Le temps de la photo

ARTS | Expos / Belle exposition à la Bibliothèque de la Part-Dieu où quatre photographes du Réverbère présentent des travaux récents. Parmi eux : Julien Guinand ou le temps suspendu, et Arielle Bonzon ou le temps accéléré, urgent. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Photo : "anesthZsie", Julien Guinand


Certains s'y emploient avec des tomates, Julien Guinand, lui, réalise des concentrés de temps. Cela s'appelle aussi des photographies, même si la peinture hante ses images. Temps concassé, broyé à la manière de pigments, puis lissé en lumières étales tirant vers le gris et en couleurs mates comme celles du silence. Suspens, stase, apnée. En une dizaine de grands formats, Guinand aimante notre regard sur des choses qui a priori ne nous passionnent guère : un moteur de voiture sur une chaîne de montage, des tireurs à la carabine dans leur stand, un poulain anesthésié couché dans un renfoncement sombre... Mais la densité de ses images anesthésie justement le regard, envoûte, méduse. Du lierre envahit un coin de forêt et ce paysage devient un monochrome vert enveloppant, un espace fantomatique où l'on prend plaisir à se perdre. Même si la mort rôde parmi les feuillages, tout comme elle rôde dans les autres photographies où le temps, en quelque sorte, meurt (temps mort disent les sportifs). Le poulain s'endort. Les tireurs s'évadent dans un lieu mental dont ils détiennent seuls le secret. La mort ou le vide aiguisent ici la vie, la sculptent, la mettent sous tension, la pétrifient et la précisent à la fois. Il y a aussi dans ces images une dramaturgie sourde, celle d'un instant suspendu gros de catastrophes passées ou d'autres à venir : un lieu de crash-test après la collision d'une voiture, des tireurs avant le sifflement des balles, un paysage près de l'étouffement. Julien Guinand tire ses photographies comme un archer sa corde : la flèche du temps va fuser ou s'est déjà écrasée, mais c'est cette tension infiniment dilatée qu'il montre superbement ici. Accrochage rock'n'roll En découvrant l'accrochage d'Arièle Bonzon, on se dit que la photographe a fait n'importe quoi : mélangeant plusieurs séries, rapprochant des formats différents, des sujets hétéroclites, le noir et blanc avec la couleur... Et puis le n'importe quoi opère, ce bordel nous plaît : ça urge, ça rate, ça panique, ça tremble, ça déraille. Un rythme s'installe et il faudrait presque découvrir l'exposition avec du Libertines dans les oreilles. On va très vite, on passe de photographies qui nous indiffèrent à d'autres qui nous retiennent : un rafiot échoué, une silhouette noire contre un énorme rocher. Et puis il y a des poissons très laids dans des eaux très glauques, et des tas de bambins, des images d'émissions télé à côté d'une jolie prairie en fleurs, et des moutons, et des fragments de désert, et une forêt enneigée avec du rouge qui gicle sur le côté... Ou encore un très beau petit triptyque avec à gauche et à droite un morceau de ciel très bleu et un morceau de pré très vert (comme deux mini Rothko), et au milieu une route vue de derrière un pare-brise dégoulinant de pluie. On the road.

La Photographie n'a rien à voir
(Arièle Bonzon, Philippe Pétremant, Jacques Damez, Julien Guinand)
À la Bibliothèque municipale de la Part-Dieu Jusqu'au 12 janvier

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Cinq expos à voir en mars

Bons Plans | Utopies, expériences sonores, souffles peints, voyages photographiques : sous le signe de la diversité des sens, voici cinq bonnes expos à découvrir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2020

Cinq expos à voir en mars

Retour vers le futur Fabien Giraud et Raphaël Siboni présentent à l'IAC une exposition protéiforme des plus étranges. On y déambule parmi des objets recouverts de sel, des flaques d'eau, des projections de films durant vingt-quatre heures, des fragments de masques, des tubes métalliques qui tournent sur eux-mêmes, des immortels dormant sur le sol du musée... Il y est question de la naissance d'un enfant virtuel, de subversion du capitalisme, de nouvelles formes d'échange, et d'un laps de temps utopique s'étirant de 1894 à 7231 ! Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Infantia À l'Institut d'Art Contemporain jusqu'au dimanche 3 mai Origines du monde Pendant huit ans, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a parcouru les endroits les plus reculés et les plus préservés de la planète, dont il présente à La Sucrière

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Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Fondus au monde

Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, le

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Cinq expos à voir en février

Bons Plans | Cinq expositions gratuites à découvrir ce mois-ci dans les galeries lyonnaises, avec de la photographie, du dessin, de la peinture et même du "graffuturisme" !

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 6 février 2020

Cinq expos à voir en février

Fluorescences La galerie Pallade accueille la toute première exposition personnelle de la jeune peintre Claire Vaudey. Et c'est une très belle découverte ! Ses intérieurs imaginaires à la gouache, vides de toute présence humaine mais chargés d'éléments divers (fleurs, tissus, boîtes, bâtons...), vibrent de couleurs osées (des roses et des verts comme on en voit rarement) et fluorescentes. L'artiste y joue de subtils glissements entre le vivant et le décoratif, l'abstraction et le réalisme, la platitude et la profondeur, le rythme plastique et la musique, la peinture et ses doubles... Claire Vaudey À la Galerie Anne-Marie et Roland Pallade ​jusqu'au 7 mars Souffle On retient son souffle à la galerie Besson qui consacre à ce thème une exposition collective réunissant une quinzaine d'artistes. Un souffle qui peut être celui d'une brise marine dans les photographies de Gilles Verneret, le trajet léger de nuages ou de fumées dans les images de Julien Guinand, un mouvement érotique féminin pein

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Patrick Picot : « Je préfère parler d’une évolution plutôt que d’une révolution » 

École Bloo | En février dernier, les fondateurs de l’école lyonnaise de photographie Bloo en confiaient la direction à Patrick Picot. Le voici aux commandes, prêt à fixer de nouveaux objectifs.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Patrick Picot : « Je préfère parler d’une évolution plutôt que d’une révolution » 

Changement de direction pour Bloo, l’école de photographie et d’image contemporaine fondée en 2009 par Gilles Verneret et Julien Guinand. L’ancien pédagogue de projets d’arts appliqués Patrick Picot a repris la barre. Son ambition : transmettre. Parce qu’après tout, comme dirait Serge Daney (l’une de ses références) « l’image est ce qui naît d’une rencontre avec l’autre ». Ici plus particulièrement, d’une rencontre avec une équipe d’intervenants, de photographes, prêts à guider les élèves sur le chemin de la vie professionnelle, mais pas seulement. La formation initiale du bachelor européen, en deux ans, ne change pas. Patrick Picot préfère « parler d’une évolution plutôt que d’une révolution », mais il faut quand même avouer que l’école ose une sacrée mutation en abordant désormais la photo culinaire. Une première pour une école de photographie : normal que ce soit la ville des frères Lumière et de Paul Bocuse qui célèbre cette union. D’autres secteurs seront également explorés : « nous resterons dans la tradition, notamment avec les photos argentiques, mais il s’agira

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Nus comme des vers

ARTS | Le photographe lyonnais Jacques Damez présente au Réverbère la suite récente de son travail sur le nu féminin, ainsi que d'autres séries d'images. Une œuvre qui fait de la photographie tout à la fois un acte de réflexion, un acte d'émotion et un acte poétique. Propos recueillis par Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 octobre 2014

Nus comme des vers

Comment est née la série Tombée des nues... ?Jacques Damez : Le nom du projet et les premières photographies datent de 1991. Il est né d'une réflexion plus ancienne encore avec les séries Contraintes par corps et La 25e heure, où je m'interrogeais sur l'autoportrait, "l'autocorps", l'auto-réflexion... C'est aussi un questionnement sur ce phénomène essentiel : je ne comprends le monde qu'à travers mon espace physique, cet espace imposé avec lequel il me faut composer... Après tous ces cercles concentriques autour de mon propre corps, j'ai voulu me confronter au corps de l'autre et à cette question encore plus complexe, celle du nu qui excède celle du corps. Avec Tombée des nues..., je m'interroge sur la peau, sa surface, son abstraction, ses évocations... Comment se déroulent les prises de vue ?Dès le départ, j'ai pris la décision de ne pas "piloter" mes modèles. Je ne demande ni attitude ni pose. C'est l'une des raisons pour lesquelles la série continue : chaque sujet agit différemment avec son corps selon son histoire, selo

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Œuvres à expérimenter

ARTS | «Vous pouvez, si vous le désirez, regarder, écouter, prendre conscience de vos sensations et de ce que ces œuvres évoquent pour vous» lit-on à l'entrée de la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 septembre 2014

Œuvres à expérimenter

«Vous pouvez, si vous le désirez, regarder, écouter, prendre conscience de vos sensations et de ce que ces œuvres évoquent pour vous» lit-on à l'entrée de la nouvelle exposition de l'Institut d'Art Contemporain. Cette invitation nous semble presque étrange, tant elle est pour nous habituelle et très souvent défendue dans ces colonnes. Reste que, pour beaucoup, l'art contemporain est une sorte de discours à décrypter, imposant un fastidieux travail à la Champollion. Saluons donc cette idée de l'IAC de mettre en avant la relation intime entre le visiteur et quelques-unes des œuvres de ses importantes collections, ici présentées par thématiques, par médiums ou bien par salles monographiques. Parmi ces dernières, on a pris particulièrement plaisir à (re)découvrir les œuvres poétiques de l'Italienne Liliana Moro ou les dessins en spirales dans l’espace de Michel François. La photographie est aussi très présente  avec de belles et étranges images signées Patrick Faigenbaum ou Jacques Damez, des travaux sur l'identité de Cindy Sherman ou sur la perception du corps de John Coplans...

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Le corps dans tous ses états

ARTS | Des images du corps au corps des images, les expositions de la rentrée font vaciller, danser, se métamorphoser la figure humaine. Et certains artistes, comme Céline Duval ou Erro, vont jusqu'à insuffler une seconde vie aux images elles-mêmes... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 septembre 2014

Le corps dans tous ses états

En Avignon, dans une prison désaffectée, des œuvres d'art contemporain ont remplacé les corps dans les cellules et les couloirs (dans le cadre de l'exposition La Disparition des lucioles, jusqu'au 25 novembre). En 2010, au Musée d'art moderne de New York, Marina Abramovic est restée trois mois assise, silencieuse, face au public (le film sur Abramovic The Artist Is Present est projeté au Comoedia, ce dimanche 21 septembre à 11h15). Le corps d'Abramovic remplace cette fois-ci l’œuvre d'art. Comme si, dans ces deux exemples, l’œuvre et le corps étaient interchangeables, la première ne représentant pas seulement l'autre, mais l'un valant l'autre, l'un allant, à la limite, jusqu'à se confondre avec l'autre. On ne vous apprendra certainement pas grand chose en soulignant ici les liens serrés et essentiels entre le corps humain et l'œuvre d'art, mais cette proximité connue vaut la peine d'être rappelée à l'heure lyonnaise où la Biennale de la danse suit le fil de la performance, et où nombre d'expositions de la rentrée auront pour enjeu, d'une manière ou d'une autre, le corps. Le jeune arti

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Inconscient visuel

ARTS | Le Réverbère ouvre ses cimaises à deux photographes, Arièle Bonzon et Yves Rozet qui, chacun à leur manière, mettent en doute les images, défient ou dé-fixent leurs certitudes. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 24 janvier 2013

Inconscient visuel

Dans une galerie consacrée à l’image fixe, il est parfois amusant de constater combien celle-ci semble y flotter. Formats, couleurs ou noir et blanc, points de vue, grain : les photographies présentées par Arièle Bonzon et Yves Rozet jouent ici de leurs propres hésitations, indéterminations, variations… Chaque œuvre à sa façon. Chez Yves Rozet à partir de repérages et de pré-compositions précis qui aboutissent à des polyptiques fluctuant entre fiction et réalité, conspirant «à nous égarer, à perdre notre regard, à éclater nos repères spatio-temporels en créant des fictions suspendues, des prétextes d’histoires à inventer, des sources de songerie». Arièle Bonzon photographie elle au fil de ses rencontres visuelles et de ses émotions et constate que «la photographie, ce que je vois du monde et le monde lui-même ont ceci en commun, [c'est] l’incertitude et ses nombreux états». C’est un enfant assis et un peu flou, photographié par Arièle Bonzon, qui ouvre l’exposition, à cet âge des possibles où le destin n’est pas encore "fixé". Puis, l’artiste nous entraîne dans une variation continue de représentations : un même arbre en fleurs dans deux formats différents, une

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Dans le presque, le parfait

ARTS | Artiste sobre, précis et talentueux, le photographe lyonnais Julien Guinand publie une très belle monographie et expose des images récentes au Bleu du Ciel. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 février 2012

Dans le presque, le parfait

«Je n'éprouve pas d'intérêt à accumuler les prises de vue et je crois que je n'ai pas de fascination particulière pour l'image en générale... Je procède par soustraction et il m'arrive de ne garder, parfois à mon grand désespoir, à peine plus de deux ou trois photographies par an», déclare Julien Guinand dans sa belle monographie publiée aux éditions Deux cent cinq. Au sein même de chacune de ses images, il y a aussi soustraction, un «moins 1» qui ouvre discrètement une brèche, déchire la totalité, fêle l'insupportable fascination... Des lévriers effilés pris de profil sur un champ de course ont des attitudes à la fois fières et burlesques, de grandes nappes blanches accrochées à un étendage dans une cour pourraient constituer une œuvre d'art minimaliste parfaite n'était ce sac plastique boursouflé au pied d'un buisson en arrière plan... Il y a toujours un accroc prosaïque, un «punctum», un accident qui empêche l'image de s'enrouler sur elle-même, dans le narcissisme forclos de sa propre beauté miroitante... Splash Atteindre ainsi à une quasi perfection formelle et zen (philosophie très influente sur le photographe) tout en laissant soudain et comme pa

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Le Réverbère sort ses réserves

ARTS | La galerie photo Le Réverbère réunit six de ses artistes pour une exposition consacrée à des œuvres récentes, décalées ou rarement montrées. Simple et efficace. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 26 janvier 2012

Le Réverbère sort ses réserves

Au rez-de-chaussée du Réverbère règne un certain esprit de liberté et de simplicité. La Lyonnaise Arièle Bonzon nous accueille avec des vues de désert, dont un très bel arbre esseulé dépliant ses rameaux au-dessus d'une dune... Un peu plus loin, Lionel Fourneaux associe librement des dessins enfantins (griboullis, oiseaux, empreinte de main...) à des photographies. Un procédé déjà souvent utilisé mais qui, là encore, révèle tout son potentiel de décalage et de poésie. «Ces dialogues obéissent à une seule loi, celle de l’attraction personnelle, elles ne s’imposent donc à personne, mais peuvent toucher ceux qui n’ont pas oublié cette dimension du jeu et du plaisir propre aux premières années de la vie. La proximité de mes enfants, leurs sentiments mêlés au spectacle de la bizarrerie du monde m’aident à recouvrer cet état d’innocence, de fraîcheur – disons cela – et de rêverie volontiers naïve, mais verticale qui m’autorisent à fabriquer ces images métisses» écrit le photographe. À ses côtés, Jean-Claude Palisse poursuit son tr

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Chroniques d'un chantier

ARTS | Le projet urbain Lyon Confluence est l'un des plus importants depuis belle lurette à Lyon et ne pouvait au départ qu'être excitant... Concrètement, un grand (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 4 janvier 2012

Chroniques d'un chantier

Le projet urbain Lyon Confluence est l'un des plus importants depuis belle lurette à Lyon et ne pouvait au départ qu'être excitant... Concrètement, un grand nombre de bâtiments ont vu le jour signés souvent par des architectes prestigieux. Et là, intuitivement et d'un strict point de vue esthétique, on ne peut que déchanter, tant les architectures semblent ne pas tenir compte les unes des autres, et tant certaines semblent déjà prématurément vieillies et un peu lourdes (le fameux "cube orange" se présentant comme un grand tissu déchiré un peu grunge de Jakob et MacFarlane). Il suffit de descendre au terminus du tramway pour ressentir la pesanteur des lieux, pris que nous sommes alors dans l'étau menaçant et sinistre du prochain pôle de loisir à "tribord" et par l'énorme Conseil Régional signé Christian de Portzamparc à "bâbord"... Il n'y a plus qu'à espérer que les usagers, les habitants, les salariés des lieux s’approprieront ces mastodontes et insuffleront quelque vie au quartier... C'est l'objet du troisième volume du photographe (et galeriste) Jacques Damez et de l'écrivain François Salvaing consacré à La Confluence. Depuis 2006, Jacques Damez a e

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Philippe Pétremant, «Rien que pour vos yeux»

ARTS | Le photographe lyonnais Philippe Pétremant a le sens du cadre, de l'effet esthétique et de l'humour. Au «réel», il préfère substituer des jouets et des objets (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 9 avril 2010

Philippe Pétremant, «Rien que pour vos yeux»

Le photographe lyonnais Philippe Pétremant a le sens du cadre, de l'effet esthétique et de l'humour. Au «réel», il préfère substituer des jouets et des objets mis en scène pour donner sa vision, grinçante et burlesque, du monde... De petits moutons blancs tournent en cercle à l'ombre d'un sinistre crâne, un dentier gît au fond d'un seau en plastique, des figurines manœuvrent pour diriger le transport d'une saucisse, des billets de banque différemment pliés et attachés les uns aux autres forment une série de «sept mercenaires»... Une exposition (à découvrir au Réverbère jusqu'au 30 avril) pop, légère, efficace ! JED

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Les contradictions du sensible

ARTS | Arièle Bonzon, photographe, présente au Réverbère une vision éclatée et déroutante de ce qui nous est pourtant familier, conjuguant ensemble la banalité, l’étrangeté et la beauté de la vie quotidienne. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 30 janvier 2009

Les contradictions du sensible

Arièle Bonzon surprendra peut-être celles et ceux qui ont suivi son travail jusqu’à présent. Avec sa nouvelle série intitulée Familier, elle est devenue une artiste du décalage, de la réunion incongrue entre différents fragments de la vie quotidienne, du rapport photographique entre ce qui, a priori, n’a pas ou peu de rapport. Entre une tête de poisson sanguinolente et le doux visage d’un enfant par exemple… Aussi pour introduire son univers, susciter quelques impressions, on se permettra nous-aussi un rapprochement totalement incongru entre l’œuvre de la photographe et celle… du cinéaste James Gray ! Tous deux en effet partagent un même intérêt pour la famille ou «le familier». Mais encore et surtout pour les sentiments doux-amers et les affects ambivalents, contradictoires. Dans la banalité de la vie quotidienne, «on peut être atteint par la cruauté de la vie et sentir quelque chose de lumineux, être empli de joie et penser en même temps à la mort» déclarait James Gray au magazine Transfuge en décembre 2008. A propos de Two Lovers, le cinéaste ajoute : «Le film

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Belle collec'

ARTS | Expo / Les galeristes Jacques Damez et Catherine Dérioz exposent leur collection personnelle au Réverbère. Un régal pour les amateurs de photographie. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 11 avril 2007

Belle collec'

«Notre collection personnelle n'est pas une simple accumulation d'œuvres et de signatures. Ce n'est pas non plus une succession de coups de cœur plus ou moins compulsifs et désordonnés, ni la conséquence de décisions trop raisonnées et sans appel, vouées à un seul courant de la photographie. C'est une quête sans cesse renouvelée de nouveaux temps, semeurs de trouble esthétiques et éthiques...», écrit Jacques Damez. Bien malin donc serait celui capable de déceler, au regard des très nombreuses images exposées, une quelconque ligne artistique dominante. Tout au plus remarque-t-on l'absence de photographies clinquantes ou à la mode, et un certain goût pour les images ouvrant dans leur propre «espace» d'autres cadres, d'autres fenêtres, d'autres surfaces réfléchissantes, d'autres abîmes optiques. La plupart des artistes font partie de la galerie, mais on découvrira aussi quelques grandes figures de l'histoire de la photographie (Raoul Haussmann, Bill Brandt), des compagnons de route (Bernard Plossu) ou d'anciens photographes de la galerie (Bernard Descamps). Troubler, bousculer le regard François Truffaut et Orson Welles, saisis en noir et blanc par Xavier Lambours, nous accueillent

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À même la peau

ARTS | Expo / Le photographe Jacques Damez plonge son objectif dans le corps nu et mystérieux des femmes. Une traversée à la fois charnelle et métaphysique. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 13 juin 2007

À même la peau

Une femme nue accroupie entourant ses jambes pliées de ses bras, et dont on ne voit que le menton et la bouche entrouverte ; une autre, en face, dans la même pose mais plus estompée et floue... Un superbe paysage de peau flottant, indécis, entre lumière et obscurité. Un dos à la texture âpre et grisâtre, bosselé de muscles et de vertèbres, sans commencement ni fin... D'emblée, l'exposition de Jacques Damez éclate le regard aux quatre coins du corps féminin, le colle au plus près de la peau, de ses accidents et de ses innombrables textures. Regard désorienté, fragmenté, enveloppé, qui se perd parmi les noirs opaques ou les dégradés de gris et les chairs à l'heure du loup. Les formats des images noir et blanc varient sans cesse, de même que le grain et la qualité du papier. Il y a des seins ou des fesses qui semblent sortir du cadre, des parties confuses et d'autres d'une grande netteté et précision. On croit pouvoir se raccrocher à un ou deux visages, pensant y reconnaître le genre coutumier du portrait, mais la figure sociale ou psychologique s'efface ici au profit d'une face nue, silencieuse, évanescente.... «La tête baissée sur le viseur 6*6, les yeux fixés sur le dépoli, je p

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