Gadagne, incarné

Nadja Pobel | Mardi 28 novembre 2017

Il avait fait peau neuve en 2009, essuyant même un incendie qui avait retardé l'ouverture. Puis, vitrine de Lyon parmi d'autres, ce double musée (des marionnettes et d'Histoire de la ville) a vécu quelques années d'événements tous azimuts (dont une très belle exposition dédiée à la gastronomie) sous l'ère de sa directrice précédente.

Depuis l'arrivée de Xavier de la Selle en 2015, ce musée emprunte une nouvelle voie avec des moyens certes réduits, une mutualisation un peu forcée par sa tutelle (avec le musée Malartre de l'automobile de Rochetaillé puis celui de l'Imprimerie et de la Communication Graphique) mais une ligne claire : être un « musée de ville », et non un musée d'Histoire de la ville comme on l'entend classiquement. Nulle envie de jeter par-dessus bord les travaux scientifiques des historiens. Mais un refus que les particularismes locaux ne soient montrés qu'au travers des pièces de collectionneurs, qui « reflètent le goût des élites » et non pas la vie de tous selon Xavier de la Selle.

Il s'agit désormais de montrer au musée les enjeux contemporains et à venir d'une cité et de prendre en compte ses habitants. C'est ce qui guidera la refonte du parcours permanent, dont l'échéance n'est pas encore fixée, avec cet objectif de montrer la ville comme un objet mouvant dans un endroit fatalement figé, le musée. Il doit être nourri d'apports supplémentaires, comme le volet artistique, voire loufoque qui se déploie dans Lyon sur le divan.

Au centre Mémoire et Société du Rize qu'il a longtemps piloté, Xavier de la Selle avait expérimenté au cours d'expositions très émouvantes la façon tangible, presque palpable, dont peut être transmise l'histoire d'une population. Nous revient encore le bruit du couscous sur le tamis d'une Algérienne évoquant, sans la nommer, mais l'incarnant pleinement l'immigration de Villeurbanne. Il y a bien une dimension sensorielle à explorer, qui sans occulter la part scientifique, la complète dorénavant. C'est ainsi que se profilent les musées de Gadagne de demain grâce à un directeur attentif tant aux contenus qu'aux équipes qui les font vivre et aux visiteurs.


Lyon sur le divan, les métamorphoses d'une ville


Musées Gadagne 1 place du Petit Collège Lyon 5e
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Remonter le temps

Histoire | Nouvelle entrée, nouveau cheminement, le Musée d’Histoire de la Ville à Gadagne vient de rouvrir le premier quart de son parcours rénové pour raconter le Lyon d’aujourd’hui à l’aune de son passé, à des visiteurs en perpétuelle mutation.

Nadja Pobel | Mardi 7 janvier 2020

Remonter le temps

Entrer par l’intérieur-même de la cour de ce palais de la Renaissance. Ce n’est pas une mince nouveauté. Avant de découvrir ce qui se trame dans cette nouvelle proposition, Xavier de La Selle, directeur des Musées Gadagne, le rappelle : « chacun a son idée sur Lyon, on traverse la ville pour venir ici et on va y retourner » et prolonger l’immersion dans le patrimoine. En entame de la visite, un "mur des clichés" avec une dizaine d’objets typiques (amenés à changer) racontés oralement de façon assez humoristique par l’excellent écrivain du cru François Beaune qui dit ce que sont le Pot lyonnais, le saucisson, les lumignons, Guignol… avant que ne se dévoile une vidéo de la Ville qui n’attirera que les touristes tant elle est banale. Mais c’est la suite qui, malgré son apparente maigreur, est en fait dense. Exit les grandes fresques emplies d’illustrations et de résultantes des fouilles archéologiques. Dans un context

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Marionnettes à portée de main à Gadagne

Musée | Trois salles étaient ouvertes depuis avril 2017, voici désormais la totalité du Musée des Arts de la Marionnette accessible à Gadagne. Moins historique. Plus interactif.

Nadja Pobel | Mardi 27 novembre 2018

Marionnettes à portée de main à Gadagne

« Bonjour les fenottes, bonjour les gones ! » Enserré dans une cage de verre qui laisse apparaître la beauté du bâtiment Renaissance de Gadagne, Guignol salue le visiteur. Fil rouge bien plus que personnage central de ce Musée des Arts de la Marionnette entièrement repensé qui prend place dans celui des marionnettes du monde, il raconte lui-même son histoire : « me rev'là !, nous dit-il plus loin, quoi qui faut dire ? Ah oui, mon succès...». Rédigés par la compagnie M.A. à la tête du théâtre encastré dans le palais Bondy, ces cartels s'insèrent avec fluidité dans un parcours ambitieux qui vise à montrer que la marionnette est un art vivant reposant entièrement sur le mouvement. Gageure alors que de l'exposer ? Le musée Gadagne a su déjouer cette équation délicate. Déjà, dans les salles d'introduction ouvertes depuis un an et demi, la place était donnée à ceux qui travaillent ces figurines : où il est montré par vidéo comment elles s'animent sans jamais laisser à penser que cela est facile

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Lyon sur le divan : quand la ville s'allonge

Psychanalyse de la cité | Une exposition vaut parfois plus qu'en elle-même tant elle peut définir la politique d'un musée. C'est le cas de Lyon sur le divan à Gadagne qui, à travers le traitement de son sujet, atteste de la façon dont ce lieu évoluera à terme. Une double invitation à la découverte.

Nadja Pobel | Mardi 28 novembre 2017

Lyon sur le divan : quand la ville s'allonge

Et si la ville était psychanalysée ? C'est ce à quoi les membres de l'ANPU (agence nationale de psychanalyse urbaine) en blouse blanche ont convié les Lyonnais, en installant des chaises longues dans l'espace public ces derniers mois. Cette troupe d'artistes, qui suit un protocole très précis édicté par leurs soins, a fait le portrait chinois de cette cité. Où il s'avère qu'elle a deux parents aux caractères diamétralement opposés (Rhône et Saône) et que son projet (être capitale des Gaules) est lourd à porter. Il n'y a là aucune révélation, mais une manière de mieux s'introduire dans l’histoire de Lyon, de façon artistique et très personnifiée au point qu'une équipe de scénographes a inventé un corps métallique qui traverse les différents espaces d'exposition. À chaque partie : compte-rendu de ces séances de psychanalyse en son et en vidéo avec schémas dessinés dans les nerfs de ce corps et, sur les murs en face, des analyses plus classiques mais toujours passionnantes de l'évolution de cette ville et la manière dont les habitants l'ont modelée. Au commencement donc : sa croissance. Elle est étayée par

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Le goût de Gadagne

ARTS | Conservatrice des Musées Gadagne depuis janvier, Maria-Anne Privat-Savigny expose ses projets pour ce lieu double (musée de l'histoire de la Ville de Lyon et des marionnettes du monde) situé dans un somptueux palais Renaissance du 5e arrondissement, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Lundi 14 février 2011

Le goût de Gadagne

Petit Bulletin : Vous dirigiez jusqu'à l'an dernier le Musée des tissus de Lyon. Qu'est-ce qui vous a menée au Musée Gadagne ?Maria-Anne Privat-Savigny : J'ai été attirée par le désir de Georges Képénékian, adjoint à la culture du maire de Lyon, de replacer ce musée dans la cité, de lui donner un vrai rôle. C'est un enjeu qui est, certes, assez propre à un musée d’histoire mais qui reste extrêmement intéressant. Vous dites vouloir faire de ce double musée un lieu que l'on puisse «goûter» de différentes manières. Pouvez-vous nous expliquer ce terme ?La manière de visiter les musées depuis plusieurs années s'est extrêmement diversifiée et je trouve que le support histoire et marionnettes est assez propice à ce genre d'évolution. Traditionnellement, on déambule dans un musée en lisant des cartels et parfois un audio-guide, mais il y a mille autres manières de découvrir une collection. Je crois notamment beaucoup au spectacle vivant, au théâtre et à la danse. On parle beaucoup de multimedia mais il y a des choses beaucoup plus classiques et traditionnelles à développer pour s'approprier cette histoire, pour l'expérimenter. Par exemple, pour évoquer Louise

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