Aux Bons Sauvages, la carte des vins mérite l'exploration

Restaurant | Un café-concert (since 1670 !) à sept mètres de Lyon, en bord de Saône, avec terrasse, beau bar, source et vins naturels.

Adrien Simon | Mercredi 1 juin 2016

Photo : © Anne Bouillot


Fuir Lyon : prendre l'autoroute du Soleil, et finalement renoncer, à l'entrée du tunnel. Après un audacieux virage à gauche et une ligne droite d'une double encablure, on entre de sept bons mètres dans la Mulatière. Et l'on découvre la terrasse d'Aux Bons Sauvages, avec vue étendue sur Lyon outre-Saône : de la gare de Perrache au néo-quartier Confluence. Le quai des Étroits a beau être passant, on se sent au calme.

L'adresse est (facile) tri-centenaire. Elle fut sans doute entourée de nombreuses guinguettes, aujourd'hui disparues. Après une courte période de fermeture, une troupe de jeunes gens a repris l'affaire. À l'intérieur, la salle du fond, voutée, pierres apparentes (ex-écurie ou stockage à bateau ?) accueille deux-trois fois par semaine des concerts (tout y passe : jazz oriental, rock tzigane, indie folk, fanfare, slam, etc). Sur un mur coule une source... Dans la salle de bar : un zinc, de vieilles tables de bistrot et un poêle à bois fonctionnel.

L'ardoise change toutes les semaines, parfois d'un soir sur l'autre : trois puissance trois choix d'entrée-plat-dessert. Ainsi, pour commencer, un soir de mai, l'on hésitait entre une omelette aux mousserons ou la terrine de volaille de la maison. Ensuite ? Un pavé de bar posé sur des carottes nouvelles et premiers petits pois ; une noix de veau et purée ; une assiette végétarienne, bordélique mais bien garnie. Enfin, une mousse au chocolat et les terribles glaces ardéchoises de Terre Adélice ; face à une jolie tarte aux fraises et rhubarbe — merci le printemps. Yann, cuisinier, ex-Villaret à Paris, travaille autant que possible des produits du coin. Les asperges et les fraises descendent des Monts du Lyonnais, la carpe, quand il y en a, vient des Dombes.

Nous avons donc un endroit où il fait bon traîner, une cuisine qui fait le taf, et, cerise sur la gâteau, une sélection de vins bio, biodynamiques, et la plupart sans additifs, qui mérite une exploration poussée. En Loire (le département, pas la région viticole), vit un vigneron qui exploite du Gamay et des coteaux de Saint-Jo. Il s'appelle Daniel Sage et l'on boit ses bouteilles à de bonnes tables — jusqu'à Stockholm ou Copenhague. Mais pas besoin d'aller si loin : on les trouve dans cette auberge de bord de Saône, au milieu d'une sélection de vignerons "amis" — citons Philippe Bornard du Jura et son savagnin "les Chassagnes" ou "C'est pas la mer à boire" du Domaine du Possible, en Roussillon. Pour les allergiques au raisin, bière du beaujolais l'Affoleuse ou jus de fruits de la ferme bio Margerie. Alors, fuyons Lyon !

Aux Bons Sauvages
2 quai Jean Jacques Rousseau, La Mulatière
Tél. 09 83 46 20 56

Du mardi au samedi de midi à 14h30 ; du jeudi au samedi de 19h00 à minuit

Bouteilles de vin : 21-55€ ; au verre : 4-5€ ; entrées et desserts 5-7€, plats 14-18€ ; formule déjeuner 17, 5€

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Rue Hippolyte Flandrin, la fête des voisins

Restaurants | La Martinière s'impose comme un quartier de choix pour faire bonne chère. Alors que l'on attend l'ouverture prochaine de la Halle, tout juste rénovée, la toute proche rue Hippolyte Flandrin a vu éclore, depuis la rentrée, de nouvelles adresses.

Adrien Simon | Mardi 28 novembre 2017

Rue Hippolyte Flandrin, la fête des voisins

La ruelle était déjà bien connue des amateurs de cocktail, de fromage et de cuisine branchée. Sur le même trottoir, on y trouve alignés : La Bijouterie, servant la bouffe mode d'Arnaud Laverdin, à sa gauche les délicats frometons du B.O.F. de la Martinière, voisinant L'Antiquaire, fameux repère mixologique. Que demander de plus ? Une boulangerie ? Le pain au levain d'Antoinette vient de prendre position en face. À ses côtés, c'est Hector qui régale depuis le mois de septembre : un restaurant dit de "partage". On y trouve en cuisine, alternativement, Laura Zani et Phanara Sok. L'une est diplômée d'école de commerce, le second fut ingénieur, les deux se sont convertis à la cuisine, qu'ils apprirent d'abord au Greta avant de faire leurs armes culinaires à Paris (les Climats, le

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Chateauneuf du Peuple : mieux vaut boire du rouge que broyer du noir

Caviste nature | Dans le quartier de Saint-Jean, se niche un esthète libanais nommé Mahdi qui saura trouver le bon canon d'artisan à écouter en buvant un Charles Mingus millésimé. Ou l'inverse, c'est selon.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 novembre 2016

Chateauneuf du Peuple : mieux vaut boire du rouge que broyer du noir

Nous : « Alors je voudrais un rouge, genre… » Mahdi : « Goûte ce pétillant plutôt ! » Le fond du verre accueille le breuvage avant notre phrase finie. Nous goûtons, approuvons. Mahdi complète alors le verre. Mahdi Hachem n’est pas là pour nous servir l’apéro : il est en mission, pour faire découvrir tout un monde ; et raconter l’histoire des gens qu’il aime — les vignerons, les musiciens — par les breuvages qu’il sert, par le jazz se lovant dans sa petite échoppe. Sa propre histoire aussi, par ricochet. Et il aime commencer par le début, comme toute bonne histoire, qu'elle se conte, ou qu'elle se boive. Car même si nous passions la première fois boire un seul verre en solo, nous avons été capturés (comme bien d’autres) par l’atmosphère peu commune de ce spot à la déco iconoclaste (le maître de la demeure s'adonne aussi à la peinture), par l'amour qui s’en dégage, par l’histoire contée ce jour-là par un tenancier pas tout à fait comme les autres et ne respectant surtout aucune des conventions en usage habituellement dans un tr

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Le vin fait de la résistance

Le Mois du Vin Naturel | Trois salons dédiés, des dégustations, des fêtes, des dédicaces d'ouvrages : durant un mois, à Lyon, le vin naturel est à l'honneur... Le vin quoi ?

Adrien Simon | Mercredi 2 novembre 2016

Le vin fait de la résistance

On perdrait son temps à chercher la définition stricte (ou pire, le cadre légal) du vin naturel : il n'en existe pas. On parle aussi bien de vin nu, nature, vivant, rebelle, pour qualifier l'œuvre de vignerons dont on peut dire, minimalement, qu'ils sont en rupture avec le mode de production conventionnel. La culture de la vigne est aujourd'hui une grande consommatrice de pesticides (20% des stocks utilisés par l’agriculture française, pour à peine 4% des terres cultivées). Et la fabrication du vin autorise l'usage de 47 additifs différents. Les vignerons nature — et c’est ce qui a priori les rassemble — ont pris le parti de ne plus jouer aux apprentis-chimistes. Ils refusent l’usage de produits nocifs dans les vignes et l'interventionnisme durant la vinification. Et sont tentés de ne pas filtrer, ni sulfiter, leurs nectars lorsqu'ils les mettent en bouteille. Sébastien Milleret, caviste à la Croix-Rousse (Ô vins d’anges) rappelle le cercle vicieux de l'agro-industrie : « traiter chimiquement la vigne induit des effets de bord : le cycle de la plante est déréglé, on obtient des raisins carencés ; il faut ensuite rattraper les dégâts... avec des béq

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Antonin Iommi-Amunategui : « Boire du vin naturel, c'est changer la société un verre après l'autre »

Sous les pavés, la vigne | Instigateur des salons Rue89 des vins naturels à Paris et Lyon, blogueur engagé sur No Wine is Innocent, auteur du séminal Manifeste du Vin Naturel (aux éditions de l'Épure), co-fondateur du crew Nouriturfu visant à provoquer la jouissance des palais, organisateur des iconoclastes Nuits des Vins Nus, Antonin Iommi-Amunategui nous expose sa concrète utopie.

Sébastien Broquet | Mercredi 2 novembre 2016

Antonin Iommi-Amunategui : « Boire du vin naturel, c'est changer la société un verre après l'autre »

Un an après la parution de ton Manifeste pour le vin naturel, quelles évolutions vois-tu ? Antonin Iommi-Amunategui : Le vin naturel grignote chaque jour du terrain : on ne le trouve plus seulement dans les bars à vin urbains, mais jusque dans les supermarchés — à tout le moins des vins qui se prétendent naturels — et les guides ou revues tradi du vin. Il est là et on ne le délogera plus. Reste à savoir s'il va enfin acquérir une existence officielle, et le cas échéant, selon quels critères. On voit aussi arriver la récupération : pour la première fois, une grande surface proposait du vin naturel dans sa foire de septembre. Oui, en réalité, ce n'était pas tout à fait la première fois. Mais c'est la première fois que c'était présenté de manière aussi claire. Alors évidemment, attention, il ne s'agissait que de pseudo-vin naturel ; des vins qui jouent avec les codes de ce mouvement pour s'en approprier l'image et, éventuellement, la niche commerciale. Le vin naturel, c'est encore quelque chose de très flou pour la plupart des consommateurs. Du coup, c'est facile pour un industriel pinardier de se g

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Voilà l'été : un jour, une sortie #6

Saison Estivale | Durant toutes les vacances, c'est un bon plan par jour : concert ou toile, plan canapé ou expo où déambuler.

La rédaction | Jeudi 11 août 2016

Voilà l'été : un jour, une sortie #6

36 / Mercredi 10 août : cinéma C’est quoi cette famille ?! Un titre à la Nicole de Buron, un sujet à la Patrick Braoudé, un décor des plus banals dans lequel des enfants bien peignés, lassés de transbahuter leurs affaires d’une famille recomposée à l’autre, décident d’investir en colocation “sauvage” le vaste et cossu 7 pièces de la rue Turgot, inoccupé depuis qu’une aïeule a eu l’infortune de décéder. (lire la suite de l'article) 37 / Jeudi 11 août : cinéma L’économie du couple Déjà qu’il est peu plaisant d’être le témoin privilégié d’une dispute de couple ; alors imaginez une compilation de soupe à la grimace, d’arguties fielleuses, de museaux bouffés servie par un duo jamais à court de reproches mutuels, achoppant sur sa séparation à cause d’une appréciation différente de la valeur du domicile conjugal.

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Avec Terre Adélice et La Fabrique Givrée, t'es glacé !

Les Meilleurs Glaciers | L'été arrivé : besoin de gourmandises glacées. Les deux meilleurs fournisseurs de la ville (voire plus) sont dans la même rue. Enchaînez les deux...

Adrien Simon | Mardi 12 juillet 2016

Avec Terre Adélice et La Fabrique Givrée, t'es glacé !

La Fabrique Givrée Une nouvelle boutique jaune pétant vient de s'installer dans le Vieux Lyon. Ici, on s'appelle modestement "artiste glacier" et on entend "redonner du sens" à la double boule (4, 70€) et au dessert à l'assiette (en carton, 10€). Les ingrédients de base viennent d'Ardèche : le lait pour les glaces, l'eau pour les sorbets, les fruits rouges. Pour le reste (les 22 parfums), on nous parle de beaux produits et on y croit : glaces aux noisettes du Piémont ou à la vanille de Tahiti, sorbets au jus de pommes d'Ardèche ou aux mangues d'Inde. Quant aux "créations", elles sont mimis, comme J'en suis baba : une boule de fraise, une boule de pèche-verveine, un baba imbibé de rhum et jus de citron vert, des morceaux de fraise et une bonne dose de chantilly. 66 rue Saint-Jean, 5e www.lafabriquegivree.com Terre Adélice Depuis six ans l'on voit tous les étés la file d'attente se reformer, au même endroit. Ici, des coupes kitscho-classiques : trois boules, des fruits frais découpés, de la chantilly ou diver

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