Serge Rosenzweig a le sens de l'ordre

La Galerie du Désordre | La boutique du discret Serge Rosenzweig, ancien peintre-décorateur à la Comédie française, est un ovni dans le paysage artistique lyonnais. Dans un esprit de cabinet de curiosités, il mêle les objets décalés et poétiques de l’Europe du XXe siècle.

Julie Hainaut | Mardi 7 juin 2016

Photo : © Anne Bouillot


Elle est là, toute petite, noyée entre un poisson craquelé des années 30 signé Lejean, un chat à trois pattes du céramiste Fillon, des bijoux vintage de couturier et un luminaire en fer forgé des années 40. Elle nous fixe, nous fait de l'œil, même, et semble, depuis la vitrine, nous sommer de franchir la porte de cette petite galerie. On s'exécute. À l'intérieur se dresse l'élégant et affable Serge Rosenzweig, tout sourire. Le galeriste, designer et ancien peintre en décor de théâtre aux Ateliers de la Comédie Française, met en scène des objets qu'il chine avec soin.

Il écume brocantes, marchés aux puces et autres salles des ventes à la recherche d'objets raffinés, chic et parfois désuets. « J'aime le fait de ne jamais savoir ce que je vais acheter et à qui je vais le vendre. Après des années de métier, je suis toujours surpris de la manière dont certaines personnes entrent dans la galerie et filent vers une pièce bien précise. » Comme nous, happés par cette petite chouette toute ronde, en céramique, qui ne cesse de nous fixer, et avec laquelle on repartira.

Un joyeux désordre

Le Larousse est formel. Le désordre est « l'absence d'ordre, l'état d'un lieu où les choses ne sont pas à leur place. » Mais la Galerie du Désordre est la preuve que l'ordre n'est qu'une question de point de vue : le désordre peut être ordonné. Dans la maison de Serge Rosenzweig, les bibelots, pourtant de provenances, de styles et d'époques différentes (des années 1900 à 1970), ont une place bien déterminée et cohabitent en parfaite harmonie. « Je suis comme un fleuriste. Composer un bouquet à partir d'un seul type de fleurs m'ennuie énormément. J'aime l'éclectisme. » Son bouquet parfait ? « Des objets qui ne sont pas nécessairement nés pour être ensemble mais qui, par la magie des couleurs ou par une concordance de formes, s'imbriquent parfaitement. »

Dans son joyeux désordre coloré — les murs sont oranges, verts et bleus —, cet agitateur de fleurs crée de multiples passerelles : entre l'art populaire et contemporain — dont les tableaux de Kevin Wandrol et Jean Di Palma, les scarabées de Géraldine Bour et Stéphane Barry — ; ou entre des céramiques de Vallauris et des luminaires des années 40 à 60 (dont les abat-jours ont été restaurés par la pro en la matière, la lyonnaise Marie Sapet).

Chaque semaine, il rajoute des objets (toujours en bon état), change la scénographie, redonne vie à des pièces vintage inattendues et singulières. Ses prix sont accessibles (de 20 à 300 euros), son œil est affûté, ses conseils avisés et son bon goût vient tout juste d'être repéré par la célèbre marque italienne haut de gamme Boffi qui l'a mandaté pour réaliser une scénographie dans son showroom lyonnais.

La Galerie du Désordre
1 rue Vaubecour, Lyon 2e
Tél. : 06 16 46 02 94
http://galeriedudesordre.tumblr.com/

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Jeune Public / «Sur scène dans trente minutes». Voilà ce qu'énonce le régisseur aux quatre comédiens sur le plateau mais méfiance, les spectateurs ont en fait vue sur les coulisses. Christian Duchange, metteur en scène auréolé du premier Molière décerné à la catégorie jeune public en 2005, a passé commande au jeune et déjà classique Fabrice Melquiot pour créer un spectacle sur ce qui se passe derrière le rideau de scène. À mille lieues d'une démonstration pédagogique sur le métier d'habilleur ou de maquilleur, Melquiot signe un texte un peu «barré» voire surréaliste, rappelant qu'il est également auteur de poésie. Discutant de leurs angoisses, les quatre protagonistes démystifient le théâtre et font valdinguer des poncifs : non la vie de bohème d'une tournée n'est pas toujours réjouissante, non derrière les accolades, la grande famille du spectacle n'est pas forcément soudée. Toutes ces divagations commencent sur une lunette de WC, un cabinet de curiosités à lui seul. C'est dans cette intimité-là qu'une comédienne dit s'inventer des histoires pour conjurer le trac. Melquiot a alors l'audace de laisser filer son imaginaire qui mène ses personnages-explorateurs sur l'île de la supers

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