La Belle Époque en couleurs

ARTS | Le Musée Paul Dini se penche sur le vrai-faux mouvement postimpressionniste, regroupant une multitude d'artistes ayant notamment expérimenté de nouvelles manières de rendre la lumière à travers la couleur. Avec pour têtes d'affiche : Paul Signac, Pierre Bonnard, Maurice Denis... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 1 décembre 2015

Photo : voir mail


En 1886 se déroulait la dernière exposition impressionniste. En 1907, Pablo Picasso peignait Les Demoiselles d'Avignon, considéré comme le premier tableau cubiste. Quand on ne s'embarrasse pas trop de détails, on passe en général rapidement d'un courant à l'autre pour décrire les débuts de la modernité picturale. Avec un Cézanne qui fait le grand écart entre les deux, et quelques figures plus difficilement classables comme Van Gogh ou Toulouse-Lautrec. Le Musée Paul Dini nous propose un double "zoom avant" sur la période 1886-1914, nous invitant à redécouvrir à la fois la multitude de groupes de cette époque et quelques peintres régionaux en particulier.

Les critiques et historiens anglo-saxons ont inventé le terme de "postimpressionnisme" pour tout mettre dans le même sac : néo-impressionisme, synthétisme, nabis, symbolisme, fauvisme... Pratique, mais cela ne correspond à aucun mouvement réel, constitué, homogène (ceci dit, l'Impressionnisme était déjà lui-même assez éclaté). Le plus petit dénominateur esthétique commun à tous ces artistes, c'est finalement un même désir d'expérimentation picturale inauguré par les impressionnistes et Manet, une même foi dans les puissances de la peinture et, comme l'écrit Sylvie Carlier, directrice du musée, une «double exigence qui est à la fois la quête d'une lumière traduite par de nouvelles techniques mais aussi le recours aux économies de moyens». Sur un plan plus prosaïque, nombre de ces artistes, aussi, se connaissaient, échangeaient entre eux, exposaient ensemble et étaient représentés par les mêmes marchands et galeries.

Gymnastique oculaire

Les commissaires de l'exposition, Sylvie Carlier et Dominique Loebstein, ont choisi d'accrocher quelques 150 œuvres (dont beaucoup de prêts) de manière thématique, dans un parcours allant de l'intimité au paysage, de la vie moderne à l'Arcadie, de la représentation du corps à celle de la nuit... Aussi, notre œil doit-il se livrer à une curieuse gymnastique, passant de style en style, d'expérimentation en expérimentation, dans une même salle thématique. Un peintre pouvant lui-même passer du coq à l'âne, selon ses propres évolutions dans le temps !

D'où une impression générale d'exposition éclatée qui reflète au fond la richesse et l'ouverture artistique du "postimpressionnisme". Du côté des grandes stars, on n'y retrouvera ni Gauguin ni Van Gogh et un seul dessin de Matisse (Figure de dos au collier noir, 1906), mais le musée a cependant réussi à obtenir plusieurs prêts de tableaux remarquables : Le Château des Papes peint en 1909 par Paul Signac notamment, avec ses petites touches divisionnistes chantant les lumières méditerranéennes ; Un Modèle se déshabillant (1912) de Pierre Bonnard, où la figure tend à se fondre parmi son environnement, dans une ambiance à la fois sereine et intime ; Un Chemin sous la pluie (1914) de Félix Vallotton menant vers un inquiétant bouquet d'arbres aux verts sombres et aux formes anthropomorphes... Sans oublier des toiles de Maurice Denis, de Suzanne Valadon, d'Albert Marquet, d'Henri Manguin, d'Édouard Vuillard...

Danse des couleurs

Tout au long du parcours, on ressent les influences prégnantes de Cézanne, d'Henri Matisse, de Maurice Denis... De ce dernier, on retient souvent, comme symbole de la naissance de la modernité, cette phrase célèbre :

Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.

Une phrase qui convient assez bien à l'exposition du Musée Dini, entièrement composée de toiles figuratives, mais où le travail sur la lumière et la couleur semble annoncer, comme en sourdine, la venue de l'abstraction.

En dépit de la contemporanéité des cubistes et futuristes le post-impressionnisme s'attache au langage formel de la lumière au service de partis pris décoratifs. Les peintres théoriciens Signac et Denis englobent dans leurs œuvres et pensées des ancrages dans la tradition picturale (Delacroix et Fra Angelico) tout en développant, sur le plan formel, des schémas décoratifs où la couleur est soit exaltée soit librement posée en aplat.

rappelle Sylvie Carlier.

Au-delà, et en phase avec ces enjeux esthétiques, cette exposition est encore l'occasion de découvrir de superbes tableaux d'artistes méconnus : une danse païenne et pleine d'allégresse de Ker-Xavier Roussel, une forêt improbable que l'on croirait plongée dans l'eau de Pierre Combet-Descombes, un sombre portrait d'une morphinomane alanguie et mélancolique d'Émilie Charmy....

Le postimpressionnisme et Rhône-Alpes (1886-1914)
Au Musée Paul Dini, Villefranche-sur-Saône jusqu'au 7 février


Le postimpressionnisme et Rhône-Alpes (1886-1914)

"La couleur dans la lumière"
Musée Paul-Dini 2 place Faubert Villefranche-sur-Saône
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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