Cinq expos à voir en décembre à Lyon

Bons Plans | Cinq expositions à ne pas manquer ce mois-ci et autant d’interrogations sur : la finitude humaine, l’identité aliénée, la lumière, le corps des femmes, l’écologie.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 décembre 2021

Photo : Erró, Sans titre, série Sur-Atom, 1957 / Lyon, musée d’art contemporain. © ADAGP / © Collection macLYON - Blaise Adilon


L'expo qui crâne

Réunissant quelque 160 œuvres (peintures, photographies, sculptures, installations…), À la mort, à la vie ! propose un très bel aperçu de l'histoire de la vanité, du Moyen-Âge à aujourd'hui. Le parcours thématique (danses macabres, vanité des vanités, les âges de la vie…) est fort réussi et clair, et l'on y découvre un grand nombre d'œuvres fortes : la série photo Faces de Philippe Bazin, des images de Delphine Balley et de Éric Poitevin, une installation vidéo de Bill Viola, une grande nature morte peinte par Paul Rebeyrolle, des sculptures d'Étienne-Martin…

À la mort, à la vie ! Vanités d'hier et d'aujourd'hui
Au Musée des Beaux-Arts jusqu'au 7 mai 2022


ORLAN déjoue les pièges de l'identité

L'expo d'ORLAN à Lyon revient notamment sur les débuts de l'artiste au milieu des années 1960 à Saint-Étienne. Dans son atelier, le jeune femme s'y met en scène pour des photographies (série des Corps-sculptures) en déjouant les normes des identités de genre, de classe sociale, et en y relisant (avec provocation) certaines figures de l'histoire de l'art.

ORLAN telle qu'en elle m'aime
À la Galerie Ceysson-Bénétière jusqu'au 15 janvier 2022


Cécile Bart, entre transparence et opacité

Connue à Lyon notamment pour son intervention chromatique sur la façade de l'hôpital Saint-Joseph Saint-Luc, Cécile Bart est une peintre atypique. À la BF15, elle présente notamment plusieurs grands monochromes peints sur du tergal, surface qui laisse transparaître les murs derrière la toile. Et c'est tout un jeu subtil de lignes, de différences entre le fond et la forme, la transparence et l'opacité, que nous invite à découvrir l'artiste.

Cécile Bart, Entre la chance et le puits
À la BF15 jusqu'au 22 janvier 2022


Corps en luttes

L'exposition En corps elles a « pour but de montrer le regard porté sur le corps des femmes et d'insister sur les luttes féministes qui ont participé et participent toujours à cette déconstruction ». Divisée en plusieurs sections thématiques, elle réunit de nombreux documents d'archives (affiches, objets, livres, etc.) et fait la part belle à la création artistique avec des œuvres de ORLAN, Pipilotti Rist, Valie Export, Claude Cahun…

En corps elles
À la Galerie de la Bibliothèque de la Part-Dieu jusqu'au 31 décembre


Julien Guinand au Japon

Photographe lyonnais des plus zen, Julien Guinand apporte un soin tout particulier et patient à la composition de ses images. Au Bleu du Ciel, il présente le fruit de plusieurs séjours effectués au Japon. Il s'y est intéressé à deux montagnes forestières, particulièrement attaquées par les interventions de l'homme. Ses photographies dialoguent ici avec des œuvres de la plasticienne Rachel Poignant.

Julien Guinand, Two mountains
Au Bleu du Ciel jusqu'au 22 janvier 2022


A la mort, à la vie !

Vanités d’hier et d’aujourd’hui
Musée des Beaux-Arts 20 place des Terreaux Lyon 1er
Jusqu'au 7 mai 2021 2022, mer au lun de 10h à 18h, sf ven de 10h30 à 18h


ORLAN

"ORLAN telle qu'en elle m'aime"
Ceysson & Bénétière 21 rue Longue Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Cécile Bart

"Entre la chance et le puits"
La BF15 11 quai de la Pêcherie Lyon 1er
Jusqu'au 22 janvier 2021 2022, du mer au sam de 14h à 19h


En corps elles

Bibliothèque de la Part-Dieu 30 boulevard Vivier Merle Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cinq expos à voir à Lyon en janvier

Bons Plans | Pour reprendre le chemin des expositions en douceur, voici notre sélection de cinq expositions à ne pas rater ce mois-ci, dans des galeries ou des petits lieux, toutes gratuites.

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 10 janvier 2022

Cinq expos à voir à Lyon en janvier

Artisanat et art contemporain Drôle d’exposition à la Fondation Bullukian qui confronte des céramiques artisanales de l’atelier Gumri (maison de céramistes arméniens depuis le XVIe siècle) aux œuvres d’art contemporain de Natacha Lesueur et du duo artistique Bachelot & Caron. Natacha Lesueur est une photographe et plasticienne qui interroge l’identité et ses normes à travers d’étranges images où l’humain s’hybride à des matériaux inattendus (la nourriture notamment). Le duo Bachelot&Caron réalisent quant à eux des installations ou des sculptures, oscillant entre le fantastique et le grotesque. Natacha Lesueur, Bachelot & Caron, Céramiques de Gumri, Par-delà le vernis À la Fondation Bullukian jusqu’au 29 janvier Les foules de Ji Lingzi Née près de Shangai, formée en Chine et à Besançon, l’artiste Ji Lingzi réalise des œuvres sur le principe de l’accumulation et de la démultiplication. Elle expose à Lyon plusieurs créations (utilisant un grand no

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ORLAN, œuvres de jeunesse à la Galerie Ceysson & Bénétière

Art Contemporain | La Galerie Ceysson & Bénétière revient sur les débuts artistiques de la toute jeune ORLAN, avec un accrochage de photographies de très grand format.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 novembre 2021

ORLAN, œuvres de jeunesse à la Galerie Ceysson & Bénétière

Née à Saint-Étienne en 1947, la jeune Mireille Porte (qui prendra, plus tard, comme nom d’artiste ORLAN en majuscules) fréquente les bars de la ville avec sa bande de copains, fait du théâtre, de la danse moderne, des arts plastiques, écrit… Elle s’aventurera brièvement à l’École des Beaux-Arts avant de fuir en courant les carcans de l’école, ayant très vite pris conscience qu’elle voulait avant tout « sortir du cadre », échapper aux normes. Tout son travail se construira, peu à peu, sur cette idée d’émancipation et de remise en question : il s’agit pour ORLAN de construire sa propre identité singulière, et se libérer des identités imposées par le genre, la classe sociale, le faciès, la discipline corporelle… À Saint-Étienne en 1965 Au milieu des années 1960, dans la France empesée de De Gaulle, l’artiste en devenir mène la vie de bohème à Saint-Étienne, avec ses potes artistes. Dans son autobiographie récemment parue (ORLAN Strip-tease. Tout sur ma vie, tout sur mon art, Gallimard), elle écrit : « À cette époque, j’avais un immense atelier de passementier… Sur une énorme table recouverte de draps, j’a

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Le corps féminin, aliénations et résistances

Féminisme | Réussie tant sur le plan historique qu’artistique, l’exposition En corps elles propose à la bibliothèque de la Part-Dieu une traversée des aliénations et des émancipations à travers la place et les représentations du corps des femmes.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 17 novembre 2021

Le corps féminin, aliénations et résistances

Depuis belle lurette (l’Antiquité et Aristote nous dit-on), les femmes ont été et sont encore souvent assujetties à… leur corps : corps reproducteur, corps domestique, corps séducteur, corps tentateur… Et c’est parfois à partir de ce "lieu" d’aliénation que des mouvements de contestation et de résistance prendront leur source. Le corps se révolte, se dissémine, sort de ses gonds et de ses limites imposées. Tel est le point de vue proposé par l’exposition proposée par la bibliothèque de la Part-Dieu et la commissaire Anne-Laure Collomb : une exposition qui a « pour but de montrer le regard porté sur le corps des femmes et d’insister sur les luttes féministes qui ont participé et participent toujours à cette déconstruction ». Le parcours, simple et riche (en documents d’archives, objets, affiches, œuvres d’art), se subdivise en trois grandes sections : "On ne naît pas femme, on le devient", "Nos désirs font désordre", "Les femmes dans la rue, pas dans la cuisine". Passer par l’art Basée s

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Claude Viallat expose à la Galerie Ceysson & Bénétière

Art Contemporain | À quelques pas du Musée des Beaux-Arts, la Galerie Ceysson & Bénétière propose un nouvel et vaste espace d’exposition sur deux niveaux. Créée en 2006 à (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 30 juin 2021

Claude Viallat expose à la Galerie Ceysson & Bénétière

À quelques pas du Musée des Beaux-Arts, la Galerie Ceysson & Bénétière propose un nouvel et vaste espace d’exposition sur deux niveaux. Créée en 2006 à Saint-Étienne la prestigieuse galerie d’art contemporain s’est ensuite implantée à Genève, au Luxembourg, à Paris et à New-York. L’artiste "Supports/Surfaces" Claude Viallat inaugure les cimaises avec plusieurs œuvres récentes, jusqu'au 31 juillet : des bâches militaires découpées sur lesquelles il a peint sa fameuse "empreinte" (un quasi rectangle). Pierre Collet, responsable de la galerie lyonnaise, nous annonce pour la suite deux expositions monographiques prometteuses, l’une consacrée au pape du minimalisme américain Frank Stella, et une autre à ORLAN.

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Cinq expos à voir en mars

Bons Plans | Utopies, expériences sonores, souffles peints, voyages photographiques : sous le signe de la diversité des sens, voici cinq bonnes expos à découvrir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mars 2020

Cinq expos à voir en mars

Retour vers le futur Fabien Giraud et Raphaël Siboni présentent à l'IAC une exposition protéiforme des plus étranges. On y déambule parmi des objets recouverts de sel, des flaques d'eau, des projections de films durant vingt-quatre heures, des fragments de masques, des tubes métalliques qui tournent sur eux-mêmes, des immortels dormant sur le sol du musée... Il y est question de la naissance d'un enfant virtuel, de subversion du capitalisme, de nouvelles formes d'échange, et d'un laps de temps utopique s'étirant de 1894 à 7231 ! Fabien Giraud & Raphaël Siboni, Infantia À l'Institut d'Art Contemporain jusqu'au dimanche 3 mai Origines du monde Pendant huit ans, le photographe brésilien Sebastiao Salgado a parcouru les endroits les plus reculés et les plus préservés de la planète, dont il présente à La Sucrière

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Cinq expos à voir en février

Bons Plans | Cinq expositions gratuites à découvrir ce mois-ci dans les galeries lyonnaises, avec de la photographie, du dessin, de la peinture et même du "graffuturisme" !

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 6 février 2020

Cinq expos à voir en février

Fluorescences La galerie Pallade accueille la toute première exposition personnelle de la jeune peintre Claire Vaudey. Et c'est une très belle découverte ! Ses intérieurs imaginaires à la gouache, vides de toute présence humaine mais chargés d'éléments divers (fleurs, tissus, boîtes, bâtons...), vibrent de couleurs osées (des roses et des verts comme on en voit rarement) et fluorescentes. L'artiste y joue de subtils glissements entre le vivant et le décoratif, l'abstraction et le réalisme, la platitude et la profondeur, le rythme plastique et la musique, la peinture et ses doubles... Claire Vaudey À la Galerie Anne-Marie et Roland Pallade ​jusqu'au 7 mars Souffle On retient son souffle à la galerie Besson qui consacre à ce thème une exposition collective réunissant une quinzaine d'artistes. Un souffle qui peut être celui d'une brise marine dans les photographies de Gilles Verneret, le trajet léger de nuages ou de fumées dans les images de Julien Guinand, un mouvement érotique féminin pein

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Patrick Picot : « Je préfère parler d’une évolution plutôt que d’une révolution » 

École Bloo | En février dernier, les fondateurs de l’école lyonnaise de photographie Bloo en confiaient la direction à Patrick Picot. Le voici aux commandes, prêt à fixer de nouveaux objectifs.

Margaux Rinaldi | Mardi 24 avril 2018

Patrick Picot : « Je préfère parler d’une évolution plutôt que d’une révolution » 

Changement de direction pour Bloo, l’école de photographie et d’image contemporaine fondée en 2009 par Gilles Verneret et Julien Guinand. L’ancien pédagogue de projets d’arts appliqués Patrick Picot a repris la barre. Son ambition : transmettre. Parce qu’après tout, comme dirait Serge Daney (l’une de ses références) « l’image est ce qui naît d’une rencontre avec l’autre ». Ici plus particulièrement, d’une rencontre avec une équipe d’intervenants, de photographes, prêts à guider les élèves sur le chemin de la vie professionnelle, mais pas seulement. La formation initiale du bachelor européen, en deux ans, ne change pas. Patrick Picot préfère « parler d’une évolution plutôt que d’une révolution », mais il faut quand même avouer que l’école ose une sacrée mutation en abordant désormais la photo culinaire. Une première pour une école de photographie : normal que ce soit la ville des frères Lumière et de Paul Bocuse qui célèbre cette union. D’autres secteurs seront également explorés : « nous resterons dans la tradition, notamment avec les photos argentiques, mais il s’agira

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Limp Bizkit en a toujours ras la casquette

MUSIQUES | Deux mois après System of a Down, une autre vieille gloire du nu metal fait son grand comeback à Lyon en la personne morale de Limp Bizkit. Retour sur sa carrière, longue d'une vingtaine d'années, erratique et injustement réduite à ses années de faste mainstream. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 16 juin 2015

Limp Bizkit en a toujours ras la casquette

Peut-on avoir du respect pour un groupe qui tire son nom d'une légende de vestiaire (le "fameux" jeu de la biscotte), a une façon si subtile de décrire la merditude des choses qu'il est un jour arrivé sur scène en sortant d'un chiotte géant et a signé la plus ignoble profanation de l'histoire de la musique populaire – une reprise façon bad boy en réhabilitation sentimentale de Behind Blue Eyes des Who ? Á en croire l'une des plumes du site Noisey, on le lui doit carrément : Limp Bizkit serait l'une des formations les plus authentiquement punks de sa génération, en cela qu'elle a connu un succès planétaire malgré elle et en se foutant du qu'en-dira-t-on comme de la première casquette de son leader, le tatoueur, skateur et blaireau notoire Fred Durst – Results May Vary (2003), où figure ladite profanation, a battu des records en matière de dézingage critique. Rien ne prédestinait, il est vrai, ce biscuit moulé en 1995 en Floride, à vendre 33 millions de disques à travers le monde. Son premier album, Three Dollar Bill, Yall$ (1997), où le heavy metal in your face de Pantera fraye avec la noise pour abattoirs

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"Orlando", la petite odyssée de Py

SCENES | Il y a des Py flamboyants, dans lesquels le metteur en scène (Olivier de son prénom) fait preuve d’une maîtrise et d’une générosité mémorables – son cycle autour (...)

Aurélien Martinez | Mardi 17 mars 2015

Il y a des Py flamboyants, dans lesquels le metteur en scène (Olivier de son prénom) fait preuve d’une maîtrise et d’une générosité mémorables – son cycle autour des contes de Grimm mené depuis plus de vingt ans, Illusions comiques en 2006, Le Soulier de satin en 2003… Et puis il y a les autres. Oh, des pas forcément honteux, tant sa formule est rodée et efficace. Disons des Py mineurs. Orlando ou l'impatience, mise en scène d’un texte écrit par Py lui-même dévoilée l’été dernier au festival d'Avignon (qu’il dirige maintenant), est de ceux-ci. Py y ressasse ses éternelles préoccupations : des personnages liés au théâtre, du politique et la quête d’un père absent par un jeune idéaliste. Mais bien qu'il ait l’art et le talent pour glisser des réflexions pertinentes (sur le rôle des artistes) et enrober des piques de belles phrases (contre l’ancien ministre de la culture Frédéric Mitterrand, qui l’avait très inélégamment viré de l’Odéon en 2011), l’ensemble est beaucoup trop bavard pour captiver. Reste aussi cette magie du spectacle vivant, également portée par une poignée de comédiens dévoués – en tête les fidèles et excellents Philip

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Le Hobbit : La Désolation de Smaug

ECRANS | Ce deuxième épisode retrouve les défauts d’"Un voyage inattendu", même si Peter Jackson a soigné et densifié en péripéties son spectacle, seul véritable carte dans sa manche pour faire oublier qu’au regard de la première trilogie, ce "Hobbit" fait figure de série télé sur grand écran. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Le Hobbit : La Désolation de Smaug

Tout d’abord, la sortie de ce deuxième volet du Hobbit donne lieu à une surenchère technologique quant à sa diffusion, si bien qu’entre la 2D, la 3D, l’IMAX, le HFR, le Dolby Atmos et ce truc tellement XXe siècle qu’est la VO, il y a presque autant de versions du film que de cinémas qui le projettent — quoique certains les diffusent toutes, sait-on jamais, faudrait pas perdre un spectateur potentiel et sa carte illimitée.… Cela pourrait être purement anecdotique, mais cela en dit long aussi sur le statut même de cette nouvelle trilogie tirée de Tolkien : elle semble chercher à compenser par de la nouveauté technique son évidente infériorité thématique par rapport au Seigneur des anneaux, comme un petit frère qui voudrait à tout prix se hisser sur les épaules de son aîné. Rien n’y fait pourtant, et même si les efforts de Jackson sont louables pour inverser les carences manifestes d’Un voyage inattendu, La Désolation de Smaug ne tient pas la comparaison avec Les Deux tours, l’opus

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Dans le presque, le parfait

ARTS | Artiste sobre, précis et talentueux, le photographe lyonnais Julien Guinand publie une très belle monographie et expose des images récentes au Bleu du Ciel. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 10 février 2012

Dans le presque, le parfait

«Je n'éprouve pas d'intérêt à accumuler les prises de vue et je crois que je n'ai pas de fascination particulière pour l'image en générale... Je procède par soustraction et il m'arrive de ne garder, parfois à mon grand désespoir, à peine plus de deux ou trois photographies par an», déclare Julien Guinand dans sa belle monographie publiée aux éditions Deux cent cinq. Au sein même de chacune de ses images, il y a aussi soustraction, un «moins 1» qui ouvre discrètement une brèche, déchire la totalité, fêle l'insupportable fascination... Des lévriers effilés pris de profil sur un champ de course ont des attitudes à la fois fières et burlesques, de grandes nappes blanches accrochées à un étendage dans une cour pourraient constituer une œuvre d'art minimaliste parfaite n'était ce sac plastique boursouflé au pied d'un buisson en arrière plan... Il y a toujours un accroc prosaïque, un «punctum», un accident qui empêche l'image de s'enrouler sur elle-même, dans le narcissisme forclos de sa propre beauté miroitante... Splash Atteindre ainsi à une quasi perfection formelle et zen (philosophie très influente sur le photographe) tout en laissant soudain et comme pa

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Le temps de la photo

ARTS | Expos / Belle exposition à la Bibliothèque de la Part-Dieu où quatre photographes du Réverbère présentent des travaux récents. Parmi eux : Julien Guinand ou le temps suspendu, et Arielle Bonzon ou le temps accéléré, urgent. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Le temps de la photo

Certains s'y emploient avec des tomates, Julien Guinand, lui, réalise des concentrés de temps. Cela s'appelle aussi des photographies, même si la peinture hante ses images. Temps concassé, broyé à la manière de pigments, puis lissé en lumières étales tirant vers le gris et en couleurs mates comme celles du silence. Suspens, stase, apnée. En une dizaine de grands formats, Guinand aimante notre regard sur des choses qui a priori ne nous passionnent guère : un moteur de voiture sur une chaîne de montage, des tireurs à la carabine dans leur stand, un poulain anesthésié couché dans un renfoncement sombre... Mais la densité de ses images anesthésie justement le regard, envoûte, méduse. Du lierre envahit un coin de forêt et ce paysage devient un monochrome vert enveloppant, un espace fantomatique où l'on prend plaisir à se perdre. Même si la mort rôde parmi les feuillages, tout comme elle rôde dans les autres photographies où le temps, en quelque sorte, meurt (temps mort disent les sportifs). Le poulain s'endort. Les tireurs s'évadent dans un lieu mental dont ils détiennent seuls le secret. La mort ou le vide aiguisent ici la vie, la sculptent, la mettent sous tension, la pétrifient et

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