Cinq expos à voir en février

Bons Plans | Cinq expositions gratuites à découvrir ce mois-ci dans les galeries lyonnaises, avec de la photographie, du dessin, de la peinture et même du "graffuturisme" !

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 6 février 2020

Fluorescences

La galerie Pallade accueille la toute première exposition personnelle de la jeune peintre Claire Vaudey. Et c'est une très belle découverte ! Ses intérieurs imaginaires à la gouache, vides de toute présence humaine mais chargés d'éléments divers (fleurs, tissus, boîtes, bâtons...), vibrent de couleurs osées (des roses et des verts comme on en voit rarement) et fluorescentes. L'artiste y joue de subtils glissements entre le vivant et le décoratif, l'abstraction et le réalisme, la platitude et la profondeur, le rythme plastique et la musique, la peinture et ses doubles...

Claire Vaudey
À la Galerie Anne-Marie et Roland Pallade ​jusqu'au 7 mars


Souffle

On retient son souffle à la galerie Besson qui consacre à ce thème une exposition collective réunissant une quinzaine d'artistes. Un souffle qui peut être celui d'une brise marine dans les photographies de Gilles Verneret, le trajet léger de nuages ou de fumées dans les images de Julien Guinand, un mouvement érotique féminin peint par Jacques Migayrou...

Le souffle
À la Galerie Françoise Besson ​jusqu'au 31 mars


Graffuturisme

Spacejunk consacre une rétrospective à l'artiste californien Augustine Kofie. Venu de l'univers du skate et du graffiti, Augustine Kofie est très attentif aussi bien à l'architecture qu'au futurisme (mouvement italien fasciné par la révolution industrielle et le rendu de la vitesse et du mouvement), au point qu'on parle à son propos de graffuturisme. Ses œuvres abstraites proposent de véritables mondes en soi dotés de vitesses et de dimensions plurielles.

Augustine Kofie
À Spacejunk ​jusqu'au 14 mars


Grèce

Photographe documentariste, Sophie Knittel présente à Lyon une série d'images sur la Grèce, entremêlant la mémoire antique et l'actualité du pays. Elle relie la sculpture antique à des portraits figés d'individus placés dans des lieux improbables (une piscine vide, une station service abandonnée...), des ruines anciennes aux ruines contemporaines, les temps de la mythologie à ceux de la crise économique. Un travail singulier et contemplatif qui retient le regard.

Sophie Knittel
À L'Abat-jour ​jusqu'au 28 mars


Dessins

La Galerie et atelier d'encadrement Autour de l'Image propose un focus sur l'univers graphique de l'artiste lyonnais Marc LEOnard. Ancien monteur au cinéma, l'artiste a gardé de ce métier le goût du choc des images en utilisant par exemple le collage, quand il ne gratte pas ses surfaces ou ne les recouvre de techniques variées... Allant ainsi de l'épure quasi géométrique aux œuvres les plus organiques et expressionnistes.

Marc LEOnard, Les mille saisons
À la Galerie Autour de l'Image ​du 8 février au 7 mars

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Cinq expos à voir en mars

Bons Plans | Utopies, expériences sonores, souffles peints, voyages photographiques : sous le signe de la diversité des sens, voici cinq bonnes expos à découvrir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2020

Cinq expos à voir en mars

Retour vers le futur Fabien Giraud et Raphaël Siboni présentent à l'IAC une exposition protéiforme des plus étranges. On y déambule parmi des objets recouverts de sel, des flaques d'eau, des projections de films durant vingt-quatre heures, des fragments de masques, des tubes métalliques qui tournent sur eux-mêmes, des immortels dormant sur le sol du musée... Il y est question de la naissance d'un enfant virtuel, de subversion du capitalisme, de nouvelles formes d'échange, et d'un laps de temps utopique s'étirant de 1894 à 7231 ! Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Infantia À l'Institut d'Art Contemporain jusqu'au dimanche 3 mai Origines du monde Pendant huit ans, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a parcouru les endroits les plus reculés et les plus préservés de la planète, dont il présente à La Sucrière

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La Grèce, éternelle et plurielle

Photographie | La Chute d'Attica de la photographe Sophie Knittel nous emmène en Grèce, en entremêlant les temps et en dispersant le regard sur nombre de ses aspects contemplatifs.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 janvier 2020

La Grèce, éternelle et plurielle

Mélange des temps antiques et contemporains, mélange de l'art et de la réalité, croisement des mémoires... L'exposition photographique de Sophie Knittel jette un singulier regard sur la Grèce, « berceau de la civilisation européenne et de la démocratie, qui s’effondre lentement. Son économie et les mesures d’austérité demandées par l’Union Européenne la pousse au bord du gouffre. Elle accueille aussi, généreuse et digne, une grande partie de la vague migratoire des trois dernières années. Le pays sombre, les enfants de ces dieux de la mythologie s’éteignent » selon les mots de l'artiste. Ses images, entre mélancolie et dignité, semblent vouloir suspendre le temps, appeler le spectateur à la réflexion autant qu'à la contemplation, en jouant de surprenants rapprochements entre la statuaire grecque antique et les postures sculpturales des individus dont elle fait le portrait, entre la sculpture et certains objets ou véhicules d'aujourd'hui recouverts de bâches blanches, entre les ruines du passé et celles d'une modernité grevée par la crise économique...

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Street Smart

street art | La galerie Spacejunk réunit de grands noms du street art explorant les arcanes de l'abstraction picturale. Ce qui s'y gagne en virtuosité, s'y perd cependant un peu en singularité.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 juin 2018

Street Smart

Dans les années 1920, Claude Monet "taguait" les murs de l'Orangerie à Paris, de ses vingt-deux panneaux des Nymphéas. Les critiques n'y ont vu alors qu'une « affligeante monotonie » et « une grave erreur artistique ». Trente ans plus tard, le dernier Monet est redécouvert et influence notamment fortement l'art abstrait américain (Impressionnisme abstrait, Abstraction gestuelle...), et des artistes tels que Mark Rothko, Mark Tobey, Joan Mitchell, Philip Guston, Jackson Pollock... Une superbe, et par ailleurs très sobre, exposition est consacrée (jusqu'au 20 août au Musée de l'Orangerie) à cet héritage artistique. On y perçoit clairement comment les artistes américains ont pu emprunter concrètement à l'approche de Monet, et comment, surtout, ils s'en sont décalés pour aller ailleurs, suivre leurs propres cheminements plastiques : l'expression d'affects et de forces intérieures notamment, prenant le pas sur toute idée de figuration ou de rendu de la réalité extérieure. Fascinante libération. La propriété c'est l'envol L'exposition de la galerie Spacejunk,

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Patrick Picot : « Je préfère parler d’une évolution plutôt que d’une révolution » 

École Bloo | En février dernier, les fondateurs de l’école lyonnaise de photographie Bloo en confiaient la direction à Patrick Picot. Le voici aux commandes, prêt à fixer de nouveaux objectifs.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Patrick Picot : « Je préfère parler d’une évolution plutôt que d’une révolution » 

Changement de direction pour Bloo, l’école de photographie et d’image contemporaine fondée en 2009 par Gilles Verneret et Julien Guinand. L’ancien pédagogue de projets d’arts appliqués Patrick Picot a repris la barre. Son ambition : transmettre. Parce qu’après tout, comme dirait Serge Daney (l’une de ses références) « l’image est ce qui naît d’une rencontre avec l’autre ». Ici plus particulièrement, d’une rencontre avec une équipe d’intervenants, de photographes, prêts à guider les élèves sur le chemin de la vie professionnelle, mais pas seulement. La formation initiale du bachelor européen, en deux ans, ne change pas. Patrick Picot préfère « parler d’une évolution plutôt que d’une révolution », mais il faut quand même avouer que l’école ose une sacrée mutation en abordant désormais la photo culinaire. Une première pour une école de photographie : normal que ce soit la ville des frères Lumière et de Paul Bocuse qui célèbre cette union. D’autres secteurs seront également explorés : « nous resterons dans la tradition, notamment avec les photos argentiques, mais il s’agira

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Dans le presque, le parfait

ARTS | Artiste sobre, précis et talentueux, le photographe lyonnais Julien Guinand publie une très belle monographie et expose des images récentes au Bleu du Ciel. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 février 2012

Dans le presque, le parfait

«Je n'éprouve pas d'intérêt à accumuler les prises de vue et je crois que je n'ai pas de fascination particulière pour l'image en générale... Je procède par soustraction et il m'arrive de ne garder, parfois à mon grand désespoir, à peine plus de deux ou trois photographies par an», déclare Julien Guinand dans sa belle monographie publiée aux éditions Deux cent cinq. Au sein même de chacune de ses images, il y a aussi soustraction, un «moins 1» qui ouvre discrètement une brèche, déchire la totalité, fêle l'insupportable fascination... Des lévriers effilés pris de profil sur un champ de course ont des attitudes à la fois fières et burlesques, de grandes nappes blanches accrochées à un étendage dans une cour pourraient constituer une œuvre d'art minimaliste parfaite n'était ce sac plastique boursouflé au pied d'un buisson en arrière plan... Il y a toujours un accroc prosaïque, un «punctum», un accident qui empêche l'image de s'enrouler sur elle-même, dans le narcissisme forclos de sa propre beauté miroitante... Splash Atteindre ainsi à une quasi perfection formelle et zen (philosophie très influente sur le photographe) tout en laissant soudain et comme pa

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Le temps de la photo

ARTS | Expos / Belle exposition à la Bibliothèque de la Part-Dieu où quatre photographes du Réverbère présentent des travaux récents. Parmi eux : Julien Guinand ou le temps suspendu, et Arielle Bonzon ou le temps accéléré, urgent. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Le temps de la photo

Certains s'y emploient avec des tomates, Julien Guinand, lui, réalise des concentrés de temps. Cela s'appelle aussi des photographies, même si la peinture hante ses images. Temps concassé, broyé à la manière de pigments, puis lissé en lumières étales tirant vers le gris et en couleurs mates comme celles du silence. Suspens, stase, apnée. En une dizaine de grands formats, Guinand aimante notre regard sur des choses qui a priori ne nous passionnent guère : un moteur de voiture sur une chaîne de montage, des tireurs à la carabine dans leur stand, un poulain anesthésié couché dans un renfoncement sombre... Mais la densité de ses images anesthésie justement le regard, envoûte, méduse. Du lierre envahit un coin de forêt et ce paysage devient un monochrome vert enveloppant, un espace fantomatique où l'on prend plaisir à se perdre. Même si la mort rôde parmi les feuillages, tout comme elle rôde dans les autres photographies où le temps, en quelque sorte, meurt (temps mort disent les sportifs). Le poulain s'endort. Les tireurs s'évadent dans un lieu mental dont ils détiennent seuls le secret. La mort ou le vide aiguisent ici la vie, la sculptent, la mettent sous tension, la pétrifient et

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