Collections passions

ARTS | Expositions / Des collectionneurs privés s’invitent dans les musées et les galeries, proposant trois expositions très réussies au Musée des Beaux-Arts, au Réverbère et à la galerie Henri Chartier. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 30 septembre 2011

Photo : DR


Collections, piège à cons ? Il est toujours tentant de caricaturer le collectionneur (ou la collectionneuse) comme un type plein aux as qui sort de son 4X4 une baudruche de Jeff Koons ou une vache coupée en deux baignant dans le formol de Damien Hirst pour décorer son salon et épater ses amis imbibés de champagne… Certes, cela doit bien exister. Mais le collectionneur peut être aussi «petit» ou obsessionnel, ou tout simplement passionné et éclairé… Antoine de Galbert a été galeriste à Grenoble pendant une dizaine d'années et a créé en 2004 la fondation privée parisienne La Maison rouge qui présente souvent de très bonnes et très originales expositions d'art contemporain. Sa collection est elle aussi assez singulière. «Ma collection est constituée, pour l'essentiel, d'œuvres d'artistes vivant aujourd'hui, mais le voyage mental et visuel que j'effectue depuis de longues années se situe dans le culte de l'objet et la trace de l'homme, et non dans l'Histoire de l'art et ses classifications qui m'ennuient» déclare-t-il. «Je m'attache, consciemment ou non, à bâtir des ponts transversaux entre les choses. Je regarde avec le même plaisir une œuvre ancienne, un objet primitif, une vidéo contemporaine».

Sans œillères historiques

Antoine de Galbert présente au Musée des Beaux-Arts de larges extraits de sa collection, confrontés à une dizaine d'œuvres du musée. Et l'exposition est somptueuse ! Elle débute logiquement avec une œuvre de Christian Boltanski, artiste capable de digérer le meilleur de l'art conceptuel ou minimaliste pour créer des œuvres accessibles à tous, émouvantes et explorant des questions aussi simples qu'essentielles : le sens de l'existence, l'identité humaine noyée dans les sociétés de masse ou happée par le hasard, la mémoire, l'Histoire… Ici c'est une simple ampoule qui s'éteint et s'éclaire selon les battements cardiaques de l'artiste. Et le parcours ira au même rythme, s'étayant sur des thématiques simples (la croyance, la folie, la mort, l'avenir du monde contemporain…) et rapprochant des œuvres d'obédiences hétéroclites. Citons par exemple la superbe salle où voisinent un Christ de douleur du XVIe siècle, un flot de sang photographié par le sulfureux Andres Serrano, une grande toile gestuelle faite de peinture et de sang réalisée par l'actionniste viennois Hermann Nitsch. Plus loin, on pourra découvrir un Concetto spaziale de Lucio Fontana (une de ces toiles fendues au cutter par l'artiste), le confessionnal de Sophie Calle, un assemblage futuriste et mutant du Japonais Kudo Tetsumi et beaucoup de très touchantes et/ou très étranges photographies signées Dieter Appelt, Walker Evans, Anders Petersen, Luc Delahaye…

Sans barrières formelles ou morales

Des photographies, il y en a aussi et de fort belles au Réverbère. Pour fêter ses trente ans et rendre hommage à ses collectionneurs, la galerie a proposé à dix d'entre eux de sélectionner chacun cinq images parmi l'œuvre immense du grand William Klein. Soit dix mini-musées imaginaires constituant une sorte de petite rétrospective de cet artiste qui a révolutionné, dès les années 1950, les codes de la photographie, faisant rentrer dans son cadre le flux des villes, les contorsions et la diversité de la vie, la violence des rues, le mouvement des foules. Les choix s'organisent souvent autour de coups de cœur et d'images fortes et connues de William Klein : le gamin pointant en grimaçant un revolver vers l'objectif, le performeur japonais la tête recouverte d'un tissu noir dansant dans les rues de Tokyo, des scènes de rue à New York… Mais certains collectionneurs présentent aussi des ensembles particulièrement cohérents, tel Christian Gaillard, sensible à la prolifération des signes ou des masses humaines, à Moscou, à la bourse de Tokyo ou à New York. A la galerie Henri Chartier, derrière l'hétérogénéité des objets et des œuvres, le petit cabinet de curiosités concocté par Frédéric de Florenne a lui aussi sa cohérence : son goût pour l'insolite (jusqu'à un crâne d'antilope ou à des ustensiles anciens de cabinet dentaire), le bizarre, le licencieux… Des autoportraits en travesti de Pierre Molinier aux fantasmes érotiques dessinés par Roland Topor, en passant par quelques très beaux dessins de Hans Bellmer ou des créations d'anonymes autistes. Un foisonnement de curiosités et de petites perles artistiques qui complète à merveille l'exposition de dessins tourmentés de la jeune et talentueuse Caroline Demangel, dans l'autre salle de la galerie.

Ainsi soit-il, Collection Antoine de Galbert-Extraits
Jusqu'au 2 janvier, au Musée des Beaux-Arts
«Klein + 10 collectionneurs»
Jusqu'au 31 décembre, au Réverbère
Carte blanche à Frédéric de Florenne + Caroline Demangel
Jusqu'au 15 octobre, à la galerie Henri Chartier

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Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

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Cinq expos à voir cet été

Bons Plans | Notre sélection subjective de cinq belles expositions à découvrir tout l'été, dans les musées de Lyon et de la région...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 juillet 2019

Cinq expos à voir cet été

Des coiffes qui décoiffent A la suite d'une donation du collectionneur Antoine de Galbert, le Musée des Confluences présente quelque 350 coiffes du monde entier, datant essentiellement des XIXe et XXe siècles. Cérémonielles, ornementales, hiérarchiques, guerrières ou autres, ces coiffes fascinent par leur inventivité esthétique, leur prolixité symbolique, leur aspect parfois un peu délirant. Au Musée des Confluences jusqu'au 15 mars 2020 Pierre Buraglio, Bas voltage Depuis presque soixante ans, Pierre Buraglio traverse courants et mouvements artistiques en toute singularité, renversant les codes de la peinture et de la représentation. Il utilise aussi bien des châssis dénudés que des fenêtres glanées dans des chantiers, et peint volontiers sur des portes de 2CV, des cartes postales, des pages de journaux... Parallèlement, l'artiste musarde dans les musées et dessine d'après Seurat, Courbet, Munch, Monet, Rodin... Son œuvre inclassable fait l'objet d'une grande rétrospective

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Le club des cinq au Réverbère

Photographie | Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 novembre 2018

Le club des cinq au Réverbère

Cinq des photographes défendus par la galerie Le Réverbère ont fait paraître récemment un livre : Beatrix Von Conta, Denis Roche (1937-2015), Géraldine Lay, Philippe Pétremant, William Klein. William Klein, rappelons-le, a d'ailleurs non seulement secoué les codes de la photographie avec ses images coups de poing prises parmi le flux spontané des rues, mais il a fait aussi éclater le cadre habituel des ouvrages de photographies, et ce dès 1956 avec la publication de son journal photographique New York. L'occasion était donc idoine pour le Réverbère de « rendre hommage aux éditeurs » et aux ouvrages de photographie, d'autant plus que la galerie est connue plus largement pour son goût pour le livre et la littérature (deux de ses photographes sont aussi des écrivains : Denis Roche et Alain Fleischer). L'accroch

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Cinq expos photo à voir en septembre

Bons Plans | Septembre sera un mois particulièrement photographique à Lyon, avec notamment la nouvelle édition du Festival 9 PH dans plusieurs galeries. Notre sélection est, ce mois-ci, 100 % photo.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 3 septembre 2018

Cinq expos photo à voir en septembre

Un "Passager" nommé Arnaud Brihay Avions, chambres d'hôtels, forêts, no man's land, rétroviseurs d'automobiles... Tout est occasion pour le globe-trotteur Arnaud Brihay (né en 1972 en Belgique et résidant à Lyon) de petites ou de grandes fulgurances sensuelles et poétiques, parfois même inquiétantes. Entre son regard subjectif et le monde réel, ses images tissent un entre-deux tramé d'effets de flou, de saturation, de reflets et d'échos formels. À L'Abat-Jour du 8 septembre au 17 novembre Une passagère nommée Sylvie Bonnot En 2014, Sylvie Bonnot a traversé la Russie en train, empruntant notamment le fameux Transibérien. Elle en a ramené beaucoup d'images : certaines représentant assez directement des paysages et des personnes rencontrées lors de son périple, et d'autres qu'elle a retravaillées à sa façon, en atelier, pour les disposer sur des volumes, sur une surface de soie, ou sur des plaques gravées... Sa Russie, oscillant entre grandeur et frayeur, est donc aussi un voyage matériel de l'image photographique elle

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Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Peinture | Le galeriste Henri Chartier reprend son activité à Lyon avec un nouveau lieu et une nouvelle exposition, consacrée à Benjamin Bruneau. Un peintre méconnu qui met l'image sous tension et la confronte à son refoulé.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 23 mai 2017

Benjamin Bruneau : les images de l'intranquillité

Bonne nouvelle ! La galerie Henri Chartier, après trois ans d'absence, rouvre ses portes dans un nouveau lieu, rue Auguste Comte. L'espace d'exposition est à la fois coquet et modeste en surface, et le galeriste espère y poursuivre la ligne artistique impulsée dans ses deux précédents lieux sur les pentes de la Croix-Rousse : des artistes souvent écorchés vifs, pas toujours sous les feux de la rampe, dont les œuvres déploient des univers étranges, sensibles, dénués de toute esthétique pompeuse... Tels, par exemple, Philippe Jusforgues et ses curieux photo-collages quasi dadaïstes, Grégoire Dalle et ses dessins labyrinthiques fourmillant de détails, Caroline Demangel et ses corps et visages tourmentés... Dissonances La première exposition rue Auguste Comte est consacrée à un artiste qui a très peu présenté son travail jusqu'à présent. Benjamin Bruneau est né en 1974 à Montpellier, a été formé aux Beaux-Arts de Paris à l'atelier de Jean-Michel Alberola, et dép

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L'enfance coupée en deux

ARTS | La galerie Chartier présente le travail tout à la fois léger et émaillé de cruauté de Guillemette Coutellier. Soit une vingtaine de dessins récents, invitant au rêve et à la dérive des sensations... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 avril 2012

L'enfance coupée en deux

Des êtres hybrides à têtes de lapin, de chien ou de crocodile peuplent le monde apparemment naïf et enfantin de Guillemette Coutellier. Ils surgissent sur des chemins de campagne ou se profilent sur fond de montagnes ou de collines... Les couleurs restent discrètes et pâles, le trait est simple et spontané. Le tout semble comme flotter sur le papier, la composition ne tenant qu'à un fil ténu, menaçant de craquer et de laisser éclater les figures aux quatre coins de la feuille. Parmi ces représentations à tonalité onirique, on est surpris, ici et là, de croiser un individu dans un bain de sang, ou un autre encore aux pieds tranchés ! «J'aime entretenir cette confusion entre la violence et la douceur», confie l'artiste. «Mon univers reste globalement onirique et l'on peut retrouver d'un dessin à l'autre certains motifs (les montagnes, des chaussures, une tête de lapin...), un vocabulaire... J'essaye de déplier les choses et, pour cette exposition, j'ai dessiné beaucoup de formes animales». Aigre-doux

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Klein + 10 collectionneurs

ARTS | Il est l’une des grandes figures de l’histoire de la photographie moderne, l’un des pionniers de la «photographie de rue» américaine, l’un des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 septembre 2011

Klein + 10 collectionneurs

Il est l’une des grandes figures de l’histoire de la photographie moderne, l’un des pionniers de la «photographie de rue» américaine, l’un des révolutionnaires des codes de l’édition photographique, du cadre et de l’équilibre des images, l’artiste de l’énergie brute et de la violence du quotidien… Pour ses 30 ans, la galerie le Réverbère ouvre ses cimaises à l’artiste et propose à dix collectionneurs de présenter chacun cinq images de Klein. Un bel événement complété par une rétrospective des films de fiction et documentaires de William Klein à l’Institut Lumière jusqu’au 25 septembre. Jusqu’au 31 décembre, au Réverbère.

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Stéphane Guénier, rencontre

ARTS | La galerie Henri Chartier a ouvert un nouvel et grand espace au 35 rue Leynaud et c'est l'artiste parisien Stéphane Guénier qui y présente une première et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 décembre 2010

Stéphane Guénier, rencontre

La galerie Henri Chartier a ouvert un nouvel et grand espace au 35 rue Leynaud et c'est l'artiste parisien Stéphane Guénier qui y présente une première et puissante exposition (jusqu'au samedi 8 janvier). Avec une quinzaine de toiles et autant de dessins dont l'abstraction expressive, existentielle, organique pourrait être située entre Cy Twombly, Michel Basquiat et l'œuvre graphique d'Antonin Artaud. Une rencontre est organisée ce mercredi 15 décembre à 19h30 avec l'artiste, ainsi que le philosophe Yves Cusset, le psychanalyste Jean-Paul Chartier et nous-mêmes. L'entrée est libre, il suffit de réserver au 04 72 44 02 58. JED

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Stéphane Guénier, Grégoire Dalle et Lionel Pratt

ARTS | Pour fêter ses trois ans, la petite galerie Henri Chartier présente trois artistes trentenaires et travaillant le dessin (jusqu'au 27 février). Parmi eux, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 février 2010

Stéphane Guénier, Grégoire Dalle et Lionel Pratt

Pour fêter ses trois ans, la petite galerie Henri Chartier présente trois artistes trentenaires et travaillant le dessin (jusqu'au 27 février). Parmi eux, Stéphane Guénier nous a fait très forte impression. L'ancien élève du peintre Velickovic (dont on perçoit un peu l'héritage et, à travers lui, celui de Bacon) dessine, découpe, colle, rature, écrit... Ses taches fulgurantes ou ses corps fragmentés s'inscrivent, dans ses petits formats, parmi des formes géométriques ou des successions de plans, multipliant les impressions. Sur de plus grandes toiles récentes, l'artiste, en bel héritier de Cy Twombly, laisse libre cours à ses traits de couleurs, entre graphie et dessin. On dirait du gribouillage, mais c'est en réalité un chaos de sensations qui «tient» sur la toile, saisit, émeut. JED

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THE FRENCH

ECRANS | William Klein Arte Vidéo

Dorotée Aznar | Jeudi 19 juin 2008

THE FRENCH

Ils ont donc été jeunes ! McEnroe, Lendl et même Ice Borg avec une gueule d’ange de Suédois qu’on ne soupçonnait pas sous son éternel bandeau. Les shorts sont courts, les corps gringalets, mais la science du jeu est là. Nous sommes à Roland Garros en 1981. La France vient de basculer à gauche, mais la planète-tennis s’en fiche. Le centre des préoccupations est le ciel qui arrose régulièrement cette quinzaine ocre. William Klein filme les premiers échauffements, les inquiétudes de Jean-Paul Loth, alors directeur technique national face à l’entorse de l’enfant prodige Noah. La caméra est partout et surtout là où elle ne pourrait plus aller aujourd’hui sauf dérogation spéciale mise en scène par France Télévision : dans les vestiaires, en salle de massage, dans les tribunes où l’on croise Lino Ventura. Les conférences de presse, souvent trop lisses, sont absentes. Les machines à écrire crépitent, les journalistes dictant leurs articles par téléphone tentent de couvrir la voix de leurs collègues. Borg va s’emparer de son 6e et dernier Roland Garros, le 4e consécutif en effleurant magistralement les lignes de ses passings croisés et décroisés. Il est toujours une star, les fans s’égosill

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