La Cité d'images au Bleu du Ciel

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 juin 2018

Photo : Ils ordonnent et elle existe © Guillaume Robert


Le Bleu du Ciel présente, jusqu'au 1er septembre, une sorte de kaléidoscope d'images, en réunissant pas moins de dix-sept artistes de la région Auvergne-Rhône-Alpes. On peut y picorer des photographies, de petites installations, des vidéos, et goûter à des univers esthétiques hétérogènes : des paysages méditatifs de Julien Guinand aux no man's land inquiétants de Karim Kal, en passant par les portraits en grand format d'Olivier Chabanis, par exemple...

La plupart des artistes, quel que soit leur style, interrogent la réalité contemporaine, en sondent les signes, les normes, les conflits et les points de fuite. Et ce jusqu'à une certaine poésie visuelle, comme dans le film de Guillaume Robert suivant, pas à pas, ces drôles de funambules-ouvriers construisant en Espagne d'immenses serres agricoles. Last but not least, les amateurs de musique underground seront heureux de retrouver Éric Hurtado, co-fondateur du groupe mythique Etant-Donnés, qui expose au Bleu du Ciel un très bel ensemble de paysages.


La cité d'images

Exposition collective, photographie
Le Bleu du Ciel 12 rue des Fantasques Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Karim Kal, cap au noir

Portrait | En couleurs ou en noir et blanc, les photographies de Karim Kal ne caressent pas le regard dans le sens du poil, et encore moins notre société "démocratique" dans le sens de sa bonne conscience. On y perçoit pour notre part, aussi, beaucoup d'émotions et de poésie...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 novembre 2019

Karim Kal, cap au noir

Se lancer dans le portrait d'un photographe, la belle affaire ! Surtout d'un photographe qui s'est lui-même risqué au portrait, au début des années 2000, et qui en est vite revenu. « J'ai évacué la notion d'exemplarité des histoires spécifiques, individuelles, qui opérait dans mes portraits, par exemple dans Les Miroirs de 2009. J'étais gêné par leur potentiel illustratif, trop réducteur pour les protagonistes » expliquait Karim Kal lors d'un colloque au Lycée du Parc en mars 2019. Il renchérit au cours de notre entretien chez lui : « en 2011, j'ai perçu les limites de l'histoire individuelle quand on traite de la question collective ». L'année 2011, c'est un point de bascule dans le travail du photographe : c'est l'année où, après la couleur et la figure humaine, le noir vient occuper une place prépondérante, voire littéralement centrale, dans ses images, l'année des prises de vue nocturnes avec des temps de pose rapides et l'utilisation de flashs de faible portée. Dans la cité (le ghetto?) d’Évry, il saisit des immeubles comme de véritables protagonist

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Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Art | Réunissant plusieurs structures artistiques et des plasticiens de tous horizons, Les Nouveaux Sauvages investissent les Halles du Faubourg, une ancienne usine lyonnaise. Retour sur la soirée d'inauguration et notre regard sur l'expo.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 8 octobre 2018

Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Vendredi 5 octobre dans le septième arrondissement, 19h30. L'atmosphère est douce, presque estivale, sereine et bon enfant... Une longue file d'indiennes et d'indiens lyonnais s'étend depuis l'Impasse des Chalets pour déboucher dans le grand tipi de 1200 m² des Halles du Faubourg qui accueille l'exposition-événement Les Nouveaux sauvages. Avant de pouvoir y pénétrer, deux cow-boys sympathiques et bonhommes, en des gestes aujourd'hui ritualisés, fouillent les sacs des peaux rouges amateurs d'art. Si l'on avait laissé chez soi flèches et tomahawks, il devenait alors possible de découvrir une ancienne usine retoquée avec goût par quelques jeunes architectes d'intérieur et scénographes, espace rythmé par des éléments métalliques repeints en bleu. Au sein de ce beau volume, voué à une existence artistique éphémère avant projet immobilier, d'autres tipis sont dressés : une grande tente d'aspect militaire où le collectif lyonnais Frigo&Co présente une installation vidéo démultipliant des yeux borgnes autour du spectateur ;

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D'un œil l'autre

ARTS | Quelque 60 ans séparent les photographes André Gamet et Karim Kal. Réunis au Bleu du Ciel, ils se révèlent tous deux, malgré cet écart de génération, attentifs aux mutations et travers de notre société et sensibles à la poésie de la lumière. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 mars 2014

D'un œil l'autre

Alerte, précis dans ses souvenirs, le photographe André Gamet (né en 1919 à Oullins) nous commente un florilège d'une cinquantaine d'images, sélectionnées parmi les milliers de clichés qu'il a réalisées à titre personnel ou pour l'agence Rapho. «En fait, j'ai suivi les Trente Glorieuses» résume-t-il. Soit de l'occupation allemande à la fin des années 1960 en passant par la Libération de Lyon ou l'exode rural. Soit encore de fiacres remis en service en 1942 à un embouteillage place Jean Macé en 1967, de portraits pittoresques de paysans dans leurs chaumières ou d'écoliers dans des classes de campagne à l'édification de l'ensemble HLM des Minguettes à Vénissieux. Formé au dessin et à la peinture par l'artiste Pierre Combet-Descombes, photographe autodidacte dès l'âge de quatorze ans, André Gamet est ce qu'on appelle couramment un "photographe humaniste". De ceux qui ont de l'empathie pour les sujets photographiés dans leur quotidien et qui tentent de s'approprier le bon vouloir de la lumière. «Poésie de la relégation» A la fin des années 1960, André Gamet enregistra

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Sur la route des expos

ARTS | Qu'ils voyagent dans des espaces fictifs ou réels, les (bons) artistes opèrent toujours chez nous un déplacement du regard. Petite sélection, non exhaustive, des expositions attendues en ce début d'année 2014. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 janvier 2014

Sur la route des expos

Après avoir accueilli une partie de la Biennale, le Musée d'art contemporain semble vouloir décompresser avec la curieuse et vrombissante exposition Motopoétique (du 21 février au 20 avril). Soit 200 œuvres signées par 38 artistes (BP, Alain Bublex, Ange Leccia, Xavier Veilhan...) et réunies par le critique d'art Paul Ardenne (auteur notamment du très intéressant Art, l'âge contemporain), toutes en rapport avec... la moto ! Les non bikers auront quelques doutes sur l'intérêt de ladite thématique, mais Paul Ardenne nous assure percevoir et ressentir la moto comme «un outil essentiel mis au service d'un sensualisme total». «La moto condense tout à la fois le mécanique, le viscéral, l'animal, le brut» et le critique fonceur n'hésite pas à y voir jusqu'à un «objet transitionnel» en citant le psychanalyste Winnicott ! A moto, en auto ou en bus, le photographe Bernard Plossu a depuis longtemps fait de l'errance une ligne à la fois éthique et esthétique. Après ses voyages au Mexique ou aux Etats-Unis, il présentera au Réverbère (du 18 janvier au 12 avril) des photographies glanées au Portugal et en G

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Une odeur de soufre et de gris

ARTS | L'exposition "Rendez-vous 13" réunit une vingtaine d'artistes de toutes nationalités proposant, pour certains, des œuvres passionnantes. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 25 septembre 2013

Une odeur de soufre et de gris

Trois institutions, quatre commissaires, dix collaborateurs internationaux prestigieux... C'est sans doute beaucoup de monde pour dégoter vingt jeunes artistes internationaux et autant d'œuvres d'une qualité fort inégale. Mais au diable l'avarice ! Depuis que l'événement "Rendez-vous" s'est installé à l'Institut d'Art Contemporain, les accrochages y sont agréables et limpides, chaque artiste ou presque disposant d'une salle du musée. Que ces derniers viennent de Lyon, du Cap ou de Sidney, certains ont ostensiblement un poil dans la main et des grains de sable dans les neurones, ressassant le pire de ce que l'on caricature par l'expression "art contemporain" (et qui n'est rien d'autre que de la création pas finie). D'autres attirent l'attention, voire davantage. Et l'on remarque très vite que, globalement, il se dégage de leurs œuvres sculptées, filmées ou photographiées, une certaine "odeur de grisaille", de vie urbaine anxieuse, de béton qui (enfin ?) se fissure... Par exemple avec l'installation la plus visuelle de l'exposition, signée Nicolas Momein et composée d'immenses édicules recouverts de laine grise, s'inspirant d'élémen

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Artiste du montage

ARTS | Expo / Guillaume Robert disjoint mots, images et sons pour trouver des chemins de traverse, de nouvelles fictions et émotions... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 29 mai 2011

Artiste du montage

Dans son film Angola, Guillaume Robert fait circuler dans la bouche de différents personnages des bribes de textes aussi différents que le Journal de Goebbels, un témoignage de migrante africaine, des extraits de l'auteur de polars Flann O'Brien, des récits antiques... Les acteurs se trouvent dans des champs (des limbes ?) et prennent certaines postures picturales ou chorégraphiques. On assiste à une étrange circulation des corps, de quelques morceaux de musique et de fragments d'écrits hétérogènes, disparates... Né en 1975, formé à l'École d'arts de Brest, vivant à Lyon, Guillaume Robert est à la fois vidéaste, metteur en scène, plasticien. Il crée d'énigmatiques agencements de matériaux et de sens à travers ses dispositifs filmés, scénographiés ou exposés... «De l'image, des corps, du langage, de l'espace, du temps offrent à ce qui a été prélevé une recomposition, dessinant des narrations molles, ouvertes, elles-mêmes portées par ce à quoi sont réduits les éléments utilisés: des impressions de déjà vu, des amorces de signes jouant entre eux, luttant entre eux, se juxtaposant, exposant ce qui les joint et ce qui les disjoint, ce qui les distingue et ce qui les con

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