Fondus au monde

Photographie | Le Réverbère réunit quatre photographes qui ont le voyage dans le sang de leur création : Thomas Chable, Serge Clément, Jacques Damez et Bernard Plossu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2020

Photo : © Bernard Plossu,


Il est cinq heures du matin à New York, à Dakar, Mumbai, Istanbul, Bangkok... Aux pays des ombres, la vie doucement s'éveille : au pied d'un pont, en bordure de plage, à l'intérieur d'une voiture, ou au reflet d'une vitrine... Et, dans cette montée timide de la lumière, le photographe canadien Serge Clément capte le lent remuement de silhouettes sombres à l'orée du jour. L'accrochage, au Réverbère, de ses images prises aux quatre coins du monde, toujours à la même heure, nous saisit par sa dominante de noirs, cette sorte de brume sombre et flottante d'humanité, parmi laquelle, peu à peu, les images comme les corps se dessinent, se précisent. Ce fondu des formes, cet entre-deux du flou et du réel nous renvoie à l'image d'un autre photographe, Bernard Plossu, métamorphosant un car touristique à Rome en présence fantomatique. Comme si chez l'un et chez l'autre de ces photographes voyageurs, les images étaient d'abord un souffle, une trame onirique, une buée...

Image-mouvement

Deux autres globe-trotteurs, Thomas Chable et Jacques Damez, complètent ce quatuor de photographes réunis au Réverbère, parce que l'errance et le déplacement sont inhérents à leur travail artistique. De l'Éthiopie, Thomas Chable restitue surtout des atmosphères, des ambiances intimes d'intérieurs, et quelques compositions poétiques et abstraites à partir de trois tabourets ou d'une simple planche posée contre un mur et de ses ombres... En Gaspésie, Jacques Damez s'est laissé, lui, guider par ses perceptions intuitives, les hasards sensoriels des contrées rencontrées, cherchant souvent à échapper aux codes habituels de composition des paysages. Et la confusion visuelle initiale, dont s'emparaient à l'origine de leurs images Bernard Plossu et Serge Clément, constitue davantage pour Jacques Damez un horizon, un destin des images. C'est au bout d'une voie ferrée, à l'horizon de l'océan, que les formes et les éléments vont se dissoudre et s'abstraire.

Globe-trotteurs
Au Réverbère jusqu'au jeudi 30 avril


Thomas Chable + Serge Clément + Jacques Damez + Bernard Plossu

"Globe-trotteurs". Photographie
Galerie Le Réverbère 38 rue Burdeau Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cinq expos à voir cet été à Lyon

Bons Plans | Picasso en tête, les musées et les galeries proposent cet été nombre de belles expositions. Nous en avons sélectionné cinq, mais la liste est loin d'être exhaustive !

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 15 juillet 2020

Cinq expos à voir cet été à Lyon

De la nature, au Musée Dini Piochant dans ses collections modernes et contemporaines, le Musée Dini présente une exposition autour du thème, tout simple et vaste, de la nature : avec des plages fantomatiques signées Marc Desgrandchamps, une nature morte de Antoine Vollon, des paysages recomposés par Jérémy Liron… Et d’autres œuvres de Auguste Morisot, Jacques Truphémus, Marie-Anita Gaube…. Au Musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône jusqu’au dimanche 20 septembre Picasso, l'expo événément Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant, l'exposition du Musée des Beaux-Arts parcourt toutes les grandes étapes de la carrière de l'artiste : cubisme, néo-classicisme, surréalisme, primitivis

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Cinq expos à voir en mars

Bons Plans | Utopies, expériences sonores, souffles peints, voyages photographiques : sous le signe de la diversité des sens, voici cinq bonnes expos à découvrir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2020

Cinq expos à voir en mars

Retour vers le futur Fabien Giraud et Raphaël Siboni présentent à l'IAC une exposition protéiforme des plus étranges. On y déambule parmi des objets recouverts de sel, des flaques d'eau, des projections de films durant vingt-quatre heures, des fragments de masques, des tubes métalliques qui tournent sur eux-mêmes, des immortels dormant sur le sol du musée... Il y est question de la naissance d'un enfant virtuel, de subversion du capitalisme, de nouvelles formes d'échange, et d'un laps de temps utopique s'étirant de 1894 à 7231 ! Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Infantia À l'Institut d'Art Contemporain jusqu'au dimanche 3 mai Origines du monde Pendant huit ans, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a parcouru les endroits les plus reculés et les plus préservés de la planète, dont il présente à La Sucrière

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Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Décoration | Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Samedi 9 novembre 2019

Catherine Dérioz nommée Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

Cela fait rien moins que trente-huit ans que Catherine Dérioz (et son complice et compagnon le photographe Jacques Damez) défendent dans leur galerie Le Réverbère à Lyon une photographie exigeante et de grande qualité (William Klein, Denis Roche, Bernard Plossu et beaucoup d’autres artistes). Catherine Dérioz a été nommée, le 16 septembre dernier, par le Ministère de la Culture, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une reconnaissance qui fait chaud au cœur à l’intéressée et aux amateurs de création photographique !

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Éclairs de lucidité au Reverbère

Photographie | Serge Clément, Baudoin Lotin, Julien Magre et Bernard Plossu présentent au Réverbère leurs éclats photographiques, visions fugaces ou fulgurantes de leurs rencontres avec le réel.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 février 2019

Éclairs de lucidité au Reverbère

En exposant quatre photographes aux styles différents (Serge Clément, Baudoin Lotin, Julien Magre et Bernard Plossu), aux formats allant de la quasi miniature au grand format, et utilisant aussi bien le noir et blanc que la couleur, Le Réverbère s'est donné beaucoup de liberté pour son nouvel accrochage. L'improvisation, le jazz, la poésie sont d'ailleurs convoqués dans le texte accompagnant l'exposition. D'une plume lyrique, Jacques Damez écrit encore que ces quatre photographes « font se confronter les plans, les surfaces, les valeurs, les couleurs, les miroitements, les échos, les contrastes, le temps et la lumière pour, dans l’éclair de leurs états d’âme, foudroyer leur sujet. Ils mettent à vif le réel, ils ne lui laissent pas d’échappatoire. » Ce serait donc à force de volonté d'approcher, au plus près, de la peau du "réel", que ces quatre artistes trouveraient leur univers poétique et formel, parfois jusqu'à l'abstraction (le Canadien Serge Clément et ses jeux de reflets, de résonances et de doubles, notamment). Espaces transitionnels On découvre ainsi le rée

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Les 5 expos à voir cet été

ARTS | Non, tout ne ferme pas au 1er juillet : les galeries sont encore actives, et les musées vous accueillent durant toutes les vacances. Voici nos cinq expos à voir cet été, que vous soyez adeptes de photographie, d'art contemporain ou de visite pour toute la famille.

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 2 juillet 2017

Les 5 expos à voir cet été

1/ Lumière ! Le cinéma inventé au Musée des Confluences jusqu'au 25 février 2018 Inventeurs hors du commun (ils ont cosigné à peu près 240 brevets !), Auguste et Louis Lumière ont non seulement mis au point le cinématographe, mais aussi l'autochrome couleur, le photorama, les prémices du cinéma en relief... L'exposition du Musée des Confluences retrace, à travers une très agréable scénographie, cette saga de l'image en mouvement, qui est aussi une saga collective, familiale, industrielle et lyonnaise. 2/ Maria Loboda et Charwei Tsai à l'Institut d'Art Contemporain à Villeurbanne jusqu'au 13 août L'IAC ouvre ses espaces à deux artistes dont l'univers poétique et esthétique est aussi un univers fort énigmatique. La polonaise Maria Loboda propose un parcours entre architecture et archéologie imaginaires ; et la taïwanaise Charwei Tsai des vidéos, des aquarelles et des installations fl

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5 œuvres, 5 expos à (re)voir

ARTS | Cinq œuvres à voir ou à revoir cet été à Lyon ou à proximité, dans des galeries ou des musées. Cinq œuvres ouvrant à cinq très belles expositions à ne pas rater. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 juillet 2015

5 œuvres, 5 expos à (re)voir

Patrice Giorda – Les deux chemins, 2e version, La Promenade N°5, 1986 Le peintre lyonnais Patrice Giorda (né en 1952) se réclame lui-même de l'expressionnisme du nord de l'Europe que l'on retrouve beaucoup dans ce tableau. Une œuvre qui, comme toutes les autres, se propose comme un «espace de méditation», simple et solitaire, une croisée des chemins qui est aussi un travail précis sur les lumières et la couleur. Patrice Giorda Au Plateau jusqu'au 25 juillet

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Serge Clément : «Je trouvais dans la ville une possibilité d'absence»

ARTS | A l'occasion de sa très belle exposition au Réverbère, le photographe canadien Serge Clément revient avec nous sur son parcours, ses partis pris esthétiques et sa passion pour la ville comme espace fantasmatique de diffraction du réel. Propos recueillis par Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 mai 2015

Serge Clément : «Je trouvais dans la ville une possibilité d'absence»

Vous présentez au Réverbère une trentaine de photographies qui couvrent l'ensemble de votre parcours depuis quarante ans. Est-ce une rétrospective ? Quelle est la nature de cet ensemble ? Serge Clément : Non, ce n'est pas une rétrospective mais une sélection d'images pour la plupart inédites, dont beaucoup étaient tombées dans l'oubli, y compris pour moi-même ! Á l'occasion de divers projets, je me suis plongé dans un corpus d'images récentes et anciennes, des années 1970 à aujourd'hui, et j'ai découvert, avec surprise, bien des correspondances et des liens entre mon travail actuel et les images de mes débuts. Je pense par exemple à une photographie de 1976, présentée au Studiolo [annexe de la galerie du Réverbère, NdlR], montrant un vendeur ambulant de marrons à New York et, derrière lui, un mur de granit qui reflète toute une scène de rue avec des piétons, des voitures, etc. Tout cela, c'est déjà, pour moi, une "image de Serge Clément" qui s'intéresse aux surfaces réfléchissantes, aux textures, à l'entremêlement ambigu entre le réel et son double, le réel et son reflet... Bien sûr, aujourd'

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Levées de rideaux

ARTS | Si une image peut en cacher une autre, elle peut aussi disparaître ou muter. De rideaux contemporains en œuvres déliquescentes et jusqu'aux expériences hybrides de l'Asie du Sud-est, l'année 2015 s'annonce plastiquement ouverte et surprenante. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 janvier 2015

Levées de rideaux

Curieuse année qui s'annonce, avec des thématiques qui pourraient sembler caduques ou oubliées. La prochaine Biennale d'art contemporain (à partir du 10 septembre), par exemple, ouvre un cycle de trois éditions consacrées au terme... "moderne" ! Alors que l'on se pensait au moins post-post-modernes, Thierry Raspail parie sur ce concept pour dire le contemporain et invite le britannique Ralph Rugoff à plancher sur cette problématique. Plus surprenant encore, l'Institut d'Art Contemporain invite l'historienne d'art Marie de Brugerolle pour une exposition collective sur le thème du rideau (du 6 février au 3 mai) ! Une fois passée l'idée désuète du rideau peint de théâtre, on attend beaucoup de cet événement qui invitera sans doute à passer derrière le miroir, à réfléchir sur la notion essentielle de seuil, d'écran, de suspens, etc. Et ce "à travers" les œuvres de Marc Desgrandchamps, Felix Gonzales-Torres, Urs Lütti, Gustav Metzger, Steven Parrino... En résonnance à cette exposition, on signalera celle du photographe canadien Serge Clément au Réverbère (mai-juillet), qui joue avec le "rideau" des surfaces miroitantes (vitri

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Nus comme des vers

ARTS | Le photographe lyonnais Jacques Damez présente au Réverbère la suite récente de son travail sur le nu féminin, ainsi que d'autres séries d'images. Une œuvre qui fait de la photographie tout à la fois un acte de réflexion, un acte d'émotion et un acte poétique. Propos recueillis par Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 octobre 2014

Nus comme des vers

Comment est née la série Tombée des nues... ?Jacques Damez : Le nom du projet et les premières photographies datent de 1991. Il est né d'une réflexion plus ancienne encore avec les séries Contraintes par corps et La 25e heure, où je m'interrogeais sur l'autoportrait, "l'autocorps", l'auto-réflexion... C'est aussi un questionnement sur ce phénomène essentiel : je ne comprends le monde qu'à travers mon espace physique, cet espace imposé avec lequel il me faut composer... Après tous ces cercles concentriques autour de mon propre corps, j'ai voulu me confronter au corps de l'autre et à cette question encore plus complexe, celle du nu qui excède celle du corps. Avec Tombée des nues..., je m'interroge sur la peau, sa surface, son abstraction, ses évocations... Comment se déroulent les prises de vue ?Dès le départ, j'ai pris la décision de ne pas "piloter" mes modèles. Je ne demande ni attitude ni pose. C'est l'une des raisons pour lesquelles la série continue : chaque sujet agit différemment avec son corps selon son histoire, selo

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Œuvres à expérimenter

ARTS | «Vous pouvez, si vous le désirez, regarder, écouter, prendre conscience de vos sensations et de ce que ces œuvres évoquent pour vous» lit-on à l'entrée de la (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 septembre 2014

Œuvres à expérimenter

«Vous pouvez, si vous le désirez, regarder, écouter, prendre conscience de vos sensations et de ce que ces œuvres évoquent pour vous» lit-on à l'entrée de la nouvelle exposition de l'Institut d'Art Contemporain. Cette invitation nous semble presque étrange, tant elle est pour nous habituelle et très souvent défendue dans ces colonnes. Reste que, pour beaucoup, l'art contemporain est une sorte de discours à décrypter, imposant un fastidieux travail à la Champollion. Saluons donc cette idée de l'IAC de mettre en avant la relation intime entre le visiteur et quelques-unes des œuvres de ses importantes collections, ici présentées par thématiques, par médiums ou bien par salles monographiques. Parmi ces dernières, on a pris particulièrement plaisir à (re)découvrir les œuvres poétiques de l'Italienne Liliana Moro ou les dessins en spirales dans l’espace de Michel François. La photographie est aussi très présente  avec de belles et étranges images signées Patrick Faigenbaum ou Jacques Damez, des travaux sur l'identité de Cindy Sherman ou sur la perception du corps de John Coplans...

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Le corps dans tous ses états

ARTS | Des images du corps au corps des images, les expositions de la rentrée font vaciller, danser, se métamorphoser la figure humaine. Et certains artistes, comme Céline Duval ou Erro, vont jusqu'à insuffler une seconde vie aux images elles-mêmes... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 septembre 2014

Le corps dans tous ses états

En Avignon, dans une prison désaffectée, des œuvres d'art contemporain ont remplacé les corps dans les cellules et les couloirs (dans le cadre de l'exposition La Disparition des lucioles, jusqu'au 25 novembre). En 2010, au Musée d'art moderne de New York, Marina Abramovic est restée trois mois assise, silencieuse, face au public (le film sur Abramovic The Artist Is Present est projeté au Comoedia, ce dimanche 21 septembre à 11h15). Le corps d'Abramovic remplace cette fois-ci l’œuvre d'art. Comme si, dans ces deux exemples, l’œuvre et le corps étaient interchangeables, la première ne représentant pas seulement l'autre, mais l'un valant l'autre, l'un allant, à la limite, jusqu'à se confondre avec l'autre. On ne vous apprendra certainement pas grand chose en soulignant ici les liens serrés et essentiels entre le corps humain et l'œuvre d'art, mais cette proximité connue vaut la peine d'être rappelée à l'heure lyonnaise où la Biennale de la danse suit le fil de la performance, et où nombre d'expositions de la rentrée auront pour enjeu, d'une manière ou d'une autre, le corps. Le jeune arti

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Bernard Plossu ou la photo vagabonde

ARTS | A l'occasion de deux expositions de Bernard Plossu à Lyon, évoquons ici son univers photographique de manière impressionniste : en des bribes de poésie, de biographie et de théorie mêlées. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 février 2014

Bernard Plossu ou la photo vagabonde

Il est "10 : 10" sur l'autoroute. A travers un pare-brise invisible, le photographe Bernard Plossu a saisi cette symétrie temporelle sur le grand panneau d'information des réseaux routiers. On nous a beaucoup rebattu les oreilles (et les yeux) avec «l'instant décisif» de Cartier-Bresson, avec cette photographie censée être liée par essence à un laps de temps plein de signification ou de cocasserie. Ce n'est nullement inintéressant, mais réducteur. Sur cette image d'autoroute, exposée à l'ENS Lettres, la mesure du temps, quasi-absurde, est enveloppée de brouillard, de silence et de vide. La trop rationnelle et raide ligne droite de la chronologie se dérègle soudain parmi l'épaisseur et l'incertitude brumeuses de l'espace. Le temps météorologique, circulaire, cosmologique a eu raison du temps linéaire, calculé, rassurant. Aussi bien, l'abstraction vaporeuse y engloutit la figuration et le réalisme précis que l'on croyait si naturels au médium photographique. «Homme approximatif ou magnifique ou misérable / Dans le brouillard des chastes âges / Habitation à bon marché les yeux ambassadeurs de feu / Que chacun interroge et soigne dans la four

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Sur la route des expos

ARTS | Qu'ils voyagent dans des espaces fictifs ou réels, les (bons) artistes opèrent toujours chez nous un déplacement du regard. Petite sélection, non exhaustive, des expositions attendues en ce début d'année 2014. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 2 janvier 2014

Sur la route des expos

Après avoir accueilli une partie de la Biennale, le Musée d'art contemporain semble vouloir décompresser avec la curieuse et vrombissante exposition Motopoétique (du 21 février au 20 avril). Soit 200 œuvres signées par 38 artistes (BP, Alain Bublex, Ange Leccia, Xavier Veilhan...) et réunies par le critique d'art Paul Ardenne (auteur notamment du très intéressant Art, l'âge contemporain), toutes en rapport avec... la moto ! Les non bikers auront quelques doutes sur l'intérêt de ladite thématique, mais Paul Ardenne nous assure percevoir et ressentir la moto comme «un outil essentiel mis au service d'un sensualisme total». «La moto condense tout à la fois le mécanique, le viscéral, l'animal, le brut» et le critique fonceur n'hésite pas à y voir jusqu'à un «objet transitionnel» en citant le psychanalyste Winnicott ! A moto, en auto ou en bus, le photographe Bernard Plossu a depuis longtemps fait de l'errance une ligne à la fois éthique et esthétique. Après ses voyages au Mexique ou aux Etats-Unis, il présentera au Réverbère (du 18 janvier au 12 avril) des photographies glanées au Portugal et en G

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Collection 2013/2014

ARTS | Dix expositions à ne pas rater cette saison. Où l'on apprendra que les artistes figent l'eau de la Saône, passent le permis moto, trompent l'oeil parmi des friches, lisent Virginia Woolf, retournent angoissés en enfance ou bien encore résument en quelques images toute (ou presque) la philosophie de Peter Sloterdijk ! Jean-Emmanuel Denave

Benjamin Mialot | Lundi 16 septembre 2013

Collection 2013/2014

Anna et Bernhard Blume Les époux Anna et Bernhard Blume ont l'air de bien s'amuser chez eux. Ils se mettent en scène et se photographient dans des perspectives baroques, avec des objets ou de la nourriture qui voltigent, des regards hallucinés, des corps presque contorsionnés... Au-delà de cet aspect comique, les deux photographes interrogent autant qu'ils se réfèrent à l'abstraction géométrique, au Bauhaus et à la grande histoire de la photographie.   Au Centre d'Arts Plastiques de Saint-Fons, jusqu'au 31 octobre   Myriam Mechita Née en 1974, vivant à Berlin, Myriam Mechita surprend par l'hétérogénéité des moyens plastiques qu'elle emploie, autant que par la diversité des formes qu'elle déploie. On verra à l'URDLA de grands dessins inte

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D’Iran en vélo jusqu’en Éthiopie, en une nuit

ARTS | Après celle des musées, voici la nuit des galeries lyonnaises… Seize lieux d’expositions, concentrés géographiquement sur la Presqu’île et ses abords immédiats, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 31 mai 2012

D’Iran en vélo jusqu’en Éthiopie, en une nuit

Après celle des musées, voici la nuit des galeries lyonnaises… Seize lieux d’expositions, concentrés géographiquement sur la Presqu’île et ses abords immédiats, ouvrent leurs portes mercredi 6 juin jusqu’à 22 heures. L’occasion pour les amateurs d’images fixes, par exemple, de découvrir trois photographes contemporains iraniens (à la Galerie Regard Sud), rarement présentés à Lyon, ou les images faites de sensations et d’intuitions fulgurantes du Belge Thomas Chable lors de voyages en Éthiopie (Galerie Le Réverbère). Du côté de la peinture, on vous conseillera les expositions de deux Lyonnais : le viscéral Jean-Pierre Ruel (Galerie Riou) avec ses personnages enserrés dans les entrailles d’animaux, ou les toiles à la fois très abstraites et très organiques de Guillaume Treppoz (Galerie Henri Chartier). Et pour se détendre un peu, un autre plasticien lyonnais, Laurent Perbos, dont les sculptures minimalistes mêlent l’univers du cyclisme à celui du très rigoureux Piet Mondrian (Galerie Artaé, jusqu’à 22h30) ! Informations et programmation complète auprès de la galerie Chartier : 04 7

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Photo-sensible

ARTS | Le Réverbère réunit deux photographes aux styles très contrastés, mais qui partagent le même goût pour la beauté et l'approche simple et humble de la réalité. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 4 mai 2012

Photo-sensible

Le choix de l'accrochage était risqué : confronter dans les mêmes espaces les images noir et blanc du baroudeur belge Thomas Chable et celles en couleur et rigoureuses de Pierre Canaguier. Le premier prend ses photographies à l'intuition, use du flou et de la surexposition, partage une très grande proximité avec ses sujets et trouve son expression dans la pulsion, la sensation, l'effluve des peaux et des lieux... Le second est beaucoup plus posé, compose des paysages ou des vues dénuées de toute présence humaine directe, rythme ses photographies avec des lignes précises, des formes géométriques... Et ce parfois jusque vers l'abstraction comme dans ce quasi monochrome qui donne son titre à son exposition (Juste un avion dans le ciel) où l'on perçoit à peine le minuscule point blanc d'un avion traversant une surface bleue. Ou comme ces herbes fluorescentes cadrées serrées, ce triangle de neige pris entre deux pans de forêt, ce petit losange d'écume surfant entre deux plis d'une mer vaguement agitée. Par le passé, l'artiste s'était montré ô combien plus méticuleux encore, réalisant des photographies en noir et blanc aux lignes, signes, angles, plans complexes et u

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Le Réverbère sort ses réserves

ARTS | La galerie photo Le Réverbère réunit six de ses artistes pour une exposition consacrée à des œuvres récentes, décalées ou rarement montrées. Simple et efficace. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 26 janvier 2012

Le Réverbère sort ses réserves

Au rez-de-chaussée du Réverbère règne un certain esprit de liberté et de simplicité. La Lyonnaise Arièle Bonzon nous accueille avec des vues de désert, dont un très bel arbre esseulé dépliant ses rameaux au-dessus d'une dune... Un peu plus loin, Lionel Fourneaux associe librement des dessins enfantins (griboullis, oiseaux, empreinte de main...) à des photographies. Un procédé déjà souvent utilisé mais qui, là encore, révèle tout son potentiel de décalage et de poésie. «Ces dialogues obéissent à une seule loi, celle de l’attraction personnelle, elles ne s’imposent donc à personne, mais peuvent toucher ceux qui n’ont pas oublié cette dimension du jeu et du plaisir propre aux premières années de la vie. La proximité de mes enfants, leurs sentiments mêlés au spectacle de la bizarrerie du monde m’aident à recouvrer cet état d’innocence, de fraîcheur – disons cela – et de rêverie volontiers naïve, mais verticale qui m’autorisent à fabriquer ces images métisses» écrit le photographe. À ses côtés, Jean-Claude Palisse poursuit son tr

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Chroniques d'un chantier

ARTS | Le projet urbain Lyon Confluence est l'un des plus importants depuis belle lurette à Lyon et ne pouvait au départ qu'être excitant... Concrètement, un grand (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 4 janvier 2012

Chroniques d'un chantier

Le projet urbain Lyon Confluence est l'un des plus importants depuis belle lurette à Lyon et ne pouvait au départ qu'être excitant... Concrètement, un grand nombre de bâtiments ont vu le jour signés souvent par des architectes prestigieux. Et là, intuitivement et d'un strict point de vue esthétique, on ne peut que déchanter, tant les architectures semblent ne pas tenir compte les unes des autres, et tant certaines semblent déjà prématurément vieillies et un peu lourdes (le fameux "cube orange" se présentant comme un grand tissu déchiré un peu grunge de Jakob et MacFarlane). Il suffit de descendre au terminus du tramway pour ressentir la pesanteur des lieux, pris que nous sommes alors dans l'étau menaçant et sinistre du prochain pôle de loisir à "tribord" et par l'énorme Conseil Régional signé Christian de Portzamparc à "bâbord"... Il n'y a plus qu'à espérer que les usagers, les habitants, les salariés des lieux s’approprieront ces mastodontes et insuffleront quelque vie au quartier... C'est l'objet du troisième volume du photographe (et galeriste) Jacques Damez et de l'écrivain François Salvaing consacré à La Confluence. Depuis 2006, Jacques Damez a e

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Bernard Plossu, Then and now, L'Ouest américain

ARTS | La poésie, l'errance, la liberté en photographie riment pour nous avec le nom de Bernard Plossu. Le Réverbère consacre à l'artiste une superbe exposition (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 11 novembre 2010

Bernard Plossu, Then and now, L'Ouest américain

La poésie, l'errance, la liberté en photographie riment pour nous avec le nom de Bernard Plossu. Le Réverbère consacre à l'artiste une superbe exposition (jusqu'au samedi 20 novembre), rassemblant une centaine d'images prises dans l'Ouest américain ou au Mexique de 1970 à 1985. La plupart sont des petits formats noir et blanc où l'on retrouve cette manière, si légère et touchante, d'appréhender les hasards de la vie, l'érotisme des femmes, l'incongruité d'un quartier urbain ou d'une bâtisse, la trivialité de la vie quotidienne, la beauté d'individus anonymes croisés l'instant d'un regard... On y découvre aussi un Bernard Plossu «paysagiste» et fasciné par le désert. Sur le sable ou le bitume, l'artiste poursuit sa route artistique singulière, pudique et émouvante.JED

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Éclats new-yorkais

ARTS | Le photographe canadien Serge Clément a passé six mois à parcourir New York, notamment ses quartiers méconnus encore marqués par l’architecture du début du XXe (...)

Dorotée Aznar | Mardi 25 mai 2010

Éclats new-yorkais

Le photographe canadien Serge Clément a passé six mois à parcourir New York, notamment ses quartiers méconnus encore marqués par l’architecture du début du XXe siècle. Il s’y est interrogé sur une ville en mutation, à l’unisson d’un «empire et d’une puissance économique qui s’effrite»... Mais ce qui s’effrite, se fragmente et se démultiplie ce sont surtout l’espace, les bâtiments, les lignes de la ville à la surface complexe de ses images noir et blanc. Comme dans ses travaux précédents, l’artiste capte à même “la peau“ de New York des images qui “existent déjà“, produites par des reflets sur des vitrines, des jeux de transparence, des ombres projetées... Avec un œil de sorcier géomètre, Serge Clément repère puis enregistre sans truquage des images où ce qui est devant et ce qui est derrière, dans le champ et hors champ, voisinent sur le même plan, ainsi que de multiples traces, tags, signes, présences fantomatiques... D’une image à l’autre, et au sein d’une même image, il orchestre des points de vue éclatés, comme en une suite de musique dodécaphonique. À ce mille feuilles spatial, l’artiste ajoute aussi tout un jeu sur les matières où le métal côtoie la toile, où le t

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Belle collec'

ARTS | Expo / Les galeristes Jacques Damez et Catherine Dérioz exposent leur collection personnelle au Réverbère. Un régal pour les amateurs de photographie. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 11 avril 2007

Belle collec'

«Notre collection personnelle n'est pas une simple accumulation d'œuvres et de signatures. Ce n'est pas non plus une succession de coups de cœur plus ou moins compulsifs et désordonnés, ni la conséquence de décisions trop raisonnées et sans appel, vouées à un seul courant de la photographie. C'est une quête sans cesse renouvelée de nouveaux temps, semeurs de trouble esthétiques et éthiques...», écrit Jacques Damez. Bien malin donc serait celui capable de déceler, au regard des très nombreuses images exposées, une quelconque ligne artistique dominante. Tout au plus remarque-t-on l'absence de photographies clinquantes ou à la mode, et un certain goût pour les images ouvrant dans leur propre «espace» d'autres cadres, d'autres fenêtres, d'autres surfaces réfléchissantes, d'autres abîmes optiques. La plupart des artistes font partie de la galerie, mais on découvrira aussi quelques grandes figures de l'histoire de la photographie (Raoul Haussmann, Bill Brandt), des compagnons de route (Bernard Plossu) ou d'anciens photographes de la galerie (Bernard Descamps). Troubler, bousculer le regard François Truffaut et Orson Welles, saisis en noir et blanc par Xavier Lambours, nous accueillent

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À même la peau

ARTS | Expo / Le photographe Jacques Damez plonge son objectif dans le corps nu et mystérieux des femmes. Une traversée à la fois charnelle et métaphysique. Jean-Emmanuel Denave

| Mercredi 13 juin 2007

À même la peau

Une femme nue accroupie entourant ses jambes pliées de ses bras, et dont on ne voit que le menton et la bouche entrouverte ; une autre, en face, dans la même pose mais plus estompée et floue... Un superbe paysage de peau flottant, indécis, entre lumière et obscurité. Un dos à la texture âpre et grisâtre, bosselé de muscles et de vertèbres, sans commencement ni fin... D'emblée, l'exposition de Jacques Damez éclate le regard aux quatre coins du corps féminin, le colle au plus près de la peau, de ses accidents et de ses innombrables textures. Regard désorienté, fragmenté, enveloppé, qui se perd parmi les noirs opaques ou les dégradés de gris et les chairs à l'heure du loup. Les formats des images noir et blanc varient sans cesse, de même que le grain et la qualité du papier. Il y a des seins ou des fesses qui semblent sortir du cadre, des parties confuses et d'autres d'une grande netteté et précision. On croit pouvoir se raccrocher à un ou deux visages, pensant y reconnaître le genre coutumier du portrait, mais la figure sociale ou psychologique s'efface ici au profit d'une face nue, silencieuse, évanescente.... «La tête baissée sur le viseur 6*6, les yeux fixés sur le dépoli, je p

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Le temps de la photo

ARTS | Expos / Belle exposition à la Bibliothèque de la Part-Dieu où quatre photographes du Réverbère présentent des travaux récents. Parmi eux : Julien Guinand ou le temps suspendu, et Arielle Bonzon ou le temps accéléré, urgent. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Le temps de la photo

Certains s'y emploient avec des tomates, Julien Guinand, lui, réalise des concentrés de temps. Cela s'appelle aussi des photographies, même si la peinture hante ses images. Temps concassé, broyé à la manière de pigments, puis lissé en lumières étales tirant vers le gris et en couleurs mates comme celles du silence. Suspens, stase, apnée. En une dizaine de grands formats, Guinand aimante notre regard sur des choses qui a priori ne nous passionnent guère : un moteur de voiture sur une chaîne de montage, des tireurs à la carabine dans leur stand, un poulain anesthésié couché dans un renfoncement sombre... Mais la densité de ses images anesthésie justement le regard, envoûte, méduse. Du lierre envahit un coin de forêt et ce paysage devient un monochrome vert enveloppant, un espace fantomatique où l'on prend plaisir à se perdre. Même si la mort rôde parmi les feuillages, tout comme elle rôde dans les autres photographies où le temps, en quelque sorte, meurt (temps mort disent les sportifs). Le poulain s'endort. Les tireurs s'évadent dans un lieu mental dont ils détiennent seuls le secret. La mort ou le vide aiguisent ici la vie, la sculptent, la mettent sous tension, la pétrifient et

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