Beauté convulsive

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 24 octobre 2013

Photo : dr


«Dorothea Tanning est surréaliste par sa capacité de mettre le rêve en images, de culbuter la réalité, de ne pas craindre les associations audacieuses, de mettre en pratique l'adage d'André Breton : "la beauté sera convulsive ou ne sera pas", de laisser l'humour surgir au détour du lyrisme. Peintre surréaliste, Dorothea l'a été naturellement, fixant ses rêves sur la toile avant même de connaître les surréalistes» écrit Gilles Plazy dans sa belle monographie de l'artiste américaine (1910-2012). Celle-ci partage avec Joseph Cornell un parcours très similaire : d'abord surréaliste (et non sans distance critique) puis plus personnel et singulier, proche de l'expressionisme d'un Francis Bacon en ce qui concerne Tanning. Ces deux grands artistes ont aussi la malchance d'être très peu connus en France, à tort. Enfin, si Cornell a dédié nombre de ses œuvres à des danseuses, des actrices ou des chanteuses, il partagera avec Dorothea Tanning (quatrième épouse de Max Ernst !) un lien encore plus étroit à travers une correspondance abondante et une complicité artistique au long cours.

 

Dans l'exposition Cornell, on pourra voir une œuvre de Tanning réalisée avec son mari Max Ernst. Elle est intitulée Toy Theater et date de 1948, soit peu avant que son travail ne prenne un virage radical : «Vers 1955, mes toiles ont littéralement éclaté... J'ai brisé le miroir, pourrait-on dire». L'érotisme s'y octroie une place de choix, n'hésitant pas à se faire l'écho des fantasmes féminins les plus crus et les plus dérangeants pour leur époque («Chaque tableau est une crise, une convulsion... toute la vie est un affrotement désespéré avec des forces inconnues»). On pourra le vérifier parmi les collections du XXe siècle du musée des Beaux-Arts, qui recèlent l'un de ses chefs-d'oeuvre, au titre somptueux  : Et Dieu passa aux aveux (1965). Le critique Alain Jouffroy y percevait «une violence particulière : celle du corps qui s'insurge, celle du corps qui se soulève». Nous y ajouterons qu'il pourrait être le point d'appui d'une future exposition consacrée à cette formidable artiste.

 

Jean-Emmanuel Denave


Joseph Cornell et les surréalistes à New York

Pièces majeures du pionnier du collage et œuvres d’artistes emblématiques du surréalisme : Salvador Dalí, Marcel Duchamp, Max Ernst, Man Ray…
Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
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Pas de repos pour les expos

ARTS | Ludiques, émouvantes ou impressionnantes, ces expositions ont, à l'instar de celle du CHRD, rythmé notre automne. La trêve hivernale est l'occasion (la dernière pour certaines) de les revoir ou de les découvrir. Jean-Emmanuel Denave et Nadja Pobel

Benjamin Mialot | Vendredi 20 décembre 2013

Pas de repos pour les expos

Joseph Cornell et les surréalistes à New York  C'est l'événement artistique de ce début de saison à Lyon. Le Musée des Beaux-Arts nous invite à découvrir Joseph Cornell (1903-1972), drôle d'artiste américain n'ayant jamais ni peint ni sculpté. Proche des surréalistes émigrés à New York dans les années 30-40, Cornell est un fabuleux "fabricateur" d'images usant de techniques aussi diverses que le collage, des montages personnels d'images filmées ou l'assemblage poétique d'objets dans de petites boîtes ou de mini-théâtres. Un univers très émouvant et inventif qui est présenté au milieu d’œuvres d'artistes surréalistes importants (Max Ernst, Salvador Dali, Yves Tanguy, René Magritte...). A noter aussi, la sortie récente d'un beau catalogue sur l'exposition aux éditions Hazan. Au Musée des Beaux-Arts, jusqu'au lundi 10 février   Tony Cragg et Sigmar Polke 

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Au-delà du réel

ARTS | Le Musée des Beaux-Arts consacre une très belle exposition à Joseph Cornell et à ses liens étroits avec le surréalisme dans les années 30 et 40. On y découvre à la fois un artiste majeur un peu oublié en France et quelques chefs-d’œuvre de ces sorciers de l'image que furent Man Ray, Salvador Dali, Max Ernst, René Magritte, Yves Tanguy ou Dorothea Tanning. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 23 octobre 2013

Au-delà du réel

Pour user d'une litote, on dira de Joseph Cornell qu'il est un artiste méconnu en France. Depuis 1981 et une exposition au Musée d'art moderne de Paris, rien ou presque à son propos. Il jouit pourtant aux Etats-Unis, d'après Sylvie Ramond (directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon et co-commissaire de l'exposition Matthew Affron du musée de Philadelphie), «du statut de véritable icône de l'art américain, au même titre qu'un Jackson Pollock par exemple». Les commissaires tentent donc de rattraper le temps et l'intérêt perdus, tout en précisant «ne pas avoir voulu organiser une rétrospective, mais tenter de réinsérer Cornell parmi l'univers surréaliste, très important à New-York dans les années 1930 et 1940». Il y a là une petite coïncidence amusante, puisque la dernière fois que le musée des Beaux-Arts a exposé de grands artistes américains (Mark Rothko, Jackson Pollock, Barnett Newman... dans l'exposition Repartir à zéro en 2008), c'était au contraire pour montrer combien ces derniers ont voulu se libérer de l'imagerie illusoire et détachée de toute signification historique ou existentielle du... surréa

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Nocturne au musée des Beaux-Arts le 8 novembre

ARTS | Nocturne au musée des Beaux-Arts de Lyon "Joseph Cornell et la musique" le vendredi 8 novembre 2013 de 18h à 22h avec la participation du pianiste Bernard (...)

Nadja Pobel | Lundi 14 octobre 2013

Nocturne au musée des Beaux-Arts le 8 novembre

Nocturne au musée des Beaux-Arts de Lyon "Joseph Cornell et la musique" le vendredi 8 novembre 2013 de 18h à 22h avec la participation du pianiste Bernard Demierre. L’exposition Joseph Cornell et les surréalistes à New York : Dalí, Duchamp, Ernst, Man Ray… est ouverte toute la soirée. Le pianiste Bernard Demierre joue en regard du travail cinématographique de Joseph Cornell, et invite les visiteurs à écouter les compositions d’artistes très admirés par ce dernier : Debussy, Ravel, Satie, auxquels il rend de multiples hommages dans son travail. Concerts à 18h15, 19h30 et 20h45 (25 minutes) Modalités de réservation : A partir du mois de novembre, vous pouvez acheter à l’avance son billet d’entrée pour la nocturne, au tarif de 5€, ainsi que sa place pour le concert de son choix au tarif de 3€. Vous pouvez dès à présent acheter des billets sur la billetterie en ligne:

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Collection 2013/2014

ARTS | Dix expositions à ne pas rater cette saison. Où l'on apprendra que les artistes figent l'eau de la Saône, passent le permis moto, trompent l'oeil parmi des friches, lisent Virginia Woolf, retournent angoissés en enfance ou bien encore résument en quelques images toute (ou presque) la philosophie de Peter Sloterdijk ! Jean-Emmanuel Denave

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

Collection 2013/2014

Anna et Bernhard Blume Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des perspectives baroques, avec des objets ou de la nourriture qui voltigent, des regards hallucinés, des corps presque contorsionnés... Au-delà de cet aspect comique, les deux photographes interrogent autant qu'ils se réfèrent à l'abstraction géométrique, au Bauhaus et à la grande histoire de la photographie.   Au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons, jusqu'au 31 octobre   Myriam Mechita Née en 1974, vivant à Berlin, Myriam Mechita surprend par l'hétérogénéité des moyens plastiques qu'elle emploie, autant que par la diversité des formes qu'elle déploie. On verra à l'URDLA de grands dessins inte

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Attendre soulage

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Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 22 août 2012

Attendre soulage

«Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique», écrit André Breton dans L’Amour fou… Et c’est dans les salles du XXe siècle du Musée des Beaux-Arts que nous sommes allés «attendre» les nouvelles expositions de la rentrée (Soulages notamment, maître du noir, bientôt dans ces murs) et y découvrir un nouvel accrochage éphémère. Le noir déjà y bat son plein dès la découverte de La Cathédrale (1955) de Nicolas de Staël, qui se détache sur une nuit teintée de bleu, celle même où l’artiste bascula la même année en se suicidant. Et Dieu passa aux aveux semble lui répondre, en 1965, Dorothea Tanning (épouse de Max Ernst), avec ses formes ambiguës parmi l’obscurité inquiétante, son corps féminin tronqué et convulsé… Oui Breton encore, L'Amour fou encore : «La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas». Un an après, 1966, le très surréaliste Lyonnais Max Schoendorff entreprend de nous perdre parmi les décors en lambeaux de son Aveugle étoile morte : grotte paléolithique déchiquetée ou intérieur organique, qui

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