Contre nature, tout contre

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 5 septembre 2013

Photo : "Figure dans un paysage", Frantz Metzger


«Mais ils faisaient signe ; les feuilles étaient vivantes ; les arbres étaient vivants. Et les feuilles, parce qu'elles étaient reliées par des millions de fibres à son propre corps, là sur le banc, l'éventaient ; lorsque la branche s'étirait, il faisait de même. Les moineaux qui voletaient, montant et retombant en jets dentelés, faisaient partie de l'ensemble ; le blanc et le bleu étaient barrés de branches noires. Des sons formaient des harmonies préméditées ; les intervalles entre eux avaient autant de sens que les sons eux-mêmes.», écrit Virginia Woolf à propos de Septimus, personnage schizophrène, dans Mrs Dalloway. Cette absence (ou perte) de limites, cette vie brut qui sourd des prés comme dans les poèmes de Rimbaud, ce mélange des règnes (végétal, animal, humain) enfantant des corps inouïs, font partie intégrante de l'œuvre du peintre lyonnais Frantz Metzger (né en 1980).

Proche de l'univers de Francis Bacon, l'artiste (dé)compose des métamorphoses autant que des hallucinations visuelles. Celles-ci, ainsi que dans la psychose, sont tout autant réelles qu'imaginaires, incarnées que fantomatiques, charnelles que peintes. On voit, ou l'on croit voir, des accouplements contre nature entre des corps anonymes, des combats confus, des glissements et des entremêlements de chair déliquescente, parmi des no man's lands herbus ou boisés. Aux questions basiques «Qui ? Quoi ? Où ? Quand ?», Frantz Metzger n'apporte aucune réponse. Mieux, il plonge le spectateur parmi ses énigmes fascinantes.

Jean-Emmanuel Denave

Frantz Metzger
A la Galerie Pallade, jusqu'au samedi 5 octobre

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Frantz Metzger peint les mystères de l'existence

Peinture | Dans un grand souffle atmosphérique, les figures peintes par Frantz Metzger naissent et disparaissent dans des paysages. L'artiste revient sur ce devenir tragique et déchirant de ses figures, ainsi que sur sa conception de la peinture.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 février 2017

Frantz Metzger peint les mystères de l'existence

Qu'est-ce qui vous a amené à la peinture, quelles sont les grandes œuvres qui ont pu vous marquer à un moment ou à un autre de votre parcours ? Frantz Metzger : Pour évoquer les circonstances qui m'ont amené à la peinture, il faut, je crois, plutôt parler de processus ou de maturation que de parcours. J'ai toujours eu recours à l'imagination, et peut être qu'une certaine nécessité m'a conduit à des tentatives et à des balbutiements artistiques qui m'ont lentement fait découvrir la peinture et ses possibilités. Il y a eu simultanément les premiers chocs artistiques : Francis Bacon, Florence et la rencontre avec la peinture italienne, Titien surtout. Et Rembrandt. Tout cela m'a laissé entrevoir des possibilités de réconciliation d'avec la réalité, ainsi qu'une certaine façon de composer son existence, et cela s'est cristallisé dans l'acte de peindre quotidiennement. Qu'est-ce qui déclenche chez vous la composition d'un tab

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Des expos qui feront bouger les lignes

Expositions | Qu'elle prenne pour origine un souffle indistinct ou au contraire une limpidité idéale, l'image artistique tente de faire bouger nos perceptions, nos émotions et nos manières de penser. Et va parfois, pour cela, jusqu'à "s'encanailler" avec la littérature, le cinéma et le design.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Des expos qui feront bouger les lignes

« Le rêve sait à sa façon que l'image est chaos » écrit le psychanalyste Pierre Fédida dans un article au titre évocateur : Le souffle indistinct de l'image. Rêves et œuvres artistiques, selon Fédida, auraient pour origine fluctuante et floue une sorte d'haleine, de brume d'images mouvantes, charriant quelques fantômes et réminiscences ancestrales... C'est dans cette "ambiance", sous ce point de vue, que l'on peut appréhender les tableaux si singuliers du jeune peintre lyonnais Frantz Metzger que la galerie Anne-Marie et Roland Pallade présentera pour la deuxième fois, du 19 janvier au 11 mars. Les corps de ses personnages y semblent composés autant de chair que d'air brumeux, et revisitent avec force et trouble quelques scènes classiques : annonciation, mythe de Diane et Actéon, descente de la croix... Dans un tout autre genre (installations, environnements...), l'artiste belge Ann Veronica Janssens (née en 1956) travaille elle aussi à partir de matériaux informels comme la lumière, le son, ou ses fameux brouillards col

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Cinq regards contemporains sur le passé

ARTS | La galerie Anne-Marie et Roland Pallade a proposé à cinq artistes lyonnais de revisiter des œuvres du Musée des Beaux-Arts et de les réinterpréter en fonction (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 15 décembre 2011

Cinq regards contemporains sur le passé

La galerie Anne-Marie et Roland Pallade a proposé à cinq artistes lyonnais de revisiter des œuvres du Musée des Beaux-Arts et de les réinterpréter en fonction de leurs propres style, univers, point de vue (jusqu'au 28 janvier). Une vanité de Picasso prend ainsi du relief avec Bernard Bovagnet, un Rubens est "éclaté" en trois fragments quasi cinématographiques par Claude Gazier, La Fuite en Égypte de Poussin prend un caractère actuel et autobiographique avec Viviane Sermonat... Cette exposition est aussi l'occasion de découvrir deux univers artistiques particulièrement étranges : celui de Lionel Stocard réinterprétant le cauchemar de Louis Janmot dans un univers bleuté et vertigineux de thermes imaginaires ; celui du jeune Frantz Metzger (né en 1980) où les corps sont traités de manière fantomatique et évanescente, pures apparitions plastiques et inquiétantes parmi des paysages déchirés faits de blancs et de bruns... Ce peintre, proche par certains aspects de Francis Bacon, travaille à contre-courant de la mode dominant les arts plastiques et l'on vous renvoie à son site (www.frantzmetzger.com) pour

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