Lumières en circuit court

Fête des Lumières | Dans les airs, en ribambelle ou plaquées aux murs, les œuvres de Christophe Martine, des Theoriz et Erik Barray illumineront encore cette Fête des Lumières et s’installent sur les lieux phares des festivités après en avoir épousé les contours. Gros plan sur les parcours remarquables de ces locaux.

Nadja Pobel | Mardi 3 décembre 2019

Photo : © TILT et Porté par le vent


Point de Damien Fontaine ou de Daniel Knipper lors de cette dernière édition de l'ère Collomb. Il y a bien Cozten sur la colline de Fourvière et dans l'Hôtel de Ville — le second étant aussi prometteur que le premier ennuyeux — mais deux des lieux phares (Bellecour et Saint-Jean) sont confiés à des artistes qui ont grandi, voire sont nés, avec cet évènement qui rassemble désormais presque deux millions de visiteurs.

Théoriz en pratique

En 2011, David Chanel et Jonathan Richer sortent de l'école supérieure de chimie physique électronique de Lyon et, dans le cadre des projets d'arrondissements (sabrés par les plans de sécurité post-attentats de 2015), se réunissent en Théoriz Studio pour réaliser Pacmanize-me sur une petite place méconnue derrière la Part-Dieu. Ils invitent les spectateurs à jouer à ce module pionnier des jeux vidéo en déplaçant leur main dans les airs. Place Bahadourian, sur le mur des Lyonnais, sous la voûte Perrache pour un voyage cinématographique, aux musées Gadagne… ils posent leurs projections et installations partout, tutoient même les Terreaux en 2014, associés aux Terres de Lumières menés par Gilbert Coudène. Cette année, les voici dans le saint des saints-(Jean).

Souvent très réussis voire éblouissant (indépassable ?) avec Ez3kiel en 2016, les travaux sur la primatiale sont devenus les points d'orgue de cette Fête pour peu que le goulot d'étranglement pour y parvenir permette encore de l'apprécier. Jean-François Zurawik, dont c'est la dernière année comme directeur artistique de la Fête, précisait il y a quelques jours qu'il n'est plus question ici de « narration sur les bâtisseurs de cathédrale mais de faire découvrir l'architecture en travaillant sur les couleurs et le design graphique ». Avec Genesis, le studio Théoriz ambitionne rien moins que de revenir sur les origines du monde, de la création des astres et l'apparition de l'eau et la végétation avant l'entrée dans l'ère humaine de l'industrialisation jusqu'à l'ère digitale qu'ils maîtrisent de mains de maîtres.

Les cerfs-volants de Christophe Martine

Perchées dans les airs du pont Masaryk (oui dans le 9e, un autre projet d'arrondissement) en 2011, les luminéoles de Christophe Martine ont fait école. Parapentiste, le Chambérien devenu Ardéchois a très vite transmis son émerveillement pour l'aérien, que ce soit par des baptêmes de l'air ou par sa société Porté par le Vent via laquelle, dès 2002, il propose des ateliers de fabrication d'objets (éoliennes…). En 2011, pour la Fête, il adjoint la lumière à ses cerfs-volants qui s'ébrouent au-dessus de nos têtes même en l'absence de vent grâce à l'hélium.

Depuis, ses animaux ont illuminé les terrasses de la Guillotière, la place de la République (les Pikooks en 2017) et même la Tête d'Or en 2014, où il proposait un spectacle complet sur l'eau et dans les arbres, échassiers compris, avec déjà ses Amours en cage installées rue de la République. Dans deux zones, entre la place de la République et les Cordeliers, sous dix arbres, en s'approchant du tronc, « la lumière changera et un son sera émis » nous explique-t-il. Et voici ses installations devenues interactives. Mais c'est surtout place Bellecour qu'il fera flotter ses poissons de tailles différentes qui deviendront des hirondelles en cas de pluie. Elles domineront une prairie de 500 pampas posées au sol par le collectif TILT, habitué à la Fête puisque ses lampes de poches, de bureau, de chevet ont régulièrement élus domicile sur les places lyonnaises. Christophe Martine partira ensuite voyager à Bogota et à Cergy pour des projets de différentes dimensions. La Fête des Lumières lui a ouvert les portes d'un champ d'activité qui représente aujourd'hui les trois quarts de son temps et un but constant : « permettre aux gens de rêver ».

Naissance des ponts avec Erik Barray

Erik Barray n'était pas non plus destiné à participer à ce barnum lumineux. Pourtant depuis 2013, ce vannier tisse osier et lumière pour dessiner des parcours ou animer des lieux clos (Cour de l'Hôtel de Ville en 2017, place Pradel précédemment). Au-delà de ce qu'il montre, il mène un travail en amont, souvent collaboratif, avec des lycéens ou des personnes âgées comme cela a été le cas pour les Lucioles qu'il présente cette année. Non pas que toute cette préparation leur soit déléguée mais ils y sont associés pour donner du « sens » à son geste comme aime à le dire celui qui la moitié de son temps conçoit des installations land-art pour des parcs, notamment.

Dans ce déluge de spotlights de la Fête, Erik Barray revendique son « minimalisme », l'utilisation de circuits courts, le jeu sur le clair-obscur et les ambiances « entre chien et loup ». Ses lianes reviennent pour la seconde année consécutive, montée du Gourguillon, et 500 lucioles vont éclairer le cheminement jusqu'à la Tête d'Or. Du pont Morand à de Lattre de Tassigny, des cocons se cachent dans les platanes en contrefort des berges puis il s'agit de descendre le long de la piste cyclable, observer ces insectes jusqu'à l'essaim final du pont Churchill.

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un programme comme neuf pour la Fête des Lumières

Fête des Lumières | Comme prévu l'année dernière, la Fête des Lumières 2016 (raccourcie d'un jour) reprend les projets avortés de 2015. Revue de détails.

Nadja Pobel | Jeudi 5 novembre 2015

Un programme comme neuf pour la Fête des Lumières

Balayée par les tragiques attentats de novembre 2015, la Fête des Lumières aura bien lieu, du jeudi 8 au samedi 10 décembre. Un jour de moins et une amplitude horaire réduite (de 20h – au lieu de 18h – à minuit) dans un périmètre très délimité et encadré (de Bellecour aux Terreaux et un morceau du 5e arrondissement). 40 œuvres sont au programme (contre 77 annoncées l'année dernière mais les installations majeures n'ont pas changées). Dont celles-ci : Cathédrale Saint-Jean - Évolution C'est là qu'officiera le groupe Ez3kiel, réputé pour ses scénographies éblouissantes, avec une écriture mariant traits en noir et blanc et surfaces coloriées. Un laser servira de stylet et indiquera certaines parties de ce monument emblématique de la Fête dont les 12 000 pierres ont été numérisées durant trois semaines pour que le rendu soit le plus fin possible. Théâtre

Continuer à lire

De la Theoriz à la pratique

CONNAITRE | Bien sûr, il y a les touristes, les hôtels plus onéreux que jamais et les capitalistes d’un week-end sur Airbnb. Mais la Fête des lumières de Lyon est aussi l’occasion de découvrir de jeunes talents. Celui du duo Theoriz n’est plus à démontrer. Après nous avoir fait joué à Pac-Man sur une façade et donné vie à la Fresque des Lyonnais, il investit les voûtes sous Perrache. Rencontre avec ce tandem pour qui la Fête a été un véritable tremplin. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 2 décembre 2014

De la Theoriz à la pratique

À moins d’y habiter ou de fréquenter la précieuse école de graphisme Emile Cohl, il est rare de passer par la place Sainte-Anne, planquée derrière la gare de la Part-Dieu dans le 3e arrondissement. Pourtant, par un soir de décembre 2011 (autour du 8), de nombreux lyonnais s’y sont donnés rendez-vous pour jouer à Pac-Man sur une façade, à l'invitation de deux jeunes étudiants. D'un simple mouvement vertical ou horizontal de la main, chacun pouvait orienter le parcours de la tête gloutonne. Coup d’essai et coup de maître : la Fête des Lumières, souvent grandiloquente et trop impériale, devenait ludique. Moitié de ce duo nommé Theoriz, David-Alexandre Chanel admet bien volontiers que cette participation les a lancés dans le bain, lui et son complice Jonathan Richer – l'installation a depuis voyagé, dernièrement jusqu'à Riga et à Gdansk en janvier prochain. Au départ, avant même de penser à la Fête, Jonathan et David avaient cette idée, «un peu terroriste», rigolent-ils, de récupérer un Pac-Man programmé en flash puis de «se promener avec un projecteur sous le bras et une batterie pour y jouer n’importe où dans la rue». Plus i

Continuer à lire

La tête dans les mirages

CONNAITRE | Après une première édition en forme de prise de température, le Mirage Festival prend de l'ampleur. Plus qu'un instantané, c'est de fait un véritable panorama de la création numérique contemporaine qu'il propose. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 18 février 2014

La tête dans les mirages

En latin, dolus désigne une supercherie. C'est exactement ce à quoi s'est livré le collectif du même nom (redoublé) lors de la dernière Fête des Lumières : plutôt que de proposer un éclairage inédit du bâti à sa disposition, il a érigé sur la place Colbert un immersif tunnel de diodes dont les variations d'intensité figuraient autant de respirations. Autrement dit une installation autonome et qui aurait été à sa place, c'est le cas de le dire, sur n'importe quel autre bout de trottoir de la ville.Non respect du cahier des charges ? On préfère y voir l'affirmation d'une authentique passion pour les arts numériques : là où la plupart des événements se targuant de les promouvoir ne les utilisent en fin de compte qu'à des fins décoratives, Dolus & Dolus les valorise dans toute leur capacité à redéfinir notre environnement. Notamment dans le cadre du Mirage Festival, créé en 2013 et renouvelé cette année dans une version augmentée. Un festival pour les unir tous Ce sont en effet pas moins de douze lieux qu'investira l'événement, et à peu près deux fois plus de fenêtres sur l'avenir qu'ouvriront les développeurs, musiciens et plasticiens (et

Continuer à lire

Fresque animée

CONNAITRE | Il est le seul non Lyonnais de l’histoire. Le Chartrain Laurent Lhuillery, maire adjoint du chef-lieu d’Eure-et-Loir et responsable de la (...)

Nadja Pobel | Jeudi 28 novembre 2013

Fresque animée

Il est le seul non Lyonnais de l’histoire. Le Chartrain Laurent Lhuillery, maire adjoint du chef-lieu d’Eure-et-Loir et responsable de la manifestation Chartres en lumières, s’est pourtant entouré d’une équipe 100% gones pour lancer Dessine-moi... des lumières avec les élèves de la très réputée école d’arts visuels Emile Cohl et les jeunes artistes numériques de Theoriz Crew, qui avaient déjà permis aux spectateurs de jouer à Pac Man sur la façade d'un immeuble de la place Sainte-Anne en 2011 ou d’interagir avec celle de l'Alliance française sur la place Bahadourian l’an dernier. Ce projet original d'éclairage du mur des Lyonnais, oeuvre logiquement invisible dès la nuit tombée (à l’exception du mur des Canuts, illuminé de manière pérenne par la Direction de l’éclairage public depuis sa restauration en mai dernier), verra les éminentes personnalités représentées (le créateur de Guignol Laurent Mourguet, Antoine de Saint-Exupéry, les Frères Lumière, Tony Garnier, Louise Labbé...) tour à tour prendre vie tandis que les autres seront plongés dans l’obscurité. Non content de constituer une première pour la Fête des Lumières, ce projet sera aussi un hommage

Continuer à lire