Collection 2013/2014

ARTS | Dix expositions à ne pas rater cette saison. Où l'on apprendra que les artistes figent l'eau de la Saône, passent le permis moto, trompent l'oeil parmi des friches, lisent Virginia Woolf, retournent angoissés en enfance ou bien encore résument en quelques images toute (ou presque) la philosophie de Peter Sloterdijk ! Jean-Emmanuel Denave

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

Anna et Bernhard Blume

Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des perspectives baroques, avec des objets ou de la nourriture qui voltigent, des regards hallucinés, des corps presque contorsionnés... Au-delà de cet aspect comique, les deux photographes interrogent autant qu'ils se réfèrent à l'abstraction géométrique, au Bauhaus et à la grande histoire de la photographie.

 

Au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons, jusqu'au 31 octobre

 

Myriam Mechita

Née en 1974, vivant à Berlin, Myriam Mechita surprend par l'hétérogénéité des moyens plastiques qu'elle emploie, autant que par la diversité des formes qu'elle déploie. On verra à l'URDLA de grands dessins interrogeant les mystères du désir féminin, des sculptures entremêlant l'humain à l'animal, quelques vanités et parties du corps écorchées... L'artiste interroge avec une grande liberté les fondamentaux de l'existence (le désir, la mort, la violence) et se place ici son exposition sous le signe de Virginia Woolf. Elle a d'ailleurs illustré pour l'occasion un inédit de l'écrivain anglaise, Enfin, traduit par Jacques Aubert.

 

A l'URDLA, Villeurbanne, jusqu'au 15 novembre

Visite commentée de l'exposition samedi 5 octobre à 15h30

 

Edith Dekyndt

Poésie, minimalisme, épure... Telles sont les coordonnées artistiques du centre d'art La BF15. L'exposition Slow story de l'artiste belge Edith Dekyndt ouvre la programmation du lieu de manière emblématique avec trois œuvres  : un grand tissu de feuilles d'argent qui noircira avec le temps, un bref extrait de film amateur (en boucle) montrant un pêcheur jetant son filet, un long aquarium contenant 120 litres d'eau de la Saône mélangée à un produit chimique régional, gélifiant peu à peu le contenu aqueux... Un éloge de la lenteur et du suspens.

 

A la BF15, jusqu'au 16 novembre

 

Portraits d'un hôpital au fil du temps

Alors que l'hôpital psychiatrique Le Vinatier est en train d'opérer sa mue architecturale et organisationnelle, une exposition photographique tente de retracer son évolution historique, depuis la fin du XIXe siècle. Côté positif : des images souvent intéressantes, présentées à la fois à la Ferme du Vinatier et en extérieur (ce qui permet de (re)découvrir ce lieu incroyable). Côté négatif : une absence d'explication des enjeux afférents aux mutations spatiales de la psychiatrie et un manque criant de représentation des patients au profit des différents personnels. La visite singulière de l'exposition organisée par le géographe Michel Lussault, grand théoricien des espaces contemporains, remédiera peut-être à ces défauts.

 

Au Centre Hospitalier Le Vinatier, jusqu'au 19 décembre

Visite avec Michel Lussault le 14 novembre à 18h30 dans le cadre du festival Mode d'emploi

 

Régis Gonzalez et Thomas Foucher

Découvert à Lyon à l'ancienne galerie Métropolis, le Stéphanois Régis Gonzalez (né en 1976) nous avait stupéfait par la morbidité et l'étrangeté de ses portraits d'enfants. Son œuvre demeure toujours aussi obscure mais s'est élargie aux motifs du corps, du masque, etc. On pourra voir ses œuvres récentes à la galerie Domi Nostrae, qui présentera ensuite un autre artiste de la région, Thomas Foucher. Travaillant dans des gammes de gris colorés, ce dernier cherche lui aussi à travers la représentation du corps une tension et une intranquillité qui ne laissent pas indifférent.

 

A la galerie Domi Nostrae, du 21 septembre au 26 octobre puis du 13 novembre au 4 janvier

 

Georges Rouault

Électron libre parmi les avant-gardes de son époque, Georges Rouault (1871-1958) a été formé à l'atelier de Gustave Moreau et s'est mis à la peinture après avoir réalisé des vitraux. Connu pour la puissance de son cerne noir et ses sujets spirituels, l'artiste est en réalité l'auteur d'une œuvre plus complexe, tant au niveau des médiums utilisés (gravure, aquarelle, encre...) que des motifs retenus. Le Musée de Fourvière tentera d'en donner un aperçu synthétique à travers une centaine d'œuvres.

 

Au Musée d'art religieux de Fourvière, du 2 octobre au 5 janvier 2014

 

Joseph Cornell

L'œuvre de Joseph Cornell (1903-1972) demeure assez méconnue du grand public. Le Musée des Beaux-Arts nous invite à la redécouvrir à travers ses liens privilégiés avec les surréalistes ou dadaïstes Marcel Duchamp, Man Ray, Salvador Dali... Ce sont en particulier certains collages de Max Ernst qui marquèrent beaucoup l'artiste américain, qui utilisa souvent ce procédé, mais aussi la "boîte artistique", le cinéma, la photographie... L'exposition rassemblera quelques 200 œuvres de Cornell et de ses illustres collègues, datant pour la plupart de la période 1930-1950.

 

Au Musée des Beaux-Arts, du 18 octobre au 10 février 2014

 

Georges Rousse

Intervenant dans des chantiers de BTP ou des friches, Georges Rousse (né en 1947) transforme des ruines en espace pictural dont le motif ou la représentation finale ne prendront forme et sens que sur ses grandes photographies. Un travail toujours aussi impressionnant et donnant à réfléchir sur notre rapport à l'espace comme au temps, l'écart entre l'imaginaire et le réel, la représentation par l'image... On aura la chance cette saison de découvrir deux expositions de l'artiste  : d'abord à la galerie Mathieu puis au Plateau.

 

A la galerie Mathieu, du 7 novembre au 21 décembre, et au Plateau – Hôtel de Région, d'avril à juillet 2014

 

Bernard Plossu

Pour synthétiser son passionnant ouvrage Bulles, le philosophe Peter Sloterdijk écrit vouloir élever «les catégories de la relation, du contact, du vol suspendu dans une situation de cohabitation l'un dans l'autre, le fait d'être contenu dans un "entre" - et ne traiter les prétendues substances et les individus que comme des éléments ou des pôles dans une histoire du vol en suspension». Comment mieux résumer l'œuvre poétique, erratique et formidablement légère du vagabond de la photographie Bernard Plossu ? L'artiste présentera ses images récentes au Réverbère. On attend son exposition non pas de pied ferme mais le cœur léger et aérien.

 

Au Réverbère, du 18 janvier à fin avril 2014

 

Motopoétique

Alors que Plossu insufflera quelques bulles légères dans l'univers de l'image, le MAC, lui, mettra quelques cercles et roues dans l'art contemporain. Le critique d'art Paul Ardenne y présentera 200 œuvres (signées par 35 artistes : Olivier Mosset, Raphaël Zarka, Xavier Veilhan, Pierre et Gilles, Alain Bublex...) ayant un lien avec... la moto ! Celle-ci étant, selon Paul Ardenne, «paradigmatique du rapport que l'homme peut établir avec la machine». Assertion à vérifier, mais il est sûr que la moto reste plus classe que la trottinette Bobo et plus rapide que la roue de bicyclette de Marcel Duchamp.

 

Au Musée d'art contemporain, de février à avril 2014


Anna et Bernhard Blume

"Images du roman photo de toute une vie"
Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons Espace Léon Blum - Rue de la Rochette Saint-Fons
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Régis Gonzalez


Galerie Domi Nostræ 39 cours de la Liberté Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Edith Dekyndt

"Slow stories"
La BF15 11 quai de la Pêcherie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cinq expos à voir cet été à Lyon

Bons Plans | Picasso en tête, les musées et les galeries proposent cet été nombre de belles expositions. Nous en avons sélectionné cinq, mais la liste est loin d'être exhaustive !

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 15 juillet 2020

Cinq expos à voir cet été à Lyon

De la nature, au Musée Dini Piochant dans ses collections modernes et contemporaines, le Musée Dini présente une exposition autour du thème, tout simple et vaste, de la nature : avec des plages fantomatiques signées Marc Desgrandchamps, une nature morte de Antoine Vollon, des paysages recomposés par Jérémy Liron… Et d’autres œuvres de Auguste Morisot, Jacques Truphémus, Marie-Anita Gaube…. Au Musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône jusqu’au dimanche 20 septembre Picasso, l'expo événément Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant, l'exposition du Musée des Beaux-Arts parcourt toutes les grandes étapes de la carrière de l'artiste : cubisme, néo-classicisme, surréalisme, primitivis

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Cinq expos à voir en mars

Bons Plans | Utopies, expériences sonores, souffles peints, voyages photographiques : sous le signe de la diversité des sens, voici cinq bonnes expos à découvrir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2020

Cinq expos à voir en mars

Retour vers le futur Fabien Giraud et Raphaël Siboni présentent à l'IAC une exposition protéiforme des plus étranges. On y déambule parmi des objets recouverts de sel, des flaques d'eau, des projections de films durant vingt-quatre heures, des fragments de masques, des tubes métalliques qui tournent sur eux-mêmes, des immortels dormant sur le sol du musée... Il y est question de la naissance d'un enfant virtuel, de subversion du capitalisme, de nouvelles formes d'échange, et d'un laps de temps utopique s'étirant de 1894 à 7231 ! Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Infantia À l'Institut d'Art Contemporain jusqu'au dimanche 3 mai Origines du monde Pendant huit ans, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a parcouru les endroits les plus reculés et les plus préservés de la planète, dont il présente à La Sucrière

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Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Fondus au monde

Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, le

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Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

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Éclairs de lucidité au Reverbère

Photographie | Serge Clément, Baudoin Lotin, Julien Magre et Bernard Plossu présentent au Réverbère leurs éclats photographiques, visions fugaces ou fulgurantes de leurs rencontres avec le réel.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 février 2019

Éclairs de lucidité au Reverbère

En exposant quatre photographes aux styles différents (Serge Clément, Baudoin Lotin, Julien Magre et Bernard Plossu), aux formats allant de la quasi miniature au grand format, et utilisant aussi bien le noir et blanc que la couleur, Le Réverbère s'est donné beaucoup de liberté pour son nouvel accrochage. L'improvisation, le jazz, la poésie sont d'ailleurs convoqués dans le texte accompagnant l'exposition. D'une plume lyrique, Jacques Damez écrit encore que ces quatre photographes « font se confronter les plans, les surfaces, les valeurs, les couleurs, les miroitements, les échos, les contrastes, le temps et la lumière pour, dans l’éclair de leurs états d’âme, foudroyer leur sujet. Ils mettent à vif le réel, ils ne lui laissent pas d’échappatoire. » Ce serait donc à force de volonté d'approcher, au plus près, de la peau du "réel", que ces quatre artistes trouveraient leur univers poétique et formel, parfois jusqu'à l'abstraction (le Canadien Serge Clément et ses jeux de reflets, de résonances et de doubles, notamment). Espaces transitionnels On découvre ainsi le rée

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Le corps en déraison de Thomas Foucher à la Demeure du Chaos

Peinture | Depuis onze ans, Thomas Foucher abreuve les murs de la Demeure du Chaos de portraits. Aujourd’hui, son fondateur Thierry Ehrmann lui a confié l’exposition annuelle du musée, lui permettant de dévoiler des travaux personnels hautement sensitifs et vertigineux.

Sarah Fouassier | Mardi 22 mai 2018

Le corps en déraison de Thomas Foucher à la Demeure du Chaos

Dans le ventre de l'imprenable Demeure de Saint-Romain-au-Mont-d’Or, se tisse la petite histoire d’un peintre dans les interstices de murs qui se risquent à nommer une humanité au bord du précipice. L’inintelligibilité du monde, ou plutôt sa déraison, fascine et traverse le corps de Thomas Foucher. Si le monde a peur du précipice, lui le regarde de biais et poursuit sa quête de sens de l’existence. « En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève, / Le silence, l’espace affreux et captivant… / Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant / Dessine un cauchemar multiforme et sans rêve » (C. Baudelaire, Le Gouffre, vers 4 à 8). De ce cauchemar baudelairien pour l'abîme, l’on ne vacille point au regard des peintures grand format enfoncées dans les chapelles du jardin de la Demeure du Chaos. Elles triomphent. Pas d’une façon suffisante. Elles triomphent dans la modestie et se délectent de ses images que l’on a forcément vues sur un journal, un vieux livre de photographies ou rencontrées dans la nature. Le cor

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Les 5 expos à voir cet été

ARTS | Non, tout ne ferme pas au 1er juillet : les galeries sont encore actives, et les musées vous accueillent durant toutes les vacances. Voici nos cinq expos à voir cet été, que vous soyez adeptes de photographie, d'art contemporain ou de visite pour toute la famille.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 2 juillet 2017

Les 5 expos à voir cet été

1/ Lumière ! Le cinéma inventé au Musée des Confluences jusqu'au 25 février 2018 Inventeurs hors du commun (ils ont cosigné à peu près 240 brevets !), Auguste et Louis Lumière ont non seulement mis au point le cinématographe, mais aussi l'autochrome couleur, le photorama, les prémices du cinéma en relief... L'exposition du Musée des Confluences retrace, à travers une très agréable scénographie, cette saga de l'image en mouvement, qui est aussi une saga collective, familiale, industrielle et lyonnaise. 2/ Maria Loboda et Charwei Tsai à l'Institut d'Art Contemporain à Villeurbanne jusqu'au 13 août L'IAC ouvre ses espaces à deux artistes dont l'univers poétique et esthétique est aussi un univers fort énigmatique. La polonaise Maria Loboda propose un parcours entre architecture et archéologie imaginaires ; et la taïwanaise Charwei Tsai des vidéos, des aquarelles et des installations fl

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Crise énergétique à l'IAC

ARTS | Exposition collective en deux volets, Otium propose de «revisiter certaines approches de la matière et des énergies dont nous sommes issus. Depuis la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 23 juin 2015

Crise énergétique à l'IAC

Exposition collective en deux volets, Otium propose de «revisiter certaines approches de la matière et des énergies dont nous sommes issus. Depuis la relation tellurique au monde jusqu'aux perceptions de type mythique, animiste ou astral qui procèdent d'une vision" enchantée" de l'univers». Un joli programme dont on ressort plutôt très désenchanté : de l'érotisme frelaté de Paul-Armand Gette à la navrante installation de Basserode qui, à travers quelques silex fixés à une cimaise, voudrait faire croire à une pluie de météorites entrées en collision avec la Terre, la majorité des œuvres présentées nous ont indifféré. Peut-être manquons-nous d'imagination, mais rien ici ne semble doté d'une quelconque énergie et notre relation tellurique au monde reste sans voie plastique. Myriam Mechita sauve un peu la mise avec son travail sur papier mélancolique et ses étranges pierres de couleurs incrustées dans les murs. Et désenchantés nous sommes restés, mais de manière plus intéressée et idoine, en découvrant l'environnement de Steve Bishop, invité à l'IAC par La Salle de bains. Ce jeune artiste canadien propose en effet une sorte de parcours en boucl

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A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

ARTS | Dans les musées comme dans les galeries, l'amateur d'art contemporain aura la chance de pouvoir découvrir cet été à Lyon un grand nombre d'expositions de haute tenue. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 juillet 2014

A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

Depuis le début de sa longue carrière, le photographe Georges Rousse réalise d'étonnants trompe-l’œil en investissant des lieux déshérités, les transformant, les repeignant, en redéfinissant leur structure pour composer ses images. Celles-ci entremêlent abstraction et architecture, poésie et réalité concrète. L'exposition qui lui est consacrée au Plateau (jusqu'au 26 juillet) rassemble une quarantaine d'images à travers un bel accrochage retraçant les grandes lignes de son œuvre.   Le plus jeune plasticien Guillaume Leblon s'empare lui des espaces de l'Institut d'Art Contemporain (jusqu'au 24 août) pour inviter le visiteur à «une promenade visuelle» donnant de nouvelles perspectives sur l'architecture et les objets. Les premières salles sont les plus réussies, avec un immense cube d'argile frais ouvert à toutes les figures possibles, des fantômes d'anima

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L'espace d'une image

ARTS | A travers une quarantaine d'images, l'exposition Georges Rousse donne un très bel aperçu d'une œuvre singulière, transformant artisanalement des espaces pour obtenir des photographies mêlant abstraction, poésie et utopie. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 avril 2014

L'espace d'une image

Cercles, disques, carrés, grilles, étoiles... Les motifs de couleur de Georges Rousse s'inscrivent dans des espaces éphémères, invitant et réinventant la peinture abstraite parmi des lieux à l'abandon. Le photographe réunit ainsi Malevitch ou Kandinsky avec l'esthétique des ruines, l'anamorphose et le trompe-l’œil, ou encore la peinture, l'installation-sculpture et la photographie. Chaque image exige une semaine de travail durant laquelle Georges Rousse redécoupe, repeint, redessine les perspectives d'un lieu pour obtenir, suspendue, une apparition géométrique virtuelle sur le papier photographique. «J'ai été confronté à des lieux quelconques, sans qualité architecturale particulière, lisses, presque sans matière, souvent immenses. La transformation devait alors suggérer un collage d'espaces antinomiques, parfois incongrus, rassemblés en une seule et unique image. Il s'agissait pour moi de faire surgir dans cette image une structure rendue virtuelle par sa forme, sa couleur ou sa matière» écrit Georges Rousse. De son premier travail à Villeurbanne en 1982 à ses très récentes interventions dans un bidonville de Mumbai, ou ailleurs aux quatre coins du monde, le photograph

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Bernard Plossu ou la photo vagabonde

ARTS | A l'occasion de deux expositions de Bernard Plossu à Lyon, évoquons ici son univers photographique de manière impressionniste : en des bribes de poésie, de biographie et de théorie mêlées. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2014

Bernard Plossu ou la photo vagabonde

Il est "10 : 10" sur l'autoroute. A travers un pare-brise invisible, le photographe Bernard Plossu a saisi cette symétrie temporelle sur le grand panneau d'information des réseaux routiers. On nous a beaucoup rebattu les oreilles (et les yeux) avec «l'instant décisif» de Cartier-Bresson, avec cette photographie censée être liée par essence à un laps de temps plein de signification ou de cocasserie. Ce n'est nullement inintéressant, mais réducteur. Sur cette image d'autoroute, exposée à l'ENS Lettres, la mesure du temps, quasi-absurde, est enveloppée de brouillard, de silence et de vide. La trop rationnelle et raide ligne droite de la chronologie se dérègle soudain parmi l'épaisseur et l'incertitude brumeuses de l'espace. Le temps météorologique, circulaire, cosmologique a eu raison du temps linéaire, calculé, rassurant. Aussi bien, l'abstraction vaporeuse y engloutit la figuration et le réalisme précis que l'on croyait si naturels au médium photographique. «Homme approximatif ou magnifique ou misérable / Dans le brouillard des chastes âges / Habitation à bon marché les yeux ambassadeurs de feu / Que chacun interroge et soigne dans la four

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Sur la route des expos

ARTS | Qu'ils voyagent dans des espaces fictifs ou réels, les (bons) artistes opèrent toujours chez nous un déplacement du regard. Petite sélection, non exhaustive, des expositions attendues en ce début d'année 2014. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 janvier 2014

Sur la route des expos

Après avoir accueilli une partie de la Biennale, le Musée d'art contemporain semble vouloir décompresser avec la curieuse et vrombissante exposition Motopoétique (du 21 février au 20 avril). Soit 200 œuvres signées par 38 artistes (BP, Alain Bublex, Ange Leccia, Xavier Veilhan...) et réunies par le critique d'art Paul Ardenne (auteur notamment du très intéressant Art, l'âge contemporain), toutes en rapport avec... la moto ! Les non bikers auront quelques doutes sur l'intérêt de ladite thématique, mais Paul Ardenne nous assure percevoir et ressentir la moto comme «un outil essentiel mis au service d'un sensualisme total». «La moto condense tout à la fois le mécanique, le viscéral, l'animal, le brut» et le critique fonceur n'hésite pas à y voir jusqu'à un «objet transitionnel» en citant le psychanalyste Winnicott ! A moto, en auto ou en bus, le photographe Bernard Plossu a depuis longtemps fait de l'errance une ligne à la fois éthique et esthétique. Après ses voyages au Mexique ou aux Etats-Unis, il présentera au Réverbère (du 18 janvier au 12 avril) des photographies glanées au Portugal et en G

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Pas de repos pour les expos

ARTS | Ludiques, émouvantes ou impressionnantes, ces expositions ont, à l'instar de celle du CHRD, rythmé notre automne. La trêve hivernale est l'occasion (la dernière pour certaines) de les revoir ou de les découvrir. Jean-Emmanuel Denave et Nadja Pobel

Benjamin Mialot | Vendredi 20 décembre 2013

Pas de repos pour les expos

Joseph Cornell et les surréalistes à New York  C'est l'événement artistique de ce début de saison à Lyon. Le Musée des Beaux-Arts nous invite à découvrir Joseph Cornell (1903-1972), drôle d'artiste américain n'ayant jamais ni peint ni sculpté. Proche des surréalistes émigrés à New York dans les années 30-40, Cornell est un fabuleux "fabricateur" d'images usant de techniques aussi diverses que le collage, des montages personnels d'images filmées ou l'assemblage poétique d'objets dans de petites boîtes ou de mini-théâtres. Un univers très émouvant et inventif qui est présenté au milieu d’œuvres d'artistes surréalistes importants (Max Ernst, Salvador Dali, Yves Tanguy, René Magritte...). A noter aussi, la sortie récente d'un beau catalogue sur l'exposition aux éditions Hazan. Au Musée des Beaux-Arts, jusqu'au lundi 10 février   Tony Cragg et Sigmar Polke 

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Nouvelles espèces d'espaces

ARTS | Alors que la peinture (classique), la photographie (dès ses origines) et le cinéma (récemment) tentent par tous les moyens de donner l'illusion de la 3D sur (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 4 décembre 2013

Nouvelles espèces d'espaces

Alors que la peinture (classique), la photographie (dès ses origines) et le cinéma (récemment) tentent par tous les moyens de donner l'illusion de la 3D sur une surface plane, Georges Rousse semble, dans son travail, prendre tout le monde à rebrousse-poil. Depuis 1981, l'artiste (né en 1947) investit des lieux souvent désaffectés (friches industrielles, bâtiments en ruines...) qu'il "sculpte", "découpe", peint, afin d'obtenir dans ses photographies un irréel motif abstrait en deux dimensions. A partir d'un long processus préparatoire, il photographie donc des "visions" subjectives émanant de sa sensibilité à la lumière, à l'architecture des lieux, à la poésie de l'espace...  «Je ne suis pas intéressé, dit Georges Rousse dans un entretien, par l'idée de créer un effet visuel, une combinaison d'effets qui n'est pas un travail d'artiste. Pour moi, le travail d'artiste, c'est utiliser l'espace. J'interviens en le divisant en fonction de problèmes spécifiques à la lumière, ou à la peinture, ou à la photographie». Au-delà de la réussite esthétique de ses photographies, l'artiste met en jeu les rela

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Thomas Foucher au cœur du corps

ARTS | La galerie Domi Nostrae consacre une fascinante exposition au peintre lyonnais Thomas Foucher. Un artiste du corps, du geste et de la matière, toujours hantés par leur possible effondrement. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 17 novembre 2013

Thomas Foucher au cœur du corps

Le noir et blanc sert aux photographes et aux peintres à mettre un peu de distance avec leurs motifs, à abstraire quelque peu leurs représentations. Thomas Foucher (né en 1976 à Suresnes, vivant à Lyon) utilise très précisément des gris colorés pour réaliser ses tableaux. Malgré ce filtre, quand on parcourt son exposition à la galerie Domi Nostrae, nous sommes immédiatement plongés parmi des entrelacs et des saillies de muscles, de veines, de nerfs, de peaux... Dans un monde de sensations brutes, fortes, frappantes. L'artiste représente pourtant des gestes simples dans ses différentes séries : une main posée à plat sur une poitrine, deux mains essorant une sorte de torchon imbibé d'eau... Gestes qu'il cadre hors de leurs contextes et de manière très serrée. Il y a chez Thomas Foucher une volonté de plonger au plus près de la matière, tout à la fois humaine et picturale. Volonté qui s'emblématise dans un tableau où les torsades de ceps de vignes se reflètent sur les lunettes de soleil d'un personnage, comme saturant son regard.  Fragiles présences

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Rouault, un électron libre

ARTS | Le Musée de Fourvière présente une centaine d'oeuvres de Georges Rouault. Un peintre qui, les pieds et les mains dans le cambouis, arrachent des toiles une rare et émouvante puissance. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 30 octobre 2013

Rouault, un électron libre

Le 27 mai 1871, les Versaillais bombardent sans vergogne les Communards. Dans une cave parisienne, le petit Georges Rouault pousse ses tout premiers vagissements. L'entrée en scène du peintre est aussi une entrée en matière : sous terre et dans le bruit et la fureur d'une guerre civile. On peut y percevoir en pointillés les coordonnées artistiques d'un homme, fervent catholique, qui toujours fera des allers et retours entre le bas et le haut, la matière et l'esprit, le matériau pictural le plus lourd et la forme la plus touchante. «Quand ça sent la merde, ça sent l'être» dira plus tard, dans la même veine, Antonin Artaud.   En attendant, Rouault se forme au sein du célèbre atelier de Gustave Moreau, admire Cézanne, est fasciné par Goya et commence par peindre artisanalement sur verre. Il est le contemporain de Matisse et de Picasso, mais en regardant sa peinture, on a l'impression qu'il n'a eu cure des avant-gardes et de leurs "ismes" : cubisme, surréalisme, futurisme... Rouault, ce sont des clowns, des femmes

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Beauté convulsive

ARTS | «Dorothea Tanning est surréaliste par sa capacité de mettre le rêve en images, de culbuter la réalité, de ne pas craindre les associations audacieuses, de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 24 octobre 2013

Beauté convulsive

«Dorothea Tanning est surréaliste par sa capacité de mettre le rêve en images, de culbuter la réalité, de ne pas craindre les associations audacieuses, de mettre en pratique l'adage d'André Breton : "la beauté sera convulsive ou ne sera pas", de laisser l'humour surgir au détour du lyrisme. Peintre surréaliste, Dorothea l'a été naturellement, fixant ses rêves sur la toile avant même de connaître les surréalistes» écrit Gilles Plazy dans sa belle monographie de l'artiste américaine (1910-2012). Celle-ci partage avec Joseph Cornell un parcours très similaire : d'abord surréaliste (et non sans distance critique) puis plus personnel et singulier, proche de l'expressionisme d'un Francis Bacon en ce qui concerne Tanning. Ces deux grands artistes ont aussi la malchance d'être très peu connus en France, à tort. Enfin, si Cornell a dédié nombre de ses œuvres à des danseuses, des actrices ou des chanteuses, il partagera avec Dorothea Tanning (quatrième épouse de Max Ernst !) un lien encore plus étroit à travers une correspondance abondante et une complicité artistique au long cours.

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Au-delà du réel

ARTS | Le Musée des Beaux-Arts consacre une très belle exposition à Joseph Cornell et à ses liens étroits avec le surréalisme dans les années 30 et 40. On y découvre à la fois un artiste majeur un peu oublié en France et quelques chefs-d’œuvre de ces sorciers de l'image que furent Man Ray, Salvador Dali, Max Ernst, René Magritte, Yves Tanguy ou Dorothea Tanning. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 23 octobre 2013

Au-delà du réel

Pour user d'une litote, on dira de Joseph Cornell qu'il est un artiste méconnu en France. Depuis 1981 et une exposition au Musée d'art moderne de Paris, rien ou presque à son propos. Il jouit pourtant aux Etats-Unis, d'après Sylvie Ramond (directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon et co-commissaire de l'exposition Matthew Affron du musée de Philadelphie), «du statut de véritable icône de l'art américain, au même titre qu'un Jackson Pollock par exemple». Les commissaires tentent donc de rattraper le temps et l'intérêt perdus, tout en précisant «ne pas avoir voulu organiser une rétrospective, mais tenter de réinsérer Cornell parmi l'univers surréaliste, très important à New-York dans les années 1930 et 1940». Il y a là une petite coïncidence amusante, puisque la dernière fois que le musée des Beaux-Arts a exposé de grands artistes américains (Mark Rothko, Jackson Pollock, Barnett Newman... dans l'exposition Repartir à zéro en 2008), c'était au contraire pour montrer combien ces derniers ont voulu se libérer de l'imagerie illusoire et détachée de toute signification historique ou existentielle du... surréa

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Nocturne au musée des Beaux-Arts le 8 novembre

ARTS | Nocturne au musée des Beaux-Arts de Lyon "Joseph Cornell et la musique" le vendredi 8 novembre 2013 de 18h à 22h avec la participation du pianiste Bernard (...)

Nadja Pobel | Lundi 14 octobre 2013

Nocturne au musée des Beaux-Arts le 8 novembre

Nocturne au musée des Beaux-Arts de Lyon "Joseph Cornell et la musique" le vendredi 8 novembre 2013 de 18h à 22h avec la participation du pianiste Bernard Demierre. L’exposition Joseph Cornell et les surréalistes à New York : Dalí, Duchamp, Ernst, Man Ray… est ouverte toute la soirée. Le pianiste Bernard Demierre joue en regard du travail cinématographique de Joseph Cornell, et invite les visiteurs à écouter les compositions d’artistes très admirés par ce dernier : Debussy, Ravel, Satie, auxquels il rend de multiples hommages dans son travail. Concerts à 18h15, 19h30 et 20h45 (25 minutes) Modalités de réservation : A partir du mois de novembre, vous pouvez acheter à l’avance son billet d’entrée pour la nocturne, au tarif de 5€, ainsi que sa place pour le concert de son choix au tarif de 3€. Vous pouvez dès à présent acheter des billets sur la billetterie en ligne:

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Serial painter

ARTS | Avec le peintre Régis Gonzalez, le spectateur mène l'enquête ou presque, suivant, de tableau en tableau, le parcours d'un serial killer, de ses premiers cris à ses derniers crimes. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 octobre 2013

Serial painter

«La Littérature est l'essentiel, ou n'est rien. Le Mal – une forme aigüe du mal – dont elle est l'expression, a pour nous, je crois, la valeur souveraine. Mais cette conception ne commande pas l'absence de morale, elle exige une "hypermorale"». Ces mots de Georges Bataille, le peintre Régis Gonzalez (né en 1976 à Chambéry et vivant à Saint-Etienne) pourrait les reprendre à son compte. Car il s'est successivement attelé à la représentation de deux des figures les plus immédiatement évocatrices de l'idée de Mal contemporain : celui qui nuit d'une manière ou d'une autre à l'enfant sacré, et le serial killer, qui fascine autant qu'il effraie.   Nous l'avions en effet découvert  il y a quelques années avec une série de portraits de très jeunes enfants aux visages et aux corps difformes, véritablement inquiétants, monstrueux (même si l'artiste jouait aussi sur une sorte d'humour grottesque). A la galerie Domi Nostrae, au début de l'exposition qu'elle lui consacre jusqu'à la fin du mois, nous retrouvons un j

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M. sous le signe de W.

ARTS | S'inscrivant dans l'univers littéraire de Virginia Woolf, Myriam Mechita présente à l'URDLA des œuvres fortes aux formes diverses, nouant quelques paradoxes existentiels fondamentaux : la violence et le désir, la vie et la mort, l'homme et l'animal... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 octobre 2013

M. sous le signe de W.

Ce sont, dans une estampe, de longues langues de feu léchant une maison en bois que l'on découvre au seuil de l'exposition de Myriam Mechita (née en 1974, installée à Berlin) à l'URDLA. C'est, plus loin, la langue dardée et comme pendue d'une inquiétante femme masquée qui se tend vers un ciel étoilé... La langue se répand dans l'exposition de Myriam Mechita comme s'y dépose celle, littéraire, de Virginia Woolf, figure tutélaire des œuvres présentées, l'URDLA éditant en parallèle sous le titre EnFin deux courts textes de l'écrivain anglaise traduits par Jacques Aubert et illustrés par Mechita. Comme souvent à l'URDLA, la littérature et le signe résonnent avec la plastique et les formes esthétiques. Le courant de conscience de Woolf s'instille parmi le courant de sensations des œuvres de Mechita, qui nous parlent tour à tour, ou concomittament, de désir, de mort, de violence, de beauté... Paradoxes Dans ses romans, Virginia Woolf traque des «moments d'être ou de non-être», des équival

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Ni spectaculaire, ni consommable

ARTS | Le critique de cinéma Serge Daney cherchait des images qui ne seraient pas à vendre («pas un plan qui pourrait vendre quelque chose»). L'artiste belge (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 18 septembre 2013

Ni spectaculaire, ni consommable

Le critique de cinéma Serge Daney cherchait des images qui ne seraient pas à vendre («pas un plan qui pourrait vendre quelque chose»). L'artiste belge Edith Dekyndt (née en 1960) réalise, elle, des œuvres «ni spectaculaires, ni consommables». Pour cela, elle utilise des "matériaux" presque impaplpables, parfois invisibles : l'eau, l'air, le son, les ondes magnétiques, des bulles de savon, le froid... Et s'intéresse de près aux phénomènes physiques décrits par les sciences, à la vie quotidienne, à la logique ou aux illogismes du sens, ou encore à la patine du temps. Pour son exposition à Lyon, l'artiste a produit deux œuvres en lien avec l'histoire de la ville. En un clin d'oeil au berceau du cinéma, elle a accroché à une cimaise une grande toile en feuilles d'argent (une sorte d'écran), dévolue à noircir peu à peu avec la lumière. Dans une petite salle, elle expose par ailleurs un grand aquarium contenant 120 litres d'eau de la Saône (rivière qui fait face au centre d'art), mélangés à un produit chimique créé par une entreprise locale. Lequel, au fil du tem

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Espace en voie de réapparition

ARTS | Que sculpture et peinture soient par définition liées à des problèmes d'espace paraît une évidence. Que l'art contemporain reprenne la question à nouveaux frais est plus excitant et essentiel. Quelques-unes des expositions de la saison 2013-14 entament le sujet... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 13 septembre 2013

Espace en voie de réapparition

C'est en général lorsqu'on perd quelque chose qu'on lui reconnaît sa pleine importance... Ainsi de l'espace qui, avec l'accélération et la vitesse chez Paul Virilio et le simulacre chez Jean Baudrillard, se serait, sous nos yeux contemporains, réduit à la portion congrue du pixel à la surface d'un écran. À l'heure de cette disparition problématique, l'Institut d'Art Contemporain axe toutes ses expositions et événements sur l'espace : Fabricateurs d'espaces, une exposition récente, son Laboratoire Espace Cerveau, la prochaine exposition consacrée à Manfred Pernice du 6 décembre au 16 février, artiste allemand interrogeant l'espace urbain. L'occasion de saisir les enjeux du travail philosophique de Peter Sloterdijk, qui ne pose plus les traditionnelles questions «Qui  ? Comment  ?  Quand  ?» mais se demande «Où ?» se trouve l'individu humain. Et traque dans sa trilogie Sphères les espaces relationnels, les résonances, les lieux, les contacts, les espaces fragiles et poreux. Qui nous sont essentiels.

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Bernard Plossu, Then and now, L'Ouest américain

ARTS | La poésie, l'errance, la liberté en photographie riment pour nous avec le nom de Bernard Plossu. Le Réverbère consacre à l'artiste une superbe exposition (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 novembre 2010

Bernard Plossu, Then and now, L'Ouest américain

La poésie, l'errance, la liberté en photographie riment pour nous avec le nom de Bernard Plossu. Le Réverbère consacre à l'artiste une superbe exposition (jusqu'au samedi 20 novembre), rassemblant une centaine d'images prises dans l'Ouest américain ou au Mexique de 1970 à 1985. La plupart sont des petits formats noir et blanc où l'on retrouve cette manière, si légère et touchante, d'appréhender les hasards de la vie, l'érotisme des femmes, l'incongruité d'un quartier urbain ou d'une bâtisse, la trivialité de la vie quotidienne, la beauté d'individus anonymes croisés l'instant d'un regard... On y découvre aussi un Bernard Plossu «paysagiste» et fasciné par le désert. Sur le sable ou le bitume, l'artiste poursuit sa route artistique singulière, pudique et émouvante.JED

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