Saint-Jean ou la prophétie d'Ez3kiel

Nadja Pobel | Mardi 6 décembre 2016

Photo : © DR


Avec son Lux tour il y a tout juste deux ans, Ez3kiel livrait au Transbordeur un de ces concerts qui vous laissent dans un état de béatitude, yeux et oreilles baignés de rock vaporeux et de lumières chiadées sans être maniérées. On n'avait alors pas imaginé les revoir à la Fête des Lumières, de surcroît sur l'un des sites les plus visités, le plus prestigieux et donc pas celui qui est le plus prétexte à innovations : la cathédrale Saint-Jean.

C'est Yann Nguema, membre du groupe tourangeau, qui va déconstruire pierre par pierre, pixel par pixel, cet édifice récemment restauré et revenir aux fondements de son édification. À l'occasion de la dernière tournée du groupe, il avait inventé avec son complice Arnaud Doucet le "Magic-Screen" composé de 48 projecteurs Magicpanel disposés sur une grande matrice. Ici, l'histoire de la cathédrale va s'écrire avec des traits en noir et blanc, peu à peu coloriés et un laser pointera, comme un stylo, les pierres numérisées.

Evolutions
Place Saint-Jean, Lyon 5e
Du 8 au 10 décembre de 20h à minuit
Dans le cadre de la Fête des Lumières

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Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

CANNES 2018 | Avec Pawel Pawlikowski (Meilleur réalisateur pour Cold War), Stéphane Brizé et Lee Chang-dong en compétition ainsi que trois autres réalisateurs dans les sections parallèles dont Lukas Dhont, Caméra d'Or pour Girl, le distributeur et producteur Michel Saint-Jean a contribué au succès du festival de Cannes 2018. Affable mais discret, le patron de Diaphana y fait souvent résonner des voix indépendantes et engagées. Rencontre.

Vincent Raymond | Samedi 19 mai 2018

Michel Saint-Jean : la hauteur du politique

Même si rien ne vient jamais amenuiser son prestige, la rumeur prétend que son éclat s’estompe avec le temps. C’est un fait chimique : l’oxydation est la pire ennemie des César. Celui décorant discrètement le bureau de Michel Saint-Jean a de fait gagné son pesant de patine. Sans doute s’agit-il de la statuette remportée en 1999 avec La Vie rêvée des anges ; sa petite sœur conquise en 2009 pour Séraphine demeurant chez ses producteurs. Un trophée du meilleur film toutes les années en 9, comme pour célébrer chaque nouvelle décennie de sa société Diaphana fondée en 1989… Le distributeur peut toucher du bois pour 2019. Et pourquoi pas dès 2018 grâce à En guerre, la nouvelle réussite de Stéphane Brizé ? Ce « combat pour la dignité et la justice allant au-delà de la photographie de la délocalisation », s’inscrit dans la cohérence des près de 350 films qu’il a portés sur les écrans depuis ses débuts, où l’on croise le Lucas Belvaux de la géniale Trilogie ou de

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Le ballet futuriste de Christopher Bauder et Robert Henke

Deep Web | S'il est bien une performance que l'on attend avec une immense impatience, c'est celle menée par Robert Henke et Christopher Bauder à l'Hôtel de Région. Ce (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 décembre 2016

Le ballet futuriste de Christopher Bauder et Robert Henke

S'il est bien une performance que l'on attend avec une immense impatience, c'est celle menée par Robert Henke et Christopher Bauder à l'Hôtel de Région. Ce devait être une création, avant l'annulation des festivités l'an dernier, c'est donc Berlin via le CTM Festival qui eut l'honneur de la première en février dernier ; avant le retour à Lyon de cet ingénieux tandem, pour leur seconde Fête des Lumières, après la présentation de Grid en 2013 (tous deux avaient déjà collaboré pour Atom, en 2007, pas vu à Lyon). Deep Web, ainsi est baptisée leur nouvelle idée, est une gigantesque installation complètement immersive utilisant douze lasers de précision et 175 sphères mobiles emplies d'un liquide absorbant la lumière, réunis au sein d'une structure interactive de 25 mètres de long. Voilà pour la fiche technique. Durant quinze minutes à chaque fois, les deux artistes vont mêler leurs médiums et leurs algorythmes, les figures géométriques ainsi composées en une sculpture de trois dimensions réagissant en direct aux mélopées électroniques de Henke, via un son surround.

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Un 8 décembre dessiné

CONNAITRE | Tony Bertrand et Tola Vologe ou la chute du pape... Depuis 18 mois, L'Épicerie Séquentielle publie la bande dessinée mensuelle Les Rues de Lyon et vous dit (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 décembre 2016

Un 8 décembre dessiné

Tony Bertrand et Tola Vologe ou la chute du pape... Depuis 18 mois, L'Épicerie Séquentielle publie la bande dessinée mensuelle Les Rues de Lyon et vous dit tout de la ville et de ses illustres habitants. C'est peu dire que cette revue de douze pages donne un coup de jeune à l'histoire du patrimoine de cette ville de plus en plus visitée par les touristes. Et voilà qu'il est question de revisiter la tradition du 8 décembre de l'an 177 à aujourd'hui, avec comme à chaque fois des artistes différents : c'est Rebecca Morse, dessinatrice de la revue jeunesse Alyssa alliée à la romancière Virginie Ollagnier qui retracent avec brio cette épopée si locale. Disponible en librairie pour 3€.

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Benedetto Bufalino : "faire du monde une chambre d'enfants"

Fête des Lumières | Il y a les mercenaires de la Fête des Lumières (TILT, Joseph Couturier…) ; et quelques outsiders qui (re)passent par là, cette année. Parmi eux Ez3kiel, Christophe Bauder et surtout Benedetto Bufalino. Celui qui avait transformé une cabine téléphonique en aquarium revient, en cette édition ultra-sécurisée et post black-out des attentats, éclairer un dancefloor grâce à une bétonnière à facettes.

Nadja Pobel | Mardi 6 décembre 2016

Benedetto Bufalino :

Ne jamais réduire un artiste à une œuvre. Tenter d'épaissir le trait. Mais indubitablement, réapparaît la cabine téléphonique / aquarium lorsqu'il est question de Benedetto Bufalino. En 2007, le Lyonnais n'est titulaire que depuis deux ans de son diplôme supérieur d'arts appliqués de la Martinière Terreaux et, après avoir imaginé des interventions sur le territoire du premier arrondissement (mettre des échafaudages pour tutoyer le sommet des arbres, poser des bandes de prairie entre les mini fontaines au sol de la place des Terreaux...), il répond avec son ami concepteur lumière Benoit Deseille à un appel à projet pour la Fête des Lumières, qui ne connaît pas alors l'affluence d'aujourd'hui. Se considérant plus comme un plasticien que comme un designer, aimant « jouer avec le réel, le décaler, le laisser divaguer », il s'empare d'un objet existant – quoique voué à disparaître, la cabine téléphonique, et la détourne de sa fonction en y logeant un aquarium. Cette « évasion urbaine » telle qu'il l'avait nommée sera l’une des a

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Un programme comme neuf pour la Fête des Lumières

Fête des Lumières | Comme prévu l'année dernière, la Fête des Lumières 2016 (raccourcie d'un jour) reprend les projets avortés de 2015. Revue de détails.

Nadja Pobel | Jeudi 5 novembre 2015

Un programme comme neuf pour la Fête des Lumières

Balayée par les tragiques attentats de novembre 2015, la Fête des Lumières aura bien lieu, du jeudi 8 au samedi 10 décembre. Un jour de moins et une amplitude horaire réduite (de 20h – au lieu de 18h – à minuit) dans un périmètre très délimité et encadré (de Bellecour aux Terreaux et un morceau du 5e arrondissement). 40 œuvres sont au programme (contre 77 annoncées l'année dernière mais les installations majeures n'ont pas changées). Dont celles-ci : Cathédrale Saint-Jean - Évolution C'est là qu'officiera le groupe Ez3kiel, réputé pour ses scénographies éblouissantes, avec une écriture mariant traits en noir et blanc et surfaces coloriées. Un laser servira de stylet et indiquera certaines parties de ce monument emblématique de la Fête dont les 12 000 pierres ont été numérisées durant trois semaines pour que le rendu soit le plus fin possible. Théâtre

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Ez3kiel, prophètes en leur pays

MUSIQUES | Ez3kiel fête ses vingt ans de carrière avec un album, Lux, qui allume des feux plus qu'il n'éteint des bougies. A l'occasion de la présentation de son pendant scénique cette semaine au Transbordeur, retour sur le parcours, superbement anachronique, du plus électrique des groupes de dub – ou du plus vaporeux des groupes de rock. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 9 décembre 2014

Ez3kiel, prophètes en leur pays

«La marche des vertueux est semée d'obstacles» dit le dixième verset du vingt-cinquième chapitre du livre d’Ézéchiel – celui que récite d'un ton vengeur Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction, référence primordiale du groupe. Celle d'Ez3kiel débute logiquement de manière mouvementée, à Tours en 1993. D'abord power trio, Ezekiel (alors avec un e) s'agrandit rapidement d'un deuxième guitariste et d'une chanteuse... qui mettra les voiles en 1999, emportant avec elle l'un des fondateurs de ce qui n'est alors qu'un succédané adolescent de Rage Against the Machine et Fishbone. Ce retour circonstanciel à la case trio, Yann Nguema (basse), Matthieu Fays (batterie) et Johann Guillon (guitare) le convertissent en nouveau départ, taciturne celui-ci, ainsi que l'explique ce dernier : «Cet épisode a coïncidé avec l'achat de notre premier sampler et de notre première groovebox. La transition vers des morceaux instrumentaux s'est donc faite de manière instinctive. D'autant que derrière les musiques qu'on commençait à écouter à l'époque, il n'y avait pas de "gens

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Ez3kiel - Lux

MUSIQUES | Comme ses prédécesseurs, Lux a été pensé comme un tout. Mais comme ses prédécesseurs et au contraire des non moins étincelants Elements of Light de Pantha du (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 décembre 2014

Ez3kiel - Lux

Comme ses prédécesseurs, Lux a été pensé comme un tout. Mais comme ses prédécesseurs et au contraire des non moins étincelants Elements of Light de Pantha du Prince et Life Cycle of a Massive Star de Roly Porter, il n'est pas un concept album pour autant. Ou à la limite un concept album obtenu par rétro-ingénierie, cette activité qui consiste, par le désassemblage, à rendre intelligible pour un humain ce qui n'est d'ordinaire compréhensible que par une machine. Johann Guillon confirme : «Ce qu'on affectionne, c'est la recherche. Décortiquer les sons. On voit la musique comme un laboratoire». Au départ, il y a donc une hypothèse, formulée ainsi : «On avait l'envie de revenir à une formule plus resserrée. Peut-être plus frontale aussi, plus brute. On ne savait toutefois pas ce que l'on voulait faire. Juste ce qu'on ne voulait pas faire». Pas de stoner, par exemple, entre autres pistes abandonnées au cours des trois difficiles années (en raison du départ de l'historique Matthieu Fays et de l'arrivée à la basse de Sylvain Joubert) qu'aura duré l'enregistrement du successeur de Barb4ry et Battlefield, dont il est

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Le novo dub, l'autre French Touch

MUSIQUES | Au mitan des années 90, une petite bande de Parisiens se prend dans le casque la house de Chicago, relecture robotique de la great black music des années (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 décembre 2014

Le novo dub, l'autre French Touch

Au mitan des années 90, une petite bande de Parisiens se prend dans le casque la house de Chicago, relecture robotique de la great black music des années 50 à 70 (soul, funk, disco), et en décline une version française qui deviendra le premier produit d'exportation musicale du pays. L'histoire est connue, jusque dans ses détails les moins glorieux depuis que Mia Hansen-Løve a entrepris de raconter avec Eden la face cachée de ce safari lunaire – pour reprendre le titre de l'un des disques emblématiques du mouvement. A la même période, se fomente une autre révolution à la française, souterraine celle-ci, au moment où des musiciens d'obédience rock se mettent en tête de faire éclater les nuages psychotropes du dub en des orages instrumentaux. Leurs groupes se nomment High Tone, Zenzile, Kaly Live Dub, Brain Damage ou encore Lab° et, les pieds ancrés au sol pentu de la Croix-Rousse (là où le label Jarring Effects gravera ses initiales dès 1993) mais les oreilles tournées vers Londres, ils ont sondé l'univers des basses fréquences bien avant qu'il ne devienne l'Eldorado de la musique électronique. Cette French Touch-là, aucun cinéaste ne l'a encore

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10 concerts à ne pas rater

MUSIQUES | Ils sont inclassables, inattendus et/ou trop beaux pour être vrais. Dans tous les cas, nonobstant toute comparaison avec ceux mentionnés par ailleurs dans ce dossier, ces dix concerts compteront à coup sûr parmi les plus mémorables de la saison. Stéphane Duchêne et Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

10 concerts à ne pas rater

Frànçois & the Atlas Mountains La Vérité, il était temps. Depuis la sortie du splendide Piano Ombre, leur sixième album (eh oui !) à classer tout en haut de la pile des réussites discographiques de l'année, toutes catégories, nationalités, poids, sexes et habitudes alimentaires confondus, Frànçois et ses Montagnes de l'Atlas n'avaient pas encore trouvé l'occasion de venir. Fort dommageable quand on sait à quel point on a aussi affaire là à un démentiel groupe de scène. Voilà la chose doublement réparée. D'abord à Just Rock?, qu'on ne remerciera jamais assez d'avoir dégainé le premier sur ce coup-là. Ensuite, un peu plus tard, à Nouvelles Voix. La Vérité, ça fait plaisir.Le 9 octobre au TransbordeurLe 22 novembre au Théâtre de Villefranche Morrissey

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Pierres précieuses

CONNAITRE | Il y a des plaisirs qui ne se refusent pas, tel celui qui consiste à écouter parler Didier Repellin. Cet architecte en chef des monuments historiques (...)

Nadja Pobel | Mardi 16 septembre 2014

Pierres précieuses

Il y a des plaisirs qui ne se refusent pas, tel celui qui consiste à écouter parler Didier Repellin. Cet architecte en chef des monuments historiques raconte en effet comme personne la vie et l’histoire du patrimoine lyonnais. Il sera ce week-end aux abords de la cathédrale Saint-Jean pour deviser de la primatiale (samedi 20 à 10h, 11h, 14h30, 15h30 et 16h30, dimanche 21 à 14h30, 15h30 et 16h30) qui, après avoir été totalement restaurée à l’extérieur, connait un profond ripolinage de ses entrailles. S'il n’est pas possible, pour des raisons de sécurité évidente, d’accueillir le public sur les différents étages des 34 mètres et 300 tonnes d’échafaudages (acheminés par un vitrail démonté sur la face est, afin de ne pas gêner les visiteurs !), des photos de l’avancement des travaux seront diffusées (et commentées) sur la bâche blanche qui cache cette montagne de métal au niveau du transept (l’horloge atomique a été mise sous caisse pour être protégée). Au dehors, des artisans spécialisés (maître verrier, charpentier couvreur, tailleurs de pierre…) se feront forts d’expliquer leur métier sur des stands. Après la visite, l’apparition des chapiteaux à

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Fruit de la Passion

MUSIQUES | Des versions de La Passion selon Saint-Jean de Bach, on en trouve à la pelle. Des interprétations vraiment très bonnes, certaines moins subtiles, d’autres (...)

Pascale Clavel | Jeudi 29 mars 2012

Fruit de la Passion

Des versions de La Passion selon Saint-Jean de Bach, on en trouve à la pelle. Des interprétations vraiment très bonnes, certaines moins subtiles, d’autres qui auraient dû s’abstenir de voir le jour. Pour celle qui arrive au Festival de Musique Baroque de Lyon, une concentration de spécialistes se sont réunis. Un plateau exceptionnel, une configuration rêvée pour entendre un drame d’une profondeur musicale et humaine d’une rare intensité. Tout d’abord, Christoph Prégardien à la baguette et l’on sait tout à coup que le sens théologique comme l’interprétation musicale vont aller bras dessus, bras dessous, en osmose complète, de la première à la dernière note. Il connaît de l’intérieur toute la complexité de cette Passion puisqu’il l’a chantée sous la direction des meilleurs chefs baroqueux de Herreweghe à Kuijken en passant par Jacobs. Prégardien a fait sa cuisine, le Nederlands Kamerkoor et Le Concert Lorrain vont sonner ensemble ; le choc de deux entités fortes pour un moment de musique puissant et bouleversant. Andreas Scholl, Haute-Contre à l’élégance vocale qui résiste au temps, fait partie de la distribution. Lui, la star des années 90 dont o

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