Mosaïque picturale

ARTS | La galerie Descours expose une trentaine d’œuvres de toutes époques et de styles très différents. Où l’on découvrira quelques pépites signées par des artistes méconnus. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 décembre 2012

Photo : Oskar Bergman, Paysage de Hallandsasen, 1938


Lumières tamisées, cimaises bleu gris… L'antre est austère mais recèle quelques trésors et bien des curiosités. Des petites toiles (ou dessins) de grands maîtres (Jacques-Louis David, Jacques Stella, Gustave Doré…) ou de grandes toiles de petits maîtres. La nouvelle exposition de la galerie Michel Descours, Varia, rassemble une trentaine d'acquisitions récentes, des peintures et des dessins allant du XVIIe au XXe Siècle. Nous accueillent à coups de vrilles et de loopings quelques œuvres de Tullio Crali, artiste italien du second Futurisme qui cultivait un intérêt tout particulier pour les «aeropittura» ou aéropeintures, ces vues aériennes qui confinent parfois à l'abstraction et au délire perspectiviste.

En face, beaucoup plus terriennes et charnelles, les deux fillettes aux expressions neutres d'Emilie Charmy fixent le spectateur engoncées dans leur fauteuil. Plus loin, une voluptueuse Diane pourchassant les satyres de Nicolas Chaperon (vers 1635) confronte chasteté et perversité, générosité des chairs et exubérance de la végétation. Une toile contrastant avec son vis-à-vis du même siècle, La remise des clefs à Saint Pierre du Vénitien Giovanni Battista Lambranzi, véritable folie architecturale entremêlant lignes fuyantes, ruines et colonnes antiques.

Cap au nord

Deux travaux d'artistes d'Europe du Nord ont plus particulièrement retenu notre attention, pour leur luminosité, leur simplicité, leur poésie sereine. D'abord le Jeune abbé lisant (1836) du Danois Martinus Rorbye, qui s'inscrit dans le genre de la chambre avec vue, avec son intérieur sobre et rustique baigné de lumière méridionale et d'une beauté épurée et touchante. Ensuite un étonnant paysage de bord de mer, peint à l'aquarelle sur petit format par le Suédois Oskar Bergman (1879-1963), artiste humble et méconnu auquel on attribue quelque cinq mille œuvres dont beaucoup de dessins.

Parallèlement à ses expositions et conformément à sa ligne artistique hétéroclite, la galerie organise aussi de nombreuses rencontres entre ses murs. Cette semaine, on pourra entendre les commissaires de l'exposition Giacometti qui débutera en mars au Musée de Grenoble, et François-René Martin et Sylvie Ramond, directrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon, co-auteurs d'une imposante monographie consacrée à Matthias Grünewald.

«Varia»
à la galerie Michel Descours, jusqu'au samedi 19 janvier
Rencontre autour d'Alberto Giacometti mercredi 12 décembre
Présentation de la monographie consacrée à Matthias Grünwald samedi 15 décembre


Varia

Florilège de peintures et dessins du XVIIe au XXe siècle, dernières acquisitions de la galerie.
Galerie Michel Descours 44 rue Auguste Comte Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Perte de mémoire de nos pères

SCENES | Sur un beau texte de Davide Carnevali, Antonella Amirante signe une pièce malheureusement trop clinique pour préserver la force de son sujet : la déchéance mémorielle d'un homme atteint de la maladie d'Alzheimer. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 20 mai 2014

Perte de mémoire de nos pères

Ça commence par des amnésies lacunaires, qui jaillissent en des torrents de questions dont les réponses rentrent par une oreille et ressortent par l'autre. Ça se poursuit par des sautes d'humeur si insensées que l'amertume d'un café peut devenir prétexte à un saccage. Viennent ensuite la confusion temporelle et l'oubli : d'un même mouvement, un époux ressuscite et un petit fils devient un visiteur anonyme. La perte complète de l'autonomie n'est alors plus qu'une question de semaines. La mort, elle, aussi silencieuse et diffuse que celle d'une plante trop longtemps privée d'eau, pourra se faire attendre des années. Ces symptômes, ce sont ceux de la maladie d'Alzheimer, et ils rythment Variations sur le modèle de Kraepelin. Au sens propre : la pièce de l'Italien Davide Carnevali est à l'image de la mémoire de son personnage principal, un vieillard en plein formatage de disque dur, fragmentée, parfois incomplète, souvent redondante, globalement incohérente et, en cela, d'une grande justesse, y compris dans sa manière de raconter comment cette saleté neurodégénérative déteint sur l'entourage – en l'occurrence un fils, dont l'impuissance s'exprime tour à tour par de

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La modernité sans se presser

ARTS | La nouvelle exposition du Musée Paul-Dini sonde l'entre-deux-guerres à Lyon, période durant laquelle, peu à peu, avant-gardes et modernité artistiques se sont imposées. Si la ville n’était pas, alors, en avance sur son temps, on pouvait cependant y voir de très belles choses. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 17 janvier 2013

La modernité sans se presser

Dans ses Écrits sur l’art, Baudelaire lâche, à propos de Lyon, cette petite bombe : «Ville singulière, bigote et marchande, catholique et protestante, pleine de brumes et de charbons, les idées s’y débrouillent difficilement. Tout ce qui vient de Lyon est minutieux, lentement élaboré et craintif. On dirait que les cerveaux y sont enchifrenés». Quand on sait que Baudelaire fut aussi le chantre de la modernité artistique (dont il donna notamment cette définition : «Dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, tirer l’éternel du transitoire»), on ne peut pas dire que les relations entre Lyon et la modernité soient parties sur de bonnes bases à la fin du XIXe siècle ! Ceci n’est pas pour décourager le Musée Paul-Dini et sa directrice Sylvie Carlier, qui s’interrogent «sur la place qu’a tenue la ville de Lyon sur la scène de l’art moderne dans les années 1920-1942», tout en précisant que «les cultures avant-gardistes parisiennes s’imposent avec retard» dans la capitale des Gaules. Éloge de la lenteur L’exposition s’ouvre sur un rappel chronologique et un point rapi

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L’artiste est la mesure de toute chose

ARTS | Des salles blanches et presque vides, une moitié du musée fermée… Il y a comme une ambiance de bérézina à l’Institut d’Art Contemporain. Et pour cause : (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 12 juillet 2012

L’artiste est la mesure de toute chose

Des salles blanches et presque vides, une moitié du musée fermée… Il y a comme une ambiance de bérézina à l’Institut d’Art Contemporain. Et pour cause : l’exposition monographique du grand ponte de l’art conceptuel Stanley Brouwn a été annulée à la dernière minute, suite à un désaccord entre l’artiste (réputé radical, c’est vérifié !) et le musée à propos d’événements parallèles à l’exposition elle-même. Un fait rarissime sur lequel l’IAC tente de rebondir en organisant, avec des bouts de ficelle et quelques bonnes volontés, Dimensions variables,  réunissant une quinzaine d’artistes autour de l’idée de mesure, de topologie, d’espace géométrique scientifique ou imaginaire. Notions à la fois proches de l’univers de Stanley Brouwn et directement liées à la ligne de l’IAC, explorant depuis plusieurs années l’idée générique d’espace. Evariste Richer (élève de Stanley Brouwn) présente ainsi un "mètre vierge" ou un faux mètre étalon correspondant en réalité à la hauteur de l’artiste. Le Serbe Bojan Sarcevic (qui fera l’objet d’une exposition personnelle à l’IAC cet automne) trace quant à lui sur la buée de son pare-brise de voiture son trajet en ville… Ailleurs, on déc

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Les charmes d’Emilie

ARTS | Expo / Le Musée Dini ressuscite la figure d’Emilie Charmy (1878-1974), tombée dans les oubliettes de l’histoire de l’art. Si cette artiste n’a inventé ni la poudre ni le pigment, ses toiles fortes se laissent découvrir avec plaisir et parfois même avec quelques frissons érotiques… Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 23 octobre 2008

Les charmes d’Emilie

Ignorer Charmy, la découvrir brusquement dans vingt toiles qui dispersent et collent au mur les couleurs, la substance magnifique des fleurs, de la chair vivante, de l’eau mobile, on en reçoit le choc, l’anxieux plaisir qui accompagne une rencontre amoureuse, écrit Colette. De son côté, Émilie Charmy a immortalisé l’écrivain, nue, fesses rebondies, étendue au beau milieu de rouges vaporeux… Certains pensent que les deux femmes, aux caractères bien trempés, ont eu une brève relation saphique. Et des relations de tous ordres, Émilie Charmy en eut beaucoup : artistiques avec les Fauves (Matisse, Marquet…), amoureuses avec l’un d’entre eux (Camoin) avant de se marier avec le peintre Georges Bouche (à ne pas confondre avec…), amicales avec sa galeriste Berthe Weil, mais aussi avec le peintre Georges Rouault ou le gotha politique de la 3e République. Elle connut de son vivant succès commercial et critique. Par la suite, pffuit, l’artiste disparaît des tablettes des historiens de l’art… Rouge désirL’exposition consacrée à cette «artiste caméléon» est organisée de manière thématique. Dès les premières salles, on découvre quelques

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To mix or not to mix

SCENES | Théâtre / Boosté par le plébiscite suscité par la bande originale de la pièce, clé de voûte essentielle du projet, le metteur en scène David Gauchard emmène donc son Hamlet Thème & Variations en tournée... François Cau

| Mercredi 26 octobre 2005

To mix or not to mix

Hamlet version hip hop ? Après tout pourquoi pas : du Roméo queer refoulé de Baz Luhrmann au Richard III crypto-fasciste de Richard Loncraine, le 7e art a tellement dévoyé le pauvre Shakespeare à la sauce post-moderne qu'on n'est plus vraiment à ça près. En même temps, l'intitulé est clair : Thème & Variations, un jeu annoncé sur le texte et surtout la substance sonore, axe majeur de la création. En homme avisé, David Gauchard s'est entouré d'un casting de rêve. Prenant pour base la nouvelle traduction du texte, signée André Markowicz, le metteur en scène s'est adjoint les services d'un trio létal pour sa bande-son : Tepr, My Dog is Gay (le duo d'Abstrackt Keal Agram) et le non moins grandiose Robert Le Magnifique. Des compositions plus que concluantes, à même de survivre à la création de façon autonome, et vaillamment soutenues par les flows des comédiens (parmi lesquels on retrouve ledit Robert, mais aussi Arm, MC de Psykick Lyrikah, et par ailleurs auteur de l'excellent texte final, Hier). Ajoutez à cela une contribution plastique de la marionnettiste huppée Emilie Valantin et vous obtenez un projet presque trop prometteur. To mix ! Mea Culpa

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