Le scandale YSL

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2013

Photo : © Laurent Vella


Quand, le 29 janvier 1971, Yves Saint Laurent présente la robe ci-dessuslors d'un défilé d'une collection consacrée aux années 40, le scandale éclate : de l'avis général, il est encore trop tôt pour transformer en luxe des souvenirs douloureux. A l'époque, le couturier n'est pourtant pas un débutant. Il est même adulé par tout son milieu. Mais voilà que les chroniqueurs de mode l'accusent d'avoir présenté la collection «la plus laide de Paris». L'objet du délit : avoir utilisé les codes des années sombres.

La robe en question est ainsi confectionnée à partir de tissus artificiels, ceux utilisés sous l'Occupation faute de mieux, près du corps (une contrainte liée à la pénurie et donc à l'impossibilité de rassembler de quoi tisser des vêtements amples), épaulée et assortie de chaussures à talons compensés et d'un turban dans les cheveux. Elle signe aussi un retour en arrière pour Saint Laurent, qui avait su mettre des pantalons aux femmes dans les années 60.

Mais plus que pour ses fautes de goût, le couturier est vilipendé pour avoir commis «une faute sexuelle, morale, politique. Les images de ces Françaises qui avaient couché avec les Allemands sous l'Occupation revenaient comme un album de clichés refoulés», ainsi que l'affirme Farid Chenoune, historien de la mode, dans le catalogue de l'exposition Pour vous, mesdames !. Logique dès lors, qu'en plein mouvement hippie et féministe, ce mélange un rien putassier entre la féminité des dames du bois de Boulogne et celles de l'avenue Montaigne soit conspué.

Largement réévalués depuis, ces vêtements figurent désormais parmi les plus modernes de son œuvre. Avec cette collection devenue mythique, il a surtout inventé la mode dite "rétro" et démontré avec talent que la mode est un éternel recommencement.

Nadja Pobel


Pour vous, mesdames !

"La mode en temps de guerre"
CHRD 14 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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YSL, entre soies

Mode | L'espace n'est pas très grand mais permet de se plonger dans les volutes de haute-couture made by Yves Saint Laurent ; l'occasion aussi d’évoquer les savoir-faire des orfèvres lyonnais du textile avec qui il a longuement collaboré.

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

YSL, entre soies

Yves Saint Laurent fut l'un des premiers à faire porter le tailleur-pantalon aux femmes dès les années 60, mais il n'en est jamais question dans cette exposition. Et pour cause, ce vêtement nécessitait des lainages qui n’étaient pas produits à Lyon au contraire de la soierie et autres textiles transformés par les compétences de huit artisans lyonnais, sur qui repose tout le propos de ce parcours voluptueux, forcément voluptueux. Car avant même de rentrer dans la technicité de cet art de l’industrie du luxe, les 25 robes présentées sur mannequin aimantent. Toutefois, les regarder sous toutes leurs coutures ne suffit pas à en apprécier la qualité. Sur écran vidéo, chacune d’elle est montrée en mouvement lors de défilés du créateur, portées par des lianes déambulantes. Officiel de la mode Avant d’en arriver à ce moment d’éclat – toute prisonnière de la upper class que soit la haute couture, elle n’en reste pas moins de l’art – cette exposition, co-réalisée avec le musée parisien YSL, montre l’ADN du vêtement. « Les tissus sont la base de tout, ce sont eux qui

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Fin de règne : "Celebration"

Documentaire | de Olivier Meyrou (Fr, 1h14) avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Fin de règne :

1998. À l’occasion de la Coupe du monde de football, le Stade de France accueille sur sa pelouse un défilé de plusieurs centaines de créations de Yves Saint Laurent. C’est le temps des hommages et des souvenirs pour le couturier affaibli, qui achève l’une de ses ultimes collections… En apparence centré sur un homme, ce documentaire s’intéresse à la ruche vrombissante dont Yves Saint Laurent était le cœur battant, épaulé par son associé et compagnon, l’incontournable Pierre Bergé, un gardien du temple protecteur, montrant volontiers les crocs quand il n’aboie pas. Dévoilant les coulisses de la maison, la maladie invalidante de l’artiste et la tendre complicité unissant les deux patrons, retournant également sur les traces des débuts parisiens en compagnie des “cousettes“ historiques, ce film aussi proche que respectueux fut étonnamment interdit pendant dix ans, malgré sa présentation à la Berlinale. Nullement voyeuriste, il ne montre rien de choquant ; seulement de l’élégance et de la mélancolie. En cela, il peut se considérer comme l’équivalent d’une vanité.

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène — seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme —, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté — l’Algérie coloniale, les clubs de jazz — anachronismes ridicules de l’autre — le défilé de 1971 sur de l’électro-pop ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix-off, sans parler d’une fin qui accélère les événements pour ten

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A la mode comme à la guerre

ARTS | En rendant aux femmes leur place majeure dans le conflit de 39-45, le CHRD propose avec "Pour vous, mesdames !" une exposition aussi passionnante qu’originale, où l'habillement raconte la douleur de la guerre et les petites combines pour continuer à vivre sous l’Occupation. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2013

A la mode comme à la guerre

Depuis longtemps, le CHRD s’échine à montrer que la Deuxième Guerre mondiale ne s’aborde pas seulement par son histoire militaire et les terribles rafles, déportations et exterminations causées par le régime nazi (par ailleurs extrêmement bien relatées dans l’exposition permanente). Une démarche notamment liée à la disparition progressive des témoins de cette époque, qui rend de plus en plus nécessaire le recours à d'autres vecteurs concrets pour la transmettre. En introduction de l'exposition temporaire Pour vous, mesdames!, Isabelle Doré-Rivé, la directrice du musée, explique ainsi que la mode était autant un moyen d’exister qu'un acte de résistance : «Les restrictions concernant le vêtement, écrit-elle dans le catalogue, richement illustré, sont plus m

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