Taverne Gutenberg : « On peut tout imaginer »

ARTS | Un nouveau lieu d’art prend place dans la cité : la Taverne Gutenberg, initialement projet éphémère, devient pérenne sous l’impulsion du peintre Henri Lamy et de sa compagne, la graphiste Maïa D’aboville.

Sébastien Broquet | Mardi 19 janvier 2016

Photo : © Henri Lamy


A la Guillotière, quartier longtemps dénigré avant sa récente mutation, s'est développé une intense vie de quartier à forte identité algérienne - le raï et le chaabi étaient souvent joués dans les arrières-salles de café, lorsque l'un sortait son guember, donnant naissance à une multitude de cassettes méconnues. Peut-être, certains d'entre eux se sont produits en fin de nuit dans cet ancien café algérien à l'angle de rue de l'Epée et de la rue Gutenberg où un comptoir magistral trône encore, à droite de l'entrée. On peut l'imaginer…
Ce qui est certain, c'est que durant la guerre d'Algérie, vers 1958 / 59, c'était un fief des indépendantistes. Le patron, arrêté et malmené par la police française pour ses affinités avec les militants du FLN, en mourut ; sa fille repris le bar, avant de revendre l'immeuble il y a huit ans et finalement de le quitter il y a un an.

La désormais Taverne Gutenberg s'est inventée une autre vie : centre d'art alternatif, lieu de vie voulant s'ancrer dans le quartier. Un nouveau spot qui va prendre une place importante : le peintre Henri Lamy et sa compagne Maïa D'Aboville, à l'initiative du projet né en octobre et à date de péremption initialement prévue pour fin décembre, ont obtenu l'aval du propriétaire de l'immeuble pour continuer l'aventure sans limite.

Du 59 Rivoli à la Taverne Gutenberg

Henri Lamy n'est pas un inconnu : il était déjà partie prenante du 59 Rivoli, squat artistique racheté ensuite par la mairie de Paris. « J'ai commencé mon métier de peintre là-bas. Ce fut très utile, j'ai réussi à ce moment-là à me consacrer à la peinture a plein temps. J'ai pu vendre mon travail grâce à la grande fréquentation du lieu, ai eu l'opportunité de voyager. »

Ce n'est pas un hasard de retrouver cet adepte de Pollock derrière cette nouvelle virée dans le monde des possibles. Le propriétaire des murs n'est pas un inconnu non plus : lui-même ancien artiste, il est tout simplement… le père d'Henri, Philippe. « Je voulais me réinvestir dans le milieu artistique, et je voulais fixer un peu mon fils, qui parcourt le monde grâce au succès de ses expositions, pour le voir plus souvent » dit-il, avant de préciser que « ce lieu d'anti art conceptuel, c'est ce qui manquait et la mairie est heureuse de nous soutenir. Notre projet de librairie digitale est central, Maïa avait déjà travaillé sur un projet similaire. C'est un retour vers Gutenberg, cet inventeur qui a permis la Renaissance. »

Les pièces seront louées à des artistes pour trois mois (Monsieur Poisson étant le premier retenu), avec une volonté de laisser place à l'art figuratif. « On veut que ça circule librement. Il y aura un café, des ateliers pour les enfants. » explique Guillaume Sénéchal, ancien de l'Alliance Française à Bombay, conquit par le projet au point de s'y investir totalement aux côtés d'une équipe de six personnes. Nuits sonores a repéré les lieux, pour un éventuel projet Extra! avec le webzine La Salopette qui s'apprête à investir l'une des salles.

« Notre but est de construire un lieu où les gens peuvent échanger grâce à l'art. Un lieu où les artistes peuvent proposer leur vision du monde, et où les visiteurs peuvent interagir avec eux. Comme il n'en existe pas vraiment pour l'instant à Lyon, nous rencontrons un franc succès. Nous voulons aussi que tous les habitants de la Guillotière puissent s'y retrouver, en aidant les plus démunis à créer du lien social, en ayant un accès à la culture et l'expression. » résume Henri Lamy. L'inauguration est prévue le 10 février : rendez-vous est pris.

Taverne Gutenberg
Visites de 14h à 19h

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