Touaregs : au-delà des fantasmes

Ethnologie | Au Musée des Confluences, le peuple touareg se dévoile : petite exposition, grand voyage.

Sébastien Broquet | Mardi 24 octobre 2017

Photo : « Les amis » de Harandane Dicko (Bamako, Mali - 2006)


C'est une toute petite exposition qui s'est inaugurée au Musée des Confluences, mais elle ouvre sur une immensité : celle d'un désert, le Sahara. Là où vit et crée un peuple, les touaregs, auquel ce parcours est consacré. Fidèle à l'esprit d'un lieu où les disciplines s'emmêlent, l'évasion débute par un clip en animation et se clôture au son de Tinariwen, dans un mini-maquis où il n'est pas interdit d'esquisser un pas de danse tant ce groupe emblématique est irrésistible et porte tout autour du monde la parole de ses semblables.

Mais avant ça, c'est l'artisanat et surtout les bijoux de diverses époques, montrant l'évolution et le renouvellement constants, qui auront émerveillé par leur sens de l'harmonie et rythmé la visite au cœur de l'âme de ce peuple nomade réparti sur un vaste territoire couvrant cinq pays d'Afrique. Le raffinement et une pudique fierté s'en dégagent, que traduit aussi l'art de la poésie, venant combler par la métaphore une certaine réserve dans l'expression orale, où la mesure, l'évitement et la réserve sont la règle : ce que l'on appelle le tangält. Autant d'objets (453 bijoux et amulettes) présentés ici grâce au don de l'association Masnat et de son président Jean Burner, point de départ de cette exposition.

Au fil des pas, s'évanouira une partie des clichés liés à l'homme bleu en occident, qui ne sont pas occultés : la première salle les aborde frontalement, les explique pour mieux les démonter. Car la fascination exercée par le touareg a entraîné aussi « une image fantasmée », envers un peuple à la fois si loin et si proche. L'Histoire récente l'a rattrapé : vivant dans des territoires subissant la guerre, le djihadisme, le changement climatique ou encore les trafics en tous genres, les touaregs sont confrontés à des difficultés nouvelles, là encore montrées, expliquées.

Parallèlement, la programmation musicale du musée va évidemment s'intéresser aux musiques touaregs, avec un premier concert confirmé de Leïla Gobi en mars 2018 et une Nuit des Musées qui sera consacrée à la musique traditionnelle. Une petite exposition, oui, mais surtout un point de départ vers un long voyage.

Touaregs
Au Musée des Confluences jusqu'au 4 novembre 2018


Touaregs


Musée des Confluences 86 Quai Perrache Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Baptiste W. Hamon Surprise : le plus français des countrymen, métis musical revendiqué de Townes Van Zandt et Jacques Bertin, trop méconnu à notre goût, est revenu il y a quelques mois avec Soleil, Soleil Bleu. Si l'on retrouve quelques balises country (l'ami Will Oldham / Bonnie "Prince" Billy est toujours de la partie), celles-ci jalonnent un territoire bien plus pop et orchestré. Et l'art de "l'écrivage" de chanson (le songwriting, quoi) de notre W., de prendre une nouvelle ampleur. À Thou Bout d'Chant le jeudi 3 octobre Metronomy En rentrant en Angleterre pour accoucher de Metronomy Forever, l'ex-néo-parisien Joseph Mount semble avoir retrouvé le mojo tubesque partiellement égaré sur Summer 08, celui qui l'avait vu accoucher de Love Letters, Monstruous, The Look, The Bay ou Corinne, sur ses précédentes saillies. Bonne nouvelle quand on sait que Metronomy vient livrer tout cela avec la fantaisie scénique qu'on lui connaît

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Sébastien Broquet | Mardi 29 mai 2018

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Au sein de l'exposition actuellement en cours au Musée des Confluences, une place est accordée à la musique touarègue, emblématique d'un peuple nomade qui en a fait son liant mais aussi le vecteur permanent de ses aspirations, que ce soit la révolte incarnée par Tinariwen à ses débuts, dont les cassettes tournaient de mains en mains, où les aspirations à la paix revendiquées aujourd'hui par Bombino, le plus influent des guitaristes de la nouvelle génération. Mais ils ne sont pas seuls à porter haut les couleurs de ce blues du désert, et les œuvres de Terakaft, de Tamikrest, de Toumast ou plus récemment de Imarhan sont aussi à saluer et à découvrir. Les femmes dans cette société matriarcale ne sont pas en reste et dans le sillage de Tartit, groupe à dominante féminine emmené par Fadimata Walett Oumar alias Disco, ont émergé de nouvelles pousses qui font aujourd'hui l'actualité : on pense bien évidemment aux Filles de Illighadad, trio à l'ascen

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Le blues sans fin de Tinariwen

Sono Mondiale | Le groupe emblématique de la scène touareg s'apprête à sortir un huitième album attendu et fait une halte par l'Épicerie Moderne : écoutons Tinariwen, dont les paroles disent beaucoup du chaos règnant dans leur désert aujourd'hui.

Sébastien Broquet | Mardi 22 novembre 2016

Le blues sans fin de Tinariwen

Le blues des hommes bleus n'en finit plus d'aimanter et de cristalliser les désirs, tant il est doté par sa profondeur et sa justesse d'une vocation universelle à apaiser les âmes et ouvrir les yeux. Malheureusement, il n'en finit pas non plus de conter les affres de leur désert, torturé et violenté depuis de si longues années, affres nourrissant les uns après les autres leurs disques, où se presse encore et toujours la fine fleur du rock : après Justin Adams (qui les révéla en produisant The Radio Tisdas Sessions), Carlos Santana, les Red Hot ou Robert Plant il y a quelques années, voici venir Mark Lanegan (Queens of the Stone Age) sur le prochain, Elwan, attendu pour parution le 10 février 2017, opus sur lequel sont aussi conviés Kurt Vile et Matt Sweeney (lui était déjà présent sur le précédent). Un album d'exil, encore, concocté entre la Californie et le Maroc.

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15 concerts où emmener votre amant/e, votre petit cousin ou même votre maman

Sélection | Sortez vos agendas, montez le volume : voici 15 concerts où choper des acouphènes, siroter des mousses et accessoirement, parfaire votre culture musicale ; de la sono mondiale au hip-hop américain, en passant par l'underground finlandais, point de répit pour les esgourdes.

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HD Been Dope À peine 20 ans, une dégaine d'adolescent et il est pourtant l'un des poids lourds de la scène hip-hop new-yorkaise. Lui, c'est HD Been Dope, adulé par la critique et par ses confrères depuis sa première mixtape, sortie à 16 ans seulement. Avec son flow calé sur des instrumentaux très 90's, le jeune MC veut aller chercher ce qui se faisait de meilleur pendant l'âge d'or du rap de la Big Apple. Pour le moderniser, le modeler à sa sauce et en faire de l'unique. Au Périscope le jeudi 22 septembre Ibrahima Cissokho Cet inépuisable Sénégalais chante en anglais, en wolof et en mandingue, comme pour transcender les frontières du monde. Influencé par les musiques traditionnelles sénégalaises aussi bien que par toutes les musiques qui ont un jour croisé sa route (jazz, salsa, rock), Ibrahima Cissokho livre à ses auditeurs une musique que l'on pourrait bien qualifier "d'autour du monde" tant ses prestations sont des invitations à l'ouverture. Au Périscope le jeudi

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MUSIQUES | Dans la catégorie de ce que nous nommerons les inclassables, plutôt que sommairement world, jazz, blues, soul, etc., on retrouvera cette saison tout un aréopage de divas plus ou moins faunes et de grands fauves plus ou moins rugissants. Autant de personnalités musicales qui en imposent dès la première note. Stéphane Duchêne

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Au premier rang des femmes puissantes – dont la touche à tout Meshell Ndegeocello le 14 novembre à l'Epicerie Moderne –, il y a bien sûr la reine Susheela Raman. Inclassable, cette grande habituée des salles lyonnaises (cette fois le Kao, le 17 octobre) l'est peut-être plus que n'importe qui. Avec Queen Between, elle joue justement les go-between avec des musiciens du Rajasthan et la tradition qawwalie. Même constat pour une autre reine, Rosemary Standley qui, après Birds on a Wire avec Dom La Nena l'an dernier (à redécouvrir le 3 octobre à l'Atrium et le lendemain au Toboggan), vient présenter au Théâtre de Vénissieux, le 14 novembre, A Queen of Heart, un spectacle qui a déjà pris La Bastille (l'opéra parisien) et dans lequel elle se livre à un époustouflant exercice de transformisme music-hall où se croisent Purcell, Bashung, Nina Simone et l'âge d'or d'Hollywood. Pas de quoi, sans doute, impressionner la soul-woman Sharon Jones, reine elle du label Daptone, q

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MUSIQUES | «Voilà l'été, voilà l'été, voilà l'été-é-é», chantaient les Négresses Vertes. Certes, mais une fois qu'on a dit ça, comment étancher sa soif de musique estivale quand justement on n'a ni l'intention de chanter tout l'été, ni l'intention de quitter la région lyonnaise. Éléments de réponse. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 13 juillet 2012

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Chaque année, l'Onisep publie un ouvrage intitulé «Que faire sans le bac ?». C'est un peu la même vaste question qui se pose l'été venu : «Que faire l'été quand, rapport à l'augmentation de la recrudescence, à la crise, ou tout simplement du fait de l'absence de vacances, on est coincé à Lyon tel le renard dans un piège de braconnier ?». Se ronger la patte n'étant pas la solution – ce sont des choses qu'on regrette vite dès lors qu'on doit courir derrière un bus, rare en été –, l'amateur de musique aura quand même le loisir, s'il se remonte les manches, de se mettre quelques concerts sous les esgourdes. Pour cela, il peut commencer par remercier les Nuits de Fourvière qui ne remballent pas le matos avant la fin du mois de juillet. Et ô miracle, la plupart des concerts restant ne sont pas (encore) complets – exception faite de l'Éclat Final avec Brigitte et Arthur H et du hobo Charlie Winston. Summer session Voilà donc qu'il reste au programme de quoi bien combler sa fin de mois de juillet avec les bluesmen touaregs de Tinariwen (23 juillet), l'un des meilleurs groupes du monde – et on ne plaisante pas – ; l'ex-ministre de la Cu

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Stéphane Duchêne | Vendredi 30 septembre 2011

Touareg d'or

La coïncidence est étrange. Ou pas. À l'heure où la mitraille a redoublé sur une partie de leur territoire sans véritables frontières, les tirailleurs touaregs de Tinariwen, eux-même jadis combattants au sens propre de leur cause et de la liberté, ont remisé, à l'inverse de Dylan en son temps, l'hostilité électrique au profit de l'apaisement acoustique. Manière de déposer les armes ? D'en changer à la limite, le temps d'une parenthèse. Et depuis les débuts de l'existence de Tinariwen leur musique est toujours née sur un coin de bivouac, un instrument acoustique à la main, avant d'être tout autant électrifié qu'électrisé. À l'origine du projet Tassili, l'achat d'une guitare espagnole par Ibrahim Al Alhabib, à l'origine de la plupart des chansons de l'album, comme une clé vers de nouvelles possibilités d'expression de son propre folklore, mais pas que. Esprit d'ouverture et aura internationale obligent, les hommes sans pays (l'accès au Nord Mali, leur territoire traditionnel, leur est interdit), ont vu débarquer quelques invités de prestige échappés de Wilco ou de TV on the Radio. Sûrement pas un hasard. Car ce qui surprend le plus à l'écoute de Tassili, enregistré sur les contref

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Tinariwen

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Stéphane Duchêne | Jeudi 15 septembre 2011

Tinariwen

Si l'on appelle les Touaregs les «Hommes bleus», c'est sans doute aussi qu'ils ont à voir avec le blues originel. Les Tinariwen en sont la preuve vivante depuis une dizaine d'années qu'ils trimbalent leurs guitares électriques comme autant d'armes et d'étendards. Mais pour son cinquième album, Tassili, le groupe du Sahara a déposé les kalash électriques pour un blues acoustique, apaisé et lumineux, enregistré dans le désert de... Tassili. Par chance un coup de SiroKao envoie ces nomades en terre lyonnaise pour nous faire profiter de ce blues dont le bleu profond donne la chair de poule.

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| Mercredi 18 avril 2007

Que Touaregs viennent...

Musique / Quel est donc ce groupe si important pour que des gens aussi vénérables que Thom Yorke, Dominique A. et Elvis Costello en vantent les louanges ? Non pas la dernière sensation venue d'Amérique, mais d'authentiques Touaregs du désert réunis sous le nom de Tinariwen... Aujourd'hui, ils figurent avec les Congolais de Konono n°1 au sommet de ce vaste fourre-tout nommé «world music». Car la musique de Tinariwen, que l'on définit hâtivement comme un «blues du désert», c'est en fait du rock, du vrai, avec des guitares incroyables capables de riffs à la puissance démesurée, un foutu sens de la mélodie, des voix à la musicalité impressionnante et surtout une énergie à déplacer les dunes ou, chez vous, à pousser les murs de l'appartement. En concert, il doit être difficile de résister à ces guerriers ayant troqué leurs armes contre des instruments et leurs cris contre des chants de paix et de réconciliation. Mais il faut aussi absolument se procurer l'album (Aman Iman) qui bénéficie d'un travail éditorial comme on en voit peu de nos jours chez les majors : chaque chanson est reproduite phonétiquement, traduite et commentée, mettant en valeur toute la richesse textuelle, poétique et

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