Le Bal des Ardents, ou l'art de la singularité

Librairie | Si vous n’avez pas encore poussé la porte — une arche de livres — du 17 de la rue Neuve, c’est le moment. S’y niche une librairie généraliste pointue et étonnante.

Julie Hainaut | Mardi 17 mai 2016

Photo : © Anne Bouillot


Objectif : dégoter un bouquin rare sur le graphisme pour surprendre son nouveau mec bibliophile. Risque : feuilleter avec ardeur Selle de Ch'val (revue de critique sociale & d'expériences littéraires), se plonger dans Le Matricule des Anges (revue de littérature contemporaine), rester baba devant l'immense fonds de littérature et de sciences humaines, se découvrir une passion pour Chestov, se perdre dans L'Ancêtre de Juan José Saer, repartir avec l'intégralité d'Orwell (les quatre volumes de correspondance et ses deux bios, et non pas seulement sa fameuse Ferme des animaux et son roman d'anticipation 1984), s'enfermer chez soi, lire, s'évader, oublier l'anniversaire de son nouveau mec bibliophile. Bref, vous l'aurez compris, le Bal des Ardents fait perdre la tête.

Jusqu'en 2003, le 17 de la rue Neuve abritait La Musardine, une librairie érotique. Salarié du lieu, Francis Chaput-Dezerville la rachète pour en faire une librairie généraliste, « comme antan », à savoir une librairie de fonds. Le Bal des Ardents, clin d'œil au texte de Pierre Bettencourt (poète et plasticien), voit le jour avec un fonds de 3000 ouvrages. Treize ans plus tard, l'adresse est truffée du sol au plafond de plus de 25 000 écrits en tout genre. De la littérature francophone, de la poésie, de la photographie, des BDs, des cahiers sur le théâtre, des livres de sciences politiques, des essais improbables, des polars, des encyclopédies, des œuvres érotiques…

Pour beaucoup, cette librairie est encore exclusivement une adresse licencieuse. Pourtant, le fonds Curiosa n'incarne que 3% de l'ensemble des œuvres présentées. Ce sont la littérature et les sciences humaines qui sont le plus représentées. « Nous effectuons un véritable travail de fond, nous conservons les ouvrages importants, indépendamment de leur date d'écriture et de leur rotation. » Ne comptez pas tomber sur le dernier Beigbeder ou Levy. La maison choisit minutieusement chacun de ses titres. On déniche des œuvres d'auteurs méconnus — Emmanuel Bove, Jacques Abeille —, des publications oubliées d'écrivains de renom — L'Idiot de la Famille de Jean-Paul Sartre par exemple —, des petits éditeurs — La Fabrique, Arbitraire, Le Tripode — mais aussi des auteurs incontournables : Beckett, Dostoïevski, Clausewitz.

Le credo de cette librairie ? « Briser les lignes, lutter contre toutes les sortes d'estampillages qui enferment et censurent. Un fanzine biélorusse est ici considéré avec le même égard que la nouveauté Gallimard » affirme cet amoureux des mots. Un lieu incontournable pour sa sélection affûtée, mais aussi sa déco — les bouquins sont posés sur de vieilles chaises de coiffeur et des étagères entièrement créées par le maître des lieux — et sa musique de fond, qui oscille entre du Bashung, du Bob Dylan et du Nick Cave. On vous défie d'entrer dans cette librairie singulière et d'en ressortir les mains vides.

Le Bal des Ardents
17 rue Neuve, Lyon 1er
Tél. : 04 72 98 83 36
www.lebaldesardents.com

En fête

Le Bal des Ardents se pare de ses habits de fête le temps d'un week-end. Au programme : des rencontres, des conférences, des projections, des dédicaces (dehors, au soleil) autour d'éditeurs et d'auteurs chers à la librairie. L'occasion d'écouter Frédéric Pajak, faire la connaissance de Claude Louis-Combet, siroter une mousse, danser dans la rue au son de l'accordéon (un bal est organisé le samedi soir), assister à une projection autour du magazine 6 Mois, se faire dédicacer la revue graphique Laurence 666 par le collectif Mauvaise Foi, assister à un atelier de sérigraphie….

Le samedi 21 mai de 10h à minuit et le dimanche 22 mai de 10h à 20h


Fête du Bal des ardents /Guide urbain/

Rencontres, conférences, projections...
Le Bal des Ardents 17 rue Neuve Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Au cinéma, avec les enfants : nos coups de cœur

Kids | Notre sélection de films à voir en famille pour le retour des kids dans les salles obscures.

Vincent Raymond | Mardi 25 mai 2021

Au cinéma, avec les enfants : nos coups de cœur

Faites le calcul : six mois sans cinéma pour un enfant de 7 ans équivaut pour un adulte de 35 ans à 2, 5 ans de privation de salles obscures ! Autant dire qu’il y a des raisons légitimes d’y emmener vos chérubins à la première heure. Certains films profitant de l’occasion pour continuer leur existence raccourcie, il n’est pas défendu de leur rendre un hommage (Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary du toujours impressionnant Rémi Chayé pour les 8 ans et plus, les programmes Les Mal-aimés de Hélène Ducrocq et La Baleine et l'Escargote de Max Lang & Daniel Snaddon pour les 3-6 ans). Toutefois, quelques nouveautés alternatives — c’est-à-dire hors du périmètre tonitruant des blockbusters — méritent d’être signalées. À commencer par l’improbable (sur le papier) StarDog et TurboCat de Ben Smith, dans lequel Buddy, un chien expédié dans l’espace en 1969, atterrit de nos jours dans une ville où les animaux domestiques sont traqués. Mais avec l’aide de Félix, un chat hâbleur équipé comme Batman, il rétablira l’ha

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Lyon : Nuits de Fourvière, le grand retour

Festival | Oui – trois fois youpi ! – les Nuits de Fourvière auront bien lieu cette année en juin et juillet. Avec au menu, une édition quelque peu adaptée – horaires, jauges, mesures barrières – mais surtout une édition en vrai, avec des gens. On vous détaille la programmation ici, où vous pourrez retrouver une bonne partie des têtes d'affiche et spectacles empêchés l'an dernier.

La rédaction | Lundi 3 mai 2021

Lyon : Nuits de Fourvière, le grand retour

La Biennale de la Danse, des fidélités, quelques reports de l’édition avortée et au final pas moins de onze propositions théâtre-cirque-danse aux Nuits de Fourvière cette année qui se dérouleront en très grande partie aux amphithéâtres et puis tout près, chez les voisins du 5e arrondissement (ENSATT et Point du Jour) jusqu’à faire un pas à la Renaissance d’Oullins. L’ouverture du festival se fera le 1er et 2 juin à 19h30 (attention horaires avancés en raison du couvre-feu), en collaboration avec la Biennale de la Danse devenue estivale, avec Alarm clocks are replaced by floods and we awake with our unwashed eyes in our hands … a piece about water without water signé de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin qui retrouve pour l’occasion la chanteuse Camille après leur première collaboration sur l’album Ilo Veyou de cette dernière. L’interprète (qui se fait aussi danseuse) sera également au générique de Comprendre, en tant que co-compos

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Red Star : la ligne rouge

Football | Vainqueur de 5 coupes de France dans son âge d'or de l'entre-deux et de l'immédiat après guerre, champion de France en... 1911, en 124 ans d'existence, le Red Star a changé près de dix fois de nom, connu autant de fusions, failli mourir plus souvent qu'à son tour et emprunté une quarantaine de fois le proverbial ascenseur reliant les différentes divisions pro et amateur du football français. Actuellement en National, le club de Saint-Ouen fondé en 1897 par Jules Rimet, le père de la Coupe du Monde, n'en est pas moins un modèle de club populaire, historiquement ancré à gauche et... à la pointe du marketing sportif, assumant ce statut étrange de deuxième grand club d'une agglomération parisienne qui n'en compte qu'un. À l'occasion de son match du 8 avril contre l'OL en huitième de finale de la Coupe de France, focus sur LE club pas comme les autres du football français.

Stéphane Duchêne | Mardi 30 mars 2021

Red Star : la ligne rouge

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Trois fois Vivement Dimanche

Librairie | « L'Ainée, la Cadette et la Benjamine », ce n'est pas le titre d'une exégèse des Trois sœurs, ni une version des Quatre filles du Docteur March (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 22 octobre 2020

Trois fois Vivement Dimanche

« L'Ainée, la Cadette et la Benjamine », ce n'est pas le titre d'une exégèse des Trois sœurs, ni une version des Quatre filles du Docteur March amputée d'une des leurs. Mais bien la nouvelle appellation des trois adresses où siège la librairie Vivement Dimanche, suite à une réorganisation de ses espaces. L'Aînée, c'est la librairie historique, le vaisseau amiral de la rue du Chariot d'Or où l'on feuillette littérature, sciences humaines et BD, La Cadette se tient Grande rue de la Croix-Rousse à l'emplacement de l'ancien espace jeunesse et accueille les rayons Beaux-Arts et Vie pratique (vous suivez toujours ?). Quant à la Benjamine, elle est logiquement dévolue à la jeunesse et s'étale sur trois étages. Un coup de jeune qui s'accompagnera d'une nouvelle signalétique et d'enseignes harmonisées. Vous ne viendrez plus chez elle par hasard.

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Gastéro-potes : "La Baleine et l'Escargote" de Max Lang

Animation | Un très délicat film d’animation à la réalisation somptueuse.

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Gastéro-potes :

Une aventureuse escargote devient la passagère d’une baleine et fait sur sa nageoire le tour du monde. Leur amitié improbable illustrera une morale bien connue : on a toujours besoin d’une plus petite que soi… Symphonie de bleus et de textures d’eaux, ce très délicat film d’animation à la réalisation somptueuse rappelle, en moins triste, L’Oiseau et la Baleine vu en complément de programme de L’Odyssée de Choum. Lui aussi doté de deux ultra court-métrages de qualité, il constitue par ailleurs l’une des ultimes apparitions (vocales, dans sa V.O.) de la regrettée Diana Rigg. La Baleine et l'Escargote ★★★☆☆ Un film d'animation de Max Lang, Daniel Snaddon, Filip Diviak (G-B-Tch-Sui, 0h40)

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Lyon au chevet de la culture

Covid-19 | Plus qu'une journée ! Jeudi 10 septembre à midi, il sera trop tard. Mis en place au cœur de l'été par la nouvelle équipe municipale menée par Grégory Doucet, (...)

Nadja Pobel | Vendredi 11 septembre 2020

Lyon au chevet de la culture

Plus qu'une journée ! Jeudi 10 septembre à midi, il sera trop tard. Mis en place au cœur de l'été par la nouvelle équipe municipale menée par Grégory Doucet, le fonds d'aide culturel d'urgence est une enveloppe de 4M€ à destination des structures et professionnels, dont certains absents des dispositifs initiés par l’État, en apportant un soutien aux artistes indépendants et aux structures privées (compagnies, lieux de spectacle, cinémas). Le formulaire est accessible en ligne sur le site de la Ville. Les analyses et attributions se feront en octobre-novembre. À suivre !

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Librairie Michel Descours : plus de galerie... mais des expos

Librairie | Michel Descours lâche sa galerie et recentre son activité de marchand d'art à Paris, mais la librairie affiliée continuera d'organiser des expositions. Explications.

Stéphane Duchêne | Vendredi 11 septembre 2020

Librairie Michel Descours : plus de galerie... mais des expos

En juin dernier, la Librairie Michel Descours, spécialisée dans les arts, a mis un terme à son activité de galerie – entendre par là de vente d'art. Michel Descours ayant ouvert une galerie à Paris sur laquelle il entend recentrer cette activité. C'est donc la librairie, jusqu'ici secondaire, qui va constituer le gros de l'activité lyonnaise, sous l'impulsion de Gwilherm Perthuis, passé de la galerie à la librairie il y a un an en... traversant la rue (comme quoi...). Mais cela ne signifie pas que les expositions vont pour autant déserter le lieu. Comme nous l'explique Gwilherm Perthuis, « pendant au moins un an, le temps d'expérimenter des projets variés, la librairie impulsera des projets d'expositions ». Une manière de prolonger l'activité librairie autour des « liens entre l'image et la littérature ». Chaque mois, Descours proposera un rendez-vous à la galerie qui présentera des formes plastiques, des archives, des documents, des estampes... C'est

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À Villeurbanne : la culture, point par point

Élections Municipales 2020 | Villeurbanne, second tour des municipales 2020. Deux listes en lice et deux visions pour la politique culturelle d'une Ville plus que jamais au sein de la Métropole. Deux candidats dévoilant leurs projets pour le mandat à venir : Cédric Van Styvendael et Loïc Chabrier…

Vincent Raymond | Mercredi 17 juin 2020

À Villeurbanne : la culture, point par point

Cultivant sa singularité politique depuis plus d’un siècle dans l’agglomération — par comparaison à sa versatile voisine lyonnaise —, Villeurbanne ne fera pas mentir sa tradition le 28 juin prochain en opposant pour le second tour deux listes… se trouvant être des émanations plus ou moins directes de l’équipe sortante. L’actuel maire Jean-Paul Bret (PS, à la tête de la ville depuis 2001) ne se représentant pas, un nouvel exécutif s’installera dans le beffroi dominant les gratte-ciel de l’avenue Henri-Barbusse. D’un côté, la liste “Villeurbanne c’est vous !” menée par l’ancien premier adjoint aux finances Prosper Kabalo passé sous la bannière LaREM, où figure également en troisième position l’adjoint à la Culture sortant Loïc Chabrier, a réuni 14, 9% des voix au premier tour. De l’autre,

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Les délices de Casa : "Adam"

Drame | Samia erre dans la Médina, en quête d’un travail. Mais sa situation de jeune femme enceinte seule lui ferme toute les portes. Jusqu’à ce qu’elle arrive chez Abla, veuve revêche qui l’héberge à contrecœur sur l’insistance de sa fille de 8 ans. Les talents de pâtissière de Samia feront le reste…

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

Les délices de Casa :

Le chemin du cœur passe par l’estomac, dit la sagesse populaire, qui n’a certes jamais dû ouvrir un manuel d’anatomie. Tout aussi absurde semble l’assertion selon laquelle la gourmandise serait transmissible par le regard… Et pourtant ! Combien nombreux sont les films qui, exaltant les plaisirs du palais, suscitent d’irrépressibles réflexes de salivation pavloviens chez leurs spectateurs ! Adam appartient à cette succulente catégorie d’œuvres où l’art culinaire sert de méta-langage entre les individus, de truchement social et sentimental ainsi que de vecteur nostalgique. Comme dans Le Festin de Babette, La Saveur des ramen ou Les Délices de Tokyo, le miracle qui se produit en bouche redonne vie à des cœurs secs ; la sensualité de la dégustation et la complicité de la préparation des mets (ici, des rz

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Corbeille et somme : "Merveilles à Montfermeil"

Comédie | Fraîchement séparés, Joëlle et Kamel se côtoient tous les jours au sein de l’équipe de la Maire de Montfermeil, une illuminée rêvant, entre autres excentricités des années 1980, d’implanter une école de langues démesurée dans cette cité de banlieue. Cela n’arrangera pas leurs relations…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Corbeille et somme :

Intrigante et prometteuse, la séquence d’ouverture montrant le couple Balibar/Bedia se disputant en arabe devant une juge des divorces abasourdie aurait pu — dû ? — constituer l’alpha et l’oméga de cette pseudo comédie politique, mais authentique catastrophe artisanale. Première réalisation solo de la comédienne-chanteuse intello (récemment enrubannée d’un hochet républicain, dans la même promotion que le patron de BlackRock), ce “machin“ a faux sur toute la ligne. La forme, tout d’abord : écrit et joué en dépit du bon sens, il offre à une troupe de bobos hors sol vêtu arty sexy l’occasion de glapir du cri primal dans un simulacre pathétique de Rendez-vous en terre inconnue. Le fond, ensuite. Prêchant une fraternité béate, infantilisant les administrés, le mal titré Merveilles à Montfermeil semble fustiger par le ridicule les exécutifs de gôche engagés dans un clientélisme social mâtiné de new age limite

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La Librairie de la Place, ou le cœur à l’ouvrage

Librairie | Il est de ces lieux dans lesquels on pourrait passer nos journées à penser le temps qui passe. La Librairie de la Place est de ceux-là.

Julie Hainaut | Mercredi 11 décembre 2019

La Librairie de la Place, ou le cœur à l’ouvrage

Il faut parfois des années pour arriver à cette minute qui fait tout basculer. Celle de l’évidence. Celle qui fait réaliser à quel point on était étriqué dans la case où l’on s’était installé depuis tant d’années. Celle de Gaël Guilland et Ingrid Salle, alors respectivement expert-comptable et responsable marketing dans l’humanitaire, s’est jouée autour d’un simple café lors de l’une de leurs discussions quotidiennes. Un SMS reçu, une librairie en vente, une discussion, et voilà la graine plantée. « Ça a été un déclic, on avait enfoui cette idée d’être libraire, tout a ressurgi » expliquent les deux amies. Elles laissent l’idée murir, le temps passer. « On s’est donné un an pour construire le projet, trouver un local. » Un an pendant lequel l’une et/ou l’autre courent les librairies, rencontrent des tas de bouquinistes, deviennent bénévoles dans des festivals (dont Quais du Départ et Lyon BD Festival), travaillent en intérim chez Hachette pour mieux appréhender la chaîne du livre… Un an plus tard, la Librairie de la Place ouvre à Monplaisir. « Nous sommes attentives aux faits de s

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La famille nombreuse de Delphine Balley

Photographie | La photographe Delphine Balley présente au 1111 deux images inédites en dialogue avec des œuvres de Rodin, et ajoute quelques pages à son Album de famille...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

La famille nombreuse de Delphine Balley

Ne pas céder sur son désir, creuser un même sillon, s'entêter, poursuivre... C'est sans doute à cela qu'on reconnaît un artiste, une œuvre. Depuis ses premières expositions à la galerie Le Réverbère jusqu'à aujourd'hui, force est de constater l'opiniâtreté thématique créative de Delphine Balley (née en 1974 à Romans dans la Drôme). Son point de départ est pourtant très simple voire un peu casse-gueule : l'Album de famille qui débute en 2002 et où l'artiste met en scène sa propre famille, interrogeant à travers des images très picturales sa mémoire familiale. Une mémoire qui a priori ne nous intéresse guère, voire qui pourrait s'écraser contre le mur du nombrilisme narcissique de nombre d'artistes et d'écrivains français ! Mais Delphine Balley injecte tant de fantasmagories, d'humour, d'aspects incongrus et d'étrangeté dans ses images qu'elle tord le cou à Narcisse et fait écho à beaucoup d'autres dimensions... Famille brisée dans un grand éclat de rire

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Les cinq expos à voir en décembre

Bons Plans | Les incontournables du mois, de l'événement autour du drapé au Musée des Beaux-Arts à une expo plus confidentielle à l'Estancot : sélection.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 décembre 2019

Les cinq expos à voir en décembre

Delphine Balley et Rodin Mi-réaliste mi-surréaliste, la photographe Delphine Balley a mis en scène sa propre famille, des scènes de crimes glanées dans les faits divers de journaux, et bien d'autres situations encore... Pour sa carte blanche au 1111, l'artiste présente deux photographies inédites en dialogue avec une petite sculpture de Rodin. Deux photographies qui font partie d'un nouveau volet de son Album de famille. Au 1111 jusqu'au 15 décembre Arte Povera Mouvement aussi hétérogène que mythique, l'Arte Povera ("art pauvre") a marqué les années 1960 et 1970 en Italie et au-delà. Le Musée de Saint-Étienne présente une rétrospective de l'Arte Povera réunissant une centaine d’œuvres en insistant sur la dimension performative du mouvement. Oeuvres signées Mario Merz, Luciano Fabro, Giovanni Anselmo... Au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienn

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The Mans of Le Mans : "Le Mans 66"

Biopic | Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

The Mans of Le Mans :

L’actualité a de ces volte-faces ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête spatiale, contemporaine de cette guéguerre sur route ! À l’écran, si l’épopée apparaît classique dans la forme, elle est menée avec le métier coutumier de Mangold, son goût pour la belle image, et relayée par des comédiens habitués à l’investissement personnel. D’autant qu’il en

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James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

Le Mans 66 | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant Logan), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une “course“ dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : « Le Mans 66 est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route. Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune — en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîtes de métal, on change : la voit

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Battling Vieux : "Vous êtes jeunes, vous êtes beaux"

Réforme des retraites | À 73 ans, Lucius se sait condamné à brève échéance. Mais il a encore du jus. Alors, quand on lui propose contre un petit pactole de participer à des combats clandestins entre “vieux“, il accepte. Pour se prouver qu’il existe encore. Ou pour sa chère Mona, qui sait ?

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Battling Vieux :

Inutile de frapper la viande pour attendrir. La preuve avec ce premier long-métrage aux lisières de la série blême et du surréel onirique lynchéen, dont la stylisation extrême s’ajoute à un propos fort ainsi qu’à une interprétation solide. Or si c’est un plaisir de retrouver Josiane Balasko déployant ce registre dramatique qu’elle a déjà offert à Guillaume Nicloux ou François Ozon, voix basse et gravité à fendre les pierres ; Bouchitey en clown épuisé et Denis Lavant en meneur de jeu méphistophélique, il est plus surprenant de voir Gérard Darmon distribué dans une “non-comédie” — et qui plus est, au premier rôle. Quel dommage que les cinéastes n’aient pas l’imagination de Franchin Don, car Darmon se révèle aussi brillant que touchant dans cet emploi sacrificiel rappelant à bien des égards le Wrestler d’Aronofsky. La confidentialité de cette production risque de l’empêcher de briguer le parallélépipède doré — concourir pour les César n’est pas “donné“ à tout le monde. Portrait d’une société cynique, vénale et dépourvue de compassion (en d’autres terme

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Cinq expositions à voir dans les galeries ces prochains mois

Bons Plans | Voici cinq petites expositions en galeries qu'il vous faut cocher sur votre agenda.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 septembre 2019

Cinq expositions à voir dans les galeries ces prochains mois

S'inspirer de Pessoa Je ne crois pas au paysage rassemble trois artistes à la galerie Descours. Le titre est du poète Fernando Pessoa, extrait du Livre de l'intranquillité. Une intranquillité qui sied si bien avec le travail de chacun des artistes : l'évanescence et l'incertitude ontologique des peintures de Marc Desgrandchamps, les topologies imaginaires et les géométries alternatives de Frédéric Khodja, les formes végétales incertaines entre douceur et angoisse de Mélanie Delattre-Vogt... Je ne crois pas au paysage À la galerie Michel Descours jusqu'au 31 octobre Voir enfin l'URDLA La nouvelle exposition de l'URDLA a un double intérêt : nous faire redécouvrir ce lieu atypique et nous faire découvrir un artiste méconnu, Mark Geffriaud. Le plasticien (performeur, vidéaste, sculpteur...) s'approprie les espaces du centre international de l'estampe et ses impressionnantes presses ou autres objets. Il invite le spectateur à un parcours entre fiction et réalité, objets réels et artefacts artistiques... Mark Geffriaud À l'URDLA ​jusqu'au 30 octobre

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Cinq expos à voir cet été

Bons Plans | Notre sélection subjective de cinq belles expositions à découvrir tout l'été, dans les musées de Lyon et de la région...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 9 juillet 2019

Cinq expos à voir cet été

Des coiffes qui décoiffent A la suite d'une donation du collectionneur Antoine de Galbert, le Musée des Confluences présente quelque 350 coiffes du monde entier, datant essentiellement des XIXe et XXe siècles. Cérémonielles, ornementales, hiérarchiques, guerrières ou autres, ces coiffes fascinent par leur inventivité esthétique, leur prolixité symbolique, leur aspect parfois un peu délirant. Au Musée des Confluences jusqu'au 15 mars 2020 Pierre Buraglio, Bas voltage Depuis presque soixante ans, Pierre Buraglio traverse courants et mouvements artistiques en toute singularité, renversant les codes de la peinture et de la représentation. Il utilise aussi bien des châssis dénudés que des fenêtres glanées dans des chantiers, et peint volontiers sur des portes de 2CV, des cartes postales, des pages de journaux... Parallèlement, l'artiste musarde dans les musées et dessine d'après Seurat, Courbet, Munch, Monet, Rodin... Son œuvre inclassable fait l'objet d'une grande rétrospective

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Sans autre forme de procès : "Acusada"

Thriller | Dolorès, 21 ans, est accusée du meurtre de Camilla, sa meilleure amie survenu trente mois plus tôt à l’issue d’une soirée entre ados très arrosée. Alors que va se tenir le procès, la jeune fille vit recluse chez elle, l’opinion publique l’ayant déjà jugée. De très rares amis lui sont restés fidèles…

Vincent Raymond | Mardi 9 juillet 2019

Sans autre forme de procès :

En justice, le doute doit toujours profiter à l’accusé ou l'accusée. Et sa charge d’incertitude permet des verdicts que le cinéma a du mal à accepter pleinement : un film étant censé s’achever par la résolution pleine et entière de toutes les intrigues, le doute constitue alors le prétexte à un ressort dramatique tel qu’une révélation de dernière minute. Acusada se distingue de la foule des films de prétoire par son absence de résolution : l’affaire du meurtre n’est pas bouclée et, d’un point de vue strictement théorique, c’est une bonne chose puisque la perception des faits par Dolorès constitue le cœur de l’histoire. Comment elle vit un sentiment de culpabilité consécutif au trépas de Camilla, aux conséquences sur ses parents (on comprend que le scandale, en plus de les ruiner socialement et matériellement, les a physiquement séparés), mais aussi sur son petit frère. Comment elle reçoit, également, l’agression médiatique, manipulant l’opinion à coup d’interviews sensationnelles. Divulguant progressivement les circonstances du drame, jouant la carte du présent en limitant le recours au fla

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Vincent Segal fait salon

Nuits de Fourvière | En ouverture classieuse des Salons de musique proposés par les Nuits de Fourvière, le maître violoncelliste Vincent Segal et le label No Format unissent leurs talents à l'Odéon pour célébrer leur conception de la musique pas comme les autres, friande de rencontres et d'épure.

Stéphane Duchêne | Mardi 18 juin 2019

Vincent Segal fait salon

D'une pierre deux coups, d'un concert deux rêves, c'est ce que réalisent cette année les Nuits de Fourvière en inauguration de ces Salons de musique, qui du 23 juin au 11 juillet offriront comme un genre de programmation parallèle au festival, entre l'Odéon, la Salle Molière et l'Opéra de Lyon. D'abord, il s'agissait d'exaucer le désir du violoncelliste protée Vincent Segal (révélé avec Bumcello et capable d'accompagner Enrico Macias et Susheela Raman, M et Mayra Andrade, Blackalicious et Agnès Jaoui) de proposer un autre genre de performance que celles régulièrement livrées par lui entre les marches des deux théâtres antiques, autour de quelques amis musiciens échangistes et sans amplification. Un salon de musique en somme. Ensuite, pourquoi pas en profiter pour fêter ainsi en grande pompe mais en toute modestie, les quinze ans du label No Format, fondé en 2004 par Laurent Bizot, défenseur des musiques singulières, immatures, métissées et improvisées, qui accueillit les premiers pas en piano solo de Gonzales,

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Au bazar Balthazar

Europavox | À rebours de l'éternelle fissuration de l'Europe politique, Europavox dévoile chaque année ce que le Vieux Continent a de mieux à offrir en terme de cohésion reposant sur la diversité musicale, entre têtes de liste installées et outsiders prometteurs. À l'avant de la flotte cette année, la drôle d'embarcation belge nommée Balthazar, en proie à une réforme qui voudrait la voir tutoyer les dancefloors avec le détachement aristocratique qu'on lui connaît.

Stéphane Duchêne | Mardi 11 juin 2019

Au bazar Balthazar

Puisqu'on a souvent érigé Balthazar en fils spirituels de Leonard Cohen, alors le virage musical opéré par le groupe belge avec Fever pourrait se rapprocher tout à la fois de l'embardée philspectorienne du Beautiful Loser sur Death of a Ladies' Man, des avances de gentleman cambrioleur de cœurs et crocheteur de vertus d'I'm You Man ou des roucoulades sur un monde en ruines de The Future. Pas dans l'empaquetage sonore, oh ça non : rien ici de comparable à l'effet du Wall of Sound sur la musique du Canadien ou au devenir synthétique de ses complaintes jadis folk. Mais bien davantage dans l'intention de s'émanciper de l'aura brumeuse du troubadour traîne-misère. Une tentative de ne pas rentrer à la maison avec le drapeau hissé haut dans le suspensoir, comme le conseille un des titres de Death of a Ladies' Man, justement (Don't go home with your hard-on, pour ne pas le nommer), mais bien au contraire d'en faire profiter l'assistance, de mont

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Un café avec Fabienne Ballandras

Photographie | Lieu dédié à l'image, le Bleu du Ciel inaugure cette semaine un nouveau rendez-vous : les cafés photographiques. Un mercredi soir par mois, un artiste (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 21 mai 2019

Un café avec Fabienne Ballandras

Lieu dédié à l'image, le Bleu du Ciel inaugure cette semaine un nouveau rendez-vous : les cafés photographiques. Un mercredi soir par mois, un artiste dialoguera avec un critique d'art et le public, à partir de la projection en images de son travail. L'entrée est libre et la rencontre est agrémentée d'un apéritif. Le premier café photographique, ce mercredi 22 mai à 19h30, sera consacré à l’œuvre de l'artiste lyonnaise Fabienne Ballandras. Explorant l'imagerie de nos sociétés contemporaines (dans les domaines de l'actualité géopolitique, sociale, économique, judiciaire...), Fabienne Ballandras la déconstruit à travers la construction de maquettes en modèle réduit qu'elle photographie ensuite. Grâce à ce procédé étonnant, l'artiste établit une distance critique (avec nos représentations de la guerre ou de la crise écologique, par exemple), et met en exergue les codes esthétiques de nos manières de percevoir le monde. Un deuxième café photographique est prévu

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Guillotière : des madeleines, mais surtout des livres

Librairie | La Madeleine, librairie généraliste et indépendante, ouvre ses portes au numéro 16 de la rue du même nom dans le 7e arrondissement.

Nina Roussel | Lundi 6 mai 2019

Guillotière : des madeleines, mais surtout des livres

« Je viens voir la nouvelle librairie ! » clame une dame, sourire aux lèvres. Devant la façade de briques jaunes et les grandes lettres blanches inscrites sur fond noir comme sur un tableau, les passants ralentissent, intrigués par cette devanture au parfum d’école. Bien des curieux ont déjà passé la porte, nous confient les libraires... Voilà plusieurs mois que les habitants du quartier attendaient la réouverture du numéro 16, anciennement occupé par un petit restaurant. C’est désormais chose faite : Alexandra Villon, ancienne libraire, et Juliet Romeo, gestionnaire administrative reconvertie, ont investi les 56m2 pour y établir leur propre librairie. « Tout est allé très vite » révèlent les deux amies, confiantes : « le quartier bouge beaucoup, et repose énormément sur le commerce de proximité, il y a donc une vraie demande de lieux de ce type. » Juliet et Alex parlent en connaissance de cause : elles habitent à proximité. « Nous avions cette envie commune de créer, dans ce quartier qu’on aime, un lieu de partage, où l’on puisse s’installer et se sentir bien. » « Un lieu aussi où les enf

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Une nouvelle variété

Rap | Le rap francophone truste les salles lyonnaises. Et les remplit. Ce genre autrefois rebelle et conscient, désormais divertissant, remplace aujourd'hui de plus en plus la variété.

Sébastien Broquet | Mardi 2 avril 2019

Une nouvelle variété

Et si c'était le rap francophone qui sauvait les grandes salles de concert ? À Lyon, sûr, la montée en puissance de cette scène n'a pas laissé indifférent les gestionnaires de lieux et de festivals : au Transbordeur, depuis deux ans, les concerts de rap font le plein et sont pour beaucoup dans la bonne santé financière actuelle du spot historique de Villeurbanne, comme un cran supérieur, du côté de la Halle Tony Garnier, l'on savoure l'explosion populaire du genre qui permet aujourd'hui à des PNL et des Soprano (ce jeudi 4 avril) de remplir une salle jusque-là squattée par des chanteurs de variété française et des stars de classic rock anglo-saxons, tous vieillissants et en fin de carrière ou tout simplement, comme le dirait pas très finement Sibeth Ndiaye, dead. Et la relève tarde à venir : Dominique A n'est pas prêt de remplir une Halle. L'omniprésence du rap français comble de joie les directeurs de ces salles, ravis d'accueillir un public aussi large socialement que jeune et nombreux. Il est loin le temps où les programmateurs de salles estampillées rock flippaient à l'idée de programmer un rappeur (même si du côté des SMAC, ça n'a guère bougé) à cause des

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Soap qui peut ! : "Tel Aviv on Fire"

Le Film de la Semaine | Un apprenti scénariste palestinien peu imaginatif se fait dicter les rebondissements de la série politico-sentimentale sur laquelle il trime par un gradé israélien. Sameh Zoabi répond à l’absurdité ambiante par une comédie qui ne l’est pas moins… À hurler de réalisme et de rire.

Vincent Raymond | Mercredi 3 avril 2019

Soap qui peut ! :

Trentenaire velléitaire, Salam vient de trouver un job sur la série de propagande Tel Aviv on fire que produit son oncle. Comme il réside à Jérusalem et que le tournage s’effectue à Ramallah, il doit chaque jour passer par un checkpoint dirigé par Assi, un officier israélien qui devient conseiller occulte de la série, avant de tenter d’en infléchir la direction… Quand les larmes sont inopérantes et la colère inaudible, alors il reste l’humour. La dérision s’avère sans doute l’arme la plus efficace lorsqu’il s’agit d’aborder une situation politique verrouillée depuis des lustres, voire des siècles. À condition, évidemment de la manier avec intelligence et sans esprit partisan ; c’est-à-dire en pointant les comportements irréfléchis de chacun afin de renvoyer tous les protagonistes dos à dos plutôt que face à face, en les faisant rire ensemble de leurs travers mutuels et non les uns contre les autres — comme dans Les Aventures de Rabbi Jacob. Sameh Zoabi montre que la bêtise ne peut se prévaloir d’aucun passeport : elle adopte seulement des modulations différentes en fonction des car

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La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Rock | Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 19 mars 2019

La cuisine ouverte de Cannibale au Sonic

Parce que le temps file, qu'on a dépassé les 40 ans et qu'il vaut mieux boulotter la barbaque tant qu'elle fume encore, les hurluberlus Born Badiens de Cannibale n'ont guère lanterné avant de donner un successeur à leur inaugural et trois étoiles No Mercy For Love. Et de livrer un nouveau modèle d'artisanat rock et d'idiosyncrasie esthétique qui inclut dans ses nombreux ingrédients son propre exotisme, en plus de tous ceux qu'il convoque aux quatre coins des genres, et une sauce résolument psychédélique dont seuls ces Bas-normands ont le secret. Si bien que l'on en vient à se dire que le titre dudit album, Not Easy to Cook, est bien mensonger, tant la décontraction et l'aisance semblent parcourir l'échine de ces onze titres électrisants oscillant entre la messe pas toujours noire et la danse de sabbat (comme sur The Ugliest Rabbit of the 70's). Comme une version, pas révolutionnaire, non, mais sans doute plus raffinée de leur précédent exercice. « It is a delicate and sweet dish » chante

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Grave les boules : "Dragon Ball Super: Broly"

ECRANS | De Tatsuya Nagamine (Jap, 1h40) avec les voix (v.f) de Patrick Borg, Éric Legrand, Mark Lesser

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Grave les boules :

Quarante ans après avoir été expédié par le Roi Vegeta sur une planète hostile, le super guerrier Broly est retrouvé par l'armée de Freezer. Désormais dévoué à son “sauveur“, Broly doit combattre Vegeta fils et Goku sur Terre, et la soumettre pour le compte de Freezer. Sujets à la migraine ou l’épilepsie, prenez garde à l’interminable combat final, d’autant qu’il dure la moitié du film. Un déséquilibre proprement injustifiable d’un point de vue narratif (les évolutions de personnages se succèdent dans une surenchère frisant le ridicule — c’est le cas de le dire, car chaque degré supérieur donne lieu à une nouvelle coloration capillaire ; et un charivari visuel quasi-insoutenable, entre le luna park sous amphétamines et la contemplation forcée d’une guirlande de Noël électrique un 14-juillet au soir. Ce vacarme optique, aggravé par une désinvolture graphique et esthétique confinant au mépris du public, ravale la japanimation aux pires clichés d’une sous-culture artistiquement bâclée — une médiocrité dont Takahata, Miyazaki, Hosoda, Makoto Shinkai, Shunji Iwai entre autres, ont pro

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Maud Lefebvre, une partie du tout

Portrait | Membre du Collectif X, Maud Lefebvre a la rigueur des grands enfants appliqués et la folie de ceux qui tentent de bousculer le quotidien. C’est comme metteure en scène de Cannibale que cette comédienne de formation nous avait épatés. Avec Maja, à la Renaissance cette semaine, elle convie l’étrange et nos peurs sur un plateau. Rare.

Nadja Pobel | Mardi 12 mars 2019

Maud Lefebvre, une partie du tout

Printemps 2016. Théâtre de l’Élysée. Semaine de vacances de Pâques, donc absence quasi abyssale de programmation dans les théâtres, un temps creux pour les "professionnels de la profession". Voir Cannibale presque par hasard. Et y trouver un phare de la création contemporaine : Maud Lefebvre met en scène un texte d’Agnès D’Halluin écrit d’après son idée originale : comment un jeune couple vit alors que la maladie incurable s’empare du corps de l’un d’eux ? Tout est là : leur cadre (les différentes pièces de l’appartement, le dehors), leurs émotions (la colère forte, l’amour fou), leur quotidien (cuisiner, se laver, s’éteindre). Avec un récit qui s’élève largement au-dessus du banal, une homosexualité jamais commentée, Maud Lefebvre signe une œuvre pleine, où aucun élément du théâtre n’est négligé au prétexte (réel) d’une économie étriquée. Alors, le travail dans l’urgence compense : « j’ai deux semaines de travail au plateau, trois au maximum » dit-elle. Et toujours, à l'observer, ce souci de rendre partageable ce qui se trame en amont. Maja, cette semaine à la Renaissance en est une nouvelle preuve. À 33 ans, Maud Lefebvre

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Une librairie d'art au cœur de la cité

Librairie | Spécialisée dans les arts, la librairie Michel Descours fait peau neuve en projetant de s'ouvrir vers un plus large public et de s'implanter plus fortement dans la vie du Grand Lyon.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 5 mars 2019

Une librairie d'art au cœur de la cité

Sous ses dehors discrets et parfois un peu désuets, la rue Auguste Comte ne cesse, en réalité, de se métamorphoser. Rue traditionnelle des antiquaires, elle accueille aussi de nombreuses galeries d'art, dont certaines se sont très récemment installées, comme la galerie Ories, la galerie Henri Chartier, ou encore la galerie de street art Slika... Des centres culturels, comme le Goethe Institut et la Fondation Bullukian, sont tout proches. Cette situation semble a priori idoine pour une librairie spécialisée dans les arts comme la Librairie Michel Descours, qui fonctionne en osmose avec la galerie du même nom située juste en face. Mais si le lieu est nationalement connu et reconnu par les spécialistes (c'est la première librairie du genre en France, voire peut-être en Europe !), elle reste localement méconnue du grand public. Voire pire : elle fait parfois peur, et les Lyonnais pensent que les livres y sont plus chers qu'ailleurs (malgré un prix unique du livre instauré en

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Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Vice | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, Vice approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi que l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Mardi 19 février 2019

Adam McKay & Amy Adams : « Il fallait un regard un peu de côté pour comprendre »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que soudain il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs à exploré tout le corpus “cheneyen“ existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique — ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à la famille Cheney, à son parcours politique, à ce qui n’était pas officiel ni établi. Avez-vous cherché à

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Au cœur du pourri pouvoir : "Vice"

Biopic | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

Au cœur du <s>pourri</s> pouvoir :

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires, histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit et de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel villain de franchise. Il est même étonnant que McKay parvienne à trouver une lueur d’humanité à ce Républicain pur mazout : en l’occurrence son ren

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Ne nous emballons pas : "Le Grand Bal"

Documentaire | de Laetitia Carton (Fr, 1h39)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Ne nous emballons pas :

Il y a une indéniable fibre d’ethnologue chez Laetitia Carton. Après avoir approché le peuple sourd dans J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (2016), voici donc qu’elle s’intéresse à une tribu épisodique : les participants des Grands Bals, une manifestation traditionnelle du centre de la France, où se retrouvent pour guincher joyeusement pendant une semaine jour et nuit des centaines d’amateurs de danses folkloriques. Elle même faisant partie de longue date des adeptes, la cinéaste raconte donc le phénomène un pied dedans, un pied dehors — si l’on peut dire. Errant au milieu de participants extatiques, cueillant quelques témoignages de jeunes, de vieux, de vieux-jeunes et de jeunes-vieux ; ajoutant de sa voix blanche quelques commentaires ici ou là, Laetitia Carton parvient difficilement à faire partager l’ensorcellement collectif. D’accord, les danseurs sont passionnés, mais des collectionneurs de porte-clefs ou des fabricants de Tour Eiffel en allumettes le seraient tout autant. L’exploit serait de contaminer un public hermétique à ces polkas, mazurkas, bourrées

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Tu danses ?

Documentaire | Saviez-vous qu’il existait dans le centre de la France des bals folkloriques durant plusieurs jours (et nuits), drainant des centaines de passionnés (...)

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Tu danses ?

Saviez-vous qu’il existait dans le centre de la France des bals folkloriques durant plusieurs jours (et nuits), drainant des centaines de passionnés impatients d’user leurs semelles sur les parquets et d’apprendre de nouveaux pas ? La documentariste Laëtitia Carton les a rencontrés et est entrée dans la danse pour les besoins de son nouveau film, Le Grand Bal, qu’elle vient présenter en avant-première, en résonance avec la Biennale, en compagnie du producteur Jean-Marie Barbe. D’ici à ce qu’ils esquissent un pas de deux en public… Le Grand Bal Au Comœdia le jeudi 27 septembre à 20h

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Maud Lefebvre nous parle de Maja

3 questions à... | Elle nous avait ébloui par sa mise en scène de Cannibale en 2016. La voici en résidence pour trois ans à la Renaissance d'Oullins. Rencontre.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Maud Lefebvre nous parle de Maja

Comment va se dérouler cette résidence ? Maud Lefebvre : Le théâtre va co-produire les deux prochains spectacles, que je fais avec le Collectif X. Pour cette année, ils ont acheté Maja, ma deuxième création qui naîtra à Andrézieu-Bouthéon en novembre. Ensuite, je vais travailler sur une adaptation cinématographique de John Cassavetes, Une Femme sous influence, que je mettrai en scène. C'est un challenge car c'est un texte déjà écrit alors que jusque là, j'étais dans des créations pures. L'année suivante, le projet, en collaboration avec quatre auteurs, se passera dans le futur avec deux cosmonautes. Et il y aura des ateliers avec les enfants, des personnes âgées, atteintes d'Alzheimer. D'où vient le projet de Maja, premier texte en tant qu'auteur et qui s'adresse aux enfants ? Ce n'est pas vraiment pour enfants. C'est même un spectacle pour adultes, adultes-parents mais pas forcément car ça peut rappeler des choses de sa propre en

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Lorsque l’enfant paraît : "Sofia"

Drame | de Meryem Benm’Barek (Fr-Qat, 1h20) avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Faouzi Bensaïdi…

Vincent Raymond | Lundi 3 septembre 2018

Lorsque l’enfant paraît :

Casablanca, de nos jours. Sa famille s’apprêtant à conclure une belle transaction, Sofia se trouve mal. Conduite à l’hôpital par sa cousine, la jeune femme accouche, totalement sidérée. Mère non mariée, la voilà donc hors-la-loi ; Sofia dispose d’une journée pour présenter le père. Qui est-il ? N’eût-il abordé que la délicate question du déni de grossesse chez les adolescentes, ce premier long-métrage sans apprêt, cru et réaliste aurait déjà mérité la vision. Mais il s’insère dans le contexte particulier de la société marocaine — un carcan où les relations sexuelles sont strictement circonscrites au mariage. Des règles férocement archaïques, modulables en fonction du niveau de revenus des contrevenants (et du montant des bakchichs qu’ils sont capables de verser aux forces de l’ordre). Ici, l’entourage de Sofia orchestre des magouilles d’arrière-boutique non pour préserver la jeune mère de la prison, mais pour sauvegarder l’honneur familial : un scandale risquant de compromettre la juteuse affaire en tractation. Cette vénalité assortie d’une marchandisation sans vergogne des femme

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Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pis qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral de Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Jeudi 12 juillet 2018

Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman est inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui, il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers — en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient « ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir ». Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film est surtout psychologique, et pas aus

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On commence par l'apéro au Transbo, on finit par rouler sur des patins

Les Bons Plans de la Semaine | Un bon plan par jour jusqu'à la rentrée : fuyez l'ennui, suivez le guide. Direction le Transbordeur mercredi soir pour la Summer Session du Petit Bulletin, on clôture ensuite le Bal des Fringants, avant un final endiablé dimanche sur des patins à roulettes.

La rédaction | Mercredi 4 juillet 2018

On commence par l'apéro au Transbo, on finit par rouler sur des patins

Mercredi 4 juillet - Summer Session L’apéro avec l’équipe du Petit Bulletin Chaque année, c’est désormais une tradition, toute l’équipe du Petit Bulletin vous convie à fêter son dernier numéro couvrant tout l’été (on sera de retour le 5 septembre) en sirotant quelques mojitos et mauresques au Transbordeur, où nous investissons la scène extérieure pour deux concerts de pépites à découvrir : Perez en premier lieu, qui vient de sortir son second album, où la pop électronisante du Bordelais enchante les fans de ce Daho post-house. Et en ouverture, on savourera le retour aux couleurs new wave tout aussi 80’s de la paire lyonnaise Spitzer. Il est probable que quelques membres de notre équipe se saisissent également des platines… On compte sur vous ! Au Transbordeur à 19h Jeudi 5 juillet - rock Dernière danse aux Fringants Un dernier bal comme une dernière danse. Le 6 juillet, comme nous vous l'annoncions le mois dernier, le Bal

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Un chien de sa chienne : "Dogman"

Drame | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Un chien de sa chienne :

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout, quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello) tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère

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Cordes à gogo

Cordes en Ballade | Cordes en ballade, 20e édition ! Toute en joie, en étonnements multiples, en convivialité : le pari initial a dépassé les espérances.

Pascale Clavel | Mardi 19 juin 2018

Cordes à gogo

Depuis 20 ans, Cordes en Ballade est devenu une référence auprès des amoureux d’une musique exigeante, diverse et subtile. La direction artistique, menée depuis l’origine par le Quatuor Debussy, reste terriblement inventive. Douze jours de balades en Ardèche au cœur d’une programmation en forme de patchwork élégant, où chaque festivalier part à la rencontre de musiques improbables. Le Teil, Viviers, Antraigues-sur-Volane, Cruas, Alba-la-Romaine, Privas… partons flâner ! Cette 20e édition s’ouvre à la cathédrale Saint-Vincent-de-Viviers avec un hommage appuyé à Claude Debussy pour le centenaire de sa mort. Suit une programmation riche en expériences décalées : nous entrons de plain-pied dans la cuisine d’Offenbach, avec un concert de parodies d’opérettes où le Quatuor Debussy et les chanteurs solistes d’Orphéon la Compagnie Vocale s’associent pour interpréter ses plus grands tubes. Pour fêter les 20 ans du festival, le Quatuor Léonis se lâche dans un spectacle fou : Éclisse totale. Les musiciens déroulent une musique dans tous ses états, passent du rock

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Un virage hip-hop

Démon d’Or | Sur les hauteurs de Lyon, dans un cadre champêtre et bucolique, la quatorzième édition du festival Démon d’Or prône la mixité et l’éclectisme. Au programme : les incontournables scènes dub et techno. Petit nouveau cette année, le hip-hop francophone fait une entrée remarquée avec une sélection d’artistes impressionnante.

Louis Dufourt | Mardi 19 juin 2018

Un virage hip-hop

Nouveau programmateur, nouvelle ambiance. Les chapiteaux bariolés, scènes en plein air et jardins à thèmes sur fond de forêt seront bien présents, on se rassure. Sur la commune de Poleymieux-au-Mont-d’Or, le festival durera trois jours avec l’ouverture de la grande scène le dimanche après-midi : quand on aime, on ne compte pas. À l’origine orienté vers les frénétiques sonorités trance, techno et dub, Démon d’Or ouvre ses portes aux musiques urbaines. Et de quelle manière : en trois jours, tous les grands noms de la scène hip-hop francophone actuelle se succèderont avec Lomepal, Moha La Squale, Caballero et JeanJass et l’Or du Commun, pour ne citer que les plus médiatisés. Et Moha et Moha Deux phrases de Brel et Brassens, le récit de son parcours de dealer, un visage d’ange, le flow de Mister U, les cheveux de PNL et des millions de vues sur YouTube grâce à ses street

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Ça métisse dans les cuisines !

Refugee Food Festival | « Certaines régions sont en train de se déconstruire parce qu'elles sont submergées par les flux de demandeurs d'asile », déclare un ancien maire devenu ministre. OMG : la gastronomie lyonnaise va finir démantelée, éparpillée ? À moins que des initiatives comme le Refugee Food Festival offrent un nouveau sens au titre, un poil périmé, de capitale mondiale de la bonne bouffe...

Adrien Simon | Lundi 11 juin 2018

Ça métisse dans les cuisines !

Après une première édition française en 2016, une seconde européenne l’année dernière, les parisiens de Food Sweet Food, Marine Mandrila et Louis Martin, auteurs d’un remarqué Very Food Trip (Planète+ pour la série, La Martinière pour l’ouvrage), internationalisent cette année leur Refugee Food Festival. En ce mois de juin – le 20 étant la journée mondiale des réfugiés – des restaurants de New York, Athènes, Bologne, San Francisco ou Cape Town bouleversent leurs menus et accueillent des cuistots en exil. Certes, Brooklyn c’est un peu loin pour aller manger afghan [on invente : le programme n’est pas encore disponible au moment où nous bouclons], mais heureusement, Lyon accueille aussi l’événement. S'engager Ceci grâce à Claire Fournier et Clara de La Fonchais qui portent le projet bénévolement – c’est ainsi que fonctionne le RFF – et la collaboration de restaurateurs qui invitent, l’espace d’un ou deux soirs, des chefs étrangers ayant récemment obtenu l’asile en France. Ainsi,

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Clap de fin pour le Bal des Fringants

Croix-Rousse | Le 6 juillet, le café-concert des pentes de la Croix-Rousse fermera ses portes avec le départ de sa fondatrice vers d'autres cieux.

Sébastien Broquet | Mardi 29 mai 2018

Clap de fin pour le Bal des Fringants

C'est l'un des lieux les plus cools et inventifs de la Croix-Rousse qui fermera ses portes cet été : le Bal des Fringants cesse ses activités avec le départ de sa directrice. Les Lyonnais resteront orphelins de cette programmation pointue et variée à l'horaire décalé, en fin d'après-midi. « Je ferme pour des raisons familiales. On voulait de toute manière déménager, trouver un lieu plus grand, on avait regardé pour reprendre les locaux de 6e Continent... Finalement, on arrête le 6 juillet prochain. Chaque personne de l'équipe va donc poursuivre ses activités séparément » nous explique-t-elle, jointe lundi par téléphone. Une double soirée de clôture est prévue les 5 et 6 juillet, avec le blues du Skeleton Band le premier soir et François Virot le second, qui seront bientôt rejoints par d'autres convives. On notera aussi dans son agenda les quelques dates aguicheuses des jours à venir : Lindo Y Querido ce vendre

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Savoureuse dévoration

Théâtre | Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an (...)

Nadja Pobel | Mardi 17 avril 2018

Savoureuse dévoration

Depuis sa création il y a tout juste deux ans, Cannibale a fait du chemin passant notamment par le remarquable festival Théâtre en Mai de Dijon l'an dernier. Ce n'est que justice que ce spectacle fasse encore escale par ici (au Théâtre de la Renaissance, Oullins, du 25 avril au 4 mai). Un couple amoureux (deux garçons) dissertent autour du repas du soir confectionné sous nos yeux de ce qu'il adviendra d'eux, de celui qui reste quand la maladie dont est atteint l'autre l'aura irrémédiablement fait passer par dessus bord. Physique, brutal, à vif mais toujours tendre, ce texte d'Agnès D'halluin mis en scène par Maud Lefevre est ambitieux. Les deux jeunes femmes ont su le déployer pleinement (décor représentant toutes les pièces d'un appartement, extérieur, vidéo...) et s'appuyer sur deux comédiens impeccables rencontrés à l’école de la Comédie de Saint-Étienne dont ils sont issus, Martin Sève et Arthur Fourcade. Certains membres de ce Collectif X seront, dans un tout autre genre, présents aux Ateliers Frappaz, le 29 juin, à l'issue d'un long travail mené sur le territoire de Villeurbanne avec la

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Caballero & JeanJass : j'viens du pays de Hergé

Hip-Hop | Cherchez pas, c'est encore sold out. Comme tous les concerts de rap belge ces derniers mois. Caballero & JeanJass sont au Transbordeur samedi, mais si vous n'avez pas été prévoyants, il faudra se consoler avec leur émission de cuisine... ou vite prendre sa gâche pour Nuits sonores.

Sébastien Broquet | Mardi 3 avril 2018

Caballero & JeanJass : j'viens du pays de Hergé

Quand on filait en Belgique voir sur la scène de Dour, circa 1998, le meilleur du hip-hop américain et que l'on découvrait juste avant De La Soul les locaux Starflam, alors leader et seul représentant d'envergure du rap belge, on ne se doutait pas qu'une scène prolixe et dominatrice allait émerger du plat pays, pas plus que la Belgique serait au même moment citée comme l'une des équipes favorites de la prochaine coupe du monde en Russie, emmenée par leur Zidane à eux, Kevin de Bruyne... La vie n'est pas rose comme les joues de Kevin de Bruyne La star des Diables Rouges, justement, a les honneurs d'une des géniales punchlines de Caballero & JeanJass, duo star d'une scène ultra-vivace qui compte nombre de n°10 (Roméo Elvis, Damso, Hamza ou encore l'iconoclaste Baloji, auteur d'un tout frais et kaléodoscopique album, par ailleurs ancien de... Starflam). Car vingt ans plus tard, il faut se rendre à l'évidence : 2018 est leur année. La paire joue au Transbordeur cette semaine, mais sera aussi à

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Rōnins canins : "L’Île aux Chiens"

Le Film de la Semaine | Wes Anderson renoue avec le stop motion pour une fable extrême-orientale contemporaine de son cru, où il se diversifie en intégrant de nouveaux référentiels, sans renoncer à son originalité stylistique ni à sa singularité visuelle. Ces Chiens eussent mérité plus qu’un Ours argenté à Berlin.

Vincent Raymond | Mardi 3 avril 2018

Rōnins canins :

Sale temps pour les cabots de Megasaki ! Prétextant une épidémie de grippe canine, le maire décide de bannir tous les toutous et de les parquer sur une île dépotoir. Atari, 12 ans, refuse d'être séparé de son Spots adoré. Il vole un avion pour rallier l’Île aux Chiens. Ce qu’il y découvrira dépasse l’entendement… Peu de cinéastes peuvent se targuer d’être identifiables au premier coup d’œil, qu’ils aient signé un film d’animation ou en prises de vues réelles. Tel est pourtant le cas de Wes Anderson, dont le cosmos se trouve, à l’instar d’une figure fractale, tout entier contenu dans la moindre de ses images. Martelée par trois tambourineurs asiates dans une pénombre solennelle, l’ouverture de L’Île aux Chiens est ainsi, par sa “grandiloquente sobriété”, un minimaliste morceau de bravoure andersonien en même temps qu’une mise en condition du public. Au son mat des percussions, celui-ci entame sa plongée dans un Japon alternatif nuke-punk, synthèse probable entre le bidonville de Dodes'kaden ! et le sur-futurisme c

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Un bon Indien… : "Hostiles"

Western | de Scott Cooper (E-U, 2h13) avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Un bon Indien… :

1892. Peu avant de quitter l’active, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d’un voyage agité, il révisera ses opinions. Le western constitue plus qu’un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s’imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l’époque qu’il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l’approche de plus en plus ouvertement nuancée d’Hollywood vis-à-vis de la “Conquête de l’Ouest”. La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du “gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage” a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérind

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Balance ta vulve !

Fanzine | Et hop, un nouveau support qui salit les doigts mais réjouit les pupilles et les esprits : Fanzine Frangine fête ce samedi 10 mars au Livestation DIY la (...)

Sébastien Broquet | Mardi 6 mars 2018

Balance ta vulve !

Et hop, un nouveau support qui salit les doigts mais réjouit les pupilles et les esprits : Fanzine Frangine fête ce samedi 10 mars au Livestation DIY la sortie de son fanzine Balance ta vulve !, où trente illustrateurs, novellistes, graphistes et photographes s'expriment autour de la vulve, of course. Fiesta avec DJ set, expo des œuvres originales mais aussi atelier de tétragravure et performance de poésie sonore sont au programme, le tout dans le cadre du précieux festival de l'édition d'art alternative, Print the Sheet, qui se tient au studio H13 (5 rue de Bonald dans le 7e) jusqu'au 11 mars. On fonce.

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Erik Fitoussi : punk à livres

Portrait | Erik Fitoussi est depuis 18 ans à la tête de Passages, l'une des principales librairies indépendantes lyonnaises. L'indépendance, un mantra qui accompagne le libraire depuis sa première vie au sein de Marie et les Garçons, totem de la mouvance punk locale, qui en deux ans d'existence à peine se bâtit un destin culte et tutoya la légende.

Stéphane Duchêne | Mardi 6 mars 2018

Erik Fitoussi : punk à livres

Difficile quand on voit Erik Fitoussi se confronter à l'érudition d'un Emmanuel Todd ou d'un Éric Vuillard à la Librairie Passages où il anime parfois des rencontres et dont il est le propriétaire, d'imaginer qu'il y a presque quarante ans, ce libraire bien connu des Lyonnais se faisait jeter des canettes (pleines) par le public du festival rock de Fourvière, futur Nuits de Fourvière. De ce concert, Libération tira à l'époque son fameux "Lyon, capitale du rock" dont on se gargarise encore aujourd'hui et Erik Fitoussi un souvenir impérissable. Le jeune homme tient alors la guitare de Marie et les Garçons, groupe culte à la trajectoire de météore formé sur les bancs du lycée Saint-Exupéry à la Croix Rousse. Erik, « pied-noir suédois » (pied-noir par son père, médecin, et suédois par sa mère, laborantine, il est né en Suède

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Partir ! : "Tesnota – Une vie à l’étroit"

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus, int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Partir ! :

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congrégation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs e

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Seule avec le silence : "Hannah"

Portrait | de Andrea Pallaoro (Fr-Bel-It, 1h35) avec Charlotte Rampling, André Wilms, Jean-Michel Balthazar…

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

Seule avec le silence :

L’histoire d’Hannah n’a que peu à voir avec celle de 45 ans sorti en 2016 ; et la forme des deux films diffère. Pourtant, les deux semblent indissolublement liés par la présence de leur interprète féminine commune, Charlotte Rampling. Comme si la comédienne s’appliquait à réunir, dans sa maturité, une galerie de portraits de femmes éprouvées portant haut leur dignité. Des portraits tels qu'elle avait pu esquisser chez Ozon, où elle offre sans fard la dignité de son délitement et qui lui valent aujourd’hui une razzia de prix : après l’Ours d’argent, elle a ici conquis la Coupe Volpi à Venise. Hannah voit ses repères basculer lorsque son époux est incarcéré pour une histoire dont on comprend peu à peu la sombre nature. Mais cette femme droite tente de faire bonne figure, et de ne rien laisser paraître aux yeux du monde… Peu de dialogue et un

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