Pierre De Maria : vie et oeuvre des machines

Peinture | La galerie Descours consacre une exposition monographique au peintre méconnu Pierre De Maria, et à son univers atypique peuplé de "monstres" mi-organiques mi-mécaniques.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 avril 2017

Photo : Pierre De Maria, Le Couple 2


Fils unique issu d'une famille très fortunée, Pierre De Maria (1896-1984) coule une enfance tranquille à Paris. Les De Maria possèdent l'une des rares industries produisant des appareils d'optique pour la photographie et la cinématographie.

À dix-huit ans, la fleur au fusil, il s'engage dans l'armée et est envoyé au front comme artilleur. Il traversera la Première guerre mondiale sans blessure, mais non sans trauma psychique : « Je me suis engagé en 1914 par goût du spectacle rare. Celui-ci fut long et atroce mais j'ai appris l'amour des paysages calcinés, des monstres de fer et d'acier crachant du feu » déclare-t-il dans un entretien en 1980.

Le monde industriel, la guerre et ses machines à tuer marqueront durablement Pierre De Maria et trouveront bientôt une place essentielle dans son œuvre picturale.

À l'ombre des surréalistes

Au retour du front, Pierre De Maria travaille comme peintre décorateur, retrouve sa vie de dandy, se lie d'amitié avec Henri-Pierre Roché, l'auteur du roman Jules et Jim. Il fréquente aussi les surréalistes, sans adhérer au mouvement. Ses premières toiles des années 1930 et 1940 s'inspireront fortement des univers plastiques de Salvador Dali et Yves Tanguy.

À parti de 1933, Pierre De Maria change de métier et se lance comme reporter pour le magazine Vu et l'hebdomadaire Marianne. Il voyage beaucoup, rencontre le cinéaste russe Eisenstein, écrit quelques chansons à l'occasion, avant de s'installer à Nice en 1953. Là, sa peinture est défendue par la galeriste parisienne Iris Clert et l'artiste présentera plusieurs expositions avec, pour apogée en 1980, une rétrospective à Marseille.

Depuis, aucune exposition personnelle n'avait été consacrée à Pierre De Maria, dont l'œuvre restée confidentielle est remise au jour à la galerie Descours.

Machines folles

L'accrochage est chronologique, des premières toiles proches de Tanguy au basculement ensuite, autour des années 1950, dans un univers propre au peintre : celui de "monstres" organico-machiniques. Avec précision dans le trait et les modelés, Pierre De Maria invente un bestiaire obsessionnel où l'homme, l'animal et la machine s'entremêlent, sur fond de paysages désertiques.

On dirait qu'il invente sous nos yeux des motifs propres à la science-fiction, mais ses influences sont ailleurs : ses expériences personnelles, sa vision critique du progrès technologique, et aussi des artistes tels que Jérôme Bosch, Pieter Brueghel, ou même Paolo Uccello... Des peintres de la Renaissance, époque où la raison humaine s'affronte à la folie de mondes inconnus, proches et lointains.

Il y a de l'humour dans les toiles de l'artiste (La machine à saler les héros, en 1956), de l'érotisme aussi (Mécanorgasme en 1955, Le Couple 2 de 1965)... Les machines délirent, s'accouplent, jouissent, se battent... Et l'on en aurait presque oublié toute figure humaine jusqu'à ce que, tardivement, le peintre dérive dans les années 1970 vers des "têtes éclatées" (étonnants portraits !) et une palette plus claire.

Pierre De Maria, Figuratif de l'imaginaire
À la galerie Michel Descours
jusqu'au 17 juin

Lancement du n°9 de la revue Initiales consacré à Pierre Klossowski
À la Galerie Michel Descours le mercredi 12 avril à 19h

Repères

1896 : Naissance à Paris

1914-1918 : Engagé volontaire dans l'artillerie

1933 : Devient journaliste pour Vu et Marianne

1953 : S'installe à Nice

1964 : Rencontre la galeriste parisienne Iris Clert, avec qui il travaillera jusqu'en 1972

1980 : Rétrospective à Marseille

1984 : Mort de l'artiste à Orléans

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Los Modernos : Que Viva Mexico !

L'expo de l'hiver | Au début du XXe siècle, de nombreux artistes français et mexicains ont dialogué, au sens propre comme au sens figuré : par le biais de voyages ou par écho des pratiques artistiques. Une fascination mutuelle qui a métissé la production picturale et photographique de l’époque.

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Des expos qui feront bouger les lignes

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 janvier 2017

Des expos qui feront bouger les lignes

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ARTS | Exposition / L’exposition «Les enfants terribles» rassemble une douzaine d’artistes appartenant au Lowbrow et à son avatar le Pop Surréalisme. Lui-même avatar du surréalisme tout court et de son penchant à l’imagerie un peu vaine. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 27 octobre 2011

Les enfants du surréalisme

Abstraction faite de son contenu, l’exposition Les enfants terribles a au moins deux intérêts. Le premier est d’ordre architectural, l’exposition étant présentée au cœur du nouveau bâtiment du Conseil Régional signé Christian de Portzamparc. Si, vu de l’extérieur, son aspect balourd et austère donne des frissons d’angoisse, l’intérieur, lui, impressionne tout simplement par l’ampleur et la respiration de ses volumes… Son second intérêt est de nous rafraîchir la mémoire à propos d’un courant underground né en Californie à la fin des années 1970, le Lowbrow (littéralement : front bas). Mouvement qui s’est inscrit en opposition à l’art dominant, à «l’establishment culturel», et qui a développé une multitude d’activités passionnantes autour de la bande dessinée, du graffiti, du geste spontané et artisanal… Le Lowbrow (auquel sont affiliés Robert Williams, Joe Coleman, Robert Crumb…) est un peu aux arts plastiques ce que le punk fut à la musique, et des passerelles directes existent entre les deux. Imagerie virtuose Mais si l’exposition évoque le Lowbrow, elle montre surtout des œuvres et des artistes tenant du Pop Surréalisme, courant issu du Lowb

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