«Une oeuvre rhizomatique»

ARTS | Entretien / Michel François, artiste belge exposant ses «Plans d'évasion» à l'IAC de Villeurbanne. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 avril 2010

L'exposition
En travaillant en amont sur les plans de l'Institut d'art contemporain, j'ai été frappé par la symétrie du musée et par son aspect labyrinthique. Ma manière de créer est souvent la suivante : je reprends des choses déjà exploitées pour les revisiter, les redéployer autrement. Je réactive des pièces qui peuvent devenir jumelles, et, pour cette exposition en particulier, j'ai intensifié ces sensations de labyrinthe et de symétrie. Ma méthode de travail est rhizomatique... Je travaille tous les matériaux et les médiums artistiques, avec une pratique permanente de la photographie qui complète mon activité en atelier. Clefs formelles
La question de la contamination et celle de la dissémination sont centrales chez moi. Je suis très attentif au mouvement qui part d'une masse dense, obtuse, repliée sur elle-même, et qui va vers l'éparpillement, l'explosion ou même la disparition. Le mouvement entre un objet et sa possible disparition pourrait être une clef formelle de mon œuvre. Une autre dimension importante est celle des limites et de leur transgression. Enfin, il y a l'importance des traces : les choses comprises comme résidus d'une activité, comme restes d'une action qui a eu lieu. Cela rejoint aussi la question du tatouage. L'artiste et le monde
Je suis attentif à mes pulsions, à mes goûts, à mes fantasmes, et en même temps je suis à l'écoute du monde. Je cherche à concilier ces deux choses, le monde et moi-même. Je me situe toujours entre ces deux dimensions, oscillant selon les œuvres plutôt vers l'une ou l'autre. Et, à partir de contraintes physiques, sociales et esthétiques, je m'efforce d'exercer une forme de liberté dans les interstices de ces «cages». J'aime aussi beaucoup découvrir ou apprendre moi-même des choses au cours de mon travail, être surpris par certains résultats. Mes projets débouchent toujours là où je ne m'y attendais pas.

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Désirs d'évasion

ARTS | Michel François, artiste belge étrangement méconnu en France, présente sa première grande exposition monographique à l'IAC de Villeurbanne. Et s'empare des espaces du musée avec brio et une très grande liberté. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 avril 2010

Désirs d'évasion

Quelque chose bat, palpite, à l'Institut d'art contemporain. Comme un cœur avec ses afflux et ses reflux, comme un organisme avec ses mouvements d'air et d'eau... Quelque chose croît dans les salles de musée, comme un lierre ou une herbe qui pousserait par le milieu, creusant, ouvrant des lignes de fuite et des lignes de vie dans les cloisons comme dans le regard du spectateur... Qu'il fasse des photographies, des vidéos, des installations ou des sculptures, Michel François affirme rester fondamentalement un sculpteur. Il donne naissance à des volumes, des environnements, des blocs d'affects, il donne souffle à la matière. Son travail voisine, par ses intensités libres et organiques, avec ces petits chefs-d'œuvre du cinéma que sont "Les Roseaux sauvages" d'André Téchiné ou "Les Herbes folles" d'Alain Resnais. Mêmes sensations d'être au milieu d'un flux, d'un processus, d'un devenir. À la lettre, les œuvres de Michel François se situent dans le domaine du virtuel, comme la graine contenant virtuellement l'arbre à venir. L'artiste sculpte donc aussi, d'une certaine façon, le temps. Temps en suspens d'un mouvement en cours de réalisation, de métamorphose... Tel un geste dansé, Michel

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Michel François, bio express

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Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 avril 2010

Michel François, bio express

1956 : Naissance à Saint-Trond en Belgique. Aujourd'hui, Michel François vit et travaille à Bruxelles.1980 : Première exposition à Bruxelles, «Appartement à louer» : six artistes transforment une galerie en appartement loué par un couple qui reçoit les visiteurs jour et nuit pendant trois semaines.1992 : Participe à la Documenta de Kassel.1996-97 : Pendant un an, travaille dans un TBS (centre de détention clinique aux Pays-Bas, soignant des criminels multi-récidivistes) de Rotterdam.1998-2008 : Projet évolutif du «Bureau augmenté» qui contamine les fonctions administratives des institutions qui l'accueillent et se laisse contaminer par elles.1999 : Participation à la 48e Biennale de Venise ; partage le pavillon belge avec Ann Veronica Janssens. 2000 : «La Plante en nous» désigne deux expositions (à Munich et à Bern) et un livre, réunissant des éléments liés à l'alcool, les hallucinations, les espaces troués, la vie végétative... L'expression est tirée d'une phrase de Carlos Castaneda : «L'ivresse comme apparition triomphale de la plante en nous». 2009-10 : «Plans d'évasion», exposition présentée successivement au SMAK de Gand, puis à l'IAC de Villeurbann

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