sauf sam-dim-mar 15h55, TLJ sauf jeu-sam-dim 18h40, TLJ sauf sam 21h45, sam-dim 15h50, sam 21h40

UGC Part-Dieu

CC Part-Dieu niveaux 2 & 4 69003 Lyon
(en V0) TLJ 11h-13h40-16h20-19h-21h40

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13 Av. Berthelot 69007 Lyon
(en V0) Mer 13h25-15h30-18h10-21h, jeu-ven-sam-lun-mar 10h50-13h25-15h30-18h10-21h, dim 13h25-15h20-18h10-21h
Licorice Pizza est à  l'affiche dans 5 salles le vendredi 14 janvier

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79 rue de la République 69002 Lyon
(en V0) TLJ sauf sam-dim-mar 15h55, TLJ sauf jeu-sam-dim 18h40, TLJ sauf sam 21h45, sam-dim 15h50, sam 21h40

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(en V0) TLJ 11h-13h40-16h20-19h-21h40

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121 cours Charlemagne 69002 Lyon
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Licorice Pizza est à  l'affiche dans 5 salles le samedi 15 janvier

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Pathé Bellecour

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Licorice Pizza est à  l'affiche dans 6 salles le dimanche 16 janvier

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Jeu-dim 18h40, mar 15h55
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Licorice Pizza est à  l'affiche dans 5 salles le lundi 17 janvier

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Pathé Bellecour

79 rue de la République 69002 Lyon
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13 Av. Berthelot 69007 Lyon
(en V0) Mer 13h25-15h30-18h10-21h, jeu-ven-sam-lun-mar 10h50-13h25-15h30-18h10-21h, dim 13h25-15h20-18h10-21h
Licorice Pizza est à  l'affiche dans 6 salles le mardi 18 janvier

Lumière Terreaux

40 rue du Président Édouard Herriot 69001 Lyon
(en V0) TLJ sauf dim 10h25-13h-15h35-18h10-20h45h, dim 10h25-13h-15h35-17h40-20h20

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79 rue de la République 69002 Lyon
Jeu-dim 18h40, mar 15h55
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Toxic Affair : "Phantom Thread"

Paul Thomas Anderson | Derrière le voile d’un classicisme savamment chantourné, l’immense Paul Thomas Anderson renoue avec le thème du “ni avec toi, ni sans toi” si cher à Truffaut de La Sirène du Mississippi à La Femme d’à côté. Un (ultime) rôle sur mesure pour l’élégant Daniel Day-Lewis.

Vincent Raymond | Lundi 12 février 2018

Toxic Affair :

Il y a quelque malice à sortir le nouvel opus de Paul Thomas Anderson le jour de la Saint-Valentin. Car si l’amour et la passion sont au centre de Phantom Thread, ils ne sont en rien conventionnels ni réductibles au chromo du couple de tourtereaux roucoulant ses vœux sucrés sur fond de cœur rose. La relation ici dépeinte — ou plutôt brodée — tiendrait plutôt d’un ménage à quatre où Éros partagerait sa couche enfiévrée avec Thanatos ; où les corps à corps psychologiques supplanteraient les cabrioles et le climax du plaisir serait atteint en habillant plutôt qu’en dévêtant ses partenaires. Rien d’étonnant, au demeurant, étant donné le contexte… Couturier britannique, le réservé Reynolds Woodcock règne sur la haute société de l’après-guerre grâce à son génie créatif, sa prévenante séduction et la main de maîtresse de sa sœur Cyril, en charge du business comme de la “gestion” des muses qu’il consomme. Un jour d’errance, son attention est captée par une serveuse, Alma, dont il fait sa nouvelle égérie, mais qu’il ne pourra pas jeter comme les autres… Paul Estomac Anderson

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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Sébastien Broquet | Vendredi 16 septembre 2016

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Radiohead s'est offert Paul Thomas Anderson (Inherent Vice, Magnolia...) pour la réalisation de son tout nouveau clip Present Tense, tourné en Californie en août dernier et nouvel extrait de l'album A Moon Shaped Pool. À savourer ici :

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ECRANS | En adaptant "Vice caché" de l’immense Thomas Pynchon, Paul Thomas Anderson prouve, après "The Master", qu’il n’aime rien tant qu’aller à l’encontre de sa maîtrise, éprouvée et incontestable. De fait, ce polar pop, enfumé et digressif est un plaisir intense, où il est avant tout question de jeu, dans tous les sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

Inherent Vice

Quelque part dans les volutes de la Californie psychédélique au début des années 70, Doc Sportello semble sortir d’un rêve évaporé lorsqu’il voit surgir chez lui son ex-petite amie, Shasta Fay, qui lui annonce qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier — marié — et dont elle soupçonne qu’on ourdit un complot contre lui. Sportello, qui exerce la fonction de détective privé, décide d’enquêter, moitié par amour envers cette fille qu’il n’arrive pas à s’enlever de la tête, moitié par curiosité professionnelle envers un monde bien éloigné de celui de la contre-culture beatnik, adepte de drogues et de nonchalance cool, dans lequel il baigne. Raconté comme ça, le point de départ d’Inherent Vice rappelle inévitablement les romans noirs de Raymond Chandler, ainsi que ses relectures iconoclastes par Robert Altman — Le Privé — ou les frères Coen — The Big Lebowski. Sauf que Paul Thomas Anderson n’adapte pas l’auteur du Grand Sommeil, mais un autre immense romancier américain, Thomas Pynchon. Et si Vice caché se nourrissait de cette mythologie propre à la littérature criminelle, il la cabossait par un réf

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C'est un sacré événement que propose l'Institut Lumière : l'avant-première d'Inherent Vice, le nouveau film de Paul Thomas Anderson, en présence du réalisateur et de son acteur, Joaquin Phoenix, le samedi 24 janvier à 20h. Adapté d'un roman du génial Thomas Pynchon (Vice caché, en français), le film est un polar situé dans les années 70, qu'on annonce dans la lignée du précédent P. T. Anderson, le fabuleux The Master. Les réservations pour l'avant-première seront ouvertes demain à 11h...

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La Vie rêvée de Walter Mitty

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Christophe Chabert | Mardi 17 décembre 2013

La Vie rêvée de Walter Mitty

Que se serait-il passé si Walter Mitty, plutôt que d’envoyer un poke sur un site de rencontres à sa collègue de bureau, l’avait simplement abordée dans la vraie vie ? Rien d’exceptionnel sans doute, et c’est sur ce gouffre initial que se bâtit toute l’ampleur romanesque mais aussi toute la philosophie de La Vie rêvée de Walter Mitty, cinquième film de Ben Stiller derrière une caméra, le plus abouti, le plus étonnant aussi. Mitty, que Stiller incarne avec un sens exceptionnel du tempo qu’il soit comique ou dramatique, est un monsieur tout le monde tel que Capra aimait les peindre. De Capra à Capa, il n’y a qu’un pas que le film franchit en le faisant travailler au service photo de Life, institution de la presse américaine sur le point de déménager en ligne, décision prise par une bande d’idiots cravatés et barbus — c’est tendance — entraînant le licenciement d’une partie des salariés. Mitty doit gérer l’ultime couverture du journal, réalisée par un photographe légendaire et solitaire, lui aussi aux prises avec la grande mutation du XXIe siècle : il refuse le numérique et n’aime que l’argentique. Sauf qu’il n’a pas fait parvenir le cli

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Christophe Chabert | Jeudi 31 octobre 2013

L’Impasse tragique

Une semaine après Scarface, le Cinéma Lumière propose de redécouvrir son pendant tourné dix ans plus tard, L’Impasse, toujours avec De Palma derrière la caméra et Pacino devant. Plutôt que d’offrir une suite à leur film culte, les deux choisissent d’en faire l’inverse exact : Scarface était furieusement de son temps ? L’Impasse sera intemporel… Tony Montana était un idiot intégral, obsédé par la réussite et prêt à buter tout ce qui entraverait son ascension ? Carlo Brigante ne pensera qu’à se ranger, affichant tout du long une sagesse mélancolique face à un monde du crime qu’il méprise. De Palma s’offre une rime visuelle entre les deux : une affiche publicitaire vantant un «Paradis» caricatural à base de lever de soleil, de plage et de palmiers. Dès la première scène de L’Impasse, où l’on voit Brigante agoniser sur une civière, on sait que ce paradis-là ne sera jamais atteint, et cette introduction en forme de requiem donnera sa tonalité tragique à

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Gangster squad

ECRANS | De Ruben Fleischer (ÉU, 1h52) avec Josh Brolin, Ryan Gossling, Sean Penn…

Christophe Chabert | Mardi 29 janvier 2013

Gangster squad

Le ratage de ce Gangster squad est plutôt surprenant : un casting en or, une relecture du film de gangsters par un cinéaste habile à revigorer les codes des genres (son Zombieland était grandiose à ce niveau)… Assez vite, il faut se rendre à l’évidence : le script n’est qu’un laborieux décalque de celui des Incorruptibles, sans les dialogues admirables de David Mamet, mais avec beaucoup de grandes phrases toutes plus ridicules les unes que les autres. Du coup, les acteurs sortent les rames. Sean Penn a beau en faire des caisses dans le rôle de Mickey Cohen, on ne voit que son maquillage qui lui donne des allures de freak grotesque. Très mauvais aussi, Josh Brolin, mâchoire serrée et front plissé tout du long. On aimerait sauver le duo archi-glamour Emma Stone-Ryan Gossling du naufrage, mais leur couple ressemble plutôt à des icônes lisses sorties d’un poster d’époque. Quant à la mise en scène, desservie par une photo numérique d’une absolue laideur, elle tente de noyer le poisson en en rajoutant dans la violence (et même le

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The Master

ECRANS | Après «There will be blood», Paul Thomas Anderson pousse un cran plus loin son ambition de créer un cinéma total, ample et complexe, en dressant le portrait d’un maître et de son disciple dans une trouble interdépendance. Un film long en bouche mais qui fascine durablement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

The Master

Depuis sa problématique mise en chantier, The Master était annoncé comme un film sur l’église de scientologie. Ce qui, de la part de Paul Thomas Anderson, n’aurait pas été étonnant puisque son œuvre revient comme un aimant vers la question religieuse, tantôt pour en faire un soubassement moral (Magnolia), tantôt pour la mettre en pièces (le pasteur sournois incarné par Paul Dano dans There will be blood). Or, non seulement The Master ne parle pas directement de la scientologie — le «Maître» Lancaster Dodd a bien fondé une nouvelle doctrine, mais celle-ci s’appelle «La Cause» — mais surtout, il n’en fait jamais son sujet. Ce qui intéresse Anderson est ailleurs, et c’est ce qui rend le film si complexe — ses détracteurs diront "confus" : il ne se fixe jamais sur un sujet central, ou plutôt, celui-ci semble se déplacer à mesure que le récit avance. De l’alcool contre une famille Au départ, il y a un ancien soldat revenu brisé psychologiquement du front Pacifique, Freddie. Visiblement obsédé sexuel,

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This must be the place

ECRANS | Sean Penn en rocker glam vieillissant et déprimé qui part à la recherche du tortionnaire nazi de son père mort : c’est l’improbable, déroutant et en fin de compte attachant nouveau film du réalisateur d’Il Divo. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

This must be the place

Imaginez un Robert Smith dépressif dans une maison art-déco de Dublin, traînant au supermarché avec sa pote gothique, faisant de la pelote basque dans sa piscine vide… Voici Cheyenne, anti-héros du nouveau film de Paolo Sorrentino, sous les traits d’un Sean Penn grimé en chanteur de Tokio Hotel viré vieux travelo. Réaction logique du spectateur : prendre ce type pour un crétin et regarder ce petit monde tourner en rond dans les cadres chiadés du réalisateur comme une mauvaise contrefaçon du cinéma des frères Coen — la présence de Frances MacDromand dans le rôle de la femme de Cheyenne pousse d’autant plus à la comparaison. Après une demi-heure de ce manège agaçant, Sorrentino commence à renverser tous ses clichés. This must be the place s’avère alors graduellement attachant, en dépit d’une partie dramatique où Cheyenne part aux Etats-Unis à la recherche du nazi qui a torturé son père, road movie qui frôle plus d’une fois la sortie de route. Le rocker philosophe Le film réussit toutefois son pari pour deux raisons : d’abord, nous faire épouser le regard de Cheyenne sur le monde, cette ironie qui en fait un sage au mili

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Fair Game

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h46) avec Sean Penn, Naomi Watts…

Christophe Chabert | Mardi 26 octobre 2010

Fair Game

Espionne pour la CIA, Valerie Plame a eu le malheur d’être mariée à un diplomate américain, Joe Wilson, qui révéla dans la presse le bidonnage des preuves sur les armes de destruction massive en Irak. Pour allumer un contre-feu, l’Agence lève l’alias de Valerie, ce qui provoque son licenciement et son discrédit. Beau sujet au demeurant : comment au nom d’une raison d’État défaillante, une vie peut être ruinée jusque dans son intimité (c’était aussi celui de "L’Échange" de Clint Eastwood). "Fair game", pourtant, ne tire de cet argument qu’une pénible fiction de gauche hollywoodienne, avec tous les tics du genre : un excès de dramatisation, des grands sentiments en lieu et place d’une véritable réflexion, une mise en scène qui confond efficacité et précipitation. L’ordinaire du cinéma anti-Bush, un peu à la bourre pour le coup, et qu’un film comme "Green zone" avait largement ringardisé. Reste le couple Watts-Penn. OK, ils en font des tonnes ; mais ils donnent de la consistance humaine à ce film schématique, simpliste et dans le fond, anodin.CC

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Harvey Milk

ECRANS | Un Sean Penn irrésistiblement solaire illumine ce biopic en définitive assez convenu, paisible renoncement consensuel d’un Gus Van Sant en petite forme. François Cau

Christophe Chabert | Jeudi 26 février 2009

Harvey Milk

Ce qui frappe le plus dans Harvey Milk… c’est son absence quasi totale de surprise, surtout venant de la part d’un réalisateur célébré pour ses expérimentations narratives déroutantes. Ici, c’est plutôt du côté du metteur en scène de commandes pépères (comme Will Hunting ou À la rencontre de Forrester) qu’il faudra regarder… On démarre par l’annonce tragique de l’assassinat du personnage principal, premier élu ouvertement homosexuel des Etats-Unis. On poursuit avec un procédé narratif lourdement éculé (Milk, redoutant son destin funeste, enregistre son autobiographie – ce qui s’avère très pratique pour commenter ou faire avancer l’intrigue rapidement !). On fait correspondre la petite histoire (les romances d’Harvey) à la grande (le militantisme pour la cause gay). On schématise un rien les motivations du futur assassin, et on n’oublie pas de conclure avec l’habituelle séquence d’archive du “vrai“ héros de l’histoire, cerise sur le gâteau vouée à faire sortir cette foutue larme de l’œil du spectateur réticent, là, au fond, à droite. Gus Van Sant, à mille lieux de ses précédents films, se borne ainsi à suivre une mécanique dramatique qui a fait ses preu

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There will be blood

ECRANS | Attention, chef-d’œuvre ! Cette fresque nihiliste sur la quête de l’or noir par un entrepreneur sans scrupule au début du XXe siècle confirme que Paul Thomas Anderson est un cinéaste majeur, et Daniel Day Lewis un acteur époustouflant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 février 2008

There will be blood

Seul, le visage noirci, la barbe en bataille, reclus dans une mine dont il creuse la roche. À la recherche de quoi ? Or ? Charbon ? Pétrole ? Oui, c’est ça, du pétrole, qu’il découvre au prix d’une jambe cassée qui le laissera boiteux toute sa vie. Investissement initial pour lancer une entreprise juteuse : des puits, des tours de forage, un pipeline… Daniel Plainview a la soif de l’or noir. Qui est cet homme ? D’où vient-il ? Et comment en est-il venu à nourrir cette obsession-là, source d’une fortune colossale et d’une solitude toute aussi gigantesque ? Paul Thomas Anderson refuse de répondre et filme son héros comme un Adam du capitalisme, le temps d’un premier quart d’heure sans aucun dialogue, juste une suite d’ellipses portées par une musique abstraite (signée Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead) qui ne sont pas sans évoquer le début de 2001, l’odyssée de l’espace. L’ombre de Kubrick, référence écrasante mais relevée haut les gants par le réalisateur de Magnolia, ressurgira deux heures plus tard, lors de la conclusion hallucinante de ce chef-d’œuvre qu’est There will be blood. 1902, odyssée de l’or noir

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Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

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