Au moins Deux : Fred Deux au Musée des Beaux-Arts

Dessin | Le Musée des Beaux-Arts consacre une importante rétrospective à Fred Deux. Un artiste-écrivain en quête de soi et qui ne trouvera son identité que dans le faire, le déplacement, le mouvement.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 10 octobre 2017

Photo : Fred Deux, Le Partage, 1992 © Alain Basset


S'en sortir... Tel a peut-être été l'impératif obsédant et vital de Fred Deux (1924-2015), à travers ses milliers de dessins, ses livres (dont La Gana paru en 1958) et ses nombreux enregistrements audio autobiographiques. S'en sortir : de la cave glauque de l'appartement familial, de l'exclusion et de la pauvreté de ses racines sociales (un milieu ouvrier), de l'enclavement de la bourgeoisie artistique qui aurait pu l'accueillir, des traumas de la Seconde Guerre mondiale (pendant laquelle il s'engagea dans la Résistance), des turpitudes de la dépression... Si beaucoup d'artistes expriment dans leurs œuvres une volonté de changer d'identité pour une autre, le monde, ou plus simplement notre perception des choses, l'enjeu pour Fred Deux est sans doute plus crucial : se construire lui-même, se forger une identité, tracer des lignes ou des taches de subjectivité...

Je est un vertige

Et c'est dans l'informe même de la tache ou de la matière, des organes hors des gonds de leurs fonctions, des corps réinventés que Fred Deux travaille, surgit, c'est-à-dire dessine, parle et écrit. « Le dessin est à la même enseigne que l'écriture, tous deux dans l'enseigne de celui qui usine et apprend... Lorsque tout est fait, rien n'a été dit, et la charpente reste malgré tout debout » écrit-il.

Les quelque 230 dessins présentés au Musée des Beaux-Arts (et une quarantaine à la Galerie Descours) sont autant d'usines à auto-constructions de soi, de combats entre des forces de vie et de mort, de devenirs, de subversions contre l'enfermement d'une identité sociale uniforme et clouée à sa fixité. Chacun(e) pourra y dessiner sa propre ligne de regard, son propre labyrinthe intérieur, et, surtout, ses propres lignes de fuite... Plus encore qu'un autre (chez Rimbaud), "Je" est un vertige chez Fred Deux.

Fred Deux
Au Musée des Beaux-Arts ​jusqu'au 8 janvier 2018
À la galerie Michel Descours jusqu'au 18 novembre


Le Monde de Fred Deux

Dessin
Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
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On pense à vos dimanches : 5 expos à voir absolument

Au Musée | Que voir cet automne dans les musées ? Des anatomies étranges, de l'effervescence fin de siècle, des bougies d'anniversaire, des psys urbains et même des... Mexicains en embuscade !

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 12 septembre 2017

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 juin 2017

A l'URDLA, le monde du sexe et de l'organique

Par transparence, par dédoublement, par mutations successives, les personnages de Fred Deux ouvrent à notre regard tous leurs mystères d'entrailles et de bizarreries corporelles, de relations organiques et sexuelles, de confusion des temporalités... L'artiste les dévoile autant qu'ils les recouvrent par l'extrême de leur étrangeté. L'exposition consacrée à l'URDLA à Fred Deux (1924-2015) et à son épouse Cécile Reims (née en 1927) nous fait littéralement basculer dans un univers inédit. Lui dessine, elle "interprète" ses dessins en les transposant en gravures. Tous deux ont aussi écrit beaucoup de textes à teneur autobiographique, dont L'Épure publiée par Cécile Reims en 1962 et La Gana publiée en 1958 par Fred Deux sous le pseudonyme Jean Douassot. « Jean Douassot a découvert une planète que nous pensions connaître : le monde du sexe et de l’organique, ou le monde réduit à ses soubassements sexuels et organiques, alors que nous en ignorions l

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