L'envers de la Réunion en photos

ARTS | Le photographe Morgan Fache a suivi pendant deux ans les déclassés de la Réunion. Un travail de terrain plein de bienveillance à découvrir à l'Atelier Item.

Valentine Martin | Mardi 16 juin 2015

Avant, Morgan Fache était travailleur social. «Mais ça, c'était avant», car il est aujourd'hui photoreporter. De sa première vie, il a toutefois gardé sa sensibilité et son attachement aux plus défavorisés.

Dans sa nouvelle exposition, il s'est ainsi penché sur les laissés pour compte de l'île de La Réunion, où il vit depuis plusieurs années. Tout commence par sa rencontre avec Guerrier, un homme abîmé par l'existence et qui, comme beaucoup d'autres, "a pris le chemin", expression locale signifiant qu'il vit dans la rue. Ce dernier entraîne le photographe dans son univers, à la rencontre de déclassés, hommes ou femmes, qui tentent tant bien que mal de survivre dans ce paradis trompeur : à la Réunion, le taux de chômage est de 29%, soit trois fois plus élevé qu'en métropole.

Fidèle à la volonté du collectif Item, dont il est membre, de travailler sur le long terme, Morgan Fache a suivi Guerrier et les siens (Valdo, Ludovic, Estrella...) pendant deux ans. Tout au long de l'accrochage, qui compte trente-huit clichés, leur quotidien s'offre ainsi au regard comme en continu, entre excès d'alcool, de violence, de drogue et élans de solidarité.

Sous les photos du reporter, bienveillantes et baignées d'une luminosité aussi contrastée qu'un tableau de la Renaissance, un petit écriteau raconte à chaque fois le parcours de ces sujets, expliquant comment ils se sont retrouvés dans cette situation qui laisse peu de place à l'avenir. Édifiant.

Valentine Martin

Dann' somin : sous le soleil de l'exclusion
Á la galerie Item jusqu'au 3 juillet


Morgan Fache

"Dann' Somin, sous le soleil de l'exclusion", photos
Collectif item - L'atelier 3 impasse Fernand Rey Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Collectif Item au Bleu du Ciel : résiste !

Photographie | Pour capter d'où s'expriment les résistances aujourd'hui, direction le Bleu du Ciel où s'exposent les images conjointes de We Report et du Collectif Item.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 septembre 2017

Collectif Item au Bleu du Ciel : résiste !

Faire de la philosophie ou créer une œuvre d'art, c'est résister à la bêtise, disait en substance Gilles Deleuze. « Résister à l'irrésistible » écrivait encore le poète Michel Deguy ! « On ne résiste qu’à ce à quoi l’on craint de ne pouvoir résister » poursuivait Françoise Proust, philosophe du concept de résistance... Dès fin du 20e siècle, les luttes et les expressions de la résistance - au pouvoir, à l'intolérable, aux inégalités... - ont pris des formes multiples, nouvelles. Parfois même, insoupçonnées et microscopiques à la manière d'un Bartleby qui, dans le récit de Melville, « préférerait mieux ne pas ». Les photographes reporters du collectif lyonnais Item (qui fête ses 15 ans) se sont acoquinés avec We Report pour interroger cette idée de la résistance contemporaine. Luttes... invisibles ? « Rexistance est née d’une volonté commune de travailler ensemble autour d’une thématique qui traverse les préoccupati

Continuer à lire

Morgan Fache : «La rue, c'est toute leur vie»

ARTS | Rencontre avec Morgan Fache, photo-reporter du collectif Item qui présente l'exposition Dann'somin : sous le soleil de l'exclusion. Habitant La Réunion, il s'est penché sur le sort des sans-abris locaux, ces hommes et femmes qui «ont pris la route». Parmi tous ces visages, se détache celui de Guerrier.

Valentine Martin | Mercredi 1 juillet 2015

Morgan Fache : «La rue, c'est toute leur vie»

Vous traîniez depuis plusieurs jours à la boutique de solidarité de la fondation abbé Pierre avant de tomber sur Guerrier. Que cherchiez-vous exactement ? Morgan Fache : Je ne sais pas trop en fait. Ce qui était sûr, c'est que je voulais aborder La Réunion sous un autre angle, la montrer différemment de ce qu'on a l'habitude de voir. Rencontrer Guerrier a été une chance car sans lui je n'aurais jamais pu accéder au monde des marginalisés, de ceux qui ont "pris la route". Je n'aurais jamais pu les approcher. En fait, c'est simple, sans Guerrier il n'y aurait pas eu d'exposition, je n'aurais pas pu travailler comme je l'ai fait. C'est pour ça que j'en ai fait le personnage principal de l'exposition. Je l'ai suivi dans son univers pendant deux ans. Au final, c'est lui qui m'a choisi, qui m'a aidé et m'a montré. C'était donc logique d'en faire mon "héros". Je repense a

Continuer à lire