Le printemps du MAMC de Saint-Etienne

ARTS | Nouvelle déferlante d'expositions à Saint-Étienne. Le musée d'art moderne et contemporain expose pas moins de cinq artistes, du post-modernisme baroque de la coréenne Lee Bul aux belles photographies de ruines industrielles de Massimiliano Camellini. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Photo : Vue de l'exposition Lee Bul (DR)


Une fois encore, on ne saurait trop vous conseiller d'aller à Saint-Étienne au MAMC, découvrir son nouveau bouquet printanier d'expositions hétéroclites.

L'invitée de marque y est cette fois-ci la Coréenne Lee Bul (née à Séoul en 1964), ancienne performeuse qui présente à la fois un grand nombre de dessins et plusieurs installations-sculptures de dimensions importantes. Cette artiste férue d'architecture constructiviste et de science-fiction se révèle assez géniale dans sa faculté à créer des œuvres anachroniques, entremêlant le passé le plus traditionnel au futurisme le plus débridé.

Les cyborgs croisent ici les chamans, les rubans d'autoroute luttent contre l'entropie de roches antédiluviennes, les grottes paléolithiques s'hybrident à des carénages aérospatiaux... Autant d'œuvres littéralement "monstres" et baroques, où le visiteur peut parfois s'engouffrer, et qui mettent sans cesse sous tension le réel et l'imaginaire, le mythe ancien et le mythe futuriste, le projet technologique et sa propre ruine.

Paysages de l'âme

Ce télescopage des temporalités se retrouve dans deux très belles séries de photographies autour du thème des ruines industrielles. L'Italien Massimiliano Camellini a saisi presque sur le vif l'arrêt brutal d'activité d'une usine, hantée encore de ses ouvriers fantômes sous formes de vêtements abandonnés, d'objets divers, de dossiers qui ne seront jamais bouclés.

Yves Bresson montre, quant à lui, dans ses images le retour "vengeur" et phosphorescent de la nature parmi les ruines et la rouille d'une ancienne fabrique de lames de faux et de faucilles.

De nature, il est encore question avec les dessins hyperréalistes à la poudre de graphite de Serse. Dans une grande salle du musée, accrochées à différentes hauteurs, ses représentations frontales de ciels, de vagues ou de montagnes imposent une sorte de silence et de vertige intérieurs. «Le point de vue que je cherche, écrit l'artiste, réside dans l'exercice d'immersion au plus profond de nous-mêmes... Mes dessins sont donc, tous, des paysages de l'âme.»

L'expérience méditative et artistique est intense, mais l'on pourra alors se dégourdir l'âme et le regard en découvrant les nombreuses toiles de l'Américain Jonathan Lasker dans les salles adjacentes. Post-minimaliste en diable, l'artiste joue avec quelques signes, formes et couleurs simples et multiplie les compositions les plus libres. Une abstraction joyeuse et poétique, comme seuls certains artistes américains paraissent en avoir le secret.

Lee Bul, Jonathan Lasker, Serse, Yves Bresson et Massimiliano Camellini
Au Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne jusqu'au 17 mai

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