Les mots et les choses

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 juin 2014

Photo : Exposition « Livres d’artistes » Œuvres de Marilá Dardot © photo Blaise Adilon


«Le nombre de pages de ce livre est exactement infini. Aucune n'est la première, aucune n'est la dernière. Je ne sais pourquoi elles sont numérotées de cette façon arbitraire. Peut-être pour laisser entendre que les composants d'une série infinie peuvent être numérotés de façon absolument quelconque» écrit J. L. Borges dans sa nouvelle Le Livre de sable. Ce livre infini et contenant potentiellement tous les récits possibles, l'artiste brésilienne Marila Dardot l'a représenté de deux manières différentes et séduisantes : un livre ouvert composé de petits miroirs démultipliant le texte et un livre dont les pages s'enroulent sur elles-mêmes.
 

Exposition dans l'exposition, l'espace consacré aux livres d'artistes brésiliens rassemble au total une vingtaine d'artistes et s'ancre dans une longue tradition du pays. Résumant les quelques décennies d'histoire de celle-ci, Jacopo Crivelli Visconti (co-commisaire de cette exposition avec Ana Luiza Fonseca) écrit qu'elle oscille «entre le désir d'être lu et compris, entre celui d'être exposé comme un objet purement physique et sculptural et celui, enfin, de se libérer de sa condition de livre pour devenir "juste" une œuvre d'art». On découvrira ainsi des livres en marbre, des livres dans les livres, des livres à deux "dos" et qui ne peuvent s'ouvrir, des livres dont la forme entre en écho avec le contenu comme celui, très beau, de Lucia Mindlin, qui contient des images de mer et dont le volume se déploie comme une vague...
 

Beaucoup d'oeuvres renvoient aussi, bien sûr, à différents univers littéraires : celui des nouvelles labyrinthiques de Borges, mais aussi ceux de Julio Cortazar, d'Adolfo Bioy Casares ou de Robert Musil. Une des créations les plus saisissantes est signée Milton Marques (Stress, 2013) : un ouvrage quasi vivant au-dessus duquel s'agitent, dans un mouvement brownien, quelques particules minérales.
 

Jean-Emmanuel Denave


Livres d'artistes
Au Musée d'art contemporain, dans le cadre de l'exposition Imagine Brazil, jusqu'au dimanche 17 août



Imagine Brazil + Olivier Beer + Ben Schumacher

27 artistes brésiliens + "Rabbit Hole" + "Rebirth of the bath house"
Musée d'Art Contemporain Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

ARTS | Dans les musées comme dans les galeries, l'amateur d'art contemporain aura la chance de pouvoir découvrir cet été à Lyon un grand nombre d'expositions de haute tenue. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 juillet 2014

A l'ombre des tableaux : les expos de l'été

Depuis le début de sa longue carrière, le photographe Georges Rousse réalise d'étonnants trompe-l’œil en investissant des lieux déshérités, les transformant, les repeignant, en redéfinissant leur structure pour composer ses images. Celles-ci entremêlent abstraction et architecture, poésie et réalité concrète. L'exposition qui lui est consacrée au Plateau (jusqu'au 26 juillet) rassemble une quarantaine d'images à travers un bel accrochage retraçant les grandes lignes de son œuvre.   Le plus jeune plasticien Guillaume Leblon s'empare lui des espaces de l'Institut d'Art Contemporain (jusqu'au 24 août) pour inviter le visiteur à «une promenade visuelle» donnant de nouvelles perspectives sur l'architecture et les objets. Les premières salles sont les plus réussies, avec un immense cube d'argile frais ouvert à toutes les figures possibles, des fantômes d'anima

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Le Brésil se sort les tripes

ARTS | Après la Chine et l'Inde, le Musée d'art contemporain consacre une belle exposition à la scène artistique contemporaine brésilienne. Une trentaine de ses représentants donne un aperçu de sa créativité et de sa diversité. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 juin 2014

Le Brésil se sort les tripes

En 1928, le poète moderniste et provocateur Oswald de Andrade publie son Manifeste anthropophage, présentant le cannibalisme rituel des indiens Tupi comme métaphore de la culture brésilienne, une culture dévorant et digérant les références occidentales pour créer les siennes propres. Depuis cette date clef, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts artistiques auriverdes et, à partir de la fin des années 1980, l'art local s'est de plus en plus exposé dans les institutions internationales. Il y serait même particulièrement surexposé aujourd'hui selon Kiki Mazzucchelli : «Alors qu'au début des années 2000, ce qu'on savait de l'art brésilien était partagé par un petit groupe d'universitaires, de professionnels et de collectionneurs, il est devenu un capital culturel considérable d'autant plus courtisé que le pays a pris une importance économique considérable. Ainsi est-il juste de dire que l'hyper-exposition de l'art brésilien est intrinsèquement liée à des intérêts économiques qui reflètent l'évolution de l'économie mondiale à laquelle on assiste ces dix dernières années».

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Sur la route des expos

ARTS | Qu'ils voyagent dans des espaces fictifs ou réels, les (bons) artistes opèrent toujours chez nous un déplacement du regard. Petite sélection, non exhaustive, des expositions attendues en ce début d'année 2014. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 janvier 2014

Sur la route des expos

Après avoir accueilli une partie de la Biennale, le Musée d'art contemporain semble vouloir décompresser avec la curieuse et vrombissante exposition Motopoétique (du 21 février au 20 avril). Soit 200 œuvres signées par 38 artistes (BP, Alain Bublex, Ange Leccia, Xavier Veilhan...) et réunies par le critique d'art Paul Ardenne (auteur notamment du très intéressant Art, l'âge contemporain), toutes en rapport avec... la moto ! Les non bikers auront quelques doutes sur l'intérêt de ladite thématique, mais Paul Ardenne nous assure percevoir et ressentir la moto comme «un outil essentiel mis au service d'un sensualisme total». «La moto condense tout à la fois le mécanique, le viscéral, l'animal, le brut» et le critique fonceur n'hésite pas à y voir jusqu'à un «objet transitionnel» en citant le psychanalyste Winnicott ! A moto, en auto ou en bus, le photographe Bernard Plossu a depuis longtemps fait de l'errance une ligne à la fois éthique et esthétique. Après ses voyages au Mexique ou aux Etats-Unis, il présentera au Réverbère (du 18 janvier au 12 avril) des photographies glanées au Portugal et en G

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