«Mouvoir le corps et l'imaginaire»

ARTS | Entretien / Vincent Lamouroux (né en 1974) présente AR.07 et AR.09, deux pièces parmi les plus étonnantes de l’exposition à l’IAC. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 28 novembre 2008

Photo : Blaise Adilon


Deux en une

AR.07 et AR.09 sont deux pièces qui peuvent être pensées comme une seule pièce se déclinant en deux temps. Elles interrogent ainsi les notions d'espace et de forme, mais aussi celles de temps et de mémoire. Leurs titres sont génériques et sont l'abréviation de l'expression anglaise «Air Rights», «droits à l'espace», qui vient d'un principe de réglementation de l'espace urbain dans les grandes villes. C'est un espace immatériel que l'on peut vendre, échanger… 

Une origine

AR.07 constitue le point de départ avec plusieurs références… Elle s'inspire du film de science-fiction Voyage au centre de la terre où l'on découvre une grotte blanche idyllique faite en carton-pâte avec des parois rocheuses réalisées à partir de cubes agglomérés. Ce qui m'intéresse dans ce décor, c'est la géométrie forcée d'un élément censé être naturel. AR.07 relève aussi de mon intérêt pour le motif du cube, pour sa neutralité ; avec AR.07 on a une sorte de détournement du White cube, espace de neutralité, avec des «white cubes» qui poussent du sol, contaminent l'espace.

Oeuvres à fabriquer soi-même

Les dimensions et les proportions sont importantes pour l'impact physique que la pièce pourra provoquer chez le spectateur : on peut la pratiquer, l'expérimenter physiquement. C'est une idée récurrente dans mon travail : mes formes associent le double mouvement du corps et de l'imaginaire. AR.07 est une pièce abstraite, sans couleur, inachevée : on peut donc la prolonger par un récit, une fiction. AR.09 est l'opposée complémentaire de AR.07 : on passe de volumes blancs pleins à des volumes noirs évidés, comme si on avait démantelé la première pièce. Les formes sont similaires et l'on peut aussi expérimenter physiquement AR.09, passer à travers, etc. Les deux pièces sont placées à deux endroits différents de l'exposition dans le but de faire surgir une dimension temporelle d'une pièce à l'autre, de jouer sur la notion de mémoire entre l'une et l'autre…

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Institut d'Art Contemporain | Puisant dans ses collections, l'Institut d'Art Contemporain propose deux expositions sur le thème de l’espace et du trouble perceptif.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 janvier 2017

Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Depuis sa nomination, il y a dix ans, à la tête de l'Institut d'Art Contemporain, Nathalie Ergino suit un fil rouge aussi simple que cohérent : questionner, bousculer, élargir, libérer notre perception. L'exposition Immersions revient sur un certain nombre d'artistes qui ont été exposés à l'IAC et dont certaines œuvres ont été acquises à ces occasions. Œuvres qui ont pour particularité, souvent, de nous plonger dans un environnement déroutant et de brouiller nos repères : les transes dansées et filmées de Joachim Koester, le sol peint aux courbes ondulatoires de Philippe Decrauzat, la forêt immaculée et artificielle de Berdaguer & Péjus, le "paysage" de grands cubes blancs de Vincent Lamouroux... Bref, dans un premier temps, l'IAC se transforme en terrain d'expériences perceptives (pour la plupart déjà vécues par les habitués de l'IAC) en mobilisant l'ensemble des sens et le corps en mouvement du spectateur. En eaux troubles Dans un second temps, l'exposition Paysages cosmomorphes présente plusieurs œuvres du Frac

Continuer à lire

Grands espaces

ARTS | En attendant la Biennale d'Art Contemporain début septembre, il vous reste jusqu'au 21 juillet pour découvrir l'exposition monographique consacrée par le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 12 juillet 2013

Grands espaces

En attendant la Biennale d'Art Contemporain début septembre, il vous reste jusqu'au 21 juillet pour découvrir l'exposition monographique consacrée par le Musée d'Art Contemporain à Daniel Firman, un drôle de sculpteur contemporain qui fait se mouvoir des appareils électroménagers, danser quatre interprètes au sein d'un lieu clos et invisible pour le public, ou léviter un éléphant à l'échelle 1... Cette exposition est complétée par un florilège des collections du musée (ne pas rater les images d'horizons marins de Hiroshi Sugimoto!) et les œuvres étranges et inquiétantes de Philippe Droguet. Un bureau de salle d'interrogatoire en boyaux de bœuf par exemple, ou de jolies baignoires recouvertes en leur intérieur d'agressifs clous de tapissier !  Le FRAC Rhône-Alpes fête quant à lui ses trente ans avec deux expositions. L'une au Plateau conçue par l'artiste Vincent Lamouroux, qui rend notamment hommage à ses maîtres minimalistes (Carl André, Richard Serra, Sol Le Witt…) ou conceptuels (Joseph Kosuth, Lawrence Weiner…) au sein d'un bel écrin fait

Continuer à lire

Culture hors sol

ARTS | L’artiste Vincent Lamouroux livre une brillante mise en scène d’œuvres d’art contemporain appartenant au FRAC. Mais oublie que ses jeux de formes gagneraient en épaisseur à nous parler du fond, voire tout simplement du sol. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 avril 2013

Culture hors sol

Il est toujours amusant de parler, de fêter du temps avec de l’espace. C’est en tout cas ce qu’a choisi de faire le Fond régional d'art contemporain Rhône-Alpes pour son trentième anniversaire en invitant Vincent Lamouroux (un «fabricateur d’espace», un sculpteur) à revisiter une partie de ses collections en les mettant en scène de manière originale. «J’ai voulu jouer avec l’architecture des lieux et, en imaginant ces boîtes blanches éclatées, ouvrir des points de regard et des points de fuite» dit l’artiste. L’architecture en question étant celle de l’Hôtel de Région, mise au point par le grand architecte français Christian de Portzamparc. Un bâtiment raté qui semble n’avoir aucun sol, aucun ancrage, avec son impressionnant volume d’air dans l’allée centrale et ses petits et innombrables bureaux disposés en hauteur comme autant de nids d’oiseaux que l’on imagine peu douillets. L’Hôtel de Région plane et l’exposition de Lamouroux itou. Car pour faire de l’espace avec du temps (et la questi

Continuer à lire