Arts plastiques : attention fragile !

Tour d'horizon | Moment délicat de transition pour les arts plastiques à Lyon, où l'on attend notamment un "nom" pour diriger le Musée et la Biennale d'Art Contemporain. Pendant ce temps, d'autres acteurs, ailleurs, prennent des initiatives et secouent les modèles habituels d'exposition.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 septembre 2018

Photo : © Bernard Venet au Musée d'Art Contemporain


La semaine passée, nous remarquions dans ces colonnes que tous les voyants étaient au vert concernant la danse à Lyon. Dans le domaine des arts plastiques, les choses sont beaucoup plus nuancées, voire assez brouillonnes. À l'heure où nous écrivons, notamment, le Musée d'Art Contemporain et la Biennale d'Art Contemporain attendent toujours leur... directrice ou directeur. Thierry Raspail est parti à la retraite en avril dernier, a conçu la prochaine exposition du MAC consacrée à Bernard Venet, et après, tout n'est que suspense et incertitude. Il faut dire que l'équation est un peu compliquée depuis le lancement par la Ville de Lyon d'un Pôle musées d'art (regroupant le Musée des Beaux-Arts et le MAC) co-dirigé par Sylvie Ramond (directrice du Musée des Beaux-Arts) et le futur directeur du MAC. Comment dès lors trouver un ou une responsable de renom pour la Biennale et le MAC qui accepte cette configuration inédite ? Ce n'est peut-être au fond qu'un problème de riche, mais en attendant, la programmation du MAC est en stand by pour 2019. Et nos voisins de Saint-Étienne pourraient nous souffler une solution possible, ayant osé, eux, nommer à la tête de leur Musée d'Art Moderne et Contemporain une femme presque inconnue, Aurélie Voltz, 44 ans. Celle-ci a annoncé, à partir du 1er décembre, une programmation alléchante avec des expositions qui seront consacrées à Damien Deroubaix, Gyan Panchal, Pierre Buraglio...

Budgets en berne

À côté des problèmes de riches, il y a des problèmes de pauvres, ou, pour le dire mieux, des problèmes plus préoccupants. Comme ceux de l'URDLA, Centre International de l'Estampe qui réalise un travail formidable à bien des niveaux (résidences d'artistes, expositions de qualité, diffusion d'œuvres à moindre coût...), qui a eu un mal fou à boucler son budget cette année, et qui a même dû faire appel aux dons, afin d'éponger une baisse du financement régional. La situation tombe d'autant plus mal que l'URDLA fête cette année son quarantième anniversaire (ce qui sera aussi le cas de son quasi voisin, l'Institut d'Art Contemporain à Villeurbanne)... Faut-il aujourd'hui que les lieux artistiques fassent l'aumône (comment l'appeler autrement ?) afin de survivre, ou d'acquérir de nouvelles œuvres pour leurs collections ? Le loto de Stéphane Bern pour le patrimoine (la Ville de Chaponost dimanche dernier attendait la visite de la ministre de la Culture pour signer la restauration de l'Aqueduc du Gier par loterie interposée) menace de s'étendre ailleurs...

Autre mauvaise nouvelle, dans un registre différent : la fermeture de la galerie-appartement Domi Nostrae dont les expositions consacrées à Christian Lhopital et à d'autres nous avaient tant enthousiasmé. À l'inverse, d'autres structures renaissent de leurs cendres, comme la librairie Le Bal des Ardents qui a repris son activité expositions, et le Musée des Moulages qui a rouvert ses portes en mars dernier après extension et rénovation de ses locaux (rénovation totalement terminée en 2019). Appartenant à l'Université Lyon 2, le lieu accueille désormais le département de musicologie et une activité d'expositions temporaires qui se remet peu à peu en place.

Acteurs renifleurs

On pourrait penser alors que les solutions pourraient venir du secteur privé... Mais à Lyon, l'exemple emblématique de La Sucrière n'est pas très probant : ayant débuté avec de bonnes productions d'expositions d'art contemporain (Chiharu Shiota, Erwin Olaf), La Sucrière n'a plus fait ensuite qu'accompagner des expositions produites ailleurs. Expositions (Star Wars, L'Épopée de l'uniforme militaire français...) où l'art n'est pas à la fête. Et ce n'est pas l'actuelle exposition d'origine belge, Da Vinci, qui va changer la donne. Très pédagogique, et en cela intéressante, elle se penche surtout sur les machines de Léonard et sur son activité d'ingénieur utopiste avant l'heure.

À une autre échelle, de nouveaux modèles s'inventent et s'expérimentent, à mi-chemin entre le public et le privé, l'artistique et l'urbain et l'immobilier, le projet ambitieux et le système D. C'est par exemple la Factatory, lieu de résidence artistique sur un terrain SNCF, proche de Jean Macé. Ou c'est encore l'initiative osée de la Taverne Gutenberg et d'Alain Garlan (membre du collectif Frigo) qui lancent, dans une friche industrielle (La Halle du Faubourg), les Nouveaux Sauvages. Une exposition qui réunit non seulement des artistes aux démarches très différentes, mais aussi des lieux hétéroclites : des galeries privées (Galerie Besson), des lieux publics (Le Bleu du Ciel), un festival (Mirage Festival), un lieu de street art (Superposition)... Soit une nouvelle manière de créer des synergies et d'organiser une exposition.

Bref, la France n'a toujours pas de pétrole, compresse ses budgets culturels jusqu'à l'os, mais heureusement certains de ses ressortissants ont des idées.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Art | Réunissant plusieurs structures artistiques et des plasticiens de tous horizons, Les Nouveaux Sauvages investissent les Halles du Faubourg, une ancienne usine lyonnaise. Retour sur la soirée d'inauguration et notre regard sur l'expo.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 8 octobre 2018

Sauvage innocence aux Halles du Faubourg

Vendredi 5 octobre dans le septième arrondissement, 19h30. L'atmosphère est douce, presque estivale, sereine et bon enfant... Une longue file d'indiennes et d'indiens lyonnais s'étend depuis l'Impasse des Chalets pour déboucher dans le grand tipi de 1200 m² des Halles du Faubourg qui accueille l'exposition-événement Les Nouveaux sauvages. Avant de pouvoir y pénétrer, deux cow-boys sympathiques et bonhommes, en des gestes aujourd'hui ritualisés, fouillent les sacs des peaux rouges amateurs d'art. Si l'on avait laissé chez soi flèches et tomahawks, il devenait alors possible de découvrir une ancienne usine retoquée avec goût par quelques jeunes architectes d'intérieur et scénographes, espace rythmé par des éléments métalliques repeints en bleu. Au sein de ce beau volume, voué à une existence artistique éphémère avant projet immobilier, d'autres tipis sont dressés : une grande tente d'aspect militaire où le collectif lyonnais Frigo&Co présente une installation vidéo démultipliant des yeux borgnes autour du spectateur ;

Continuer à lire

Attention aux Nouveaux Sauvages

Alternatif | C'est peut-être bien le rendez-vous le plus attendu de la rentrée côté arts : l'exposition Les Nouveaux Sauvages, en un lieu encore inconnu nommé Halles du (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 19 septembre 2018

Attention aux Nouveaux Sauvages

C'est peut-être bien le rendez-vous le plus attendu de la rentrée côté arts : l'exposition Les Nouveaux Sauvages, en un lieu encore inconnu nommé Halles du Faubourg, excite assurément en réunissant au cœur d'une friche industrielle du 7e arrondissement de Lyon quelques activistes aux talents variés pour concocter un espace immersif qui risque fort d'être aussi festif. Décloisonner, surprendre et fédérer : on pourrait résumer ainsi l'initiative de la Taverne Gutenberg, qui conçoit cette expo, et de Intermèdes, qui gère ce lieu provisoire. Reprenons. Sont réunis à partir du 5 octobre, jour de vernissage, et jusqu'au 11 novembre, plusieurs co-commissaires pour une exposition commune : la galerie Françoise Besson pour la peinture contemporaine, le spot dédié au street art Sitio, les punks numériques de Frigo&co relancés après quelques années de sommeil, cultes dès 1978. Côté photographie, c'est le Bleu du Ciel qui prend les choses en main. Le Mirage Festival amène son expertise de l'art numérique. Et bien entendu, la Taverne Gutenberg intervient aussi dans ce commissariat. Côté artistes et intervenants, sont cités Shab, les graffeurs Mr Sphinx et

Continuer à lire

Musées, collections automne-hiver

Dans les musées... | La sculpture contemporaine et l'Antiquité seront les deux grandes "stars" des prochaines expositions temporaires des musées de la région. C'est une bonne nouvelle, tant ces événements sont prometteurs a priori !

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 septembre 2018

Musées, collections automne-hiver

L'oublié Bernard Venet ? Ce nom d'artiste ne dit plus aujourd'hui grand chose à quiconque, hormis peut-être aux habitants de Nice, où beaucoup de ses œuvres monumentales occupent l'espace public. Très connu dans les années 1980, Bernard Venet (né en 1941) s'en est allé ensuite faire carrière aux États-Unis. Il revient en grand format au Musée d'Art Contemporain qui lui consacre une rétrospective (du 21 septembre au 6 janvier 2019) rassemblant pas moins de 170 œuvres ! Celui qui souhaitait, dès les années 1960, « retirer toute charge d'expression contenue dans l’œuvre pour la réduire à un fait matériel », est l'auteur d’œuvres minimalistes dans leurs formes (lignes, arcs, cercles, quadrilatères...) mais souvent "maximalistes" dans leurs dimensions et leurs poids. Il réservera même au MAC de Lyon la primeur de ses toutes récentes créations. L'antique Après l'assassinat de Caligula, Claude est désigné empereur de Rome contre toute attente en 41 après Jésus-Christ. La littérature antique en a dressé un portrait peu flat

Continuer à lire

Les Nouveaux Sauvages

ECRANS | De Damián Szifron (Arg-Esp, 2h02) avec Ricardo Darin, Oscar Martinez…

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux Sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux Sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision et ça se sent, en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la

Continuer à lire