Sur la route des expos

ARTS | Qu'ils voyagent dans des espaces fictifs ou réels, les (bons) artistes opèrent toujours chez nous un déplacement du regard. Petite sélection, non exhaustive, des expositions attendues en ce début d'année 2014. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 janvier 2014

Photo : Bernard Plossu, galerie Le Réverbère


Après avoir accueilli une partie de la Biennale, le Musée d'art contemporain semble vouloir décompresser avec la curieuse et vrombissante exposition Motopoétique (du 21 février au 20 avril). Soit 200 œuvres signées par 38 artistes (BP, Alain Bublex, Ange Leccia, Xavier Veilhan...) et réunies par le critique d'art Paul Ardenne (auteur notamment du très intéressant Art, l'âge contemporain), toutes en rapport avec... la moto ! Les non bikers auront quelques doutes sur l'intérêt de ladite thématique, mais Paul Ardenne nous assure percevoir et ressentir la moto comme «un outil essentiel mis au service d'un sensualisme total». «La moto condense tout à la fois le mécanique, le viscéral, l'animal, le brut» et le critique fonceur n'hésite pas à y voir jusqu'à un «objet transitionnel» en citant le psychanalyste Winnicott !

A moto, en auto ou en bus, le photographe Bernard Plossu a depuis longtemps fait de l'errance une ligne à la fois éthique et esthétique. Après ses voyages au Mexique ou aux Etats-Unis, il présentera au Réverbère (du 18 janvier au 12 avril) des photographies glanées au Portugal et en Grèce. «L'idée de réunir les images de ces deux pays extrêmes du sud européen est apparue sans motivation profonde, ni raison précise : et c'est précisément cela qui fait que l'idée a germé, cette non-raison cartésienne, cette manière de peut-être juste les réunir pour le plaisir, visuellement comme dans la vie...» annonce ce photographe aux semelles de vent dont on aime tant les images à la poésie improvisée, et qui exposera aussi à l'Ecole Normale Supérieure Lettres (du 16 janvier au 21 mars).

Des troubadours à Kafka

Le Musée des Beaux-Arts (du 19 avril au 21 juillet, avec une deuxième partie d'exposition au Monastère de Brou à Bourg-en-Bresse) nous invite quant à lui à voyager dans le passé en revenant sur la peinture «troubadour» (L'Invention du passé), mouvement pictural du début du XIXe qiècle épris d'histoire et d'iconographie médiévales. On pourra encore voyager cet été jusqu'au Brésil au Musée d'art contemporain avec un panorama de la création contemporaine brésilienne (Imagine Brazil), entre fiction et réalité avec l'exposition monographique consacrée à Guillaume Leblon à l'Institut d'Art Contemporain (du 5 juin au 24 août), ou aux Etats-Unis sur les traces de l'écrivain William Faulkner avec le photographe Alain Desvergnes (au Bleu du Ciel du 17 avril au 21 juin).

Sans forcément beaucoup se déplacer, d'autres artistes travaillant sur la notion d'espace (imaginaire, poétique, social...) dévoileront à Lyon leurs travaux récents et attendus. Perrine Lacroix présentera dès ce samedi 11 janvier, dans la nouvelle galerie Snap (ouverte en octobre dernier dans le 7e arrondissement), une installation autour du thème du mur, Karim Kal ses images inquiétantes de no man's lands et de sites urbains délaissés au Bleu du Ciel (du 6 février au 5 avril) et Frédéric Khodja ses nouveaux dessins à la topologie et aux références très kafkaïennes à la galerie Françoise Besson (du 5 juin au 30 juillet).


Motopoétique

200 œuvres. Elisabetta Benassi, Janet Biggs, Alain Bublex, Jérémy Deller & Alan Kane, Chris Gilmour, Shaun Gladwell, Ali Kazma...
Musée d'Art Contemporain Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Cinq expos à voir cet été à Lyon

Bons Plans | Picasso en tête, les musées et les galeries proposent cet été nombre de belles expositions. Nous en avons sélectionné cinq, mais la liste est loin d'être exhaustive !

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 15 juillet 2020

Cinq expos à voir cet été à Lyon

De la nature, au Musée Dini Piochant dans ses collections modernes et contemporaines, le Musée Dini présente une exposition autour du thème, tout simple et vaste, de la nature : avec des plages fantomatiques signées Marc Desgrandchamps, une nature morte de Antoine Vollon, des paysages recomposés par Jérémy Liron… Et d’autres œuvres de Auguste Morisot, Jacques Truphémus, Marie-Anita Gaube…. Au Musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône jusqu’au dimanche 20 septembre Picasso, l'expo événément Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant, l'exposition du Musée des Beaux-Arts parcourt toutes les grandes étapes de la carrière de l'artiste : cubisme, néo-classicisme, surréalisme, primitivis

Continuer à lire

Cinq expos à voir en mars

Bons Plans | Utopies, expériences sonores, souffles peints, voyages photographiques : sous le signe de la diversité des sens, voici cinq bonnes expos à découvrir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2020

Cinq expos à voir en mars

Retour vers le futur Fabien Giraud et Raphaël Siboni présentent à l'IAC une exposition protéiforme des plus étranges. On y déambule parmi des objets recouverts de sel, des flaques d'eau, des projections de films durant vingt-quatre heures, des fragments de masques, des tubes métalliques qui tournent sur eux-mêmes, des immortels dormant sur le sol du musée... Il y est question de la naissance d'un enfant virtuel, de subversion du capitalisme, de nouvelles formes d'échange, et d'un laps de temps utopique s'étirant de 1894 à 7231 ! Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Infantia À l'Institut d'Art Contemporain jusqu'au dimanche 3 mai Origines du monde Pendant huit ans, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a parcouru les endroits les plus reculés et les plus préservés de la planète, dont il présente à La Sucrière

Continuer à lire

Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Fondus au monde

Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, le

Continuer à lire

Karim Kal, cap au noir

Portrait | En couleurs ou en noir et blanc, les photographies de Karim Kal ne caressent pas le regard dans le sens du poil, et encore moins notre société "démocratique" dans le sens de sa bonne conscience. On y perçoit pour notre part, aussi, beaucoup d'émotions et de poésie...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 novembre 2019

Karim Kal, cap au noir

Se lancer dans le portrait d'un photographe, la belle affaire ! Surtout d'un photographe qui s'est lui-même risqué au portrait, au début des années 2000, et qui en est vite revenu. « J'ai évacué la notion d'exemplarité des histoires spécifiques, individuelles, qui opérait dans mes portraits, par exemple dans Les Miroirs de 2009. J'étais gêné par leur potentiel illustratif, trop réducteur pour les protagonistes » expliquait Karim Kal lors d'un colloque au Lycée du Parc en mars 2019. Il renchérit au cours de notre entretien chez lui : « en 2011, j'ai perçu les limites de l'histoire individuelle quand on traite de la question collective ». L'année 2011, c'est un point de bascule dans le travail du photographe : c'est l'année où, après la couleur et la figure humaine, le noir vient occuper une place prépondérante, voire littéralement centrale, dans ses images, l'année des prises de vue nocturnes avec des temps de pose rapides et l'utilisation de flashs de faible portée. Dans la cité (le ghetto?) d’Évry, il saisit des immeubles comme de véritables protagonist

Continuer à lire

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

Continuer à lire

Dame nature est morte à la Galerie Michel Descours

Peinture | « Je ne crois pas aux paysages. Parfaitement. » écrit, en refusant de se justifier, le poète Fernando Pessoa. Sans se justifier beaucoup plus, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 octobre 2019

Dame nature est morte à la Galerie Michel Descours

« Je ne crois pas aux paysages. Parfaitement. » écrit, en refusant de se justifier, le poète Fernando Pessoa. Sans se justifier beaucoup plus, la Galerie Michel Descours a invité trois artistes contemporains sous l'égide de cet athéisme paysager. C'est curieux pour Marc Desgrandchamps qui ne fait, depuis bien des années, quasiment que cela : peindre des paysages ! Mais ça l'est moins lorsqu'on découvre concrètement ses toiles qui ne cessent de faire dégouliner les perspectives, trembler les lignes d'horizon et les motifs, rendre aussi fantomatique que vaporeuse toute réalité, qu'elle relève de dame nature ou de ses excroissances humaines. C'est aussi assez curieux pour Frédéric Khodja qui dessine, surtout, des architectures imaginaires et des espaces improbables, en ouvrant des fenêtres quasi "paysagères" ou (plutôt) cinématographiques sur le monde. L'artiste se révèle être aussi, par la bande, un post-romantique : certes moins versé vers le rendu paysager scrupuleux de l’Éco

Continuer à lire

Cinq expositions à voir dans les galeries ces prochains mois

Bons Plans | Voici cinq petites expositions en galeries qu'il vous faut cocher sur votre agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Cinq expositions à voir dans les galeries ces prochains mois

S'inspirer de Pessoa Je ne crois pas au paysage rassemble trois artistes à la galerie Descours. Le titre est du poète Fernando Pessoa, extrait du Livre de l'intranquillité. Une intranquillité qui sied si bien avec le travail de chacun des artistes : l'évanescence et l'incertitude ontologique des peintures de Marc Desgrandchamps, les topologies imaginaires et les géométries alternatives de Frédéric Khodja, les formes végétales incertaines entre douceur et angoisse de Mélanie Delattre-Vogt... Je ne crois pas au paysage À la galerie Michel Descours jusqu'au 31 octobre Voir enfin l'URDLA La nouvelle exposition de l'URDLA a un double intérêt : nous faire redécouvrir ce lieu atypique et nous faire découvrir un artiste méconnu, Mark Geffriaud. Le plasticien (performeur, vidéaste, sculpteur...) s'approprie les espaces du centre international de l'estampe et ses impressionnantes presses ou autres objets. Il invite le spectateur à un parcours entre fiction et réalité, objets réels et artefacts artistiques... Mark Geffriaud À l'URDLA ​jusqu'au 30 octobre

Continuer à lire

Éclairs de lucidité au Reverbère

Photographie | Serge Clément, Baudoin Lotin, Julien Magre et Bernard Plossu présentent au Réverbère leurs éclats photographiques, visions fugaces ou fulgurantes de leurs rencontres avec le réel.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 février 2019

Éclairs de lucidité au Reverbère

En exposant quatre photographes aux styles différents (Serge Clément, Baudoin Lotin, Julien Magre et Bernard Plossu), aux formats allant de la quasi miniature au grand format, et utilisant aussi bien le noir et blanc que la couleur, Le Réverbère s'est donné beaucoup de liberté pour son nouvel accrochage. L'improvisation, le jazz, la poésie sont d'ailleurs convoqués dans le texte accompagnant l'exposition. D'une plume lyrique, Jacques Damez écrit encore que ces quatre photographes « font se confronter les plans, les surfaces, les valeurs, les couleurs, les miroitements, les échos, les contrastes, le temps et la lumière pour, dans l’éclair de leurs états d’âme, foudroyer leur sujet. Ils mettent à vif le réel, ils ne lui laissent pas d’échappatoire. » Ce serait donc à force de volonté d'approcher, au plus près, de la peau du "réel", que ces quatre artistes trouveraient leur univers poétique et formel, parfois jusqu'à l'abstraction (le Canadien Serge Clément et ses jeux de reflets, de résonances et de doubles, notamment). Espaces transitionnels On découvre ainsi le rée

Continuer à lire

La Cité d'images au Bleu du Ciel

Photographie | Le Bleu du Ciel présente, jusqu'au 1er septembre, une sorte de kaléidoscope d'images, en réunissant pas moins de dix-sept artistes de la région (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 juin 2018

La Cité d'images au Bleu du Ciel

Le Bleu du Ciel présente, jusqu'au 1er septembre, une sorte de kaléidoscope d'images, en réunissant pas moins de dix-sept artistes de la région Auvergne-Rhône-Alpes. On peut y picorer des photographies, de petites installations, des vidéos, et goûter à des univers esthétiques hétérogènes : des paysages méditatifs de Julien Guinand aux no man's land inquiétants de Karim Kal, en passant par les portraits en grand format d'Olivier Chabanis, par exemple... La plupart des artistes, quel que soit leur style, interrogent la réalité contemporaine, en sondent les signes, les normes, les conflits et les points de fuite. Et ce jusqu'à une certaine poésie visuelle, comme dans le film de Guillaume Robert suivant, pas à pas, ces drôles de funambules-ouvriers construisant en Espagne d'immenses serres agricoles. Last but not least, les amateurs de musique underground seront heureux de retrouver Éric Hurtado

Continuer à lire

Les 5 expos à voir cet été

ARTS | Non, tout ne ferme pas au 1er juillet : les galeries sont encore actives, et les musées vous accueillent durant toutes les vacances. Voici nos cinq expos à voir cet été, que vous soyez adeptes de photographie, d'art contemporain ou de visite pour toute la famille.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 2 juillet 2017

Les 5 expos à voir cet été

1/ Lumière ! Le cinéma inventé au Musée des Confluences jusqu'au 25 février 2018 Inventeurs hors du commun (ils ont cosigné à peu près 240 brevets !), Auguste et Louis Lumière ont non seulement mis au point le cinématographe, mais aussi l'autochrome couleur, le photorama, les prémices du cinéma en relief... L'exposition du Musée des Confluences retrace, à travers une très agréable scénographie, cette saga de l'image en mouvement, qui est aussi une saga collective, familiale, industrielle et lyonnaise. 2/ Maria Loboda et Charwei Tsai à l'Institut d'Art Contemporain à Villeurbanne jusqu'au 13 août L'IAC ouvre ses espaces à deux artistes dont l'univers poétique et esthétique est aussi un univers fort énigmatique. La polonaise Maria Loboda propose un parcours entre architecture et archéologie imaginaires ; et la taïwanaise Charwei Tsai des vidéos, des aquarelles et des installations fl

Continuer à lire

Traces et tracés de Frédéric Khodja à la galerie Besson

Dessin | Aujourd'hui, tout est "tracé" : produits, patients, sujets, actes professionnels et privés... Faut-il en être réellement rassurés ou s'en alarmer ? Cette (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 juin 2017

Traces et tracés de Frédéric Khodja à la galerie Besson

Aujourd'hui, tout est "tracé" : produits, patients, sujets, actes professionnels et privés... Faut-il en être réellement rassurés ou s'en alarmer ? Cette conception de la trace, cette tra(n)sparence objective est à mille lieux de celle d'un artiste comme Frédéric Khodja. La trace ou le vestige visuel devient chez lui un fragment à partir duquel créer, inventer, dessiner... Ses œuvres se veulent les rémanences, mi-réelles mi-fictives, de paysages vécus, d'images rencontrées, d'architectures rêvées, de fantômes de sensations. À la galerie Françoise Besson, il présente pour l'essentiel trois nouvelles séries de dessins dont les titres parlent d'eux-mêmes : Paysages mentaux, Architectures fantômes et Rêve d'exposition... Dans ce dernier ensemble, l'artiste semble comme déplier l'espace et les objets énigmatiques (encadrements vides, rideaux, panneaux...) d'un petit studio de peinture ou de photographie : rémanences et circulations visuelles centrées ici surtout sur le cadre, le voilé-dévoilé, l'espace et le dispositif de vision. Pour un peu, on se c

Continuer à lire

Les 5 expos à voir en juin

Art | 1/ Frédéric Khodja à la galerie Françoise Besson, jusqu'au 31 juillet L'artiste lyonnais présente trois nouvelles séries de dessins à partir de réminiscences (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 1 juin 2017

Les 5 expos à voir en juin

1/ Frédéric Khodja à la galerie Françoise Besson, jusqu'au 31 juillet L'artiste lyonnais présente trois nouvelles séries de dessins à partir de réminiscences d'images et de souvenirs personnels : des Paysages mentaux, des Architectures fantômes. Ou encore des Rêves d'expositions, notre série favorite, où Frédéric Khodja met en scène une sorte de studio photo où rideaux, cadres vides, figures géométriques s'ouvrent sur de nouveaux espaces énigmatiques. Ces rêves s'avèrent être d'ailleurs étonnamment proches de l'univers d'un David Lynch et des prémices de la troisième saison de Twin Peaks ! 2/ Frédéric Houvert à Néon, jusqu'au 24 juin Frédéric Houvert a invité au centre d'art Néon trois autres artistes (Daniel Mato, Laurent Proux et Fabio Viscogliosi) pour une exposition épurée aux confins de l'abstraction, de l'ornementation et du minimalisme. Les formes et les sensation

Continuer à lire

Des expos qui feront bouger les lignes

Expositions | Qu'elle prenne pour origine un souffle indistinct ou au contraire une limpidité idéale, l'image artistique tente de faire bouger nos perceptions, nos émotions et nos manières de penser. Et va parfois, pour cela, jusqu'à "s'encanailler" avec la littérature, le cinéma et le design.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Des expos qui feront bouger les lignes

« Le rêve sait à sa façon que l'image est chaos » écrit le psychanalyste Pierre Fédida dans un article au titre évocateur : Le souffle indistinct de l'image. Rêves et œuvres artistiques, selon Fédida, auraient pour origine fluctuante et floue une sorte d'haleine, de brume d'images mouvantes, charriant quelques fantômes et réminiscences ancestrales... C'est dans cette "ambiance", sous ce point de vue, que l'on peut appréhender les tableaux si singuliers du jeune peintre lyonnais Frantz Metzger que la galerie Anne-Marie et Roland Pallade présentera pour la deuxième fois, du 19 janvier au 11 mars. Les corps de ses personnages y semblent composés autant de chair que d'air brumeux, et revisitent avec force et trouble quelques scènes classiques : annonciation, mythe de Diane et Actéon, descente de la croix... Dans un tout autre genre (installations, environnements...), l'artiste belge Ann Veronica Janssens (née en 1956) travaille elle aussi à partir de matériaux informels comme la lumière, le son, ou ses fameux brouillards col

Continuer à lire

K., le procès des images

URDLA | Plutôt que de s'en méfier, Frédéric Khodja nous invite à faire confiance aux images, et se lance à l'URDLA sur leur(s) piste(s), explorant leurs métamorphoses, leurs devenirs, leurs présences énigmatiques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 juin 2016

K., le procès des images

À Villeurbanne, au fronton de la porte d'entrée d'une maison, sont gravés les mots : « Mon rêve ». Est-ce le rêve de l'architecte, celui du propriétaire ? Le rêve est-il la maison ou est-il contenu entre ses murs ? Ou bien, hypothèse plus incongrue, est-ce là simplement un tag ancestral, le rêve se réduisant alors à l'inscription elle-même, à la gravure qui évide la pierre ? Si le rêve est puissance créatrice d'images, il peut ainsi se décliner en contenant (l'écran du rêve) et en contenu (les images du rêve qui s'y projettent), en recto (voir) et en verso (être vu), en plein et en creux, en présence et en absence... Toutes interrogations qui traversent et irriguent l'exposition de Frédéric Khodja à l'URDLA, réunissant des estampes, des dessins, des volumes, des croquis... On y retrouve aussi la présence forte de l'architecture, motif quasi obsessionnel chez l'artiste. Il y est question par exemple de la Villa Malaparte (où Godard tourna Le Mépris en 1963), de fenêtre (celle notamment à travers laquelle

Continuer à lire

Femmes minimales

ARTS | Paul Raguenes a réuni au sein de sa galerie trois artistes féminines, héritières peu ou prou du minimalisme au sens large. Et autant d'univers éthérés à découvrir... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 janvier 2015

Femmes minimales

«Less is more» lâchait en une célèbre formule l'architecte Mies van der Rohe. «Moins c'est plus», donc, selon les minimalistes... A tel point qu'à la galerie Snap, on ne sait plus trop ce qui relève de l’œuvre, des lieux ou du hasard, tant les gestes artistiques se révèlent souvent discrets, jouant même sur l'idée de trace et d'absence ! Deux blocs de polystyrène se font face par exemple, creusés seulement de l'empreinte d'un os humain. «Ces pièces font partie d'une série en cours, explique Nadia Guerroui, et forment comme une archéologie du futur. Ces empreintes de clavicule et de fémur évoquent une époque fictive où les derniers os humains auraient disparu.» A proximité, la jeune artiste belge expose dans un coin de mur Beam Split, petite sculpture de papiers de couleur formant une sorte d'arc-en-ciel. Ailleurs, c'est un simple filet de pêche créé à partir d'un fil iridescent qui descend d'un plafond, à peine visible. «Je l'ai réalisé à la main comme une écriture cursive... C'est une sorte de référence à un objet insaisissable qui permet paradoxalement d'attraper d'autres objets, d'autres choses.» Mais où e

Continuer à lire

A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

ARTS | Dans les musées comme dans les galeries, l'amateur d'art contemporain aura la chance de pouvoir découvrir cet été à Lyon un grand nombre d'expositions de haute tenue. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 juillet 2014

A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

Depuis le début de sa longue carrière, le photographe Georges Rousse réalise d'étonnants trompe-l’œil en investissant des lieux déshérités, les transformant, les repeignant, en redéfinissant leur structure pour composer ses images. Celles-ci entremêlent abstraction et architecture, poésie et réalité concrète. L'exposition qui lui est consacrée au Plateau (jusqu'au 26 juillet) rassemble une quarantaine d'images à travers un bel accrochage retraçant les grandes lignes de son œuvre.   Le plus jeune plasticien Guillaume Leblon s'empare lui des espaces de l'Institut d'Art Contemporain (jusqu'au 24 août) pour inviter le visiteur à «une promenade visuelle» donnant de nouvelles perspectives sur l'architecture et les objets. Les premières salles sont les plus réussies, avec un immense cube d'argile frais ouvert à toutes les figures possibles, des fantômes d'anima

Continuer à lire

A ciel ouvert

ARTS | Frédéric Khodja expose à la galerie Besson des dessins et des collages récents, traçant des topographies imaginaires à la fois étranges et inquiétantes. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 juillet 2014

A ciel ouvert

Au milieu de l'accrochage de ses dessins, Frédéric Khodja nous dit espérer «que ces images tissent entre elles, pour le regardeur, une sorte de langage commun». Jetant un coup d'oeil rapide et circulaire, nous remarquons la présence, la récurrence, d'une œuvre à l'autre, de "trous". Trous oculaires dans les masques ou les visages, cercles géométriques "creusés" dans des rochers se faisant face, trous dans le sol de certains espaces... On pourrait presque s'imaginer passer d'un dessin à l'autre par ces ouvertures, ou y plonger telle Alice dans un terrier ouvrant à une logique incongrue, à une dimension irrationnelle. Mais peut-être que, plus précisément, ces vides se posent ici comme autant de "sites de l'étranger", de lieux d'accueil du manque, de l'absence, de la perte. Si langage il y a, si les images "parlent" d'une certaine façon, c'est pour nous inviter à les ouvrir, à les approfondir de nos propres failles, angoisses et représentations intempestives. Une idée très proche de la thèse du critique d'art Georges Didi-Huberman qui, dans Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, attribue à l'image «le pouvoir d'imposer sa visualit

Continuer à lire

Les mots et les choses

ARTS | «Le nombre de pages de ce livre est exactement infini. Aucune n'est la première, aucune n'est la dernière. Je ne sais pourquoi elles sont numérotées de cette (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 juin 2014

Les mots et les choses

«Le nombre de pages de ce livre est exactement infini. Aucune n'est la première, aucune n'est la dernière. Je ne sais pourquoi elles sont numérotées de cette façon arbitraire. Peut-être pour laisser entendre que les composants d'une série infinie peuvent être numérotés de façon absolument quelconque» écrit J. L. Borges dans sa nouvelle Le Livre de sable. Ce livre infini et contenant potentiellement tous les récits possibles, l'artiste brésilienne Marila Dardot l'a représenté de deux manières différentes et séduisantes : un livre ouvert composé de petits miroirs démultipliant le texte et un livre dont les pages s'enroulent sur elles-mêmes.  Exposition dans l'exposition, l'espace consacré aux livres d'artistes brésiliens rassemble au total une vingtaine d'artistes et s'ancre dans une longue tradition du pays. Résumant les quelques décennies d'histoire de celle-ci, Jacopo Crivelli Visconti (co-commisaire de cette exposition avec Ana Luiza Fonseca) écrit qu'elle oscille «entre le désir d'être lu et compris, entre celui d'être exposé comme un objet purement physique et sculptural et celui, enf

Continuer à lire

Le Brésil se sort les tripes

ARTS | Après la Chine et l'Inde, le Musée d'art contemporain consacre une belle exposition à la scène artistique contemporaine brésilienne. Une trentaine de ses représentants donne un aperçu de sa créativité et de sa diversité. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 juin 2014

Le Brésil se sort les tripes

En 1928, le poète moderniste et provocateur Oswald de Andrade publie son Manifeste anthropophage, présentant le cannibalisme rituel des indiens Tupi comme métaphore de la culture brésilienne, une culture dévorant et digérant les références occidentales pour créer les siennes propres. Depuis cette date clef, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts artistiques auriverdes et, à partir de la fin des années 1980, l'art local s'est de plus en plus exposé dans les institutions internationales. Il y serait même particulièrement surexposé aujourd'hui selon Kiki Mazzucchelli : «Alors qu'au début des années 2000, ce qu'on savait de l'art brésilien était partagé par un petit groupe d'universitaires, de professionnels et de collectionneurs, il est devenu un capital culturel considérable d'autant plus courtisé que le pays a pris une importance économique considérable. Ainsi est-il juste de dire que l'hyper-exposition de l'art brésilien est intrinsèquement liée à des intérêts économiques qui reflètent l'évolution de l'économie mondiale à laquelle on assiste ces dix dernières années».

Continuer à lire

Poétique des espaces

ARTS | Pour son exposition monographique à l’Institut d’Art Contemporain, Guillaume Leblon s’empare des lieux comme d'un véritable matériau à remodeler et réinventer, révélant au visiteur son univers mouvant et poétique. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 juin 2014

Poétique des espaces

Dans un petit journal accompagnant son exposition, Guillaume Leblon a rassemblé quelques-unes des nombreuses images qu’il collecte ici et là : une boule de papier qui roule au sol, un grand huit à demi submergé par la brume, des sculptures anciennes, des fragments de drapés… Certains motifs se retrouveront dans ses œuvres mais, surtout, ce journal révèle l’intérêt de l’artiste pour la peinture, l’image, la surface, ainsi que pour l’imagerie anonyme et triviale (coupures de presse, croquis, photos amateurs…). Emprunté à un poème de Sebald, le titre de son exposition, A dos de cheval avec le peintre, souligne encore ce lien avec le passé. Il propose aussi au visiteur une balade, une promenade visuelle donnant de nouvelles perspectives sur l’espace et les objets, une traversée d’un paysage singulier selon différents rythmes…  Guillaume Leblon s’est en effet emparé des onze salles de l’IAC comme d’une matière première qu’il a reconfigurée, remodelée, redécoupée. Inventant de nouvelles circulations, bousculant l’architecture des lieux, traversant même parfois les murs, comme avec ses grandes ailes de moulin ou son volumineux cube d’argile frais. Cette dernière œuvre

Continuer à lire

Bufalino au faîte et dans les faits

ARTS | A l'occasion de sa participation à l'exposition "Motopoétique" au Musée d'Art Contemporain, portrait en roue libre de l'artiste Benedetto Bufalino, poète et humoriste des espaces publics. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 8 avril 2014

Bufalino au faîte et dans les faits

La dépêche vient de tomber sur nos téléscripteurs affolés : l'artiste lyonnais Benedetto Bufalino sera à l'affiche de l'exposition Monumenta 2020. Eu égard à sa volonté expresse de ne pas exposer dans des lieux clos, Monumenta lui donnera donc les clefs de la Tour Eiffel afin qu'il construise de quoi les porter (cf. ci-dessus le visuel de son projet). Benedetto Bufalino est né en 1982 avec la ferme volonté de s'exprimer hors espace utérin, soit encore dans ce que certains (le psychanalyste Winnicott en l'occurrence) appellent un espace transitionnel fait de jeux, d'humour et de créativité. Plus grand par la suite, il sublimera ses expériences gazouillantes dans le monde dit des adultes et des espaces publics. Certains se souviennent sans doute de sa cabine téléphonique transformée pour une Fête des Lumières en surprenant aquarium contenant de non moins surprenantes espèces aquatiques ! D'autres l'ont vu arriver au vernissage d'une exposition en conduisant un Vélo'v customisé en moto Yamahah (et présenté au MAC actuellement). D'autres encore ont pu visiter sa maison témoin à Oullins, construit

Continuer à lire

D'un œil l'autre

ARTS | Quelque 60 ans séparent les photographes André Gamet et Karim Kal. Réunis au Bleu du Ciel, ils se révèlent tous deux, malgré cet écart de génération, attentifs aux mutations et travers de notre société et sensibles à la poésie de la lumière. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 mars 2014

D'un œil l'autre

Alerte, précis dans ses souvenirs, le photographe André Gamet (né en 1919 à Oullins) nous commente un florilège d'une cinquantaine d'images, sélectionnées parmi les milliers de clichés qu'il a réalisées à titre personnel ou pour l'agence Rapho. «En fait, j'ai suivi les Trente Glorieuses» résume-t-il. Soit de l'occupation allemande à la fin des années 1960 en passant par la Libération de Lyon ou l'exode rural. Soit encore de fiacres remis en service en 1942 à un embouteillage place Jean Macé en 1967, de portraits pittoresques de paysans dans leurs chaumières ou d'écoliers dans des classes de campagne à l'édification de l'ensemble HLM des Minguettes à Vénissieux. Formé au dessin et à la peinture par l'artiste Pierre Combet-Descombes, photographe autodidacte dès l'âge de quatorze ans, André Gamet est ce qu'on appelle couramment un "photographe humaniste". De ceux qui ont de l'empathie pour les sujets photographiés dans leur quotidien et qui tentent de s'approprier le bon vouloir de la lumière. «Poésie de la relégation» A la fin des années 1960, André Gamet enregistra

Continuer à lire

Bernard Plossu ou la photo vagabonde

ARTS | A l'occasion de deux expositions de Bernard Plossu à Lyon, évoquons ici son univers photographique de manière impressionniste : en des bribes de poésie, de biographie et de théorie mêlées. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2014

Bernard Plossu ou la photo vagabonde

Il est "10 : 10" sur l'autoroute. A travers un pare-brise invisible, le photographe Bernard Plossu a saisi cette symétrie temporelle sur le grand panneau d'information des réseaux routiers. On nous a beaucoup rebattu les oreilles (et les yeux) avec «l'instant décisif» de Cartier-Bresson, avec cette photographie censée être liée par essence à un laps de temps plein de signification ou de cocasserie. Ce n'est nullement inintéressant, mais réducteur. Sur cette image d'autoroute, exposée à l'ENS Lettres, la mesure du temps, quasi-absurde, est enveloppée de brouillard, de silence et de vide. La trop rationnelle et raide ligne droite de la chronologie se dérègle soudain parmi l'épaisseur et l'incertitude brumeuses de l'espace. Le temps météorologique, circulaire, cosmologique a eu raison du temps linéaire, calculé, rassurant. Aussi bien, l'abstraction vaporeuse y engloutit la figuration et le réalisme précis que l'on croyait si naturels au médium photographique. «Homme approximatif ou magnifique ou misérable / Dans le brouillard des chastes âges / Habitation à bon marché les yeux ambassadeurs de feu / Que chacun interroge et soigne dans la four

Continuer à lire

Un mur dans de nouveaux murs

ARTS | Depuis plusieurs mois, les époux Freudenberg préparent minutieusement leur fuite pour Berlin Ouest. Le 7 mars 1989, sous la menace d'une patrouille de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 février 2014

Un mur dans de nouveaux murs

Depuis plusieurs mois, les époux Freudenberg préparent minutieusement leur fuite pour Berlin Ouest. Le 7 mars 1989, sous la menace d'une patrouille de police, Winfried doit partir précipitamment, seul, à bord de leur ballon gonflable de fabrication artisanale. L'engin vole trop haut, trop vite et finit, après plusieurs heures, par s'écraser à l'Ouest. Winfried Freudenberg sera la dernière victime est-allemande cherchant la liberté en franchissant le Mur de Berlin, parmi plus d'une centaine...  Touchée par son histoire tragique, l'artiste lyonnaise Perrine Lacroix a créé deux pièces qui rendent hommage aux Freudenberg et prolongent son travail récent autour des thématiques de la frontière et de l'architecture. La première, Mauer, est constituée de deux cents briques disposées au sol, comme un grand mur horizontal que l'on peut décrypter comme une ombre portée et jamais atteignable. La seconde est une vidéo où l'artiste a reconstitué la toile de l'engin volant de Winfried Freudenberg, gonflée ici par le simple souffle d'un courant d'air. Cette exposition épurée

Continuer à lire

Une odeur de soufre et de gris

ARTS | L'exposition "Rendez-vous 13" réunit une vingtaine d'artistes de toutes nationalités proposant, pour certains, des œuvres passionnantes. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 25 septembre 2013

Une odeur de soufre et de gris

Trois institutions, quatre commissaires, dix collaborateurs internationaux prestigieux... C'est sans doute beaucoup de monde pour dégoter vingt jeunes artistes internationaux et autant d'œuvres d'une qualité fort inégale. Mais au diable l'avarice ! Depuis que l'événement "Rendez-vous" s'est installé à l'Institut d'Art Contemporain, les accrochages y sont agréables et limpides, chaque artiste ou presque disposant d'une salle du musée. Que ces derniers viennent de Lyon, du Cap ou de Sidney, certains ont ostensiblement un poil dans la main et des grains de sable dans les neurones, ressassant le pire de ce que l'on caricature par l'expression "art contemporain" (et qui n'est rien d'autre que de la création pas finie). D'autres attirent l'attention, voire davantage. Et l'on remarque très vite que, globalement, il se dégage de leurs œuvres sculptées, filmées ou photographiées, une certaine "odeur de grisaille", de vie urbaine anxieuse, de béton qui (enfin ?) se fissure... Par exemple avec l'installation la plus visuelle de l'exposition, signée Nicolas Momein et composée d'immenses édicules recouverts de laine grise, s'inspirant d'élémen

Continuer à lire

Collection 2013/2014

ARTS | Dix expositions à ne pas rater cette saison. Où l'on apprendra que les artistes figent l'eau de la Saône, passent le permis moto, trompent l'oeil parmi des friches, lisent Virginia Woolf, retournent angoissés en enfance ou bien encore résument en quelques images toute (ou presque) la philosophie de Peter Sloterdijk ! Jean-Emmanuel Denave

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

Collection 2013/2014

Anna et Bernhard Blume Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des perspectives baroques, avec des objets ou de la nourriture qui voltigent, des regards hallucinés, des corps presque contorsionnés... Au-delà de cet aspect comique, les deux photographes interrogent autant qu'ils se réfèrent à l'abstraction géométrique, au Bauhaus et à la grande histoire de la photographie.   Au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons, jusqu'au 31 octobre   Myriam Mechita Née en 1974, vivant à Berlin, Myriam Mechita surprend par l'hétérogénéité des moyens plastiques qu'elle emploie, autant que par la diversité des formes qu'elle déploie. On verra à l'URDLA de grands dessins inte

Continuer à lire

À propos de "Zorzi"

ARTS | Seul artiste contemporain exposé dans la belle exposition "Le Dessin en couleurs", parmi des œuvres d’artistes illustres (Le Douanier Rousseau, Roberto Matta, Oskar Bergman, Jean Tinguely, Pierre Tal-Coat…), Frédéric Khodja se livre ici au difficile exercice du commentaire (détaillé) de sa propre création intitulée "Zorzi".

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 18 avril 2013

À propos de

«Zorzi est un dessin aux crayons de couleur, dessin dessiné sur vélin de Rives au printemps 2011, dessin dessiné également, dès ses débuts et à la toute fin de sa construction, avec de petites gommes blanches taillées comme des silex. La feuille épaisse mesure un mètre soixante par un mètre vingt, l'image est installée au centre du papier et mesure cent deux centimètres par soixante treize centimètres. Les plans colorés sont distincts et fondus, les passages des verts, des bruns, des gris et des bleus sont visibles et mêlés. Un événement amplifie la composition du récit interne de ce paysage doté d'arbres, de rochers et d'un ciel : un volume crayeux dans la partie droite, en suspension quasiment au premier plan, élément percé d'un oculus le faisant masque et ossement tout à la fois.  L'événement se répercute de l'autre côté du dessin avec la présence d’une cascade gelée qui modifie l'arbre en surplomb : trois masses de stalactites se forment entre les branches. Zorzi est un montage atmosphérique. Si je reprends le carnet sur lequel j'ai tracé les prémisses du dessin, je lis : "Un jour de

Continuer à lire

Nuits transfigurées

ARTS | Lectrices, lecteurs, passons la nuit ensemble. Passons-la en revue, avec la sortie du dernier numéro d’Hippocampe, et en exposition, avec «Tout s’éteindra» à la galerie Besson. Une nuit multiple, pas forcément obscure, mais toujours interrogatrice, déstabilisatrice, décentrant le sujet… Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 29 avril 2012

Nuits transfigurées

En 1952, Robert Rauschenberg fait œuvre, scandale et date en effaçant un dessin de Willem De Kooning. En 2012, le jeune artiste parisien Nicolas Aeillo révèle, à travers une vidéo constituée de 127 photographies, le fantôme de ce dessin : un buste, quelques surfaces sombres, des traits dispersés… S’il fallait encore le rappeler, la création contemporaine consciente d’elle-même est «condamnée» au fragment, aux souvenirs fêlés, aux représentations inachevées, au montage d’images et de récits épars. C’est sur ce principe de montage sans unité, cher à Walter Benjamin, que se compose, au fil du temps, la revue Hippocampe dont le 7e et magnifique numéro est consacré à «la nuit». «Évitant de s’en tenir à des propositions illustratives, trop évidentes, nous avons cherché au contraire à réunir des contributions susceptibles de démontrer la complexité de cet espace/temps particulier : la Nuit», écrit Gwilherm Perthuis, responsable de la revue. Gwilerm Perthuis est aussi le commissaire de l’exposition collective Tout s’éteindra qui accompagne la sortie de ce numéro. «Le fil conducteur que nous avons tenté de suivre, sans

Continuer à lire

Bernard Plossu, Then and now, L'Ouest américain

ARTS | La poésie, l'errance, la liberté en photographie riment pour nous avec le nom de Bernard Plossu. Le Réverbère consacre à l'artiste une superbe exposition (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 novembre 2010

Bernard Plossu, Then and now, L'Ouest américain

La poésie, l'errance, la liberté en photographie riment pour nous avec le nom de Bernard Plossu. Le Réverbère consacre à l'artiste une superbe exposition (jusqu'au samedi 20 novembre), rassemblant une centaine d'images prises dans l'Ouest américain ou au Mexique de 1970 à 1985. La plupart sont des petits formats noir et blanc où l'on retrouve cette manière, si légère et touchante, d'appréhender les hasards de la vie, l'érotisme des femmes, l'incongruité d'un quartier urbain ou d'une bâtisse, la trivialité de la vie quotidienne, la beauté d'individus anonymes croisés l'instant d'un regard... On y découvre aussi un Bernard Plossu «paysagiste» et fasciné par le désert. Sur le sable ou le bitume, l'artiste poursuit sa route artistique singulière, pudique et émouvante.JED

Continuer à lire

Œuvres ouvertes

ARTS | Dans son nouveau et très beau lieu d'exposition, la galerie Françoise Besson consacre sa troisième exposition au dessinateur Frédéric Khodja. Ses œuvres, âpres au premier abord, révèlent peu à peu des espaces étranges et énigmatiques, stimulant les sens et l'imagination. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 mars 2010

Œuvres ouvertes

Quoi de pire qu'une image qui cherche à tout prix à produire un effet précis sur le spectateur ? Quoi de plus asphyxiant, assommant et manipulateur qu'une œuvre d'art, une musique, un film à «effets». «Vraiment l'émancipation commence lorsque justement il y a rupture entre la cause et l'effet. C'est dans cette béance que s'inscrit l'activité du spectateur», déclare le philosophe Jacques Rancière dans un entretien. Et les dessins de Frédéric Khodja s'inscrivent, selon nous, au sein de cette béance. Il faut du coup prendre un peu de temps pour se les approprier, les peupler, les associer à nos propres préoccupations ou désirs, les «habiter» en quelque sorte. Leur relative austérité au premier abord invite aussi à cela, et risque de laisser les plus pressés indifférents... Parmi les motifs essentiels de l'artiste, il y a celui, crucial «des lieux vides ou vidés, en tout cas occupés par peu de choses. Je souhaite qu'il y ait peu d'éléments, pas d'exubérance, pas de baroque. Cela permet au regardeur de s'approprier l'image, une image en creux en quelque sorte», nous confie Frédéric Khodja. Au stylo à bille ou au crayon de couleur (avec une grande économie de moyens donc), il ouvre une s

Continuer à lire