Dans la tête des Inconfiants

ARTS | L'écrivain Tatiana Arfel et l'artiste Julien Cordier publient Les "Inconfiants", fruit d'une résidence à l'hôpital psychiatrique du Vinatier. La Ferme éponyme leur consacre une rencontre et une exposition. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2015

Photo : Julien Cordier


Invités en résidence par la Fête du livre de Bron à l'hôpital psychiatrique du Vinatier (de mars à septembre 2014), Tatiana Arfel et Julien Cordier y ont d'abord animé des ateliers afin de rencontrer patients, soignants et autres personnels de l'hôpital. Un hôpital en l'occurrence en mutation, qui regroupait alors ses services de psychiatrie adulte pavillonnaire en un seul et grand bâtiment.

Plus généralement, les deux comparses mettaient les pieds dans «un monde de fous» (pour reprendre le titre de l'ouvrage du journaliste Patrick Coupechoux publié en 2006) où la psychiatrie affronte les affres des normes gestionnaires et les impératifs d'efficacité à court terme.

Le vieux pavillon s'est disparu, pfuiiiiit. Il ne respire plus, le bâti passé où je vins de par mes années vertes – celles où les infir-mères et les mets-deux-saints priaient encore en moi, paumes jointes, Vierge et Esprit, où ils pensaient que oui, j'irons bien un jour» fait dire à l'un de ses "personnages" Tatiana Arfel, dans sa langue toujours vive et truculente.

Chaque chapitre du livre donne ainsi la voix à un individu différent (patient, psychiatre, femme de ménage...) et est illustré d'un dessin-photographie de Julien Cordier.

Langue mineure

Comme dans ses trois précédents livres (dont le très bon La Deuxième vie d'Aurélien Moreau), Tatiana Arfel s'est imprégnée le plus possible des différentes personnes rencontrées au Vinatier. Elle est quasiment "entrée" dans leurs corps singuliers et souvent ralentis, et dans leurs esprits parfois disloqués, employant le "Je" par identification et se réclamant de la «langue mineure» de Gilles Deleuze, qui s'oppose et résiste à la «langue majeure» (celle du monde du travail, du pouvoir, de la publicité).

Je ne considère pas exactement prêter mes mots à la parole des autres, nous dit Tatiana Arfel, mais, même si c'est une pensée magique de ma part, plutôt offrir aux personnages, par mon corps et mes mains qui tapent à l'ordinateur, une possibilité d'expression. Généralement, je ne sais pas d'avance ce qu'un personnage va dire, je cours derrière, il me surprend, et quand il meurt, alors que je ne l'avais pas prévu, c'est moi qui pleure...

L'émotion, la drôlerie, la bizarrerie traversent les pages des Inconfiants, offrant une vision en kaléidoscope d'un "monde" à la fois si proche et si lointain.

Les illustrations de Julien Cordier, qui mettent sous tension le réel et l'imaginaire, sont elles aussi particulièrement originales et émouvantes. Sur tous les plans, ce livre est une réussite !

Tatiana Arfel et Julien Cordier
A la Ferme du Vinatier du 6 mars au 10 avril
Rencontre jeudi 5 mars, dans le cadre de la Fête du livre de Bron

Les Inconfiants (Le Bec en l'Air)


Tatiana Arfel, Julien Cordier, Fabienne Pavia


La Ferme du Vinatier Centre hospitalier Le Vinatier, 95 boulevard Pinel Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Julien Cordier et Tatiana Arfel

"Entre-Deux Vinatier(s)", photos, dessins, textes
La Ferme du Vinatier Centre hospitalier Le Vinatier, 95 boulevard Pinel Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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A l'occasion de sa 29e édition, la Fête du livre de Bron s'est associée au Petit Bulletin pour vous faire gagner une sélection d'ouvrages d'auteurs invités. Pour cela, il vous fallait vous fendre d'un texte répondant à la question posée cette année par la Fête : "qu'est-ce qu'on a en commun ?". Vous avez été nombreux à participer (et nous vous en remercions) mais, comme dans Highlander, il ne pouvait en rester qu'un. Il se nomme Daniel Ostfeld et voici sa production : Quelques poils sur le bord de mon oreille. En désordre. Ils me dérangent. J'ai vu les mêmes chez mon voisin et cela m'agace. Quand je regarde mon visage de très près dans la glace, des tempes jusqu'au menton, j'aperçois les pores qui constellent la surface de ma peau, et de toutes petites lignes qui les relient les uns aux autres. Ici et là, quelques poils égarés. Tout cela compose une toile d'une relative harmonie. Ces petites lignes, qui ne sont pas encore des rides mais pourraient le devenir, je les ai vues aussi sur le poignet de mon bébé, ça m'a ému. Comme si elles étaient la preuve qu'il était membre de plein droit de la communauté des hommes. Des

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Belle de nuit

CONNAITRE | Après avoir remporté le prix interallié en 2012 avec "Oh...", le prolixe Philippe Djian revient en forme avec un roman rocambolesque que lui seul pouvait orchestrer : "Chéri-chéri", dont il est invité à débattre à la Fête du livre de Bron. Valentine Martin

Valentine Martin | Vendredi 6 mars 2015

Belle de nuit

Il le dit souvent, c'est la première phrase qu'il écrit qui lui indique quelle suite prendre. Philippe Djian est un auteur qui travaille sans plan et, jusqu'à présent, cela lui a plutôt réussi. Pour décrypter son nouveau roman, Chéri-chéri (Gallimard), il importe donc de se pencher sur sa première phrase, et même sur son premier paragraphe : «Le jour on m'appelait Denis. J'étais un écrivain qui connaissait un certain succès et qui avait la dent dure, comme critique. Certains soirs on m'appelait Denise. Bon, je dansais dans un cabaret.» Tout est dit. Écrivain le jour, travesti la nuit, Denis est plutôt bien dans sa vie. Il a une femme, Hanna, poupée blonde aux gros seins, qui ne voit pas le problème d'avoir un mari portant des bas résilles. Elle le surnomme même chéri-chéri. Bref, tout serait parfait sans Paul. Ce dernier est le père d'Hanna, et il ne supporte pas la double vie de son gendre. L'ennui, c'est qu'il est aussi mafieux sur les bords et décide de mener la vie dure à Denis en le forçant à travailler pour lui. Au moins avec Véronica, la mère d'Hanna, il n'y a pas de problème, elle aime bien Denise. Peut-être même un peu trop finalement...

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Valentine Martin | Vendredi 6 mars 2015

Un jour en France

De l'Irak à la Syrie, elle a sillonné tous les points chauds du globe. Mais depuis quelques années, elle a enfin posé ses valises en France pour de bon. Grand reporter, Florence Aubenas s'est du coup vu proposer par le journal Le Monde (où elle travaille depuis 2012) une nouvelle expérience : tenir une chronique sur le quotidien des Français. Après avoir couvert les grands procès de France et s'être fait passer pour une demandeuse d'emploi dans Le Quai de Ouistreham, elle n'a pas hésité une seconde. Entre 2012 et 2014, Florence Aubenas a régulièrement pris sa voiture (ou le train de 5h du matin) direction la province, à la découverte ce que tout le monde croit connaître déjà. En France est un recueil de des chroniques qu'elle a tirées de ces déplacements, une fine mosaïque de portraits qui retrace des bouts de vies, des moments de tous les jours. Florence Aubenas ne voulait pas cibler une population particulière, alors elle les a toutes rencontrées : paysan, chauffagiste, syndicaliste, jeune dealer, maman au foyer... Pourtant une classe sociale se dessine : celle dite moyenne, voire moyenne moins, celle qui se lève tôt et qui ne p

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Ça n'est peut-être qu'un événement pour ses thuriféraires, mais c'en est surtout un pour la littérature tout court et pour la Fête du Livre. Car Eugène Savitzkaya se fait au moins aussi rare que son œuvre, s'étalant sur 43 ans, mérite une mise en lumière bien plus importante – même si cet archétype de "l'écrivain Minuit" a obtenu en 1994, le prix triennal du roman pour Marin de mon cœur et si, surtout, il fut célébré en son temps comme un auteur remarquablement précoce. Chose réparée donc par la programmation de Bron pour le poète (le fameux Cochon farci), dramaturge et romancier (Fou trop poli, Exquise Louise) belge qui entretint également une belle correspondance avec Hervé Guibert, la seule que ce dernier avait accepté de laisser paraître en guise de dernière volonté (Lettres à Eugène). De ce parcours entre les lignes, parfois un peu dans les limbes de la littérature officielle, Savitzkaya donnera un salvateur aperçu au cours d'une lecture baptisée "L'indocile" et qui se tiendra le samedi 7 mars à 18h30. On pourra avoir à l'esprit en écoutant cet auteur fondamentalement hybride, cette phrase tir

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Benjamin Mialot | Vendredi 16 janvier 2015

Concours d’écriture Fête du Livre de Bron

À l’occasion de sa 29e édition, du 6 au 8 mars 2015, la Fête du Livre de Bron et le Petit Bulletin vous invitent à participer à un concours d'écriture sur le thème de l’édition : Qu’est-ce qu’on a en commun ?  A gagner : une publication sur les sites du journal et du festival ainsi que 5 livres de littérature française ou étrangère sélectionnés par la Fête du Livre. Plus d'informations en suivant ce lien.

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Fête du livre de Bron 2015 : les premiers noms

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Qu'est-ce qu'on a en commun ? C'est la question que se posera la 29e édition de la Fête du livre de Bron du 4 au 8 mars prochain. Tenteront d'y répondre les auteurs suivants : Olivier Adam, Florence Aubenas, Silvia Avallone, Ramona Badescu, John Burnside (en dialogue avec José Carlos Somoza), Alain Choquart, Pierre Dardot, Patrick Deville, Simonetta Greggio, Serge Joncour, Olivier de Solminihac,   Laurent Mauvignier, Hubert Mingarelli, Raphaële Moussafir, Sylvain Prudhomme, Eric Reinhardt (le temps d'une lecture musicale avec Bertrand Belin), Eugène Savitzkaya, Eric Vuillard (notre cover boy de la rentrée littéraire, en dialogue avec Olivier Rolin) ou encore Valérie Zenatti.

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CONNAITRE | Retournant au charbon du réel, la littérature propose de le percevoir et de le vivre autrement. La Fête du Livre de Bron en prend acte et, avec ses soixante-dix invités (écrivains, intellectuels, poètes...), sort du sillon pour mieux nous inviter à lire des romans contemporains comme autant de plans B. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 février 2014

Last exit to Bron

C'est la crise donc. Comme si celle-ci était unique, économique et financière, et ses solutions elles-mêmes gestionnaires. Ce cercle imposé écrase bien des perspectives. Les sciences humaines et la littérature nous invitent elles à penser qu'il y a des crises au pluriel et qu'elles touchent au plus profond de la conscience individuelle, aux questionnements les plus intimes. La bourse broie du noir, mais c'est plus sourdement l'être humain qui vacille et se craquelle. «Les grandes poussées soudaines qui viennent ou semblent venir du dehors, celles dont on se souvient, auxquelles on attribue la responsabilité des choses […] n'ont pas d'effet qui se voit tout de suite. Il existe des coups d'une autre espèce, qui viennent du dedans – qu'on ne sent que lorsqu'il est trop tard pour y faire quoi que ce soit, et qu'on s'aperçoit que dans une certaine mesure on ne sera plus jamais le même» écrivait F. Scott Fitzgerald dans La Fêlure. S'emparant de Fitzgerald et d'autres auteurs américains, le philosophe Gilles Deleuze a défendu le roman comme «affaire de devenir, toujours inachevé, toujours en train de se

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