Le corps en déraison de Thomas Foucher à la Demeure du Chaos

Peinture | Depuis onze ans, Thomas Foucher abreuve les murs de la Demeure du Chaos de portraits. Aujourd’hui, son fondateur Thierry Ehrmann lui a confié l’exposition annuelle du musée, lui permettant de dévoiler des travaux personnels hautement sensitifs et vertigineux.

Sarah Fouassier | Mardi 22 mai 2018

Photo : Dedans V © Thomas Foucher


Dans le ventre de l'imprenable Demeure de Saint-Romain-au-Mont-d'Or, se tisse la petite histoire d'un peintre dans les interstices de murs qui se risquent à nommer une humanité au bord du précipice. L'inintelligibilité du monde, ou plutôt sa déraison, fascine et traverse le corps de Thomas Foucher. Si le monde a peur du précipice, lui le regarde de biais et poursuit sa quête de sens de l'existence.

« En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève, / Le silence, l'espace affreux et captivant… / Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant / Dessine un cauchemar multiforme et sans rêve » (C. Baudelaire, Le Gouffre, vers 4 à 8). De ce cauchemar baudelairien pour l'abîme, l'on ne vacille point au regard des peintures grand format enfoncées dans les chapelles du jardin de la Demeure du Chaos. Elles triomphent. Pas d'une façon suffisante. Elles triomphent dans la modestie et se délectent de ses images que l'on a forcément vues sur un journal, un vieux livre de photographies ou rencontrées dans la nature.

Le corps est humain ou végétal, il est aussi crâne ; un fil conducteur qui délocalise l'être, le vivant. Tout est distendu, on se surprend même à ressentir un certain vertige malgré nos pieds bien enfoncés dans le terreau fertile de la Demeure. L'émotion est palpable, le malaise lui ne l'est point malgré le soulèvement des contradictions du monde. Dans ce bunker gigantesque cohabitent la beauté de la nature et la férocité de l'Homme. Elles se font face dans le plus pur anonymat. Pas de légende ici, mais une plongée au cœur de la matière, une immersion purificatoire dans un tourbillon végétal à la grâce troublante. Le réalisme s'exprime en noir et blanc. Et de cette substance découle la capacité de l'artiste à s'émerveiller des choses les plus simples comme des plus complexes, et ce toujours via le spectre d'un trouble innommable.

Thomas Foucher, Fibre(s)
À la Demeure du Chaos jusqu'au 17 juin


Thomas Foucher

Fibre(s)
Demeure du Chaos Domaine de la Source Saint-Romain-au-Mont-d'Or
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Pas de repos pour les expos

ARTS | Ludiques, émouvantes ou impressionnantes, ces expositions ont, à l'instar de celle du CHRD, rythmé notre automne. La trêve hivernale est l'occasion (la dernière pour certaines) de les revoir ou de les découvrir. Jean-Emmanuel Denave et Nadja Pobel

Benjamin Mialot | Vendredi 20 décembre 2013

Pas de repos pour les expos

Joseph Cornell et les surréalistes à New York  C'est l'événement artistique de ce début de saison à Lyon. Le Musée des Beaux-Arts nous invite à découvrir Joseph Cornell (1903-1972), drôle d'artiste américain n'ayant jamais ni peint ni sculpté. Proche des surréalistes émigrés à New York dans les années 30-40, Cornell est un fabuleux "fabricateur" d'images usant de techniques aussi diverses que le collage, des montages personnels d'images filmées ou l'assemblage poétique d'objets dans de petites boîtes ou de mini-théâtres. Un univers très émouvant et inventif qui est présenté au milieu d’œuvres d'artistes surréalistes importants (Max Ernst, Salvador Dali, Yves Tanguy, René Magritte...). A noter aussi, la sortie récente d'un beau catalogue sur l'exposition aux éditions Hazan. Au Musée des Beaux-Arts, jusqu'au lundi 10 février   Tony Cragg et Sigmar Polke 

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Thomas Foucher au cœur du corps

ARTS | La galerie Domi Nostrae consacre une fascinante exposition au peintre lyonnais Thomas Foucher. Un artiste du corps, du geste et de la matière, toujours hantés par leur possible effondrement. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 17 novembre 2013

Thomas Foucher au cœur du corps

Le noir et blanc sert aux photographes et aux peintres à mettre un peu de distance avec leurs motifs, à abstraire quelque peu leurs représentations. Thomas Foucher (né en 1976 à Suresnes, vivant à Lyon) utilise très précisément des gris colorés pour réaliser ses tableaux. Malgré ce filtre, quand on parcourt son exposition à la galerie Domi Nostrae, nous sommes immédiatement plongés parmi des entrelacs et des saillies de muscles, de veines, de nerfs, de peaux... Dans un monde de sensations brutes, fortes, frappantes. L'artiste représente pourtant des gestes simples dans ses différentes séries : une main posée à plat sur une poitrine, deux mains essorant une sorte de torchon imbibé d'eau... Gestes qu'il cadre hors de leurs contextes et de manière très serrée. Il y a chez Thomas Foucher une volonté de plonger au plus près de la matière, tout à la fois humaine et picturale. Volonté qui s'emblématise dans un tableau où les torsades de ceps de vignes se reflètent sur les lunettes de soleil d'un personnage, comme saturant son regard.  Fragiles présences

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Collection 2013/2014

ARTS | Dix expositions à ne pas rater cette saison. Où l'on apprendra que les artistes figent l'eau de la Saône, passent le permis moto, trompent l'oeil parmi des friches, lisent Virginia Woolf, retournent angoissés en enfance ou bien encore résument en quelques images toute (ou presque) la philosophie de Peter Sloterdijk ! Jean-Emmanuel Denave

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

Collection 2013/2014

Anna et Bernhard Blume Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des perspectives baroques, avec des objets ou de la nourriture qui voltigent, des regards hallucinés, des corps presque contorsionnés... Au-delà de cet aspect comique, les deux photographes interrogent autant qu'ils se réfèrent à l'abstraction géométrique, au Bauhaus et à la grande histoire de la photographie.   Au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons, jusqu'au 31 octobre   Myriam Mechita Née en 1974, vivant à Berlin, Myriam Mechita surprend par l'hétérogénéité des moyens plastiques qu'elle emploie, autant que par la diversité des formes qu'elle déploie. On verra à l'URDLA de grands dessins inte

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Chaos dans les monts d’or

CONNAITRE | Le chaos, sa demeure, ses mises en demeure… La Demeure du chaos a fait couler beaucoup d’encre moins pour ses qualités artistiques (elles-aussi (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 11 juillet 2012

Chaos dans les monts d’or

Le chaos, sa demeure, ses mises en demeure… La Demeure du chaos a fait couler beaucoup d’encre moins pour ses qualités artistiques (elles-aussi controversées) que pour ses démêlées judiciaires (toujours en cours) contre la municipalité où elle se situe, Saint-Romain-au-Mont-d’Or. Où elle se situait pourrait-on dire, tant l’ancien et très beau relais de poste du XVIIIe siècle, appartenant à l’homme d’affaires Thierry Ehrmann (qui y a installé à la fois son domicile et son entreprise Artprice), a été carbonisé, éventré, déstructuré… Jusqu’à accueillir ici et là des carcasses d’avion militaire, d’hélicoptère, de voitures ou de tank, un grand bunker, une mini plateforme pétrolière, une reproduction à échelle réduite de Ground Zero, etc. Que ce Facteur Cheval du XXIe siècle soit fortuné ne l’empêche pas d’invoquer la bande à Dada, les zones d’autonomie temporaires de l’anarchiste Hakim Bey, l’ésotérisme alchimiste ou encore Artaud, Beckett, Foucault… Peut-on être businessman et activiste underground, that is the question ? Pour y répondre, il faut et il suffit de faire un petit saut dans le vide de ladite demeure. Une chose est

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