«Se créer une mythologie personnelle»

ARTS | Entretien / Fabien Verschaere (né en 1975 à Vincennes, il vit et travaille à Paris), artiste auteur de l'exposition Seven Days Hotel Propos recueillis pas JED

| Mercredi 28 février 2007

Genèse du projetFabien Verschaere : Mon point de départ est une expérience autobiographique liée à une «impossibilité». Faire de l'art, c'est se mettre en scène, on fait toujours peu ou prou son autoportrait. Mais à travers moi, je parle de choses qui vont bien au-delà, qui me dépassent. L'utopie, le fantasme, les contes de fées se rattachent à une réalité vécue. Tout ce que je montre est une réalité transformée. Je suis une sorte de disque dur qui engrange des faits du quotidien, des voyages, des rencontres : je les retranscris ensuite sous forme de métaphores, de personnages de contes comme la princesse et le diable de l'hôtel. L'artiste a le privilège de pouvoir donner des rôles à des gens réels.«L'impossibilité» ?L'impossibilité c'est lorsque qu'on se retrouve dans une impasse. En ce qui me concerne il s'agit de mes problèmes de santé et mes nombreux séjours à l'hôpital. L'hôpital est lié au carcéral. Dans notre société, les gens se mettent eux-mêmes dans des milieux carcéraux, parce qu'ils ne se créent pas de mythologies. Aller de l'impossibilité vers la possibilité, c'est essayer de transcender le réel. Très tôt j'ai été influencé par des artistes comme Josef Beuys combattant le fascisme. Et pour combattre le fascisme, il faut se créer une mythologie personnelle. L'idée de l'hôtelLa base de chacun de mes travaux est l'écriture d'un conte de fées que je traduis ensuite plastiquement. Pour cette exposition, exceptionnellement, j'ai continué à écrire pendant le montage. L'idée de l'hôtel est aussi un jeu de mot avec le terme autel : je vous renvoie par exemple au sacrifice ridicule à la fin du parcours. Les sept chambres correspondent, entre autre, aux sept jours de la création : je joue sur l'idée de création, de temps qui passe, mais aussi sur l'idée de cloisonnement identique à celui d'un hôpital. Le conte qui structure le parcours est un conte de fée classique avec un lieu, des personnages, une épreuve et une morale à la fin.

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La Folle du logis

ARTS | Expo / Fabien Verschaere transforme un étage du Musée d'art contemporain en hôtel fantasmagorique. Un véritable trip halluciné qui vous prend comme une grande bouffée de rire et d'angoisse. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 28 février 2007

La Folle du logis

Il y a urgence pour Fabien Verschaere. Urgence du cri, du dessin, de la prolifération des formes, de l'invention d'une mythologie personnelle. Urgence aussi du corps et de la production d'un monde échappant justement à la production, à l'économie, à la norme. «Mon travail est lié à une pratique face à ma condition quotidienne. Enfant, j'ai effectué plusieurs séjours hospitaliers qui m'ont amené à une conscience du corps et surtout à décliner un esprit revendicatif vis-à-vis d'un état physique», déclare l'artiste dans une interview. Comme ces philosophes, admirés par Gilles Deleuze, ayant une santé fragile et traversés par un excès de vie (Nietzsche, Spinoza...), Fabien Verschaere, à partir du terreau friable de sa propre biographie, pense et compose avec des forces vitales, des puissances qui le dépassent et le traversent à la fois. «La prolifération est l'épicentre de mon activité. Mon travail est vital, complexe parfois, mais toujours fondé sur l'oubli du concept, allant plus vers ma propre vision du monde quotidien. C'est la raison pour laquelle il y a beaucoup de dessins et de pièces, car tout n'est qu'urgence et je dois toujours courir pour ne rien rater des actions qui m'ento

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