Dix expositions à découvrir

ARTS | Suite de notre sélection d'expositions de la rentrée avec dix expositions découvrir dans les musées, les centres d'art ou les galeries de l'agglomération.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 septembre 2014

La famille Velickovic

Vladimir Velickovic (né en 1935 à Belgrade) exposera cette saison des œuvres récentes à la galerie Pallade. Ce peintre, sombre et marqué par la guerre en ex-Yougoslavie, est aujourd'hui connu pour ses représentations expressionnistes d'écorchés, de crucifiés, de champs de bataille en feu hantés par le vol de corbeaux lugubres... Avant Velickovic, c'est l'un de ses fils, Marko Velk, qui prend possession des lieux pour l'une des expositions les plus fortes de cette rentrée (voir chronique en page 11). Jean-Emmanuel Denave
Marko Velk - jusqu'au 4 octobre à la galerie Pallade
Vladimir Velickovic - du 9 octobre au 6 décembre au même endroit

 


Les archives d'un artiste inconnu

Soyons honnête. La plupart du temps, nous regardons et identifions le vu, une oeuvre d'art donnée, comme un "produit". Que diriez-vous de prendre une minute, un moment dans le temps, et d'imaginer la personne qui se trouve derrière une oeuvre, l'univers, qui a influencé la création de l'oeuvre d'art donnée que nous appelons souvent un "produit"?   サ Telle est la proposition originale des Archives d'un artiste inconnu, exposition pensée par le plasticien allemand Tillman à la galerie Snap. Un défi qui mérite d'être relevé le lieu, consacré aux artistes post-conceptuels et post-minimalistes, nous ayant jusqu'ici habitué à des expositions de qualité. JED
Jusqu'au 25 octobre à la galerie Snap

 

 

Humaines trop humaines

Sous ce titre emprunté à Nietzsche, le Bleu du ciel nous propose de découvrir les images fortes de deux photographes venues de l'est de l'Europe. La russe Alexandra Demenkova travaille en noir et blanc et impressionne par sa capacité à rendre l'aspect compact et resserré des espaces, et sa proximité avec les sujets (du monde paysan surtout) qu'elle photographie. Plus contemporaine et distante, travaillant en couleurs, la roumaine Dana Popa présente quant à elle un travail autour d'un sujet délicat : le trafic sexuel en Europe. JED
Jusqu'au 8 novembre au Bleu du ciel

 

 


Collection à l'étude

Comme tous les deux ans, l'Institut d'Art Contemporain (et FRAC Rhône-Alpes) fait un point sur ses fonds et ses acquisitions récentes. Mais cette année, l'exposition d'œuvres de la collection s'étend aussi à un grand nombre de lieux de la ville de Villeurbanne : le TNP, la médiathèque la Maison de l'Image et du Son, le centre d'art l'URDLA, l'école d'ingénieurs l'INSA, etc. On pourra découvrir ici et là, par exemple, des œuvres de Gerhard Richter, Ann Veronica Janssens, Rodney Graham... JED
Du 19 septembre au 11 janvier à l'IAC et dans de nombreux lieux à Villeurbanne



Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize

L'URDLA consacre au jeune couple d'artistes Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize une prometteuse exposition monographique réunissant dessins, sculptures, installations et estampes. Les deux complices travaillent ensemble depuis 2006 sur un mode artistique qui se veut un «cadavre exquis qui se régénère en permanence au contact de la problématique du quotidien». Leurs œuvres, ici placées sous le signe de la «maison enchantée», sont comme autant de rencontres singulières, incongrues, ratées parfois, énigmatiques souvent, entre différentes images, différents matériaux, différentes sensations. JED
Du 20 septembre au 21 novembre à l'URDLA

 


Premiers déclics

Né en 1923 à Saint-Genis-Laval, le célèbre photographe Marc Riboud prend ses premiers clichés dans les années 1950 à Lyon et dans les Alpes. L'exposition qui lui est dédiée au Plateau s'attachera tout particulièrement à ces prémices méconnues. Celui qui photographia la jeune fille tendant une fleur face à des militaires lors d'une manifestation parcouru aussi très vite le Paris de l'après-guerre (où il s'installe en 1952 après avoir quitté son poste d'ingénieur à Villeurbanne), les États-Unis, la Yougoslavie, la Chine ou l'Inde, regardant le monde, avec curiosité, humour et rigueur. JED
Du 3 octobre au 21 février au Plateau, Hôtel de Région

 


Théâtres et cafés

Le Musée Paul Dini poursuit son sympathique programme d'expositions thématiques réunissant des artistes anciens ou contemporains de la région. Cette année, l'exposition Théâtres et cafés réunit des œuvres de nombreux peintres ou photographes passionnés par le monde du spectacle, notamment entre les années 1840 et 1930 lors desquelles, à Lyon, la vie artistique dans les brasseries, les théâtres et les salons bouillonnait. Seront présentés notamment les photographes Blanc et Demilly, les peintres Albert Gleizes, Raoul Dufy, Paul Chenavard, Jules Flandrin, Antoine Vollon... JED
Du 12 octobre au 8 février au Musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône

 


La collection Jacqueline Delubac

«J'ai un bon oeil, j'ai eu le bonheur d'avoir un assez bon instinct et d'acheter des peintures de Poliakoff, de Fautrier, de Dubuffet qui étaient peu connus et j'ai la joie de les avoir acquises quand tout le monde se moquait de moi» déclarait Jacqueline Delubac (née à Lyon en 1907 et décédée à Paris en 1997). La comédienne et amatrice d'art a légué en 1997 au Musée des Beaux-Arts trente-huit œuvres majeures d'art moderne (signées Picasso, Dubuffet, Bacon, Braque, Miro...) qui constituent l'essentiel de ses salles du XXe Siècle. Le Musée lui rend hommage en revenant à la fois sur sa biographie mouvementée et ses goûts artistiques singuliers et avant-coureurs. JED
Du 7 novembre au 16 février au Musée des Beaux-Arts

 

Star Wars – Identités

C'est pas de chance : alors que le Musée Miniature et Cinéma se gargarise (à raison) de l'ajout à sa collection d'un animatronique grandeur nature de la terrifiante reine Alien, voilà que plane sur l'événement l'ombre d'un star destroyer impérial. Autrement dit de l'un des plus gros vaisseaux de la saga Star Wars – cf. la séquence d'ouverture du premier film – dont la maquette sera visible à la Sucrière dans le cadre de l'exposition Star Wars – Identités.  Du costume de Darth Vader à la marionnette de Yoda, ce sont pas moins de deux-cents accessoires et documents de productions que propose cette exposition-événement. Presque le minimum vu la richesse visuelle et thématique de cette galaxie lointaine, très lointaine. Benjamin Mialot
Du 9 novembre au 19 avril à La Sucrière

 

 

Les produits fatals

Sous un titre emprunté à l'industrie, les artistes Delphine Reist et Laurent Faulon promettent une exposition singulière en investissant deux lieux comme deux pôles d'une chaîne industrielle. Avec, à une extrémité, le Centre d'arts plastiques de Saint-Fons (proche de la vallée de la chimie), transformé en laboratoire de production, et, à l'autre extrémité, le centre d'art la BF15 investi comme un magasin discount ! «Entre la matière et l'objet, le centre et la périphérie, la fabrication et l'exposition, ce projet annonce autant de réjouissants dialogues, que de sérieuses réflexions sur la production artistique» annoncent les artistes. JED
Du 21 novembre au 17 janvier au CAP de Saint-Fons et à la BF15


Tilman

"Les Archives d'un artiste inconnu"
Snap 4 rue de la Thibaudière Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Dana Popa & Alexandra Demenkova

"Humaines trop humaines"
Le Bleu du Ciel 12 rue des Fantasques Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Florentine & Alexandre Lamarche-Ovize

"La Maison enchantée"
URDLA 207 rue Francis de Pressensé Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Samuel Tilman : « Le spectateur doit prendre position »

Une part d’ombre | Invité par les Rencontres de Gérardmer à présenter le film qu’il a tourné en partie dans la région vosgienne, le réalisateur belge Samuel Tilman revient sur la genèse d’Une part d’ombre et sa complicité avec Fabrizio Rongione…

Vincent Raymond | Mercredi 26 juin 2019

Samuel Tilman : « Le spectateur doit prendre position »

Quelle est l’origine de ce thriller ? Samuel Tilman : Le sujet, c’est vraiment l’envie de parler du regard que l’on peut porter sur l’autre, de l’incapacité de se dévoiler totalement et donc de connaître l’autre totalement. Mais également la peur d’être jugé, comment le jugement impacte un groupe… J'avais envie aussi de mettre les personnages dans de grands paysages, qu’ils soient un peu perdus dans une forme de nature oppressante. Au départ, ils auraient dû être en vacances à la Costa Del Sol, mais il n’y avait pas l’isolement que je voulais : ça ne pouvait pas fonctionner dans un club de vacances ou un camping. Comme je suis un grand fan de montagne — mon père m’emmenait en montagne faire des randos quand j’avais 7, 8 ans, faire des randos et j’avais vécu une expérience extraordinaire sur un court métrage précédent —, les Vosges se sont imposées. Et j’ai découvert qu’il y a de la forêt et que c’est très sauvage. En plus de la montagne, un autre élément ajoute une inquiétude diffuse au film : c’est l’ambiguïté que peut dégager Fabrizio Rongione, l’interprète de David

Continuer à lire

Présumé coupable : "Une part d'ombre"

Thriller | De Samuel Tilman (Bel, 1h30) avec Fabrizio Rongione, Natacha Régnier, Baptiste Lalieu…

Vincent Raymond | Mardi 21 mai 2019

Présumé coupable :

Père et mari comblé, professeur apprécié, David peut compter sur sa bande d’amis. Du moins, c’est ce qu’il croyait : entendu comme témoin puis suspect dans une affaire de meurtre, il voit ses fidèles potes s’éloigner quand une facette de son existence qu’ils ignoraient est mise au jour… N’y aurait-il pas comme une once d’inspiration simenonesque dans ce thriller aussi belge que l’était le créateur de Maigret ? C’est ici en effet moins l’enquête (et ses rebondissements portant sur les dessous ou les recoins de la vie de David) qui importent que l’étude psychologique des personnages — de la dynamique du groupe — et la morale que l’on peut en tirer. Une morale évidemment peu réjouissante quant à la valeur des relations humaines et le potentiel hypocrisie que chacun peut recéler. En accentuant le plus possible la subjectivité, Tilman accroît le sentiment de malaise, voire de paranoïa, de son protagoniste admirablement servi par l’ambigu Fabrizio Rongione. Le comédien, malheureusement trop rare, dégage un je-ne-sais-quoi de trouble et d’inquiétant rendant crédible l’h

Continuer à lire

Star Wars à l'Auditorium

Ciné-concert | Le ciné-concert n'en finit plus de faire son retour - que ce soit des réinterpréations par des musiciens contemporains de bandes son du cinéma muet, ou (...)

Sébastien Broquet | Mardi 22 janvier 2019

Star Wars à l'Auditorium

Le ciné-concert n'en finit plus de faire son retour - que ce soit des réinterpréations par des musiciens contemporains de bandes son du cinéma muet, ou par l'attrait grandiose du grand orchestre reprenant la partition originelle d'un immense succès. L'on a ainsi pu voir récemment voir La La Land rejoué à la Halle Tony Garnier. Ou encore, avec un brio certain, Amadeus à l'Auditorium, rejoué par l'Orchestre National de Lyon. Car l'Auditorium s'en est fait une spécialité - logique, avec l'Institut Lumière, la passerelle est naturelle. Voici donc cette semaine un mastodonte s'avancer : Star Wars, épisode originel, autrefois numéro 1, passé en 4 avec l'arrivée de la seconde trilogie. Mais bel et bien le film par lequel tout a commencé, celui de 1977 : avec Han Solo et R2-D2 mis en notes par John Williams. Le film sera diffusé en version originale du mercredi 23 janvier au vendredi 25 janvier à 20h, et le samedi 26 janvier à 18h. Et donc, rejoué intégralement par l'Orchestre National de Lyon avec

Continuer à lire

Vladimir Velickovic, l’inéluctabilité du mal

Peinture | Depuis la fin des années 1950, l'artiste d'origine serbe Vladimir Velickovic (né en 1935) peint la guerre, l'horreur, le mal affligé à l'humain par (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 novembre 2018

Vladimir Velickovic, l’inéluctabilité du mal

Depuis la fin des années 1950, l'artiste d'origine serbe Vladimir Velickovic (né en 1935) peint la guerre, l'horreur, le mal affligé à l'humain par l'humain. Soit de petites ou de grandes toiles représentant des champs de bataille dévastés, des corbeaux ténébreux, des corps suppliciés, crucifiés... Son style expressionniste est proche de celui de Francis Bacon, mais ses obsessions sont différentes : depuis l'occupation nazie de la Yougoslavie jusqu'à aujourd'hui, malgré les avancées (ou à cause ?) des sciences, des éthiques, des processus civilisateurs, un mal indécrottable déchire les psychés et les corps des humains. C'est cela que peint Velickovic, inlassablement d’œuvre en œuvre, avec un effet stupéfiant sur le regard et les sensations du spectateur, et jusqu'à la nausée, la lassitude, la défaite de l'esprit de résistance. Cet œuvre n'est ni un memento mori, ni un mea culpa, mais sans doute un effort de clairvoyance : la barbarie n'est ni devant ni derrière nous, mais en nous, humains, porteurs d'une part de barbarie (quel que soit son nom : le mal, la pulsion

Continuer à lire

Cinéma : le coq se rebiffe

Pathé | Au moment où le très discret groupe CGR vient d’annoncer le rachat du circuit Cap’Cinéma — et annonce avoir dépassé en nombre d’établissements sur le territoire (...)

Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

Cinéma : le coq se rebiffe

Au moment où le très discret groupe CGR vient d’annoncer le rachat du circuit Cap’Cinéma — et annonce avoir dépassé en nombre d’établissements sur le territoire national le réseau Pathé-Gaumont —, la firme au coq le défie sur le terrain de l’innovation technique. Pour contrer le système ICE (Immersive Cinema Experience) lancé lors de la sortie de Valérian, Pathé fait donc coup double en métropole lyonnaise. En ouvrant pour commencer dans son complexe du Carré de Soie une salle équipée de la technologie 4DX, un système proposant une “expérience” sensorielle et immersive au spectateur, grâce notamment à des fauteuils sur vérins et des effets de soufflerie interagissant avec le film. Réservée aux blockbusters (Justice League essuie les plâtres) et à une centaine de privilégiés par séance, cette attraction devrait consolider la position de leader régional du cinéma vaudais, par ailleurs doté d’un écran Imax. Avec déjà plus d’un million de billets vendus depuis le début 2017, le Pathé Carré de Soie concentre à lui seul quasiment 20% de la fréquentati

Continuer à lire

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Un semestre en salles | Un Harry Potter, un Star Wars, un Marvel, un Loach Palme d’Or… Non non, nous ne sommes pas victimes d’un sortilège nous faisant revivre en boucle la dernière décennie. Regardez d’un peu plus près : c’est dans les détails que se nichent les nuances…

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Sorties cinema de la rentrée 2016 : Comme un (faux) air de déjà-vu

Après un gros premier semestre dévolu aux blockbusters, la fin de l’année accueille traditionnellement le cinéma d’auteur — exception faite des incontournables marteaux-pilons de Thanksgiving et Noël, conçus pour vider une bonne fois pour toutes les goussets des familles. Les candidats 2016 sont, dans l’ordre, Les Animaux fantastiques de David Yates (16 novembre), spin off de la franchise Harry Potter et Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards (14 décembre). Qui de Warner ou Disney l’emportera ? Un peu avant (26 octobre), Benedict Cumberbatch tentera de déployer la bannière Marvel dans le film de Scott Derrickson, Doctor Strange — un second couteau parmi les superhéros. Cette impression d’avoir à faire des versions alternatives ou dégraissées de vieilles connaissances se retrouve aussi chez Tim Burton qui signe avec Miss Peregrine et les enfants particuliers (5 octobre) un nouveau conte fantastique sans Helena Bonham Carter, ni Johnny Depp, ni son compositeur fétiche Danny Elfman ! Au moins, on peut espére

Continuer à lire

Compléments d'objets

ARTS | Héritiers spirituels de Marcel Duchamp et de ses ready-mades, Delphine Reist (née en 1970) et Laurent Faulon (né en 1969) détournent, manipulent, réactivent des (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 décembre 2014

Compléments d'objets

Héritiers spirituels de Marcel Duchamp et de ses ready-mades, Delphine Reist (née en 1970) et Laurent Faulon (né en 1969) détournent, manipulent, réactivent des objets de la vie quotidienne. Delphine Reist est connue notamment pour insuffler vie et autonomie à l'inanimé : des voitures qui démarrent toutes seules, des caddies qui valsent sur un parking de supermarché, des perceuses ou des ponceuses qui s'ébranlent soudain sur des étagères... Laurent Faulon, lui, englue les objets, les sculpte sommairement, leur redonne une certaine densité, une présence incongrue... Les deux artistes ont imaginé une exposition en deux étapes mimant les mécanismes de la production industrielle : la première au CAP de Saint-Fons, qui domine symboliquement la Vallée de la chimie, la deuxième dans la plus bourgeoise BF15 sur les quais de Saône. Soit une chaîne de production imaginaire qui aboutit à une sorte de magasin discount où la moto recouverte de graisse de Laurent Faulon côtoie les aspirateurs choristes de Delphine Reist et quelques sacs de sport se mouvant eux-mêmes... Delphine Reist a

Continuer à lire

Marc Riboud, à bonne distance

ARTS | Le Plateau présente les «premiers déclics» du photographe Marc Riboud. Soit 160 images réalisées entre 1942 et 1960, où l'artiste fait se rencontrer le mouvement libre et la rigueur géométrique, le sujet et son environnement, que ce soit dans les grandes villes européennes ou parmi les contrées les plus reculées. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 décembre 2014

Marc Riboud, à bonne distance

L'écrivain François Cheng rapporte que Marc Riboud avait toujours sur lui son livre sur la philosophie et la peinture chinoises, Le Vide et le plein. Un petit opuscule où l'on apprend notamment que, dans le Tao, le vide n'est pas le néant mais un espace dynamique où a lieu l'interaction et la transformation ; le vide médian permettant la rencontre et l'échange entre des éléments, des sujets, des forces... Au-delà d'une première impression d'éblouissement esthétique devant les photos exposées au Plateau, on se rend peu à peu compte que Riboud compose souvent ses images comme des "rencontres" entre un ou plusieurs personnages et le monde qui les entoure. Rencontres de la danse burlesque du célèbre Peintre de la Tour Eiffel avec les lignes d'acier de la construction géométrique, de deux passants avec la silhouette découpée d'un arbre sur un quai de Seine, d'anonymes protégés sous leurs parapluie en Inde avec les frondaisons des arbres alentour... «Le goût de voir, confiait Marc Riboud à Hervé Guibert en 1985, me fait croire au surréalisme au sens propre : cette coïncidence de la forme, d'une perspective et du personnage». Entre-deux

Continuer à lire

Œuvres post-traumatiques

ARTS | Le traumatisme de la guerre provoque des névroses ; avec plus de "bonheur", il enclenche parfois aussi des créations artistiques. C'est le cas par exemple (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 décembre 2014

Œuvres post-traumatiques

Le traumatisme de la guerre provoque des névroses ; avec plus de "bonheur", il enclenche parfois aussi des créations artistiques. C'est le cas par exemple chez Vladimir Velickovic, né en 1935 à Belgrade et durablement marqué par les horreurs nazies puis par les conflits en ex-Yougoslavie. Le peintre témoigne du désastre dans des toiles puissantes, sombres, montrant des suppliciés ou de sinistres champs de bataille hantés de corbeaux, qu'il présente à la galerie Pallade jusqu'au 6 décembre. Son aîné, le peintre lyonnais Evaristo (1923-2009), a quant à lui fui la Guerre d'Espagne puis connu la Seconde Guerre mondiale. Ses nombreux visages aux yeux excavés, pareils à des masques travaillés par la mort, semblent crier à travers leur regard et nous attirer vers l'abîme. Très croyant, l'artiste tente aussi dans ses tableaux d'aller «plus loin que la douleur» (titre d'une des œuvres présentées au Musée d'art religieux de Fourvière jusqu'au 5 janvier) et déploie parfois une palette solaire, transcendant fantômes et charniers. Deux artistes dont l

Continuer à lire

Star Wars Identities, un cas de Force majeure

ARTS | Après avoir trusté pendant neuf mois la Cité du cinéma à Paris, Star Wars Identities atterrit à La Sucrière. Une belle expo "à la canadienne" où le fan service le dispute à la vulgarisation scientifique. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 novembre 2014

Star Wars Identities, un cas de Force majeure

Tandis que l'Agence Spatial Européenne envoie au casse-pipe d'innocents robots à 500 millions de kilomètre de la Terre, c'est une galaxie autrement plus lointaine qui s'offre au regard à la Sucrière : celle où prend place la saga Star Wars et qui, depuis 37 ans qu'a débuté sa perpétuelle expansion narrative et commerciale, divise les geeks autant qu'elle les a fédérés dans leur contre-attaque sur l'industrie du cool. Le contenu de l'exposition Star Wars Identities les mettra tous d'accord – et eux seuls, inutile de lâcher les 22€ (!) demandés à l'entrée si vous n'avez pas la certitude que Han Solo a tiré le premier. De la silhouette dudit Solo prisonnier de la carbonite à de superbes dessins de production de Ralph McQuarrie, d'un pod racer grandeur nature à des maquettes de vaisseaux à la finition impressionnante, des croquis détaillant la conception des personnages emblématiques des deux-bientôt-trois trilogies cinématographiques (Yoda ressemblait à l'origine à un pauvre nain de jardin) à leurs costumes originaux, les quelques deux cents accessoires et documents présentés sont en effet autant de madeleines proustiennes au goû

Continuer à lire

Marko Velk, au seuil des images

ARTS | Marko Velk présente à la galerie Pallade l'une des expositions les plus fortes et inquiétantes de la rentrée. Nous nous attardons ici sur l'un de ses dessins au fusain, pour mieux vous inviter à découvrir tous les autres. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 septembre 2014

Marko Velk, au seuil des images

Plongé dans une sorte de brume diffuse, le regard se brouille et ses repères se dissolvent. Incongrue, presque abstraite, une ouverture encadrée d'un blanc presque phosphorescent indique un seuil, propose du noir, fuit en perspective sombre. Ce dessin de Marko Velk réveille en nous ce passage du Procès de Kafka : «"Que veux-tu donc savoir encore ?" demande le gardien. Tu es insatiable". "Si chacun aspire à la loi, dit l'homme, comment se fait-il que durant toutes ces années personne d'autre que moi n'ait demandé à entrer ?". Le gardien de la porte, sentant venir la fin de l'homme, lui rugit à l'oreille pour mieux atteindre son tympan presque inerte. "Ici, nul autre que toi ne pouvait pénétrer, car cette entrée n'était faite que pour toi. Maintenant je m'en vais et je ferme la porte"». Dans Le Procès, il y a toute une architecture de l'existence, une mise en espace tragi-comique du désir humain, un labyrinthe indéchiffrable de la destinée. Il y a, aussi, la désignation d'un leurre : celui de croire qu'il existe quelque part un sens à atteindre, un seuil ultime à franchir pour déboucher dans un lieu de lumière et de révélation, alors que, littéra

Continuer à lire

Vladimir Velickovic

ARTS | Depuis des années, Vladimir Velickovic peint toujours la même chose : des crucifiés aux corps convulsés, des champs de bataille déserts où l'on voit au loin (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 novembre 2010

Vladimir Velickovic

Depuis des années, Vladimir Velickovic peint toujours la même chose : des crucifiés aux corps convulsés, des champs de bataille déserts où l'on voit au loin quelques brasiers se consumant, d'inquiétants chiens errants ou des oiseaux de mauvais augure... Né à Belgrade en 1935 et vivant à Paris depuis 1966, l'artiste a été marqué par les guerres en ex-Yougoslavie en particulier, et par tous les foyers de souffrance humaine en général. Velickovic peint toujours la même chose donc, parce que le monde, malheureusement, ne change pas. Et ses œuvres sont toujours aussi impressionnantes, comme on pourra le vérifier à la galerie Pallade, jusqu'au samedi 27 novembre. JED

Continuer à lire