Musée d'Art Contemporain : Venet, vidi, vici

Art Contemporain | Le Musée d'Art Contemporain présente une rétrospective XXL consacrée à Bernar Venet, en 170 œuvres datant de 1959 à aujourd'hui, souvent démesurées et... pesantes.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 octobre 2018

Photo : Bernar Venet, Tas de charbon et goudrons, 1963Bernar Venet, Effondrement Angles, 2012


« Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu » pourrait être une phrase de Bernar (sans "d") Venet. De César (l'artiste), il fut proche, et de César (l'empereur romain) il a certainement l'ego et la folie des grandeurs... Le fringant septuagénaire originaire des Hautes-Alpes aurait, en effet, quand on l'écoute, à peu près tout inventé ou anticipé de l'histoire de l'art de la seconde moitié du 20e siècle. La première sculpture informelle ? C'est lui, laissant du charbon en tas à Nice en 1963. L'utilisation de la ligne aléatoire en sculpture ? Lui encore, à travers de nombreuses œuvres depuis les années 1970. La peinture noire réalisée avec des pieds ? Lui toujours, au cours de son service militaire ! Et du côté du minimalisme, de l'art géométrique et de l'art conceptuel, il aurait été parmi l'un des premiers Français à s'y lancer, aidé par ses "cousins" américains, car c'est à New York et aux États-Unis que l'artiste trouvera écho et succès, trouvant là un espace où déployer son énergie débordante.

Nanar contemporain ?

« Quand je m'attaque à un nouveau domaine, je fonce et j'y vais » résume, dans un mélange improbable de bonhomie et de confiance en soi survitaminée, Bernar Venet. Et, il faut reconnaître que "ça" marche, que les œuvres presque toujours surdimensionnées de l'artiste sont vraiment impressionnantes. Il en fait des tonnes (certaines sculptures en acier corten pèsent jusqu'à... 200 tonnes !) et l'on ne s'ennuie guère en parcourant les trois étages du musée, où sa rétrospective a été conçue en rétropédalant dans le temps : d'aujourd'hui et ses spirales d'acier aux premiers essais de peinture pédestre en 1959, en passant par toute une période conceptuelle où l'artiste représentait notamment des courbes ou des équations mathématiques... Mais si vous voulez conserver un sentiment entièrement positif de cette exposition (tour à tour impressionné, amusé, surpris...), ne faites pas la même erreur que nous : ne parcourez pas l'exposition deux fois ! Car au second regard, les œuvres de Venet ne tiennent guère (trop répétitives, esthétisantes, tape-à-l'œil), comme une énorme baudruche d'acier ou de charbon qui se dégonfle, malgré le souffle surhumain de l'artiste.

Rétrospective Bernar Venet
Au Musée d'Art Contemporain ​jusqu'au 6 janvier 2019


Bernar Venet

Rétrospective
Musée d'Art Contemporain Cité Internationale, 81 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Musée Lugdunum : à la table des Romains

Histoire | Dans cette capitale mondiale de la gastronomie qu’est Lugdunum, immersion dans ce que mangeaient et cultivaient nos ancêtres les Romains et qui est toujours le socle de notre alimentation. Captivant !

Nadja Pobel | Mercredi 26 mai 2021

Musée Lugdunum : à la table des Romains

Puisqu’en archéologie, on ne voit que ce qui reste, cette exposition propose des amphores (ce qui a été le plus retrouvé sur les sites fouillés), des moules en terre cuite (pour contenir le lait caillé), des ossements (prouvant que les Gaulois consommaient beaucoup de porc et que les Romains introduisent le bœuf), des ustensiles de cuisine et même un bas-relief de l’amphithéâtre voisin de l’Odéon représentant une abeille illustrant que la seule source de sucre (et élément de conservation) à l’époque était le miel. À partir de ces éléments épars et colonne vertébrale du parcours, c’est un passionnant récit qui surgit de l’espace urbain d’antan reconstitué. Au marché, il est rappelé que les Romains consommaient local et qu’ils étaient connus pour leur charcuterie et les fromages, que l’huile d’olive était déjà abondamment produite dans ce qui est aujourd’hui l’Espagne, que l’on inventait le pain levé avec l’utilisation du froment, que manger des œufs était très usuel et que les Romains ont introduit dans la nourriture les poissons de la Méditerranée (et les huitres pour les plus fortunés !) quand jusque-là seuls ceux d’eau douce étaient pêchés. C’est dans les

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Canción sin nombre / Nuestras Madre : l’une sort en salle, l’autre pas

Les Films de la Semaine | Focus sur deux sorties ayant beaucoup en commun, même si l'une ira en salles et l'autre s'en passera : Canción sin nombre et Nuestras Madres, Caméra d’Or à Cannes l'an dernier.

Vincent Raymond | Dimanche 7 juin 2020

Canción sin nombre / Nuestras Madre : l’une sort en salle, l’autre pas

Tous deux figuraient à Cannes l’an dernier : le premier à la Quinzaine des réalisateurs, le second à la Semaine de la Critique où il a ravi la Caméra d’Or. Dévolue au meilleur premier film de la compétition toutes sections confondues, cette prestigieuse distinction ne l’exonère pourtant pas d’une sortie directe en SVOD tandis que l’autre, à peine une semaine sur les écrans avant le confinement, renoue avec les salles. Aussi dissemblables par leur destinée que leur facture ou leur approche esthétique, Canción sin nombre / Nuestras Madres ont beaucoup en commun, à commencer par leur inscription spatiale (l’Amérique latine) et donc, historique (les années 1980). Car même si Nuestras Madres se situe de nos jours, il se déroule réellement dans le passé puisque le protagoniste y est un anthropologue de médecine légale identifiant les dépouilles de victimes de la guerre civile guatémaltèque, lui-même orphelin de père et d’une mère torturée par le pouvoir d’alors. Un régime dont on sait qu’il pratiquait l’enlèvement d’enfants —

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Cinq expos à voir en octobre

Bons Plans | On les a vues, ou bien on pressent de très bonnes ondes... Voici notre sélection, non exhaustive, de cinq expositions à voir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 4 octobre 2018

Cinq expos à voir en octobre

Les 40 ans de l'Institut d'Art Contemporain Pas de crise de la quarantaine à l'IAC, mais une prometteuse programmation d'anniversaire avec, surtout, une exposition monographique consacrée à l'artiste allemande Katinka Bock (née en 1976 à Francfort-sur-le-Main), sculptrice jouant avec finesse de matériaux bruts (terre, pierre, cuivre, végétaux...) et de gestes simples et lisibles (plier, tomber, enrouler, frotter...). Et, parallèlement, l'IAC présente une partie de ses collections à l'IAC lui-même, et aussi à l'URDLA et d'autres lieux villeurbannais. À Villeurbanne du 5 octobre au 20 janvier 2019 Les Nouveaux Sauvages Expo événement très attendue, dont on vous a déjà largement rebattu les oreilles ici, Les Nouveaux Sauvages investissent temporairement une friche industrielle pour exposer une flopée d'artistes de toutes provenances (photographie, street art,

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Tombeau pour être vrai : "Chris the Swiss"

Documentaire animé | de et avec Anja Kofmel (Sui-Cro-All-Fin, 1h25) avec également Heidi Rinke, Julio César Alonso…

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Tombeau pour être vrai :

Parti couvrir le conflit yougoslave pour la radio suisse, le jeune Christian Würtenberg est retrouvé mort en 1992 revêtu de l’uniforme d’une milice pro-croate. Marquée à l’époque par sa disparition, sa cousine enquête de nos jours sur ce héros de roman et son assassinat… Aux yeux d'efant d’Anja, Chris était nimbé d’un séduisant mystère, accomplissant une noble mission “à l’autre bout du monde”. La vérité est aussi nuancée que ce personnage aux motivations incertaines : était-il, comme le prétend doucereusement le terroriste Carlos, un espion suisse ; s’était-il infiltré dans la faction paramilitaire d’extrême-droite pour en raconter l’existence en journaliste ? Ou bien avait-il, en homme désarçonné par les atrocités observées, réellement décidé de combattre les Serbes en renonçant à sa double neutralité, helvétique et journalistique ? Dans son for intérieur, Anja avait sa réponse ; elle fait donc en sorte de donner de Chris un portrait respectable — sans doute conforme à la réalité. Au-delà d’une nécessité personnelle, sa démarche se distingue p

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L’Origine de la violence : prodigieusement intéressant

Le Film de la Semaine | Absent des écrans depuis presque une décennie, Élie Chouraqui revient avec un film inégal dans la forme mais prodigieusement intéressant sur le fond. Pas vraiment étonnant car il pose, justement, des questions de fond.

Vincent Raymond | Mardi 24 mai 2016

L’Origine de la violence : prodigieusement intéressant

Comme beaucoup de cinéastes, d’artistes ou tout simplement d’êtres, Élie Chouraqui est double. Parfois, il s’engage dans une veine sentimentale, dans le film-chorale “superficiel et léger” façon Marmottes ; parfois il montre sa face la plus tourmentée dans des œuvres graves, profondes — indiscutablement les plus réussies. Man on Fire (1989) ou Harrison’s Flowers (2000) constituent ainsi des repères précieux dans sa filmographie ; L’Origine de la violence pourrait les rejoindre — et ce en dépit d’une facture parfois un peu bancale, qu’un budget étriqué peut justifier. Bien qu’il s’agisse ici d’une adaptation d’un roman de Fabrice Humbert, l’œuvre en résultant s’avère éminemment personnelle ; une sorte de synthèse où il opère une réconciliation entre ses thèmes de prédilection : la famille, la mémoire et la guerre — pas n’importe laquelle, la Seconde Guerre mondiale. Partant questionner les silences intimes, les non-dits et les interdits, il traite du rapport au temps et à l’oubli, au pardon nécessaire et à la mémoire obligatoire. Jamais il n’excuse, son propos est net, mais il fait la démarche d’expliquer pour comprendre des personna

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La Terre et l’Ombre

ECRANS | De César Acevedo (Col, 1h37) avec Haimer Leal, Hilda Ruiz, Edison Raigosa…

Vincent Raymond | Mardi 2 février 2016

La Terre et l’Ombre

Heureusement que le métal fin ne s’oxyde pas ! Sans quoi, la Caméra d’or reçue par César Acevedo pour son premier film en mai dernier sur la Croisette aurait terni avant que son œuvre n’arrive sur les écrans. Cela dit, le délai observé par La Terre et l’Ombre entre son sacre et sa sortie respecte son apparente discrétion et son rythme lent. Une lenteur insistante aussi esthétisée que l’image est composée, avec un luxe de symétries et de clairs-obscurs. Cette gravité contemplative en vient à déranger, tant elle semble s’énivrer de sa propre beauté tragique, allant jusqu’à détourner l’attention du spectateur des vrais sujets : l’agonie du fils du vieux héros et ce que le film révèle des conditions de vie infâmes des journaliers colombiens. Non qu’il faille, par principe, assigner une forme crasseuse et tremblotante à un drame social, mais opter pour un maniérisme très cosmétique n’est sans doute pas l’alternative la plus heureuse. VR

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Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

ECRANS | Après une année cinématographique 2015 marquée par une fréquentation en berne —plombée surtout par un second semestre catastrophique du fait de l’absence de films qualitatifs porteurs —, quel sera le visage de 2016 ? Outre quelques valeurs sûres, les promesses sont modestes…

Vincent Raymond | Mardi 5 janvier 2016

Rentrée cinéma 2016 : une timide bobine ?

L’an dernier à pareille époque se diffusaient sous le manteau des images évocatrices illustrant la carte de vœux de Gaspar Noé et extraites de son film à venir, Love ; le premier semestre 2015 promettait d’être, au moins sur les écrans, excitant. Les raisons de frétiller du fauteuil semblent peu nombreuses en ce janvier, d’autant que, sauf bonheur inattendu, ni Desplechin, ni Podalydès, ni Moretti ne devraient fréquenter la Croisette à l’horizon mai — seul Julieta d’Almodóvar semble promis à la sélection cannoise. Malgré tout, 2016 recèle quelques atouts dans sa manche… Ce qui est sûr... Traditionnellement dévolu aux films-à-Oscar, février verra sortir sur les écrans français The Revenant (24 février) de Iñarritu, un survival dans la neige et la glace opposant Tom Hardy (toujours parfait en abominable) mais surtout un ours à l’insubmersible DiCaprio. Tout le monde s’accorde à penser que Leonardo devrait ENFIN récupérer la statuette pour sa prestation — il serait temps : même Tom Cruise en a eu une jadis pour un second rôle. S’il n’est pas encore une fois débordé par un outsider tel que

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César doit mourir

ECRANS | Retour au premier plan des vénérables frères Taviani avec ce beau film où des prisonniers italiens jouent le «Jules César» de Shakespeare. Plus qu’un documentaire sur la création du spectacle, «César doit mourir» est une vraie fiction sur la puissance libératrice de l’art. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

César doit mourir

Nous sommes au théâtre. Du bon théâtre, avec de solides comédiens qui donnent une version efficace, active et réaliste, du Jules César de Shakespeare. Brutus réclame qu’on le tue ; tous ses compagnons refusent de lui donner le coup de grâce, sauf un qui s’effondre en larmes après avoir commis l’irréparable. Noir. Tonnerre d’applaudissements. Saluts énergiques de la troupe. Puis la salle se vide, les acteurs sortent entourés de gardiens, et réintègrent la cellule dans laquelle ils sont enfermés. Ce sont tous des détenus, pour la plupart purgeant de lourdes peines, parfois à perpétuité. Jusqu’ici, les frères Taviani avaient opté pour une mise en scène strictement documentaire : en vidéo et en couleurs, sans autre stylisation que celle du spectacle lui-même. D’un coup, l’image passe en noir et blanc et nous voilà en train d’assister au casting de la pièce. L’exercice est simple : nom, prénom, ville de naissance, qu’il faut dire de deux manières différentes, l’une énervée, l’autre affligée. Face à la caméra, un miracle se produit : ces amateurs révèlent d’impressionnantes capacités d’interprétation et d’incarnation, transcendés par le contact avec la comédie. Comme

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Les Toilettes du pape

ECRANS | d’Enrique Fernandes et Cesar Charlone (Uruguay, 1h35) avec César Troncoso, Virginia Ruiz…

Dorotée Aznar | Mercredi 12 mars 2008

Les Toilettes du pape

1988, à la frontière de l’Uruguay et du Brésil. La visite annoncée du Pape Jean-Paul II dans un petit village met en émoi une population vivant dans la misère, qui espère bien tirer profit de l’événement. C’est ainsi que Beto a l’idée saugrenue de transformer son jardin en toilettes publiques pour les visiteurs. Raté chronique, il va bien entendu faire n’importe quoi, d’où tribulations, espoirs, déceptions… Film inoffensif dont on n’a pas franchement envie de dire du mal, Les Toilettes du Pape reste néanmoins le genre d’œuvre à sujet dont on sent constamment le calibrage auteuriste : la caméra agitée en tous sens pour faire sur le vif, l’image surexposée aux couleurs saturées, le côté tranches de vie dans le trou du cul du monde, l’humanisme forcené et un peu forcé, la tiédeur du regard sur la religion chrétienne ; tout cela ne brusque personne et conforte tout le monde dans ses certitudes. CC

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