Paul Maréchal : « il est rare de voir autant de travaux de graphisme de Warhol réunis dans un même endroit »

Andy Warhol Ephemera | Andy Warhol est l'un des artistes les plus prolifiques qui ait existé, notamment par son activité commerciale qu'il n'a jamais cessée et encore moins dénigrée. En découle une importante production d'affiches, éditions, emballages et autres créations éphémères, morceaux du quotidien qui nourrissent notre regard. Entretien avec le collectionneur qui a permis l'exposition actuellement en cours au Musée de l'Imprimerie, Paul Maréchal.

Lisa Dumoulin | Mardi 27 mars 2018

Photo : © DR


Pourquoi exposer Warhol au Musée de l'Imprimerie ?
Paul Maréchal : Ce qui me frappe le plus dans cette exposition, c'est la variété et la destination des supports des œuvres qui sont présentées. Le premier mur en est un exemple tout à fait éloquent : vous avez un projet d'étiquette de vin, une couverture de livre, un article de magazine, une pochette de disque, une affiche de film, une invitation à une fête privée. Ça donne le ton ! Ce travail de graphisme chez Warhol dont tout le génie créateur est basé sur l'imprimé, trouve une place toute naturelle dans le Musée de l'Imprimerie de Lyon, ça devait arriver un jour où l'autre (rires).

Les douze premières années de sa carrière sont consacrées à l'illustration de magazine. Il comprend ce qu'est le travail d'équipe et va répliquer ce modèle dans son atelier, la Factory, sauf que ce sera son projet artistique. Et même à la Factory, il va publier un magazine, Interview. Il est rare de voir autant de travaux de graphisme de Warhol réunis dans un même endroit. J'aime beaucoup cet autoportrait qu'il a fait à l'aide d'un photocopieur, le caractère dérisoire de l'artiste qui ne se prend pas au sérieux mais surtout cette œuvre nous dit que Warhol est prêt à expérimenter avec tous les medium possibles, et effectivement au cours de sa vie il a travaillé avec l'ordinateur, le fax, le photocopieur, le film, la vidéo, évidemment la toile, le papier et que sais-je encore. C'est vraiment l'artiste qui a travaillé avec la plus grande quantité de medium.

Warhol disait qu'un artiste peut créer sur des supports aussi variés qu'improbables tant et aussi longtemps que l'œuvre est pertinente à son époque.

Vous dites que Warhol a travaillé avec l'ordinateur ?
Il y a cette couverture de magazine commandée par Amiga, l'un des premiers magazines informatique et Warhol fait un autoportrait à l'ordinateur en 1986. Il découvre le programme Paint quelques mois auparavant, quand il est invité à l'anniversaire du fils de John Lennon, Sean, qui a neuf ans. Parmi les invités de la fête il y a Steve Jobs, qui a l'idée d'apporter un ordinateur en cadeau à Sean. Ce dernier commence à jouer avec et Warhol trouve ça fascinant. Il dit « ah si je pouvais utiliser l'ordinateur, je n'aurais plus à me salir les doigts avec la peinture. » Et plus tard quand il commence à manipuler l'ordinateur, il dit à un technicien :

j'ai de la difficulté à faire bouger la souris, ça marche pas bien, ce serait bien si on pouvait dessiner avec un crayon directement sur l'écran de l'ordinateur. »

Il y a beaucoup de travaux de commande ?
Contrairement à une majorité d'artistes qui n'acceptent pas la commande, qui la voit comme une façon d'imposer les vues du commanditaire avec plein de restrictions, Warhol au contraire est stimulé par la commande. Qu'elle vienne d'une compagnie de disques, d'une galerie, d'un magazine ou d'un éditeur, Warhol est alimenté par le défi que représente chaque commande et il essaie de faire une œuvre d'art à part entière. Dans toute sa carrière il n'a jamais fait aucune distinction entre l'art soi-disant commercial et les beaux-arts. Et allègrement, il a navigué entre les deux.

Cette distinction reste encore présente aujourd'hui ?
De moins en moins, Warhol a eu cette influence-là, et on voit les influences croisées dans les deux domaines aujourd'hui. Comme le disait le conservateur du Metropolitan Museum de New York, quand le MET organisait sa toute première exposition de Warhol il y a cinq ans, partant de l'idée suivante : « tout le monde me dit que Warhol est l'artiste le plus important du 20e siècle, ou en tout cas la deuxième moitié du 20e siècle, la première moitié appartenant à Picasso peut-être, mais je voulais vérifier cette affirmation. » Et à la présentation de l'exposition il a dit : « C'est difficile de déceler s'il a été vraiment l'artiste le plus important du 20e siècle mais ce que j'ai découvert c'est qu'il a été l'artiste le plus influent. » L'exposition comprenait soixante œuvres d'artistes contemporains ou modernes qui avaient toutes un emprunt ou une citation de Warhol.

Et c'est comme ça qu'on mesure l'importance d'un artiste, c'est l'influence exercée sur les générations suivantes.

Comment a débuté votre collection ?
La pochette de disque de Paul Anka est la toute première pièce de la collection que j'ai rassemblée, que j'ai littéralement créée parce que, quand j'ai commencé à collectionner des œuvres de design graphique de Warhol en 1996, je connaissais déjà les pochettes iconiques des Sticky Fingers avec le jean et la fermeture éclair véritable, la banane autocollante sur l'album du Velvet Underground et j'ai trouvé celle-là, donc je me suis demandé, il en a fait combien ?

J'appelle le Musée Warhol qui venait d'être fondé deux ans auparavant, je leur demande : combien de pochettes de disques Warhol a-t-il créé dans sa vie ? Ils m'ont envoyé une liste de 23 titres. Et quand j'ai continué les recherches, pendant dix ans, je suis arrivé à 65 pochettes de disques.

J'ai publié un catalogue raisonné, qui explique le contexte de création pour chacune des pochettes. Parce que je ne voulais pas collectionner pour collectionner, je voulais aussi documenter, expliquer et partager ces connaissances-là avec le public. Et c'est encore le livre qui se vend le plus, il y a eu deux éditions. J'ai aussi réalisé le catalogue raisonné de ses illustrations pour les magazines, et celui de toutes ses affiches de commandes. Le catalogue des ephemera est en préparation, ainsi que celui des couvertures de livres, que je possède en intégralité. Voilà c''est comme ça qu'a commencé cette collection d'ephemera et d'œuvres de design graphique d'Andy Warhol.

Andy Warhol Ephemera
Au Musée de l'imprimerie et de la Communication Graphique jusqu'au 16 septembre

Paul Maréchal, Andy Warhol - Les pochettes de disques 1949-1987 (éditions Prestel)


Andy Warhol

Ephemera
Musée de l'Imprimerie et de la communication graphique 13 rue de la Poulaillerie Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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En mai 1963, Andy Warhol lance l'une de ses plus fameuses déclarations au Time : « Les peintures sont trop compliquées. Les choses que je veux montrer sont mécaniques. Les machines ont moins de problèmes. Je voudrais en être une, pas vous ?» Un an plus tard, dans un loft new-yorkais, l'artiste-machine ouvre la bien nommée Factory ("usine" en français) où sont produits à la chaîne et collectivement aussi bien des sérigraphies que des films, des albums de musique et des "stars". Comme peut-être Marcel Duchamp, comme, plus étonnamment, Alberto Giacometti («J'aimerais arriver à peindre comme une machine» déclara-t-il), Warhol fait partie de ces artistes qui veulent «peindre, dessiner, œuvrer en empruntant le fonctionnement même de la machine» (dixit Maurice Fréchuret, dans le catalogue de l'exposition L'Art et la machine). Soit une volonté de dissoudre l'affectivité et la subjectivité artistiques qui aura une descendance importante avec Piero Manzoni, On Kawara ou le groupe BMPT (Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni). Les œuvres de Warhol ne sont malheureusement pas présentes dans l'

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Avec les Presses du Réel, les Presses Universitaires de Lyon ont lancé en 2010 une très belle collection, intitulée "Amphi des arts" et composée de petits livres à la couverture noire et richement illustrés, dont les sujets, originaux, zigzaguent parmi les époques et les genres : de la comparaison de l'approche arabe de la perspective à celle de la Renaissance en Occident (par le célèbre anthropologue des images Hans Belting) à Velázquez vu par les détails en passant par les manuscrits enluminés du Moyen Âge !   Le dernier ouvrage paru, Comprendre Warhol, comprendre l'art contemporain,  est signé de l'historien d'art américain Thomas Crow, qui émet l'hypothèse originale que l’œuvre de Warhol n'est pas tant une position (négative ou positive) sur les vedettes et la société de consommation de son temps, que la création d'un monde autonome. Un monde archétypal peuplé de personnages allégoriques composés dans un style singulier qui rejoue les grands drames humains, les rapports hommes-femmes, la finitude de l'exis

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MUSIQUES | Altiste classique porté vers l'avant-garde, fondateur du Velvet Underground, producteur avisé et compositeur de musiques de film, John Cale, 69 ans, a tant brouillé les pistes qu'on en a oublié l'essentiel : il est un grand artiste pop. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 28 octobre 2011

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«Nous tournions le dos au public et s'ils ne nous aimaient pas, ils pouvaient aller se faire foutre.» C'est, selon John Cale, l'invention du Velvet Underground en même temps que la désinvention du rock : lui faire perdre son innocence pour le rouler dans la fange, le sadiser. Toute sa vie, le Gallois que l'on a toujours pris à tort pour le sage savant du Velvet, aura pris le contre-pied de tout, tourné le dos à quelque chose : au Pays de Galles, puis au classique, puis à l'avant-garde, puis au Velvet (malgré lui, certes), et toujours à la facilité musicale quand son génie, mal connu, aurait pu faire de lui une véritable pop star. Pour John Cale, la musique qui, selon Lou Reed, «coule de lui comme l'eau dévalant une montagne», est une révélation quasi mystique : lorsqu'il découvre à 13 ans le miracle de sa capacité à improviser. Et surtout le moyen d'échapper à Garnant, ce bout de Pays de Galles minier et puritain où le quotidien oscille entre touche-pipi du curé local et bagarres entre mecs ; de tourner le dos aussi à un foyer familial sclérosé, grâce aux t

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ARTS | On croyait tout connaître de Warhol, l'un des artistes les plus célèbres du XXe Siècle. L'exposition d'envergure au MAC nous dévoile la part méconnue, voire maudite, de son œuvre, le "deuxième Warhol" et son retour à la peinture. Des œuvres tardives rien moins qu'époustouflantes... Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 9 février 2005

Warhol est vivant !

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