Culture hors sol

ARTS | L’artiste Vincent Lamouroux livre une brillante mise en scène d’œuvres d’art contemporain appartenant au FRAC. Mais oublie que ses jeux de formes gagneraient en épaisseur à nous parler du fond, voire tout simplement du sol. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 avril 2013

Photo : Joseph Kosuth, "Self-described and Self-defined", 1965


Il est toujours amusant de parler, de fêter du temps avec de l'espace. C'est en tout cas ce qu'a choisi de faire le Fond régional d'art contemporain Rhône-Alpes pour son trentième anniversaire en invitant Vincent Lamouroux (un «fabricateur d'espace», un sculpteur) à revisiter une partie de ses collections en les mettant en scène de manière originale. «J'ai voulu jouer avec l'architecture des lieux et, en imaginant ces boîtes blanches éclatées, ouvrir des points de regard et des points de fuite» dit l'artiste. L'architecture en question étant celle de l'Hôtel de Région, mise au point par le grand architecte français Christian de Portzamparc.

Un bâtiment raté qui semble n'avoir aucun sol, aucun ancrage, avec son impressionnant volume d'air dans l'allée centrale et ses petits et innombrables bureaux disposés en hauteur comme autant de nids d'oiseaux que l'on imagine peu douillets. L'Hôtel de Région plane et l'exposition de Lamouroux itou. Car pour faire de l'espace avec du temps (et la question est aujourd'hui cruciale : face à l'accélération du monde, on ne peut du coup se poser que des questions de lieu), encore faut-il justement un sol, un ancrage, de l'humus…

A l'abandon

Brillant, intelligent, scolaire aussi, Vincent Lamouroux fait des formes avec des formes, de l'art pour l'art aurait-on dit à une autre époque. Il rend hommage à ses maîtres minimalistes (Carl André, Richard Serra, Sol Le Witt…) ou conceptuels (Joseph Kosuth, Lawrence Weiner…) en leur construisant un bel écrin fait de modules baroques et de perspectives bizarroïdes. Trente artistes sont représentés avec, souvent, des œuvres séduisantes tel ce diptyque photographique de Patrick Tosani en «écriture de pluie», cette paire de chaussures abandonnée par Walker Evans ou cette ludique et phallique colonne de cordages métalliques signée Alighiero Boetti.

Au sol, comme on pouvait s'y attendre, les choses deviennent beaucoup plus problématiques avec des sculptures de Richard Long, Carl André ou Sol Le Witt qui s'effritent littéralement sur la laideur d'un atroce béton ciré. L'oeuvre ne tient plus ni toute seule  - ô comme la fameuse autonomie moderniste a bien mal vieilli ! - ni uniquement en relation avec d'autres. Il lui manque une dimension, une dimension archéologique et signifiante peut-être. Et ce ne sont pas les nombreux miroirs exposés ici qui, en reflétant le visiteur, la proposeront. Car à la fameuse formule de Marcel Duchamp «c'est le regardeur qui fait l'œuvre», on a l'impression qu'a été substituée celle-ci : «débrouillez-vous».

Transformations
Jusqu'au samedi 20 juillet au Plateau - Hôtel de Région


Transformations

Collections de l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne
Le Plateau - Hôtel de Région 1 esplanade François Mitterrand Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

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Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Depuis sa nomination, il y a dix ans, à la tête de l'Institut d'Art Contemporain, Nathalie Ergino suit un fil rouge aussi simple que cohérent : questionner, bousculer, élargir, libérer notre perception. L'exposition Immersions revient sur un certain nombre d'artistes qui ont été exposés à l'IAC et dont certaines œuvres ont été acquises à ces occasions. Œuvres qui ont pour particularité, souvent, de nous plonger dans un environnement déroutant et de brouiller nos repères : les transes dansées et filmées de Joachim Koester, le sol peint aux courbes ondulatoires de Philippe Decrauzat, la forêt immaculée et artificielle de Berdaguer & Péjus, le "paysage" de grands cubes blancs de Vincent Lamouroux... Bref, dans un premier temps, l'IAC se transforme en terrain d'expériences perceptives (pour la plupart déjà vécues par les habitués de l'IAC) en mobilisant l'ensemble des sens et le corps en mouvement du spectateur. En eaux troubles Dans un second temps, l'exposition Paysages cosmomorphes présente plusieurs œuvres du Frac

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En attendant la Biennale d'Art Contemporain début septembre, il vous reste jusqu'au 21 juillet pour découvrir l'exposition monographique consacrée par le Musée d'Art Contemporain à Daniel Firman, un drôle de sculpteur contemporain qui fait se mouvoir des appareils électroménagers, danser quatre interprètes au sein d'un lieu clos et invisible pour le public, ou léviter un éléphant à l'échelle 1... Cette exposition est complétée par un florilège des collections du musée (ne pas rater les images d'horizons marins de Hiroshi Sugimoto!) et les œuvres étranges et inquiétantes de Philippe Droguet. Un bureau de salle d'interrogatoire en boyaux de bœuf par exemple, ou de jolies baignoires recouvertes en leur intérieur d'agressifs clous de tapissier !  Le FRAC Rhône-Alpes fête quant à lui ses trente ans avec deux expositions. L'une au Plateau conçue par l'artiste Vincent Lamouroux, qui rend notamment hommage à ses maîtres minimalistes (Carl André, Richard Serra, Sol Le Witt…) ou conceptuels (Joseph Kosuth, Lawrence Weiner…) au sein d'un bel écrin fait

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ARTS | Entretien / Vincent Lamouroux (né en 1974) présente AR.07 et AR.09, deux pièces parmi les plus étonnantes de l’exposition à l’IAC. Propos recueillis par JED

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