Nan Goldin, l'exposition à Lyon

photographie | Nan Goldin expose à Lyon une partie méconnue de son travail : des photographies prises en 1982 sur le tournage du film Variety (1983) de Bette Gordon.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 26 octobre 2021

Photo : Nan Goldin


Variety est un film underground de Bette Gordon, sorti en 1983, qui narre les pérégrinations d'une jeune femme, ouvreuse dans un cinéma porno qui se prend à suivre l'un de ses usagers de manière quasi obsessionnelle… La photographe Nan Goldin y joue un rôle et, par ailleurs, a réalisé sur le plateau du tournage un grand nombre d'images, peu connues du grand public et peu exposées (mais faisant tout de même l'objet d'un livre aux éditions Textuel). Malgré cet aspect "commande", on retrouve très vite dans ces photographies présentées à Lyon l'univers de Nan Goldin. Un univers qui a toujours été très proche du cinéma (la photographe a été marquée et influencée par Blow up d'Antonioni notamment) et qui, comme le film, a souvent été proche d'un certain environnement : le milieu bohème du Lower East Side à New York, lors de la période à la fois sombre et exaltante des années 1980.

Art impliqué

« Le film et mes photos ont cela de spécifique qu'ils impliquent des gens qui ont une certaine apparence Les enjeux sont les mêmes » déclarait Nan Goldin dans une interview en 1986. Dans ses images sur Variety, comme dans toute l'œuvre de l'artiste, l'art est impliqué, les deux pieds dans le réel, sans distance (ou presque pas). À la galerie Cinéma 2, les lumières rouges crient dans les images, les corps et les sujets humains sont captés sans détour, la vie palpite aussi bien dans une piscine que dans un wagon de train ou une chambre d'hôtel. La patte de Nan Goldin est immédiatement reconnaissable.

On plonge dans ses portraits comme on s'hypnotise dans une salle de cinéma, oubliant, le temps d'une séance, que les images qui défilent sont une fiction. « Il y a eu des périodes de ma vie où j'allais au cinéma tous les jours. Jamais je ne suis aussi heureuse que lorsque je m'assois dans un fauteuil moelleux et que j'attends que le film commence » dit tout simplement Nan Goldin. Au début des années 1980, Variety tentait de jeter un regard neuf sur le tabou de la pornographie et de la représentation du sexe. Et ce, à travers les fantasmes inattendus d'une jeune femme. Montrer les choses sans fard : tel était l'un des buts du film, et telle est aussi la charnière centrale du travail artistique de Nan Goldin.

Nan Goldin, Variety
À la Galerie Cinéma 2 jusqu'au dimanche 21 novembre

Variety de Bette Gordon, ressortie du film en salles le mercredi 24 novembre


Nan Goldin

"Variety – Photographies de plateau"
Galerie Cinéma 2 3 rue de l’Arbre sec Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Les 5 expos à ne pas louper pendant les vacances

Bons Plans | Une sélection 100 % galeries et 100%  gratuite, avec beaucoup de photos — et pas des moindres : Nan Goldin, William Klein, Denis Roche ! —, mais pas seulement…

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 27 octobre 2021

Les 5 expos à ne pas louper pendant les vacances

Bon anniversaire Le Réverbère Pour ses quarante ans (eh oui !), la galerie photo Le Réverbère a proposé à plusieurs de ses anciens (ou actuels) assistants de sélectionner chacun leur florilège d’images parmi le fonds de la galerie. Et le résultat est festif avec un fourmillement de photographies (Jacques Damez, Julien Magre, Géraldine Lay…) et de perspectives artistiques (érotique, formelle, romantique…). Avec, cerises sur le gâteau d’anniversaire, quelques chefs-d’œuvre signés Denis Roche, Bernard Plossu, William Klein ! La galerie a quarante ans ! Au Réverbère jusqu’au 18 décembre Les frères Jullien à Slika Jean Jullien est peintre, Nicolas Jullien est sculpteur. Après une résidence à Tokyo, les deux frères exposent ensemble à Lyon. On a été touché par les recherches picturales paysagères de Jean,

Continuer à lire

Nan Goldin, l’image en vie

Photographie | Depuis son adolescence, Nan Goldin a voué son existence à la photographie, tablant sur ce médium pour garder traces et fracas de la vie. Son œuvre, immense et mondialement connue, est rassemblée notamment dans deux livres clefs et bouleversants : La Ballade de la dépendance sexuelle et Le Terrain de jeu du diable.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 20 octobre 2021

Nan Goldin, l’image en vie

« La Ballade de la dépendance sexuelle est le journal que je laisse lire aux autres » écrit Nan Goldin au début de son œuvre princeps, œuvre (sorte de journal extime composé de photos et de quelques textes) qui chamboula rien moins que le monde de la photographie (le monde de l’art ?), à sa parution en 1986. Dans cette "ballade", on trouve quelque cent-quarante photographies prises entre 1976 et 1986. Dix ans d’amitiés fortes, d’amours déchirés, de rencontres avec des marginaux, dix années captées au gré du quotidien et de la confiance entre la photographe et ses sujets. Les images y ont quelque chose, à la fois, de brutal et de beau, d’angoissant et d’intensément humain, de trivial et de tragique… Bobby s’y masturbe à New York en 1980, Brian s’y prend tristement la tête entre les mains au Mexique en 1982, le petit Max y joue avec un pistolet en 1977, Chrissie et Sandy y déambulent sur une plage du Massachusetts seins nus, des camarades de chambre de Nan Goldin y font l’amour en 1980… « Pour moi, la photographie est le contraire du détach

Continuer à lire

European Lab met les idées au clair

CONNAITRE | ​Pas facile de discuter valeurs démocratiques et mutations urbaines entre deux marathons électro. C'est pourtant ce à quoi vous invite cette année encore l'European Lab, qui plus est en très bonne compagnie. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 12 mai 2015

European Lab met les idées au clair

L'an passé, l'European Lab avait tenu session dans la foulée d'élections marquées par une franche montée de l'euroscepticisme. Pas de bol, c'est dans un contexte pareillement défavorable, suite à la victoire écrasante du parti de David Cameron au dernier scrutin britannique, que se tiendra sa cinquième édition. Les conférences et débats au programme du pendant citoyen de Nuits Sonores ne devraient en être que plus stimulants, d'autant que ce ne sont pas les invités de qualité qui manqueront. Citons le chercheur danois Fabian Holt, auteur d'un ouvrage de référence sur les classifications musicales (et en quoi elles sont à la fois des grilles de lecture et des sources de confusion), Gérard Berréby, le fondateur des formidables éditions Allia, où sont publiés nombre de textes fondateurs de la contre-culture (des Mémoires de Guy Debord à Can't stop won't stop, la somme hip-hop de Jeff Chang) et la Polonaise Agata Pyzik, contributrice du Guardian et de la bible de l'avant-gardisme sonore Wire qui, dans le bien titré Poor But Sexy. Culture Clashes in Europe East and West

Continuer à lire

Concert spécial de Nuits Sonores

MUSIQUES | Voilà la programmation de Nuits Sonores 2015 définitivement bouclée, avec l'annonce de la venue, en "concert spécial", du Soundwalk Collective (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 26 mars 2015

Concert spécial de Nuits Sonores

Voilà la programmation de Nuits Sonores 2015 définitivement bouclée, avec l'annonce de la venue, en "concert spécial", du Soundwalk Collective (collectif qui manipule des field recordings urbains) pour une création avec la photographe Nan Goldin. Composé par l'activiste David Wojnarowicz d'après une de ses propres performances, A Memoir Of Disintegration entend nous balader dans les méandres du New York underground des années 80. Pour l'occasion, le festival quittera son QG de la Confluence pour investir l'Opéra de Lyon, le jeudi 14 mai.

Continuer à lire