Picasso, vamos a la playa

Musée des Beaux-Arts | L’exposition Picasso, baigneuses et baigneurs réunit quelque 150 dessins, sculptures et peintures de Picasso sur ce motif et… de nombreux autres artistes l’ayant influencé (Ingres, Cézanne, Manet, Degas...) ou ayant été influencés par lui (Francis Bacon, Niki de Saint Phalle…). Soit une double et passionnante traversée au fil de l’eau : de la modernité et de l’œuvre profuse de Picasso.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 8 juillet 2020

Photo : Pablo Picasso, Femme nue allongée sur la plage, Cannes - Mougins, 30 mai – 5 juin 1961. Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie, Museum Berggruen, MB 82/2000 © Succession Picasso 2020. Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Jens ZiehePablo Picasso, Joueurs de ballon sur la plage, Dinard, 15 août 1928.Paris, Musée national Picasso – Paris. © Succession Picasso 2020. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso - Paris) / René-Gabriel Ojéda


« Cela fait des années que je désirais faire une exposition autour de la Femme assise sur la plage de Picasso » s'enthousiasme Sylvie Ramond devant la presse. Un rêve qui se réalise presque idéalement en plein mois de juillet pour la directrice du musée et co-commissaire de Picasso. Baigneuses et baigneurs, avec Émilie Bouvard, ancienne conservatrice du Musée Picasso à Paris. Dans l'exposition, ce tableau de Picasso (voir notre encadré) côtoie deux autres baigneuses, peintes elles-aussi en février 1937, et très rarement réunies ensemble. Cette même année, Picasso s'attellera à la composition de... Guernica. Pour l'heure, en février, le peintre renoue avec son goût pour les baigneuses, dont les premières dataient de 1908, et les plus connues jusqu'alors étaient celles de la série dite des baigneuses de Dinard de 1928. À travers ce motif, comme Sylvie Ramond nous le rappelle, « Picasso voulait rivaliser avec ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...) ». Monstre de travail et génial inventeur de formes inédites, Picasso n'a en effet jamais cessé de regarder, d'engloutir et de digérer à ses propres fins les grands noms de l'histoire de l'art. Il n'a jamais cessé non plus de passer de longs moments sur les plages espagnoles ou françaises, en compagnie de ses différentes épouses, maîtresses et de ses amis. Comme en témoignent les très nombreuses photographies émaillant le parcours de l'exposition.

Modernités

Picasso, baigneuses et baigneurs s'ouvre sur une magnifique première salle Baigneuses et modernité qui, en quelques toiles, donne à voir à la fois l'importance pour les modernes de la fin du XIXe siècle du thème de la baignade, et sa mutation par rapport à la tradition. Avec Manet, Cézanne, Gauguin, Degas, les baigneuses et les baigneurs quittent les récits mythologiques (Vénus à la toilette, Diane au bain…) pour retrouver le sable et les rivages de la vie réelle. Baigneurs et baigneuses prosaïques donc et emblématiques d'un nouveau loisir prisé par la bourgeoisie de l'époque, le bain de mer. Ces scènes sont aussi autant d'occasions de bousculer les codes de la représentation picturale. En peignant sa femme et son frère sur une plage de Berck-sur-Mer en 1873, Manet flirte déjà avec l'abstraction avec un paysage réduit à trois bandes horizontales superposées (la plage, la mer, le ciel) et faisant s'évaporer tout effet de perspective. En peignant d'innombrables scènes de baignade (deux cents peut-être ?), Cézanne métamorphose ses figures humaines en corps d'eau, de pierre et de vent. Et fait résonner ensemble, quasiment à l'état pur, les « forces de la peinture » (rythmes, couleurs, composition plastique…) avec les « forces de la nature ».

Picasso dans tous ses états

En un parcours chronologique, l'exposition propose une traversée rafraîchissante de l'œuvre de Picasso à travers le motif de la baignade, enrichie de nombreux contre-points d'artistes modernes ayant influencé peu ou prou Picasso, et d'autres ayant été influencés par le maître andalou (Francis Bacon, le sculpteur David Smith, Niki de Saint Phalle, des artistes contemporains...).

Toutes les périodes et toutes les tendances ou presque de Picasso se retrouvent ici dans ses scènes de baignade : néo-classicisme, primitivisme, cubisme, surréalisme, bio-morphisme… Et cette variété de styles et d'expériences plastiques s'entremêle à une grande variété de sensations et d'émotions humaines : sur la plage, avec Picasso, on joue au ballon, on s'embrasse voracement, on se désagrège en osselets, on se pétrifie, on batifole autour de cabines de bain, on s'arrache littéralement les tripes, on s'isole dans la contemplation de ses pieds et se perd dans une bulle de mélancolie… La plage est pour Picasso une scène et une surface réduites à l'essentiel, où l'artiste se donne toutes les libertés formelles, et révèle bien des facettes de l'âme humaine.

Picasso. Baigneuses et baigneurs
Au Musée des Beaux-Arts du mercredi 15 juillet au dimanche 3 janvier 2021


Picasso. Baigneuses et baigneurs


Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
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Dix expos à cocher dans votre agenda

Bons Plans | Des grands noms avec Picasso ou Doisneau, des méconnus comme Edi Dubien, de l'Histoire et du vinyle, le graphiste du label 4AD ou encore les nouvelles expos du Musée des Confluences : on vous dévoile tout ce qui va se passer dans les mois à venir dans les galeries et musées.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2020

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Doisneau à Lyon Le plus célèbre des photographes français, Robert Doisneau (1912-1994), fait l’objet d’une exposition originale au Musée Jean Couty. À travers quatre-vingt dix images, on découvrira ses portraits d’artistes (Tinguely, Derain, Picasso…) et quelques ateliers d’artistes (Giacometti, César…). Une seconde section de l’exposition se penche sur une commande du magazine Vogue au photographe sur la cité lyonnaise à la sortie de la guerre en 1950. Images lyonnaises inédites présentées en parallèle avec des vues de Lyon peintes par Jean Couty. Robert Doisneau, Portraits d’artistes et vues de Lyon Au Musée Jean Couty du vendredi 16 octobre au dimanche 11 avril 2021 Picasso à la plage Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant,

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"Femme assise sur la plage", 1937, de Pablo Picasso

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Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 juillet 2020

C’est parfois sur la plage, là où tout devrait être clair et précis sous la lumière et dans le dénuement, que les choses paradoxalement peuvent se révéler complexes, confuses, en devenir… Rappelons-nous, par exemple, le meurtre commis par Meursault dans un éclat de soleil, dans L'Étranger de Camus, ou bien la baignade en mer de Thomas l’obscur (Maurice Blanchot) où dedans et dehors s’inversent sans cesse. Esseulée dans une clarté sans ombre ou presque, la Femme assise sur la plage (1937) de Picasso se gratte un pied. C’est aussi simple et trivial que cela. Mais, plus avant, est-ce vraiment une femme ou est-ce un monstre quasi extra-terrestre, est-elle de profil ou est-elle de face, est-elle débordante de chair et de vie ou figée dans la pierre et la mort, est-elle en deux ou en trois dimensions ? Est-elle un peu simplette concentrée sur sa tâche triviale ou plongée dans une profonde boucle mélancolique ? Avec Picasso ce type d’alternatives semble s’ouvrir sur un rap

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L'expo Picasso débutera le 15 juillet

Musée des Beaux-Arts | C'est officiel : l'exposition du Musée des Beaux-Arts consacrée à Pablo Picasso, autour du thème des baigneuses, ouvrira le mercredi 15 juillet au public et (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 11 juin 2020

L'expo Picasso débutera le 15 juillet

C'est officiel : l'exposition du Musée des Beaux-Arts consacrée à Pablo Picasso, autour du thème des baigneuses, ouvrira le mercredi 15 juillet au public et sera prolongée jusqu'au 3 janvier 2021. C'est l'une des expositions les plus attendues à Lyon. Selon le musée, il s'agit d'une « relecture du thème de la baigneuse dans l’œuvre de Picasso avec des contrepoints d’œuvres d’artistes du passé, comme Jean Auguste Dominique Ingres, Paul Cézanne, Auguste Renoir, qui ont influencé Picasso dans le traitement de ce sujet. D’autres artistes contemporains ou suiveurs de Picasso (Henry Moore, Francis Bacon) seront également présentés alors qu’ils se sont intéressés aux baigneuses picassiennes. » Bien entendu, la touchante Femme assise sur la place (1937) que détient le musée depuis le legs Delubac en 1997 sera présente aussi. C'est un tour de force réalisée par Sylvie Ramond la directrice car il a fallu négocier la prolongation du prêt d'œuvres circulant peu auprès des collectionneurs comme du Musée Picasso d

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Étude pour une corrida n°2 de Francis Bacon

L'œuvre de la semaine | La formidable influence de la littérature sur l’œuvre de Francis Bacon s'expose jusqu'en janvier au Centre Pompidou à Paris. Mais le peintre est aussi (...)

Sarah Fouassier | Mardi 1 octobre 2019

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La formidable influence de la littérature sur l’œuvre de Francis Bacon s'expose jusqu'en janvier au Centre Pompidou à Paris. Mais le peintre est aussi chez nous, au Musée des Beaux-Arts, par le biais de cette étonnante huile sur toile, Étude pour une corrida, n°2. En évoquant les corridas, il admet « en avoir vu trois ou quatre dans ma vie, mais quand tu en vois une, elle reste gravée dans ta mémoire pour toujours. » Dans cette fascination, se décèle aussi l'influence de Goya, de Velàzquez, de Picasso ou encore de son ami l'auteur Michel Leiris qui préfaça L'Âge d'homme par un texte intitulé De la littérature considérée comme une tauromachie. De ce texte, l'on entrevoit quelques mots qui ont pu lui suggérer de placer au cœur de cette ouverture composée d'une foule spectrale, un cercle noir sur fond rouge surmonté d'un rapace rappelant la symbolique nazie. Le théâtre de l'arène suggère la part violente de l'Histoire totalitaire en symbolisant une mise à mort difforme pour mieux révéler la monstruosité de l'humanité. Francis Bacon, Étude pour une corrida, n°2

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Les Expos à venir | Un mastodonte avec Picasso, une intéressante perspective autour du drapé, des locaux à Villefranche et des découvertes : voici ce qui va se passer dans nos musées cette saison.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

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Picasso voit triple Comme Monet, Van Gogh et quelques autres, Picasso est un artiste bankable depuis plusieurs années. Lyon et sa région n'échapperont pas à la règle, même si les musées font l'effort d'approcher le maître andalou sous des angles originaux. Nos voisins du Musée de Grenoble ouvrent la marche avec Picasso au cœur des ténèbres (1939-1945) en se focalisant sur le travail de Picasso pendant la guerre à Paris. Parallèlement, à La Sucrière à partir du 11 octobre, Imagine Picasso proposera une plus spectaculaire immersion, en images projetées de quelque deux-cents œuvres de l'artiste. Enfin, du 18 mars au 13 juillet, le Musée des Beaux-Arts s'attellera à une relecture du thème de la baigneuse dans l’œuvre de Picasso et de quelques autres artistes du 19e siècle l'ayant influencé. Imagine Picasso À La Sucrière à partir du vendredi 11 octobre 2019 Picasso Au Musée des Beaux-Arts du 18 mars au 13 juillet 2020

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36 chants d’elles : "Haut les filles"

Documentaire | Alors que la scène française contemporaine semble renaître grâce à l’énergie des rockeuses, François Armanet part à la rencontre de quelques-unes de celles qui ont marqué de leurs voix, textes, notes et présence le dernier demi-siècle.

Vincent Raymond | Mardi 2 juillet 2019

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Ce panorama du rock au féminin, à la fois agréable et foutraque par son côté joyeusement a-chronologique, s’avère fatalement frustrant : il manque forcément dans cette évocation les témoignages des disparues dont on aurait aimé entendre le point de vue (et d’écoute), comme France Gall. Et puis on déplore les impasses sur quelques voix importantes, telle que celle de Corine Marienneau (ex Téléphone), trop souvent marginalisée ou de Zazie aux abonnées absentes, quand certaines artistes du moment se retrouvent sur-représentées. Le showbiz ne change pas : infligeant ses purgatoires ici, cajolant ses favoris là… Heureusement, il accorde une place prépondérante à cette figure majeure qu’est Françoise Hardy, dont la carrière et le parcours à nul autre pareil vaudraient bien une dizaine de documentaires. Sa voix posée, et ses mot simples tranchent avec le commentaire spiralé lu par par Élisabeth Quin, tout droit sorti de la plume d’Armanet et Bayon. Haut les Filles Un film de François Armanet (Fr, 1h19) avec Françoise Hardy, Jeanne Added, Jehnny B

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Label des chants

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Stéphane Duchêne | Mardi 13 mars 2018

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C'est avec Côme ce samedi 17 mars à Léo Ferré, puis Klô Pelgag à l'Odéon le lendemain que débute le festival Les Chants de Mars, labellisé chanson française (au sens très large). Une 12e édition premium puisqu'elle accueillera jusqu'au 24 mars figures en pleine bourre (Juliette Armanet, Eddy de Pretto, Tim Dup) et grands anciens (Steve Waring, Anne Sylvestre) au milieu d'une poignée de jeunes espoirs du crû (MPL, Nazca, Thaïs Té, Sarah Mikovski...). Et en guise d'étrange étranger le rock garage catalan et irrésistible de The Limiñanas. On en reparle très vite.

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"Cézanne et moi" : peindre ou faire la moue

ECRANS | Un film de Danièle Thompson (Fr, 1h54) avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François…

Vincent Raymond | Vendredi 23 septembre 2016

Cézanne vient visiter son camarade Zola en sa demeure, avec au cœur l’envie d’en découdre : Paul n’a pas apprécié d’avoir servi (à son insu) de modèle pour le roman d’Émile L’Œuvre. Et zou, flash-back dans leur enfance provençale, leur jeunesse bohème — sans Aznavour — mais avec de la vache enragée à Paris, leurs succès et échecs, leurs femmes ; le tout sous de la belle lumière avec de l’accent qui chante… Le cinéma qualité française n’est pas mort, il bouge encore. Enfin, il se contente d’exhaler un parfum de térébenthine patinée et de dérouler des saynètes minutieusement datées comme on arrache les feuillets d’un éphéméride. Dans cette carte postale, les deux Guillaume font ce que l’on attend d’eux : l’un galliennise l’exubérance méridionale libertaire jusqu’au bout du pinceau, l’autre canettise la componction du notable parvenu et tente de nous convaincre qu’il a un gros ventre — sans y parvenir, d’ailleurs. Vraiment, Danielle Thompson a bien fait d’arrêter les films de groupes et de familles hystériques pour se consacrer au futur contenu télévisuel des fins d’après-midis d’hiver…

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L'oeuvre et ce qui la cerne

ARTS | Peu passionnés par la vie des célébrités, nous profitons ici de l'exposition Jacqueline Delubac pour interroger le contexte de l'art en général et celui des œuvres en particulier : celui qui les rend indigestes ou donne envie d'y croquer à pleines dents. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 novembre 2014

L'oeuvre et ce qui la cerne

Le Musée des Beaux-Arts consacre sa nouvelle exposition à l'actrice de théâtre et de cinéma Jacqueline Delubac (1907-1997), qui lui fit don d'une quarantaine de chefs-d’œuvre d'art moderne. Cette perspective biographique ne nous intéressant guère, on se rendait davantage sur place pour découvrir des œuvres. Toutes ou presque sont connues des visiteurs du musée, mais il n'est jamais désagréable de revoir La Femme assise à la plage de Picasso, les portraits primitifs et ciselés à la serpe de Wilfredo Lam ou quelques Rodin, Dubuffet, Bonnard ou Miro. Rien de neuf donc, aussi en profitons-nous pour nous interroger sur une double idée de contexte enveloppant cette exposition. D'abord le contexte de l'actualité artistique. Tandis que la fondation privée François Pinault ouvre ses portes, les musées publics doivent, eux, se serrer la ceinture et trouver de nouvelles solutions pour monter des expositions et enrichir leurs collections. On ne compte plus, du coup, les événements rendant hommage à ces riches collectionneurs, morts ou vivants, qui, par générosité ou pour réduire le coût de droits de succession, donnent

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Des images au balcon

ARTS | Depuis la rentrée de septembre, nous traquons dans nos papiers l'étrange et passionnant devenir des images à travers certaines expositions. Images réinterrogées (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 4 novembre 2014

Des images au balcon

Depuis la rentrée de septembre, nous traquons dans nos papiers l'étrange et passionnant devenir des images à travers certaines expositions. Images réinterrogées dans leur essence par Céline Duval à Vénissieux, images remixées et stratifiées à travers plusieurs médiums chez Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize à l'URDLA, collages et montages d'images jusqu'à la démence chez Erró au MAC... Quelques spectacles récents nous ont saisi aussi par l'utilisation singulière des images dans leur mise en scène. C'est Pierrick Sorin, par exemple, qui en juin dernier à l'Opéra montrait la "fabrique artisanale" des images dans sa Flûte enchantée. C'est Philippe Vincent qui, aux Ateliers le mois dernier, fait circuler les spectateurs d'une salle de cinéma à… une salle de théâtre où l'on tourne en direct le film projeté (Rêves Kafka). C'est, enfin, la chorégraphe Michèle Noiret qui, dans Hors champ, parvient parfois à un

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«Bram plus gestuel et brutal, Geer plus modéré»

ARTS | Entretien / Sylvie Ramond, directrice du Musée des Beaux-Arts et co-commissaire de l'exposition Bram et Geer van Velde, avec Rainer Michael Mason. Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 23 avril 2010

«Bram plus gestuel et brutal, Geer plus modéré»

Petit Bulletin : Pourquoi exposer Bram et Geer van Velde qui n'avaient pas été présentés ensemble depuis 1948 ?Sylvie Ramond : Ces deux artistes sont bien représentés dans nos collections. Par ailleurs, j'avais pris beaucoup de plaisir à travailler sur l'exposition Braque-Laurens et j'avais envie de donner suite à ce type de dialogue, même si ici les choses sont un peu différentes puisque les frères van Velde ont suivi la même formation et sont issus du même milieu. Ces deux artistes synthétisent aussi, chacun avec une évolution différente, beaucoup des grandes problématiques artistiques du XXe siècle. Avec Geer se pose la question de l'héritage du cubisme dont il ne se libérera jamais totalement. Bram, quant à lui, se dégage rapidement de la figuration. On note aussi, dans les années 1930 et chez les deux peintres, l'importance de Picasso. Qu'avez-vous appris sur les deux artistes ?Si l'œuvre de Bram a été relativement bien étudiée (catalogue raisonné), celle de Geer l'a été de manière moins systématique. L'exposition est l'occasion de remettre à plat l'étude de l'œuvre de Geer, de proposer une chronologie et d'émettre des hypothèses quant à la datati

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