Hommage à Denis Roche : photographies d'identités

Le Reverbère | L'exposition en hommage à Denis Roche au Réverbère est l'occasion de revenir sur une œuvre photographique importante, ouvrant l'image à une multiplicité de dimensions. L'une d'elles n'étant rien moins que la trace de la fabrique, jamais définitive, d'un sujet humain.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 novembre 2016

Photo : © Denis Roche


Poète et écrivain d'avant-garde, éditeur au Seuil, photographe et théoricien de la photographie, Denis Roche (1937-2015) était un artiste complexe et ses œuvres prenaient des directions multiples, au gré de ses doutes et de ses avancées artistiques... Ses photographies, notamment, relèvent tour à tour de la spontanéité et de la simplicité, ou au contraire du dispositif mûrement réfléchi. De l'autoportrait pris dans des circonstances contingentes, aux images aux formes très travaillées...

On a beaucoup insisté, et Denis Roche lui-même, sur le rapport essentiel du photographe au temps, à la mort... Gilles Mora (dans sa monographie consacrée à Denis Roche, Les Preuves du temps) dit ne pouvoir trouver comme lien entre les images de Denis Roche que « leur temporalité exorbitante ». Une angoisse existentielle qui, bien sûr, trouve dans le médium photographique la surface la plus à même de l'apaiser, mais aussi de la décupler et de la creuser indéfiniment.

Idées dé-fixées

Pourtant, en revoyant nombre d'images de Denis Roche au Réverbère, seules ou bien dialoguant avec celles d'autres photographes de la galerie, l'espace nous y semble au moins aussi important que le temps. Ne serait-ce que parce que Denis Roche ne cesse d'éclater et de démultiplier l'espace à travers des jeux de reflets, d'ombres, de mises en abyme...

N'oublions pas cette deuxième dimension dans l'œuvre photographique de Denis Roche et relions-la avec celle du temps pour proposer une hypothèse : n'est-elle pas tout simplement une interrogation sur l'être incertain de chaque sujet humain ? L'artiste lui-même aimait à dire que toute photographie est autobiographique. Le leurre d'une image serait alors d'en représenter une forme de cohérence : à image fixe, identité fixe.

Denis Roche, à rebours, dé-fixe sa propre identité, déconstruit les images, questionne ce "Moi" qui apparaît sur chaque image. Il ouvre le boîtier photographique, qui promettait d'enfermer le sujet humain dans des dimensions et une représentation simples, pour le considérer comme une boîte de Pandore contenant vieillesse, folie, mort, maladie, espérance...

Dans son roman Louve Basse, Denis Roche évoque un rituel dogon rendant hommage à un mort : « L'officiant, sorcier ou griot, chante une longue litanie qui consiste à énumérer en boucle tous les lieux qui ont vu passer le mort pendant toute sa vie : de case en case, d'arbre en arbre, de plant de manioc en plant de manioc, de femme en femme, de visite en visite, de famille en famille, de colline en colline, de sentier en sentier. Comme un lent, magnifique, interminable piétinement. J'ai été frappé par ce chant funèbre qui, à n'en pas douter, exalte la vie d'une personne comme une seule succession de déplacements, de minuscules voyages, de présences l'une après l'autre. » Rituel qui rassemble certes les étapes éparses d'une vie, mais qui en même temps semble interroger le mystère qui les relie.

Un contre-réel

Les dispositifs photographiques de Denis Roche (où l'appareil photo est-lui même souvent présent sur l'image) ressemblent au rituel dogon, à un rituel du moins qui à la fois signifie la présence et la transformation. L'identité fixée temporairement et sa fragilité dispersée. « Il faut donc déconstruire, dit Denis Roche dans un entretien avec Gilles Mora, et, en même temps, cette déconstruction doit être encore plus radicale que ce qu'elle prétend déconstruire. Pour en arriver finalement à ceci : encore plus de beau, encore plus soi-même, encore plus du Denis Roche... »

Plus l'image doute, plus elle démultiplie ses dimensions, plus elle se brise en ombres et en reflets, plus elle touche, donc, à quelque chose d'essentiel : un manque, une béance, un vide. Un double aussi qui à la fois assure d'une présence et vient l'inquiéter. Précisant son rapport aux reflets et à la mise en abyme du cadre, Denis Roche indique agir « comme si, chaque fois, il m'était donné de superposer au réel un contre-réel qui assurait au premier un débouché, créant ainsi un monde flottant où je pouvais désormais bivouaquer à loisir, moi et mes pensées, moi et mes rêves. »

Dans ses images, l'espace dédoublé, l'espace du rêve, est le lieu même de la reconfiguration imaginaire possible du réel, du sujet, du couple encore (les "autoportraits" de Denis Roche sont très souvent des autoportraits avec son épouse Françoise). En questionnant inlassablement le dispositif photographique, Denis Roche questionne tout autant l'étrange et dérangeant miroir que la photographie nous tend. Son onirisme, au même titre que nos rêves, tissent et détissent une subjectivité toujours en quête d'elle-même, toujours s'échappant.

Notre beauté fixe : photolalies pour Denis Roche
Au Réverbère jusqu'au 31 décembre


Notre beauté fixe

"Photolalies" pour Denis Roche, photographie, exposition collective
Galerie Le Réverbère 38 rue Burdeau Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un "Passager" nommé Arnaud Brihay Avions, chambres d'hôtels, forêts, no man's land, rétroviseurs d'automobiles... Tout est occasion pour le globe-trotteur Arnaud Brihay (né en 1972 en Belgique et résidant à Lyon) de petites ou de grandes fulgurances sensuelles et poétiques, parfois même inquiétantes. Entre son regard subjectif et le monde réel, ses images tissent un entre-deux tramé d'effets de flou, de saturation, de reflets et d'échos formels. À L'Abat-Jour du 8 septembre au 17 novembre Une passagère nommée Sylvie Bonnot En 2014, Sylvie Bonnot a traversé la Russie en train, empruntant notamment le fameux Transibérien. Elle en a ramené beaucoup d'images : certaines représentant assez directement des paysages et des personnes rencontrées lors de son périple, et d'autres qu'elle a retravaillées à sa façon, en atelier, pour les disposer sur des volumes, sur une surface de soie, ou sur des plaques gravées... Sa Russie, oscillant entre grandeur et frayeur, est donc aussi un voyage matériel de l'image photographique elle

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Toutes, ou presque, les galeries de la rue Burdeau inaugurent leurs nouvelles expositions ce samedi 8 septembre, dès le début d'après-midi et jusqu'à 20h30. Avec des menus appétissants : une exposition photo collective au Réverbère (William Klein, Denis Roche...), une autre expo collective autour du dessin à la galerie Pallade (avec Ivan Messac, Nicolas Rubinstein...), un dialogue plastique entre le peintre Jean-Pierre Schneider et le sculpteur Olivier Giroud chez Pome Turbil... À deux pas de la rue Burdeau, l'Abat Jour vernit aussi une expo prometteuse avec les photographies d'Arnaud Brihay.

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 31 janvier 2017

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« Par ce titre, Notre beauté fixe, nous soulignons que nous parlons de la nôtre, celle qui nous ravit ! Les catégories classificatrices sans cesse en débat nous semblent s’écrouler sur elles-mêmes au vu de l’indépendance, de l’évidence magique, de ce que nous reconnaissons comme des œuvres. » écrivent Catherine Dérioz et Jacques Damez qui fêtent, cette année, trente-cinq ans de travail et de défense de la photographie à Lyon. Neuf des artistes de la galerie présentent des images inédites. Des petits personnages détourés et collés en nouveaux "collectifs" ou "familles" d'Emmanuelle Fructus, aux jeux kaléidoscopiques du canadien Serge Clément, en passant par les séduisants paysages de Pierre Canaguier. Mais c'est surtout Arielle Bonzon et ses intérieurs énigmatiques et baignés d'obscurité, et François Deladerrière et ses Bouts du monde, qui ont le plus longuement retenu notre attention. Notre beauté fixe Au Réverbère jusqu'au 29 avril

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ARTS | La galerie photo Le Réverbère réunit six de ses artistes pour une exposition consacrée à des œuvres récentes, décalées ou rarement montrées. Simple et efficace. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 26 janvier 2012

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