«La photographie, une lucarne sur le réel»

ARTS | Entretien / La biennale «Lyon Septembre de la photographie» se penche sur les États-Unis à travers une vingtaine d'expositions. Entretien avec Gilles Verneret, fondateur et directeur artistique de la manifestation. Propos recueillis par JED

Dorotée Aznar | Vendredi 10 septembre 2010

Photo : Paul Shambroom


Petit Bulletin : Comment se présente cette nouvelle édition de Lyon Septembre de la Photographie ?
Gilles Verneret : C'est la 6e édition et c'est sans doute celle qui aura été dotée du plus faible budget. D'où une réduction de l'équipe et du nombre de lieux d'exposition : nous sommes passés d'une quarantaine à vingt-quatre. La moitié d'entre eux accueillent les choix du commissariat du festival (essentiellement de la photographie documentaire américaine), l'autre moitié exposent une grande diversité de photographes choisis par les galeries, les musées ou les centres d'art en question.Que signifie son titre «US Today After» ?
Le comité artistique du festival a choisi de parler des États-Unis après Katrina, le 11 Septembre et l'ère Bush, et depuis l'arrivée d'Obama au pouvoir. «Us» c'est aussi nous le public, les artistes, et notre rapport à ce pays. Que verra-t-on comme type(s) de photographie cette année ?
La photographie, selon moi, est une lucarne qui parle du réel, ici en l'occurrence de celui des États-Unis d'aujourd'hui. Depuis plusieurs années, je défends la photographie documentaire, pas toujours très «vendeuse», qu'on retrouvera beaucoup dans le festival. Avec par exemple Andrew Bush qui, depuis neuf ans, photographie des résidents de Los Angeles à l'intérieur de leur voiture, en les doublant sur la route. Mais on retrouve aussi d'autres tendances artistiques...
Oui, trois autres tendances au moins dans les lieux invités... La photographie de reportage, effectuée dans l'urgence et au cœur de l'événement, avec la rétrospective consacrée à James Nachtwey à la Bibliothèque municipale. La photographie «esthétique» avec par exemple Bernard Plossu, grand artiste français, qui avait commencé un journal au Mexique en 1965, qu'il a continué depuis aux États-Unis... Enfin, la photographie «fictionnelle» avec Duane Michals qui met en scène des histoires imaginaires... Toutes les tendances de la photographie sont donc représentées. Sans oublier, à la galerie Françoise Besson, la présentation d'une partie de la remarquable collection suisse M+M Auer qui permettra de redécouvrir de grandes figures historiques de la photographie américaine comme Paul Strand, Man Ray, Weegee...Que nous dit la photographie documentaire sur les États-Unis ?
Elle brosse un portrait d'une Amérique toujours en route et se projetant vers le futur. Mais aussi d'un pays plus ambigu qu'il n'y paraît et oscillant entre le conservatisme et le modernisme... Paul Shambroom nous montre par exemple ce que devient l'arsenal militaire inutilisé (chars, avions, etc.), présenté dans les parcs, les jardins publics, les places de village... Comme si l'on exposait un bombardier au beau milieu de la place de la Croix-Rousse ! Le travail du photographe est typiquement documentaire et ses images rappellent que les armes font partie de l'Amérique. La guerre est d'ailleurs très présente dans le festival avec encore les portraits de soldats ayant servi en Irak ou en Afghanistan, saisis dans toute leur vulnérabilité par Suzanne Opton. Jeffrey A. Wolin a quant à lui interviewé et photographié des vétérans américains du Vietnam et des vétérans de l'armée nord-vietnamienne.«Us Today After», ce sont aussi des photographes européens qui regardent l'Amérique ?
Oui, ils sont très nombreux dans la manifestation. Le Suisse Marc Renaud s'est penché sur l'omniprésence de la sécurité à New York à travers les portraits in situ de gardiens, vigiles, surveillants... Son compatriote Christian Lutz s'est intéressé aux cow-boys contemporains qui regardent la télévision et se déplacent en «4*4», dans une ferme de l'Oregon. L'Allemand Martin Schoeller présente des portraits de personnalités célèbres (Clint Eastwood, Denis Hopper, Barack Obama...) avec un dispositif neutre toujours identique : lumière blanche, frontalité, cadrage serré... Nous faisons aussi une petite entorse plasticienne à l'esprit documentaire du festival en présentant des images de Charlélie Couture. Ses photographies de New York sont comme de la musique, prises sur le vif, avec beaucoup de rythme.Le festival, côté pratique
Lyon Septembre de la photographie, «Us Today After», jusqu'au jeudi 4 novembre dans 24 lieux d'exposition (musées, bibliothèques, centres d'art, galeries), avec entrée gratuite dans la plupart d'entre eux. Un «Parcours associé» fête aussi la photographie avec des expositions dans des cafés, librairies ou d'autres galeries...
Programme complet sur www.9ph.fr ou 04 72 07 84 31.Des rencontres sont organisées à l'École Normale Supérieure de Lyon en deux temps : vendredi 17 septembre en présence notamment de James Nachtwey ; et les 28 et 29 octobre avec de nombreux universitaires et spécialistes de la photographie américaine.
Parution : A new american photographic dream. Us today after, éditions SilvanaEditoriale.

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Patrick Picot : « Je préfère parler d’une évolution plutôt que d’une révolution » 

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