Passé recomposé

ARTS | Amateurs de sensations fortes et de belle peinture, vous serez comblés par la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts, consacrée au retour sur le passé de peintres du début du XIXe Siècle. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 mai 2014

Photo : dr


Le Musée des Beaux-Arts effectue un double rétropédalage dans le passé avec L'Invention du passé, une vaste exposition qui «s'intéresse à la représentation de l'histoire dans les arts figurés en Europe au XIXe siècle, et plus particulièrement au regard porté par les artistes sur le Moyen-Âge, la Renaissance et le XVIIe siècle». Elle réunit concrètement deux cents tableaux, dessins et sculptures signés Ingres, Delaroche, Delacroix, ou réalisés par des Lyonnais comme Fleury Richard et Pierre Révoil.


Ce "genre historique" qui apparaît après la chute de l'Empire doit être replacé dans son contexte : l'intérêt pour l'histoire touche alors tous les arts (voir les romans de Walter Scott à la même époque) et, en France du moins, le retour aux grandes figures nationales semble panser les plaies de la défaite et s'inscrira plus tard (en faveur ou en opposition du reste) dans le sillage de la Restauration. Entre 1802 et 1850, les artistes ne se contentent donc pas de redécouvir l'Histoire, ils la réinterprètent, la tirent à hue et à dia selon leurs opinions politiques, mais toujours à travers des compositions d'une finition impressionnante.


De la tête couronnée à la chair nue


En cheminant dans les salles thématiques de l'exposition, on essaye de se mettre dans la tête de ces peintres qui, soudain, s'éprirent avec théâtralité et technicité des "grands" d'antan. Était-ce mieux avant ? Quand les amants se faisaient trancher la gorge par le mari jaloux, quand les opposants politiques trépassaient sur le billot ou quand les enfants de roi pourrissaient en otages dans une cellule ? Quand Marie Stuart lisait imperturbable sa condamnation à mort, quand Charles Quint ramassait humblement le pinceau du Titien ou quand François 1er pleurait l'agonie de Léonard de Vinci ?


Sur les toiles, le poison, les larmes, le sang des têtes couronnées coulent en effet à flots ininterrompus, avec force mise en scène et effets tragiques. Les œuvres sont souvent impressionnantes, mais l'on ne peut s'empêcher de penser que tout cela est trop boursouflé, grandiloquent, et ne pourra bientôt qu'éclater : avec Courbet, avec Millet, avec Manet.


Résolument modernes, nos yeux se sont donc davantage attardés sur les toiles des peintres troubadours lyonnais, aux compositions plus sobres et délicates, ou encore sur ce petit tableau délicieusement pervers de Delacroix : Louis d'Orléans montrant sa maîtresse (1826). Le duc d'Orléans y présente à son ancien chambellan le corps nu de sa nouvelle conquête sans lui en dévoiler le visage. Celui-ci, admiratif, ne reconnaît pas là sa propre épouse ! Quarante ans plus tard, Courbet cadrera de manière encore plus serrée une Origine du monde que certains refuseront aussi de percevoir et de reconnaître.


L'Invention du passé, histoires de cœur et d'épée en Europe

Au Musée des Beaux-Arts, jusqu'au lundi 21 juillet


L'invention du passé, histoires de cœur et d'épée en Europe (1802-1850)

Rôle précurseur de la scène artistique lyonnaise dans l'apparition de la nouvelle peinture d'histoire. Première partie de l'exposition visible au Monastère de Brou "L'Invention du passé"
Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Femme assise sur la plage", 1937, de Pablo Picasso

Une œuvre dans l'expo | C’est parfois sur la plage, là où tout devrait être clair et précis sous la lumière et dans le dénuement, que les choses paradoxalement peuvent se révéler (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 juillet 2020

C’est parfois sur la plage, là où tout devrait être clair et précis sous la lumière et dans le dénuement, que les choses paradoxalement peuvent se révéler complexes, confuses, en devenir… Rappelons-nous, par exemple, le meurtre commis par Meursault dans un éclat de soleil, dans L'Étranger de Camus, ou bien la baignade en mer de Thomas l’obscur (Maurice Blanchot) où dedans et dehors s’inversent sans cesse. Esseulée dans une clarté sans ombre ou presque, la Femme assise sur la plage (1937) de Picasso se gratte un pied. C’est aussi simple et trivial que cela. Mais, plus avant, est-ce vraiment une femme ou est-ce un monstre quasi extra-terrestre, est-elle de profil ou est-elle de face, est-elle débordante de chair et de vie ou figée dans la pierre et la mort, est-elle en deux ou en trois dimensions ? Est-elle un peu simplette concentrée sur sa tâche triviale ou plongée dans une profonde boucle mélancolique ? Avec Picasso ce type d’alternatives semble s’ouvrir sur un rap

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Insomniaque

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 3 janvier 2017

Insomniaque

06>01>17 BELLONA JEF K C'est le genre de DJ que l'on oublie un peu : tellement présent dans le paysage depuis longtemps (1992 !), mais sans hit populaire et rarement placé en headliner des gros festivals... Jef K est plutôt un incontournable de l'exigente scène club, arpentant sans relâche les contrées lointaines (ou pas) pour distiller sa house, qu'elle soit deep, soul ou minimale, celle qu'il défend sur son excellent label Silver Network, valeur sûre du groove. Respect. 06>01>17 LE SUCRE ENCORE Promoteur de goût, Encore fête ses quatre années d'activisme électronique sur un week-end étalé entre le Sucre et le Club Transbo le samedi 7 janvier. La première soirée du côté de Confluence convie le londonien Ross From Friends (en live), Linkwood et Folamour. La seconde partie étant confiée à l'Australien basé à Londres

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Électro mais pas trop

MUSIQUES | A l'heure où nous mettons sous presse, comme on dit quand on veut faire croire qu'on bosse pour un journal aussi prestigieux que ceux publiés à la fin (...)

Benjamin Mialot | Mardi 16 décembre 2014

Électro mais pas trop

A l'heure où nous mettons sous presse, comme on dit quand on veut faire croire qu'on bosse pour un journal aussi prestigieux que ceux publiés à la fin XIXe siècle, nous ne connaissons toujours pas la teneur de la soirée "All Star" que proposera le Terminal pour le réveillon. C'est d'autant plus ballot que la précédente était la plus attractive parmi celles, pas si nombreuses, qui ambiancèrent le passage à l'an 2014. D'autres ont heureusement été plus prompts à communiquer. Ainsi du DV1, qui recevra Mia Dora, duo écossais versé dans la house sans fioriture – mais tout de même suffisamment brouilleuse de pistes pour susciter l'intérêt de ses augustes compatriotes d'Optimo. Et ainsi de la Marquise, où les collectionneurs de voyelles d'Art Feast (Miimo, Klaaar) tiendront leur traditionnel (et mensonger !) "Nouvel an orgie". Et c'est tout pour ce qui concerne les "vraies" affiches. Du côté des soirées thématiques, outre le nouvel an "comme à la maison" de l'incontournable Lavoir, le Ninkasi Gerland, ses DJs résidents et ses effeuilleuses burlesques vous invitent à vous la jouer «super, génial, trop top, inouïe, trop beau, groovy, trop frais, cheesy...

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Insomniaque - Semaine du 19 au 25 mars

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la soirée "La Crème de la crème" au Double Mixte, James T. Cotton au Sucre et Grems au Club Transbo. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 mars 2014

Insomniaque - Semaine du 19 au 25 mars

21.03 La crème de la crème Nous attendons beaucoup de La Crème de la crème, le troisième film du trublion Kim Chapiron, dans lequel des étudiants en école de commerce mettent en place un réseau de prostitution au sein de leur établissement. Nous attendons logiquement autant de la soirée éponyme qui promouvra la chose au Double Mixte. Surtout au regard de son line-up, composé de Claptone, de la superstar du remix The Magician (que de nuits passées à danser sur sa version du I Follow Rivers de Lykke Li...) et du mélodiste techno Joris Delacroix. 21.03 Macadam Mambo Analogique Residence Quel est le point commun entre entre la techno intoxiquée de James T. Cotton et la jungle bon marché de Soundmurderer & SK-1 ? Le même qu'entre la house bagarreuse de JTC, le post-punk pour série B de Charles Manier et l'abstract hip hop maxi-moelleux de Dabrye : le

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«Fuck off Charles!»

ARTS | Après des œuvres de Poussin et de Soulages, le Musée des Beaux-Arts vient d’acquérir L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint de Jean Auguste Dominique Ingres. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 14 février 2013

«Fuck off Charles!»

On dirait presque un rappeur ou un punk, rebelle avachi sur son fauteuil et envoyant balader un émissaire politique d’un (presque) grand doigt d’honneur. Pierre l’Arétin, né en 1492 à Arezzo et mort en 1556 à Venise, en est sans doute l’ancêtre. Auteur de satires mordantes sur la société de son temps et de pièces comiques, cet ami de Titien écrivit aussi quelques œuvres pieuses à la fin de sa vie que l’on dit rocambolesque : au cours d’un repas, une plaisanterie particulièrement obscène aurait provoqué chez lui une grande crise de rire, au point qu’il tomba à la renverse et se fendit le crâne. Une trentaine d’années après l’avoir traité de manière plus sobre et raide, Ingres s’empare en 1848 d’un autre fait plus ou moins légendaire : l’Empereur Charles Quint envoyant à l’Aretin un messager afin de lui remettre une chaîne en or pour acheter le silence du redouté pamphlétaire. La "réponse" représentée par Ingres est signifiée dans le tableau par le visage de l’Arétin exprimant une stupéfiante morgue dédaigneuse. S’opposer ou souscrire ? Dans cette scène très éclairée, l’opposition entre la nonchalance de l’écrivain et la raideur outrée et belliqu

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Un euro le tableau

ARTS | Pour la première fois de son histoire, et à l’instar du Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ouvre une souscription publique pour acquérir un tableau. (...)

Nadja Pobel | Jeudi 27 septembre 2012

Un euro le tableau

Pour la première fois de son histoire, et à l’instar du Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ouvre une souscription publique pour acquérir un tableau. L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint peint en 1848 par Ingres trouvera tout naturellement sa place dans la salle des troubadours du musée si 80 000 € manquant (sur une totalité de 750 000) sont récoltés auprès des particuliers d’ici le 15 décembre. Tous les dons (dès un euro !) sont déductibles des impôts à hauteur de 66%. Plus de renseignements sur www.donnerpouringres.fr et dans notre article sur www.petit-bulletin.fr/lyon.

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Ne soyez pas pingres avec Ingres

ARTS | Le Musée des Beaux-Arts lance une souscription publique afin d’acquérir une œuvre d’Ingres jamais exposée. En plus de l’argent récolté auprès de ses fidèles entreprises mécènes, le musée appelle chacun à contribuer l’achat final de ce tableau. Don minimum fixé à un euro ! Nadja Pobel

Christophe Chabert | Jeudi 27 septembre 2012

Ne soyez pas pingres avec Ingres

L’argent public manque, ce n’est un secret pour personne. L’arrivée de la gauche au pouvoir entérine une baisse du budget de la culture et même si la Ville de Lyon consacre toujours 20% de son fond à ce portefeuille, la culture a besoin de mécènes comme dans les pays anglo-saxons où cette pratique est depuis longtemps développée. La France commence tout juste à oser piocher dans cette manne financière. En 2008, le musée des Beaux-Arts de Lyon avait acquis La Fuite en Égypte de Poussin grâce aux dons des entreprises. L’an dernier trois œuvres de Soulages sont tombées dans son escarcelle, qui donneront lieu à une vaste exposition sur le peintre français incontournable à partir du 12 octobre. Et, ce mois-ci, pour la première fois, l’équipe du Musée a eu l’idée de faire appel au tout-venant. Outre, la somme d’argent à récolter, l’idée est aussi presque pédagogique : «il s’agit de s’approprier le musée et d’élargir le public» comme le disent de concert Sylvie Ramond, directrice du musée et Georges Képénékian, adjoint la culture et aux grands événements de la Ville de Lyon. Seuls les musées du Louvre (Les Trois Grâces de Lucas Cranach l’Ancie

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