Au Musée d'Art Contemporain : Ecce Ono

ARTS | "Lumière de l'aube", grande rétrospective consacrée à l’œuvre de Yoko Ono, consiste en une multitude d'incitations à imaginer, créer et résister au cynisme actuel. Et pourrait se résumer à cette phrase de René Char : « Développez votre étrangeté légitime. »

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 mars 2016

Photo : © DR


Yoko Ono adhère sans doute à la théorie de l'effet papillon. Un battement d'ailes de la pensée, un petit geste intempestif et libre pourraient provoquer ailleurs, plus tard, des tsunamis, voire une révolution des consciences et des rapports humains. En 1966, l'année de sa rencontre avec John Lennon, elle écrivait : « Si les gens prenaient l'habitude d'esquisser une culbute toutes les deux rues en se rendant à leur bureau, d'ôter leur pantalon avant de se battre... Si les hommes politiques avant de discuter de quoi que ce soit passaient une journée à regarder l'eau d'une fontaine danser dans le parc le plus proche, les affaires du monde ralentiraient sans doute un peu mais peut-être pourrions-nous avoir la paix. »

Depuis le début des années 1950, l'artiste du "Yes" et du "Imagine" (ses mots fétiches) voue une confiance inébranlable aux puissances de l'imagination et aux effets de subversion de la création. Alors même que l'Expressionnisme abstrait américain (Pollock, De Kooning, Rothko...) bat son plein à cette époque, Yoko Ono troque la profondeur de l'œuvre plastique pour un art où l'objet, la performance ou "l'instruction écrite" seraient non plus une fin mais un commencement. Non plus une représentation, mais une proposition. Non plus un chef-d'oeuvre sur piédestal, mais un battement d'ailes, l'esquisse d'un sourire, une "lumière de l'aube".

Nos désirs font désordre

En choisissant de ne pas respecter la chronologie du parcours de Yoko Ono, de 1952 à aujourd'hui, les commissaires de l'exposition ont réussi à conserver cet esprit général de partage et d'invitation à l'expérimentation par soi-même qui traverse toutes les créations de l'artiste, sous des formes diverses. Musiques, objets, installations, vidéos de performances, films avant-gardistes et textes s'entrecroisent au Musée en se renforçant les uns les autres, dessinant peu à peu ce qui fait le cœur même de l'œuvre : une énergie débordante et rafraîchissante, un enthousiasme contagieux, un désir de faire bouger les lignes avec presque rien : un escabeau à monter pour prendre de la hauteur, des tables de jeux d'échecs où toutes les pièces sont blanches, une salle obscure invitant les visiteurs à entrer en contact par le toucher, des espaces à l'architecture un peu étrange à traverser...

Ou encore l'une de ses nombreuses "instructions" à suivre comme : « Regardez le soleil jusqu'à ce qu'il devienne carré »... L'accrochage réussi et très agréable à parcourir maintient de salle en salle cette capacité d'étonnement de l'artiste et du visiteur. Artiste et visiteur qui, au fond, tendent à se confondre puisque c'est à nous d'expérimenter, de poursuivre l'œuvre ou de lui donner un contenu ou une signification inédits.

De la mise en jeu à la mise en Je

On entend déjà siffler à nos oreilles les rires sarcastiques de ceux qui s'étonneront de notre sensibilité à une œuvre aussi naïve, voire parfois un peu cruche. Et il est vrai qu'il y a chez Yoko Ono une dose de naïveté désarmante et que, parmi la multitude de ses propositions, toutes ne sont ni originales ni intéressantes. Certaines expériences doivent être replacées dans leur contexte historique : les films expérimentaux des années 1960 (des paires de fesse en gros plan, la consomption d'une allumette en une durée étirée...), certaines performances, n'ont plus aujourd'hui le même impact transgressif.

La musique de Yoko Ono, très présente dans l'exposition, pose aussi problème. Juliette Volcler, dans son livre Le son comme arme. Les usages policiers et militaires du son, rapporte : « On a mis en place un programme aux USA pour résister à la torture en cas de capture, un responsable du programme témoigne : « Les stagiaires pensent souvent que c'est la partie interrogatoire du programme qui sera la plus éprouvante, mais en réalité pour la plupart d'entre eux le moment le pire est quand ils sont contraints d'écouter en boucle des sons cacophoniques. Une des cassettes qui génère le plus de stress est celle de bébés qui pleurent sans arrêt. Une autre est un album de Yoko Ono ». »

Mais, ces réserves mises à part, l'œuvre de Yoko Ono active chez nous notre capacité de créativité, du simple jeu aux grands chamboulements existentiels, et nous rappelle, en pleine période cynique, notre besoin de poésie. JED

Lumière de l'aube
Au Musée d'art contemporain jusqu'au 10 juillet


Yoko Ono, Lumière de l'aube

Première rétrospective en France des plus de 60 ans de création de l'artiste : installations, performances, instructions, films, musique, écriture...
Musée d'Art Contemporain Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Mange ta soupe !

Malgré les réticences — on en connaît plus d’un chez qui les « mange ta soupe ! » ont laissé des cicatrices — la soupe n’est pas prête de finir enterrée dans nos souvenirs d’enfance. Avec les tendances actuelles du goût, le retour du fait-maison, la mouvance do it yourself et le retour aux recettes du terroir, sans oublier le végétarisme qui gagne du terrain à mesure que le fonctionnement de l’industrie agro-alimentaire est révélé, force est de constater que la soupe cumule les bons points : facile à faire soi-même, saine et pleine de bons légumes. Croûton sur le potage, c’est aussi un plat économique ; ce qui, crise oblige, n’est pas négligeable. C’est dans cet esprit que navigue l’association Disco Soupe. Inspiré de son homonyme berlinois Schnippel Disko, “le projet est né de l’habitude des étudiants allemands de faire de la récup’ à la fin des marchés pour ensuite faire la popote à plusieurs et dans la bonne humeur” explique Hayate, bénévole de l’association. “Notre but premier est de sensibiliser au gaspillage alimentaire. Mais sans faire cul

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Dans son livre L'Art à l'état gazeux, le philosophe Yves Michaud soulignait la dématérialisation et l'aspect diffus des œuvres d'art contemporain. Si l'on retrouvera bien à l'IAC les brouillards colorés d'Ann Veronica Janssens (dans le cadre de l’exposition Collections privées du 11 mars au 8 mai), la saison sera plutôt marquée par l'état fluide ou liquide de la création artistique. Collectif de quarante-trois photographes, France Territoire Liquide propose ainsi des perspectives inédites sur le territoire français, brouillant les frontières entre art, documentaire et fiction. Une vingtaine d'entre eux exposeront à Lyon à partir du 12 mai dans différents lieux (Archipel, Regard Sud, Réverbère...). Pour atteindre ledit territoire, d'autres individus ont eux traversé mers et frontières, rêvant d'un "autre monde". Du 4 février au 29 mai, le CHRD consacrera une vaste exposition collective aux migrants et à leurs représentations dans l'art contemporain. On y (re)découvrira des œuvres de Kim Sooja, Barthélémy Toguo, Bruno Serralongue (exposé aussi au Bleu du Ciel cette année), Karim Kal... Féru de

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 15 septembre 2015

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Keichi Tahara / Biennale Hors Norme Au début des années 1970, le photographe japonais Keichi Tahara (né en 1951 à Kyoto) s'installe à Paris dans un petit appartement sous les toits. Un peu isolé par sa méconnaissance du français, il y passe beaucoup de temps, photographiant alors le passage des nuages, les nuances de luminosité, les filets de buée, à travers une petite fenêtre. Il en ressortira l'une des séries les plus émouvantes du photographe, intitulée simplement Fenêtre. En Résonance avec la Biennale d’art contemporain, on peut la découvrir en partie à la galerie Vrais Rêves, qui en profite pour présenter beaucoup d'autres images de Tahara, dont quelques inédits récents. Jusqu'au 3 novembre à la galerie Vrais Rêves Le terme d'art brut a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet pour désigner les créations d’individus exempts de toute formation ou culture artistique (souvent des personnes internées en hôpital psychiatrique, mais pas seulement)... Sa collection est conservée au Musée de l'art brut à Lausanne. Depuis, l'art brut ou art singulier a fait l'objet de multiples expositions et est revevenu en force à la mode, au point de

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ARTS | Réunissant une soixantaine d’artistes, la 12e Biennale d’art contemporain, "Entre-temps… Brusquement et ensuite", tentera de nous raconter des histoires autrement, à travers une multitude de formes nouvelles de «récits visuels». Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 17 mai 2013

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Qu'est-ce, en quelques mots, qu'une psychothérapie ? C’est réécrire une histoire qui vous colle à la psyché et aux émotions, c’est remettre un peu de jeu dans des significations figées, c’est rouvrir par les mots nos rapports aux choses (à "la chose" aussi), aux autres, à soi-même. L’espèce humaine, au-delà de sa biologie, est tissée d’histoires (grandes et petites), de dits et de non-dits ; le «parlêtre» comme le désignait Lacan est parlé et regardé avant de pouvoir parler et voir. Ce n’est donc pas une mince affaire que se coltinent écrivains et artistes que de réinventer des formes (langagières ou plastiques) de narration. Cela touche immédiatement au fond, à la texture, à l’existence d’un bonhomme ou d’une "bonne femme". Ca vous rend un peu plus libre ou différent, ça ouvre quantité d’idées et parfois fiche un peu le vertige. L’art, en bidouillant des formes de récit, vous donne à trembler dans l’être, individuel ou collectif (politique), jamais bien éloignés l’un de l’autre. De Poussin à Koons L’histoire de l’art occidental est largement dédiée

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Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 mars 2010

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Mouvement / Ben est régulièrement cité parmi les artistes appartenant à la mouvance Fluxus. Les autres, innombrables, se nomment : Nam June Paik, Georges Brecht, Robert Filliou, Yoko Ono, Daniel Spoerri, Henry Flint, Wolf Vostell... On y compte même un ex-président de la Lituanie, de 1990 à 1992, Vytautas Landsbergis ! Mais plutôt que groupe constitué et bien défini, Fluxus est, comme son nom l'indique («flux», «courant» en latin), une nébuleuse pluridisciplinaire, un état d'esprit, un champ d'action et de déréliction, sous l'influence de Dada, John Cage et de la philosophie Zen. L'appellation, incontrôlée, est inventée en 1961 par l'artiste Georges Maciunas à New York, et se diffuse très vite en Allemagne de l'Ouest, à Nice en France (où Ben organise avec Maciunas un concert fluxus en 1963, et crée la même année son Théâtre Total), aux Pays-Bas, au Japon... Le "Manifeste Fluxus" donne la tonalité générale et élastique de ce non-groupe : «L'art Fluxus réprouve la distinction entre l'art et le non art, il réprouve le critère d'indispensabilité de l'artiste tout comme l'exclusivité, l'individualité, l'ambition, toute prétention au sens, la rareté, l'inspiration, la complexité, la pro

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