Fan des années 70

ARTS | Récemment nommée à la tête de l'Espace d'Arts Plastiques Madeleine Lambert de Vénissieux, Françoise Lonardoni nous livre les grandes lignes de son projet et dévoile ses dadas artistiques. Propos recueillis par Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 13 septembre 2013

Photo : dr


Quelles sont les grandes étapes de votre parcours ?

Françoise Lonardoni : J'ai été assistante au Centre d'art de Saint-Priest en 1984 puis, à partir de 1995, responsable de l'artothèque de la Bibliothèque de la Part-Dieu. Je viens d'être nommée, il y a quelques mois, directrice du service arts-plastiques de Vénissieux. A la Part-Dieu, il y a un public cultivé, j'avais un travail d'expertise, de plus en plus universitaire. A Vénissieux, je retrouve une programmation artistique globale. Je me rends compte qu'en quinze ans de grands changements se sont opérés en "banlieue" : le plateau culturel y est devenu très important (théâtre, cinéma, littérature, etc.) et les élus sont rompus à tout cela. Cela constitue un circuit très mûr.

 

En quoi consiste le service arts plastiques de Vénissieux  ?

En fait, il réunit trois pôles : l'espace d'exposition, une collection de quelque 450 œuvres, tous médiums confondus, commencée dès les années 1970 par la fondatrice du lieu, Madeleine Lambert, à l'esprit très militant, et une quinzaine d'ateliers de pratique artistique amateur dirigés par des artistes chevronnés et engagés.

 

Quel est votre projet  ?

Mon projet se fonde à partir de ces trois entités, que j'aimerais "faire monter" ensemble au même niveau. Par exemple  : faire qu'on puisse s'approprier dans les ateliers des éléments de la collection, ouvrir l'espace d'exposition à des interventions des artistes qui travaillent à Vénissieux, etc. Je vais reprendre aussi l'idée d'expositions avec des ancrages dans la ville, en relais avec certains de ses acteurs, que je suis en train de rencontrer. Ce qui est surprenant dans les centres sociaux des quartiers difficiles, c'est que les gens sont aujourd'hui très habitués à accueillir des artistes ou des œuvres. Ils sont très avertis, lucides, ce ne sont pas des consommateurs d'art naïfs, mais des gens qui ont acquis une maturité et un œil critique aiguisé.

 

Pouvez-vous nous parler de votre prochaine exposition  ?

L'exposition d'automne, consacrée à Frédéric Rouarch, a été programmée par mon prédécesseur. Je présenterai en janvier la jeune artiste Camille Llobet, qui travaille beaucoup autour des "systèmes", qu'ils soient de langage, cinématographiques ou autres, et qui les détourne. Elle proposera un travail sur le langage justement. On peut voir en ce moment une très belle œuvre de cette artiste chez le disquaire Buffet Froid à Lyon.

Après, j'aimerais pouvoir décliner une thématique à travers deux ou trois expositions, celle par exemple de l'empreinte de l'espace réel sur la sculpture contemporaine. Et de manière plus générale, toujours conjoindre l'éducation et l'exposition. A travers l'art, on peut penser un projet de construction de l'individu en l'amenant à un regard plus en nuances, à des points de vue plus obliques...

 

Quel est votre oxygène artistique  ?

Ce qui me motive le plus c'est de montrer que l'art est multidisciplinaire : à la fois par la diversité de ses formes et de ses techniques, et par la diversité de ses enjeux et de ses problématiques (du corps à la narration). L'art est aujourd'hui moins un support qu'une réflexion. Et le point commun de toutes ces recherches me semble être essentiellement l'homme, les artistes empruntant beaucoup à l'anthropologie.

Je m'intéresse par ailleurs aux artistes qui rendent un système absurde, le font glisser, comme Claude Closky par exemple. Ou aux artistes qui relient leur travail à l'engagement, sans pour autant faire de l'art à message. C'est par exemple le cas de Valie Export, qui parle de féminisme et de politique, tout en s'attelant aux problématiques de la photographie et de la performance. Ou Gilles-Joseph Wolman, un proche de Guy Debord. L'idéal pour moi, c'est quand l'art entremêle enjeux artistiques et questions sociétales. Je suis fan aussi des années 1970, et j'aurais aimé vivre à New York à cette époque où Patti Smith et Robert Mapplethorpe se rendaient chez Warhol. Ou bien quand Robert Morris travaillait avec la chorégraphe Simone Forti.

 

Et pour les plus jeunes  ?

J'aime Raphaël Zarka qui travaille à partir de formes existantes, Vincent Olinet, qui se situe dans l'ambiguïté des glissements entre l'objet quotidien et l'œuvre artistique... Ou encore Isabelle Cornaro, qui reconstitue dans ses installations la structure des tableaux classiques et met ainsi en évidence des questions de perspective, de point de vue, d'organisation spatiale...

 

Des expositions à Vénissieux et en périphérie de Lyon  :

A l'E.A.P. De Vénissieux : Frédéric Rouarch du 19 octobre au 21 décembre, puis Camille Llobet à partir de janvier 2014

Au Centre d'arts plastiques de Saint-Fons : Anna et Bernhard Blume, Images du roman photo de toute une vie, jusqu'au 31 octobre (voir notre sélection), puis Jean-Baptiste Sauvage du 22 novembre au 18 janvier

Au Couvent de la Tourette à l'Arbresle : Anne et Patrick Poirier, Traces et confrontations éphémères, jusqu'au 20 novembre

Au Fort du Bruissin : Vers une hypothèse, exposition collective (Guillaume Robert, Paola Yacoub, Elena Bajo...) jusqu'au 23 février

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Podcast / Débat critique sur Luca Monterastelli chez Néon et Paul Raguenes et Iain Baxter & à la BF15

ARTS | Cette table critique revient sur l’actualité de l’art contemporain à Lyon avec l’exposition de Luca Monterastelli.

Dorotée Aznar | Mercredi 20 juin 2012

Podcast / Débat critique sur Luca Monterastelli chez Néon et Paul Raguenes et Iain Baxter & à la BF15

Date de première diffusion:  19 Juin 2012 Emission n°114  Durée: 31’35 minInvités: Françoise Lonardoni, Responsable de l’artothèque de la Part-Dieu et commissaire indépendant; Patricia Creveaux, historienne de l’art et essayiste.Contenu: Cette table critique revient sur l’actualité de l’art contemporain à Lyon avec l’exposition de Luca Monterastelli jusqu’au 27 Juillet chez Néon et celle des artistes Paul Raguenes et Iain Baxyer & à la BF15 jusqu’au 28 Juillet 2012. Chroniques: Mattcoco inspirée par Paul Raguenes évoque le miroir dans Califragilistic; Solenne Livolsi a deux amours pour l’exposition parisienne à la Cité Nationale de l’Immigration. Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine  Liens utiles : Le site web de la BF15.

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Podcast / Débat critique sur ‘Tell the children’ à la Salle de Bain et Chiharu Shiota à la Sucrière

ARTS | L’exposition ‘Tell the children’ conçue par l’artiste Francis Baudevin se termine le 9 Juin 2012 à la Salle de bain de Lyon

Dorotée Aznar | Jeudi 24 mai 2012

Podcast / Débat critique sur ‘Tell the children’ à la Salle de Bain et Chiharu Shiota à la Sucrière

Date de première diffusion:  22 Mai 2012 Emission n°110  Durée: 35’00 minInvité: Françoise Lonardoni, Responsable de l’artothèque de la Part-Dieu et commissaire indépendant; Jean-Emmanuel Denave, critique art et culture dans la presse écrite.Contenu: L’exposition ‘Tell the children’ conçue par l’artiste Francis Baudevin se termine le 9 Juin 2012 à la Salle de bain de Lyon; ‘Labyrinth of memories’ de la Japonaise Chiharu Shiota constitue la première exposition de la Sucrière nouvelle formule et dure jusqu’au 31 Juillet 2012. Apportons une parole critique sur ces deux événements. Chroniques: Mattcoco et ses chers bambins nous livrent la deuxième partie de leur expédition au MAC dans l’expo Combas dans Califragilistic; Solenne Livolsi cuisine son Soliloque à la sauce Centre Pompidou-Metz. Retrouvez également : le blog des rendez-vous de la création contemporaine  Liens utiles : 

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Podcast / 100ème émission : Art contemporain mon amour

ARTS | Pour fêter le 100ème numéro des Rendez-vous, l’émission sobrement intitulée ‘Art contemporain mon amour’ fut enregistrée le Mercredi 29 Février en public dans la galerie Néon à Lyon.

Dorotée Aznar | Mercredi 7 mars 2012

Podcast / 100ème émission : Art contemporain mon amour

Date de première diffusion:  6 Mars 2012Emission n°100 Durée: 39’45 minInvité: Françoise Lonardoni, responsable de l’artothèque de la Part-Dieu; Patricia Creveaux, historienne de l’art; Jean-Emmanuel Denave, critique art et culture dans la presse écrite.Contenu: Pour fêter le 100ème numéro des Rendez-vous, l’émission sobrement intitulée ‘Art contemporain mon amour’ fut enregistrée le Mercredi 29 Février en public dans la galerie Néon à Lyon. Françoise Lonardoni, Patricia Creveaux et Jean-Emmanuel Denave se sont exprimés sur leur relation à l’art contemporain, les oeuvres fondatrices de leur engagement, et ont accepté de parler des clichés qui animent et malmènent cette sphère dont le grand public ne voit souvent qu’une partie émergée de l’iceberg. Quentin Maussang et Mamy Faire nous ont proposé leur chronique en live pour l’occasion. Chroniques: Mamy Faire rend un hommage malicieux aux Rendez-vous tandis que Quentin Maussang a interprété un nouveau tube: l’art contemporain c’est bien. Liens utiles :  il est toujours utile de déc

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