"Femme assise sur la plage", 1937, de Pablo Picasso

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 9 juillet 2020

Photo : Pablo Picasso, Femme assise sur la plage, 10 février 1937. Legs Jacqueline Delubac, 1997. Lyon, musée des Beaux-Arts, inv. 1997-45. © Succession Picasso 2020. Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset


C'est parfois sur la plage, là où tout devrait être clair et précis sous la lumière et dans le dénuement, que les choses paradoxalement peuvent se révéler complexes, confuses, en devenir… Rappelons-nous, par exemple, le meurtre commis par Meursault dans un éclat de soleil, dans L'Étranger de Camus, ou bien la baignade en mer de Thomas l'obscur (Maurice Blanchot) où dedans et dehors s'inversent sans cesse.

Esseulée dans une clarté sans ombre ou presque, la Femme assise sur la plage (1937) de Picasso se gratte un pied. C'est aussi simple et trivial que cela. Mais, plus avant, est-ce vraiment une femme ou est-ce un monstre quasi extra-terrestre, est-elle de profil ou est-elle de face, est-elle débordante de chair et de vie ou figée dans la pierre et la mort, est-elle en deux ou en trois dimensions ? Est-elle un peu simplette concentrée sur sa tâche triviale ou plongée dans une profonde boucle mélancolique ? Avec Picasso ce type d'alternatives semble s'ouvrir sur un rapport indéfini, l'artiste condensant dans son œuvre toutes ces polarités a priori contradictoires. Et c'est son génie propre, et celui plus général des arts plastiques, que de pouvoir échapper à la logique, qu'elle soit celle de la représentation, des sentiments, de la raison. Ce tableau de l'immobilité fait se mouvoir un grand nombre de questionnements et de métamorphoses. Ce tableau du grand dehors s'ouvre sur l'intimité la plus énigmatique.

Il est, concrètement, à l'origine de l'exposition Picasso, baigneuses et baigneurs et est devenu l'emblème même des collections d'art moderne du Musée des Beaux-Arts, depuis l'inestimable legs de Jacqueline Delubac effectué en 1997. Notons encore qu'en une grosse semaine, du 10 au 18 février 1937, ce sont trois baigneuses monumentales que Picasso composa tour à tour ! Un trio qui dialogue avec les baigneuses d'Ingres et de Cézanne, et qui marquera ensuite un grand nombre d'artistes, Francis Bacon au premier chef.


Picasso. Baigneuses et baigneurs


Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
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Dix expos à cocher dans votre agenda

Bons Plans | Des grands noms avec Picasso ou Doisneau, des méconnus comme Edi Dubien, de l'Histoire et du vinyle, le graphiste du label 4AD ou encore les nouvelles expos du Musée des Confluences : on vous dévoile tout ce qui va se passer dans les mois à venir dans les galeries et musées.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2020

Dix expos à cocher dans votre agenda

Doisneau à Lyon Le plus célèbre des photographes français, Robert Doisneau (1912-1994), fait l’objet d’une exposition originale au Musée Jean Couty. À travers quatre-vingt dix images, on découvrira ses portraits d’artistes (Tinguely, Derain, Picasso…) et quelques ateliers d’artistes (Giacometti, César…). Une seconde section de l’exposition se penche sur une commande du magazine Vogue au photographe sur la cité lyonnaise à la sortie de la guerre en 1950. Images lyonnaises inédites présentées en parallèle avec des vues de Lyon peintes par Jean Couty. Robert Doisneau, Portraits d’artistes et vues de Lyon Au Musée Jean Couty du vendredi 16 octobre au dimanche 11 avril 2021 Picasso à la plage Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant,

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Cinq expos à voir cet été à Lyon

Bons Plans | Picasso en tête, les musées et les galeries proposent cet été nombre de belles expositions. Nous en avons sélectionné cinq, mais la liste est loin d'être exhaustive !

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 15 juillet 2020

Cinq expos à voir cet été à Lyon

De la nature, au Musée Dini Piochant dans ses collections modernes et contemporaines, le Musée Dini présente une exposition autour du thème, tout simple et vaste, de la nature : avec des plages fantomatiques signées Marc Desgrandchamps, une nature morte de Antoine Vollon, des paysages recomposés par Jérémy Liron… Et d’autres œuvres de Auguste Morisot, Jacques Truphémus, Marie-Anita Gaube…. Au Musée Paul Dini à Villefranche-sur-Saône jusqu’au dimanche 20 septembre Picasso, l'expo événément Se confrontant à ses maîtres (Ingres, Manet, Cézanne...), Picasso a peint, dessiné, sculpté de très nombreuses scènes de baignade. À travers ce thème estival et revivifiant, l'exposition du Musée des Beaux-Arts parcourt toutes les grandes étapes de la carrière de l'artiste : cubisme, néo-classicisme, surréalisme, primitivis

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Picasso, vamos a la playa

Musée des Beaux-Arts | L’exposition Picasso, baigneuses et baigneurs réunit quelque 150 dessins, sculptures et peintures de Picasso sur ce motif et… de nombreux autres artistes l’ayant influencé (Ingres, Cézanne, Manet, Degas...) ou ayant été influencés par lui (Francis Bacon, Niki de Saint Phalle…). Soit une double et passionnante traversée au fil de l’eau : de la modernité et de l’œuvre profuse de Picasso.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 8 juillet 2020

Picasso, vamos a la playa

« Cela fait des années que je désirais faire une exposition autour de la Femme assise sur la plage de Picasso » s’enthousiasme Sylvie Ramond devant la presse. Un rêve qui se réalise presque idéalement en plein mois de juillet pour la directrice du musée et co-commissaire de Picasso. Baigneuses et baigneurs, avec Émilie Bouvard, ancienne conservatrice du Musée Picasso à Paris. Dans l’exposition, ce tableau de Picasso (voir notre encadré) côtoie deux autres baigneuses, peintes elles-aussi en février 1937, et très rarement réunies ensemble. Cette même année, Picasso s’attellera à la composition de... Guernica. Pour l’heure, en février, le peintre renoue avec son goût pour les baigneuses, dont les premières dataient de 1908, et les plus connues jusqu’alors étaient celles de la série dite des baigneuses de Dinard de 1928. À travers ce motif, comme Sylvie Ramond nous le rappelle, « Picasso voulait rivaliser avec ses maîtres (Ingres, Manet,

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L'expo Picasso débutera le 15 juillet

Musée des Beaux-Arts | C'est officiel : l'exposition du Musée des Beaux-Arts consacrée à Pablo Picasso, autour du thème des baigneuses, ouvrira le mercredi 15 juillet au public et (...)

Sébastien Broquet | Jeudi 11 juin 2020

L'expo Picasso débutera le 15 juillet

C'est officiel : l'exposition du Musée des Beaux-Arts consacrée à Pablo Picasso, autour du thème des baigneuses, ouvrira le mercredi 15 juillet au public et sera prolongée jusqu'au 3 janvier 2021. C'est l'une des expositions les plus attendues à Lyon. Selon le musée, il s'agit d'une « relecture du thème de la baigneuse dans l’œuvre de Picasso avec des contrepoints d’œuvres d’artistes du passé, comme Jean Auguste Dominique Ingres, Paul Cézanne, Auguste Renoir, qui ont influencé Picasso dans le traitement de ce sujet. D’autres artistes contemporains ou suiveurs de Picasso (Henry Moore, Francis Bacon) seront également présentés alors qu’ils se sont intéressés aux baigneuses picassiennes. » Bien entendu, la touchante Femme assise sur la place (1937) que détient le musée depuis le legs Delubac en 1997 sera présente aussi. C'est un tour de force réalisée par Sylvie Ramond la directrice car il a fallu négocier la prolongation du prêt d'œuvres circulant peu auprès des collectionneurs comme du Musée Picasso d

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Les expos à ne pas manquer cette année

Art | Les expositions de ce début d'année nous emmèneront en bord de plage avec Picasso, parmi différentes formes de contre-cultures futuristes avec Fabien Giraud et Raphaël Siboni, ou s'attarderont sur les figures moins connues d'Edi Dubien, Oumar Ly ou Claire Vaudey : visite guidée.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 janvier 2020

Les expos à ne pas manquer cette année

Avec une bonne édition de la Biennale d'Art Contemporain et une passionnante exposition consacrée au drapé (au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 8 mars), la saison a commencé sur les chapeaux de roue ! Et l'année 2020 s'annonce sous de très bons augures, avec pour premier grand rendez-vous une exposition autour du thème des baigneuses chez Picasso (au Musée des Beaux-Arts du 18 mars au 13 juillet), avec pour point d'accroche la si étrange et si touchante Femme assise sur la place (1937) que détient le musée depuis le legs Delubac en 1997. De l'autre côté du spectre artistique, on attend aussi beaucoup des deux larrons quadragénaires de l'art contemporain français, Fabien Giraud et Raphaël Siboni qui occuperont tous les espaces de l'Institut d'Art Contemporain (du 21 février au 3 mai) avec un important dispositif artistique, rassemblant sculptures, vidéos et performances, pour envisager les futurs possibles

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Picasso, en vrac

Art | « Hors norme, exposition immersive, nouveau genre, performance technique et technologique, avant-première mondiale... » : les promesses de l’exposition-spectacle Imagine Picasso sont-elles tenues ?

Sarah Fouassier | Mardi 22 octobre 2019

Picasso, en vrac

Nous ne pouvions être qu’enthousiastes à la lecture des qualificatifs brossant le portrait de cette exposition-spectacle consacrée à Picasso qui s’est ouverte le 17 octobre à La Sucrière. La société de production Encore, chapeautée par Pascal Bernardin, avait déjà fait étape à Lyon en 2008 avec la sulfureuse exposition Our body, à corps ouvert, interdite à Paris sur décision de justice : 17 cadavres humains d’origine chinoise, disséqués et plastinés, étaient alors montrés. Encore Productions affirmait que les corps avaient été donnés à la science, mais aucune preuve n’avait pu démontrer qu’ils ne provenaient pas d’un trafic de condamnés à mort chinois. Pascal Bernardin revient en terres lyonnaises avec une exposition beaucoup plus consensuelle : la projection en “images totales” de 200 œu

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Ce qui vous attend dans les musées

Les Expos à venir | Un mastodonte avec Picasso, une intéressante perspective autour du drapé, des locaux à Villefranche et des découvertes : voici ce qui va se passer dans nos musées cette saison.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Ce qui vous attend dans les musées

Picasso voit triple Comme Monet, Van Gogh et quelques autres, Picasso est un artiste bankable depuis plusieurs années. Lyon et sa région n'échapperont pas à la règle, même si les musées font l'effort d'approcher le maître andalou sous des angles originaux. Nos voisins du Musée de Grenoble ouvrent la marche avec Picasso au cœur des ténèbres (1939-1945) en se focalisant sur le travail de Picasso pendant la guerre à Paris. Parallèlement, à La Sucrière à partir du 11 octobre, Imagine Picasso proposera une plus spectaculaire immersion, en images projetées de quelque deux-cents œuvres de l'artiste. Enfin, du 18 mars au 13 juillet, le Musée des Beaux-Arts s'attellera à une relecture du thème de la baigneuse dans l’œuvre de Picasso et de quelques autres artistes du 19e siècle l'ayant influencé. Imagine Picasso À La Sucrière à partir du vendredi 11 octobre 2019 Picasso Au Musée des Beaux-Arts du 18 mars au 13 juillet 2020

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Immersion Picasso à La Sucrière

À venir | L'exposition multimédia "Imagine Picasso" sera présentée en première mondiale à La Sucrière, à partir du 11 octobre.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 juillet 2019

Immersion Picasso à La Sucrière

À Paris, les expositions immersives consacrées à Klimt puis, en ce moment, à Van Gogh (à l'Atelier des Lumières) connaissent un engouement public exceptionnel. On peut y plonger dans les toiles des artistes grâce à un jeu impressionnant de projections d'images et de motifs. Imagine Picasso s'annonce comme un événement spectaculaire du même type, avec la projection géante de quelque deux cents œuvres du maître espagnol. Cette exposition multimédia sera présentée en première mondiale à Lyon à La Sucrière, à partir du 11 octobre. Au même moment, nos voisins du Musée de Grenoble présenteront une exposition plus traditionnelle : Picasso 1939-1945, Au cœur des ténèbres (du 5 octobre au 5 janvier 2020) sur la vie et le travail de Picasso pendant les années sombres de la guerre. De son côté, le Musée des Beaux-Arts de Lyon prépare une exposition Picasso autour du tableau Femme assise sur la plage

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Picasso, Matisse : grave bien !

Peinture | La petite galerie-appartement le 1111 présente une quinzaine de gravures et de lithographies de Picasso et de Matisse. L’occasion de s’attarder, hors des foules des grandes expositions muséales, sur quelques aspects du travail des deux grandes figures de la modernité.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 14 mai 2019

Picasso, Matisse : grave bien !

En 1905, Picasso est à Paris depuis un an. Agé de 24 ans, en couple avec Fernande Olivier, il voit la vie, et ses toiles, en rose, après une période bleue mélancolique (1901-1904) et le deuil de son ami suicidé Carlos Casagemas. Il dessine et il peint alors beaucoup le monde du cirque, des clowns, des acrobates, des dompteurs, ou encore cette figure qui le fascine tant, Arlequin. À Paris, Picasso fait ses débuts aussi dans les techniques de la gravure et l’on retrouve, dans trois estampes présentées au 1111, des arlequins et le monde des saltimbanques. Picasso y représente notamment la scène biblique de la danse de Salomé devant son père Hérode, Salomé qui se trémousse en échange de la tête décapitée et placée sur un plateau de Jean Baptiste. Il y a là encore une maladresse touchante dans la composition de cette scène, avec une danseuse exécutant nue un grand écart sur pointe, devant un Hérode bouffi, aussi adipeux qu’œdipien. Le sexe, la mort, la transgression, le corps dans tous ses états : bien des éléments de l’œuvre à venir de Picasso sont présents dans cette petite g

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"Cézanne et moi" : peindre ou faire la moue

ECRANS | Un film de Danièle Thompson (Fr, 1h54) avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Déborah François…

Vincent Raymond | Vendredi 23 septembre 2016

Cézanne vient visiter son camarade Zola en sa demeure, avec au cœur l’envie d’en découdre : Paul n’a pas apprécié d’avoir servi (à son insu) de modèle pour le roman d’Émile L’Œuvre. Et zou, flash-back dans leur enfance provençale, leur jeunesse bohème — sans Aznavour — mais avec de la vache enragée à Paris, leurs succès et échecs, leurs femmes ; le tout sous de la belle lumière avec de l’accent qui chante… Le cinéma qualité française n’est pas mort, il bouge encore. Enfin, il se contente d’exhaler un parfum de térébenthine patinée et de dérouler des saynètes minutieusement datées comme on arrache les feuillets d’un éphéméride. Dans cette carte postale, les deux Guillaume font ce que l’on attend d’eux : l’un galliennise l’exubérance méridionale libertaire jusqu’au bout du pinceau, l’autre canettise la componction du notable parvenu et tente de nous convaincre qu’il a un gros ventre — sans y parvenir, d’ailleurs. Vraiment, Danielle Thompson a bien fait d’arrêter les films de groupes et de familles hystériques pour se consacrer au futur contenu télévisuel des fins d’après-midis d’hiver…

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Passé recomposé

ARTS | Amateurs de sensations fortes et de belle peinture, vous serez comblés par la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts, consacrée au retour sur le passé de peintres du début du XIXe Siècle. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 mai 2014

Passé recomposé

Le Musée des Beaux-Arts effectue un double rétropédalage dans le passé avec L'Invention du passé, une vaste exposition qui «s'intéresse à la représentation de l'histoire dans les arts figurés en Europe au XIXe siècle, et plus particulièrement au regard porté par les artistes sur le Moyen-Âge, la Renaissance et le XVIIe siècle». Elle réunit concrètement deux cents tableaux, dessins et sculptures signés Ingres, Delaroche, Delacroix, ou réalisés par des Lyonnais comme Fleury Richard et Pierre Révoil. Ce "genre historique" qui apparaît après la chute de l'Empire doit être replacé dans son contexte : l'intérêt pour l'histoire touche alors tous les arts (voir les romans de Walter Scott à la même époque) et, en France du moins, le retour aux grandes figures nationales semble panser les plaies de la défaite et s'inscrira plus tard (en faveur ou en opposition du reste) dans le sillage de la Restauration. Entre 1802 et 1850, les artistes ne se contentent donc pas de redécouvir l'Histoire, ils la réinterprètent, la tirent à hue et à dia selon leurs opinions politiques, mais toujour

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«Fuck off Charles!»

ARTS | Après des œuvres de Poussin et de Soulages, le Musée des Beaux-Arts vient d’acquérir L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint de Jean Auguste Dominique Ingres. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 14 février 2013

«Fuck off Charles!»

On dirait presque un rappeur ou un punk, rebelle avachi sur son fauteuil et envoyant balader un émissaire politique d’un (presque) grand doigt d’honneur. Pierre l’Arétin, né en 1492 à Arezzo et mort en 1556 à Venise, en est sans doute l’ancêtre. Auteur de satires mordantes sur la société de son temps et de pièces comiques, cet ami de Titien écrivit aussi quelques œuvres pieuses à la fin de sa vie que l’on dit rocambolesque : au cours d’un repas, une plaisanterie particulièrement obscène aurait provoqué chez lui une grande crise de rire, au point qu’il tomba à la renverse et se fendit le crâne. Une trentaine d’années après l’avoir traité de manière plus sobre et raide, Ingres s’empare en 1848 d’un autre fait plus ou moins légendaire : l’Empereur Charles Quint envoyant à l’Aretin un messager afin de lui remettre une chaîne en or pour acheter le silence du redouté pamphlétaire. La "réponse" représentée par Ingres est signifiée dans le tableau par le visage de l’Arétin exprimant une stupéfiante morgue dédaigneuse. S’opposer ou souscrire ? Dans cette scène très éclairée, l’opposition entre la nonchalance de l’écrivain et la raideur outrée et belliqu

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Un euro le tableau

ARTS | Pour la première fois de son histoire, et à l’instar du Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ouvre une souscription publique pour acquérir un tableau. (...)

Nadja Pobel | Jeudi 27 septembre 2012

Un euro le tableau

Pour la première fois de son histoire, et à l’instar du Louvre, le Musée des Beaux-Arts de Lyon ouvre une souscription publique pour acquérir un tableau. L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint peint en 1848 par Ingres trouvera tout naturellement sa place dans la salle des troubadours du musée si 80 000 € manquant (sur une totalité de 750 000) sont récoltés auprès des particuliers d’ici le 15 décembre. Tous les dons (dès un euro !) sont déductibles des impôts à hauteur de 66%. Plus de renseignements sur www.donnerpouringres.fr et dans notre article sur www.petit-bulletin.fr/lyon.

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Ne soyez pas pingres avec Ingres

ARTS | Le Musée des Beaux-Arts lance une souscription publique afin d’acquérir une œuvre d’Ingres jamais exposée. En plus de l’argent récolté auprès de ses fidèles entreprises mécènes, le musée appelle chacun à contribuer l’achat final de ce tableau. Don minimum fixé à un euro ! Nadja Pobel

Christophe Chabert | Jeudi 27 septembre 2012

Ne soyez pas pingres avec Ingres

L’argent public manque, ce n’est un secret pour personne. L’arrivée de la gauche au pouvoir entérine une baisse du budget de la culture et même si la Ville de Lyon consacre toujours 20% de son fond à ce portefeuille, la culture a besoin de mécènes comme dans les pays anglo-saxons où cette pratique est depuis longtemps développée. La France commence tout juste à oser piocher dans cette manne financière. En 2008, le musée des Beaux-Arts de Lyon avait acquis La Fuite en Égypte de Poussin grâce aux dons des entreprises. L’an dernier trois œuvres de Soulages sont tombées dans son escarcelle, qui donneront lieu à une vaste exposition sur le peintre français incontournable à partir du 12 octobre. Et, ce mois-ci, pour la première fois, l’équipe du Musée a eu l’idée de faire appel au tout-venant. Outre, la somme d’argent à récolter, l’idée est aussi presque pédagogique : «il s’agit de s’approprier le musée et d’élargir le public» comme le disent de concert Sylvie Ramond, directrice du musée et Georges Képénékian, adjoint la culture et aux grands événements de la Ville de Lyon. Seuls les musées du Louvre (Les Trois Grâces de Lucas Cranach l’Ancie

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Prendre son pied avec les Modernes

ARTS | Avec 180 oeuvres (sculptures, peintures, dessins) issues, pour les deux tiers, des collections du Musée, l'exposition « Les Modernes » traverse le 20e Siècle. L'occasion de redécouvrir des chefs-d'oeuvre mais aussi des « petits maîtres », capables aussi de provoquer bien des émotions oculaires... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 23 octobre 2009

Prendre son pied avec les Modernes

Tu montes ? Allez, oui, pourquoi pas, j'ai payé pour «ça» après tout, et les marches ne sont ni trop nombreuses ni trop raides. En haut, assise sur son canapé, elle m'attend. Une jolie petite rousse aux formes rondes. Elle est nue (hormis une paire de bas rouge très «professionnels») et ses yeux noirs se plantent, avec aplomb, dans les miens... Elle avait une vingtaine d'années en 1901. Alors en 2009 ? Toujours vingt ans, toujours le même regard, et le corps toujours enfoncé dans une sorte d'épaisse mousse blanche, verte, bleue. C'est Picasso qui, dans ce tableau de prostituée parisienne, a arrêté, autant qu'intensifié, le temps, le regard, le désir... Qu'une exposition, portant sur la modernité artistique, s'ouvre sur une telle toile en dit long à la fois sur l'importance de la figure de Picasso au XXe siècle, et sur l'invitation du musée à approcher les œuvres par le biais des sens, du plaisir, des émotions, et pas seulement à travers les concepts balisés de l'histoire de l'art. C'est nu, déshabillé de toute connaissance, qu'il faut donc aussi parcourir, flâner, hasarder, percevoir, parmi les petits espaces d'exposition (25 «écrins» au total) aux cimaises grises et percés d'ouver

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Bacon, la chair de la peinture

ARTS | «Eh bien, c'est sûr, nous sommes de la viande, nous sommes des carcasses en puissance. Si je vais chez un boucher, je trouve toujours surprenant de ne (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 23 octobre 2009

Bacon, la chair de la peinture

«Eh bien, c'est sûr, nous sommes de la viande, nous sommes des carcasses en puissance. Si je vais chez un boucher, je trouve toujours surprenant de ne pas être là, à la place de l'animal», dit Francis Bacon (1909-1992) dans ses éclairants ‘Entretiens’ avec David Sylvester. Dans l'une des sections les plus impressionnantes de l'exposition du Musée des beaux-arts, intitulée «Animalité», on découvre notamment une toile de l'artiste, Carcasse de viande et oiseau de proie (1980). Entrer dans la chair des choses, sa beauté et son horreur mêlées, entrer dans la sensation et ses abysses, tel est le but de Bacon, pour qui la peinture est «une tentative pour que la figuration atteigne le système nerveux de manière plus violente et plus poignante». De nerfs à nerfs, d'os à os, de viande à viande, de cri à cri, court-circuitant la raison et l'intelligibilité, l'art de Bacon va au cœur du mouvement, du hasard, de la violence, des élans et des instincts vitaux. À côté de la Carcasse, on peut découvrir une autre toile où une autre «bête» est cette fois-ci bien vivante, convulsive, au milieu de l'arène d'une corrida. ‘Étude pour une corrida’ No 2 (1969) fait partie d'une série

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«Braconner, trouver des chemins de traverse»

ARTS | Entretien / Sylvie Ramond, directrice de Musée des Beaux-Arts de Lyon depuis février 2004 et commissaire de l'exposition «Les Modernes». Propos recueillis par JED

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 23 octobre 2009

«Braconner, trouver des chemins de traverse»

IntentionsCette exposition est un peu particulière car, pour l'essentiel, elle est constituée d'oeuvres du XXe siècle issues des collections du musée. Aujourd'hui, le XXe siècle est une période close et on peut donc se permettre d'y réfléchir, d'en tirer quelques conclusions. À Lyon, contrairement au Centre Georges Pompidou, nous n'avons pas la capacité de présenter des oeuvres représentatives de la totalité de l'histoire de l'art au XXe siècle. La configuration de nos collections nous a donc obligés à braconner, à trouver des chemins de traverse, et à effectuer aussi des choix très personnels. L'exposition se subdivise en 25 sections, avec un parcours assez pédagogique, mais qui sort des catégories habituelles des spécialistes. Nous avons composé, presque musicalement, une suite d'impromptus, plutôt qu'une histoire canonique. La collection du XXe siècle du muséeLa collection du XXe siècle du musée est tout à la fois importante, très belle et lacunaire. Nous manquons de place pour pouvoir la présenter en permanence dans son intégralité. Parmi ses caractéristiques, notons que le musée a été l'un des tout premiers en France à acheter des toiles impressionniste

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Les Modernes

ARTS | Au-delà de bien des définitions possibles, l'art moderne c'est : des Fauves (Suzanne Valadon, Raoul Dufy, Van Dongen...) qui peignent des visages en vert (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 11 septembre 2009

Les Modernes

Au-delà de bien des définitions possibles, l'art moderne c'est : des Fauves (Suzanne Valadon, Raoul Dufy, Van Dongen...) qui peignent des visages en vert et des forêts en rouge, des Russes (Malevitch) qui jouent les avants-gardes radicales, des Cubistes (Braque, Gleizes...) qui éclatent le réel en kaléidoscopes, des Surréalistes (Masson, Ernst, Miro, Brauner...) qui vous jettent du rêve ou du cauchemar à pleines palettes, des électrons libres (Picasso, Matisse, Léger) qui accouchent de chefs-d'oeuvre à foison, des abstraits (Tapiès, Soulages, De Staël, Hartung, Rebeyrolle...) qui vous enfoncent du noir, des signes ou des matières dans les yeux pour mieux ramoner vos émotions les plus enfouies, des Bruts ou des Singuliers (Dubuffet, Bettencourt, Chaissac, Ughetto...) qui jouent quelques jolis tours à la folie, des Narratifs qui peignent l'urgence de l'actualité du monde et un Francis Bacon qui clôt la ronde, arrachant des cris à la barbaque humaine... Tout ce petit monde sera réuni au Musée des Beaux-Arts à travers 130 sculptures et peintures issues des collections du musée, de fondations ou de galeries privées. « Picasso, Matisse, Dubuffet, Bacon… Les modernes s’exposent au Mus

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