Fred Mortagne : « Les skateurs à Lyon, c'est une grande communauté, solidaire »

Culture Skate | À l'occasion de l'exposition de photographies signées Fred Mortagne, coup de projecteur sur la culture du skate à Lyon et son rayonnement international.

Corentin Fraisse | Mardi 30 mai 2017

Photo : © Fred Mortagne


En novembre dernier, un vaste projet de réfection et d'amélioration des lieux stratégiques (pour le tourisme) de la Presqu'île cherchait à évincer les skateurs du centre-ville. Dans le dossier de presse listant les travaux à réaliser, il était écrit « insertion de dispositifs anti-skate ». Cette annonce provoqua une levée de bouclier de la part de la communauté lyonnaise : les skateurs craignant surtout pour un de leurs spots mythiques, la place Louis Pradel (rebaptisée "HDV" pour Hôtel de Ville). Ils lancent alors la pétition "Save HDV", signée par plus de 12 000 personnes. Depuis, ils ont obtenu une réunion avec la Métropole, ont présenté un dossier clair et argumenté. La discussion avec les élus est, de l'avis des deux parties, constructive, et des compromis sont trouvés. Les riders seront consultés et associés au processus de reconstruction de la place, comme d'autres sites.

Cet épisode met en pleine lumière une communauté skate bien vivante, qui a écrit son histoire dans la ville, y possède une culture propre et tient à la conserver. Le skateboard vit une histoire passionnée avec la capitale des Gaules : c'est ici que des skateurs professionnels comme JB Gillet, Flo Mirtain ou le jeune Aurélien Giraud (qui intègre l'équipe de France pour la première compétition de skate aux JO de 2020) ont fait leurs preuves avant de connaître un succès international. C'est ici que sont nées les marques Cliché ou Antiz Skateboarding.

Lyon est devenue une place forte de la discipline sur la scène européenne, notamment grâce à ses spots célèbres : la place Louis Pradel bien sûr, avec son revêtement usé, ses curbs et sa pyramide, mais aussi le skatepark de Gerland, le bowl de la Guillotière et le Lyon 25. Ça ne vous dit rien ? C'est le nom donné par les skateurs du monde entier aux 25 marches de la Cité Internationale, réputées infranchissables. Fin 2015, après plusieurs tentatives, l'américain Aaron "Jaws" Homoki rentre un ollie monumental et surmonte cet obstacle, qui avait résisté à la légende Ali Boulala treize ans plus tôt, dans une vidéo restée mémorable.

Rassembleur

Cet instant magique, c'est le Lyonnais Fred Mortagne alias "French Fred" qui l'a immortalisé. Mondialement reconnu pour des vidéos tournées ici pour des grandes marques de glisse, puis partout dans le monde, il a grandement contribué à faire connaître Lyon aux skateurs du monde entier :

les mecs que j'ai connu à HDV venaient de tous horizons et de tous les métiers. C'est un ensemble d'acteurs très différents, qui se rassemblent autour du skate. C'est une grande communauté, solidaire, et c'est aussi ce qui fait sa force.

Il insiste sur les valeurs d'ouverture et de partage :

quand tu es skateur, tu vas dans des beaux quartiers jusqu'aux zones industrielles, ou dans les cités. C'est ce qui fait la richesse du skate : tu te confrontes à toute la diversité sociale, tu n'es pas enfermé dans ta propre catégorie.

Le skateboard diffuse des ondes positives et n'est plus seulement considéré comme une nuisance visuelle et sonore.

Kevin est l'ancien responsable d'un des nombreux skateshops de Lyon (notamment ABS, Namasté, Wall St. ou CDK). Il a pu constater l'ampleur du phénomène, qui s'étend aussi au-delà du sport depuis quelques années :

j'ai vu passer des tonnes de gamins qui faisaient passer le look avant le skate. Les mecs avaient les dernières Osiris D3 qui coûtaient un bras, un gros baggy Volcom, mais n'étaient jamais montés sur une planche.

Solidaire

Il a vu passer tous types de clients : des skaters "core", qui usaient leurs boards jusqu'à la rupture, avec aux pieds des shoes rapiécées à la Shoe Goo (pâte réparatrice pour les chaussures), jusqu'aux ados qui venaient le samedi en compagnie de papa et de son American Express pour s'offrir un nouvel ensemble board+shoes, à fréquence régulière.

L'évolution continue. Longtemps marginalisé, autrefois contre-culture, le skate est aujourd'hui beaucoup plus accepté, et cette hype dépasse le contexte du sport. En voyant la réaction qu'a provoquée l'annonce des travaux sur la place Louis Pradel, on prend conscience que les différentes cultures skate se retrouvent autour des sujets qui importent. Avec une communauté hyperactive et fière de son histoire, Lyon s'installe durablement comme une place forte de la planète skate.

Lexique

Rentrer un ollie : Réussir le ollie, soit la figure de base qui consiste à sauter en même temps que sa planche

Bowl : Piscine ronde sans eau mais avec des courbes

Trick : Figure, en français

Curb : Sorte de rebord où l'on peut facilement glisser

Core : Synonyme de puriste. Le skatecore est un genre musical lié au skate


Fred Mortagne


Bibliothèque du 1er 7 rue Saint-Polycarpe Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Quand le skate s'expose

Photographie | Fred Mortagne a bientôt 35 ans de skate dans les pattes. Le réalisateur et photographe lyonnais, connu et respecté à travers le globe, a contribué à faire connaître les spots de sa ville sur la scène internationale. Il présente une exposition intitulée "Allez jouer ailleurs!", dans le cadre du festival Aperçu dédié à la photo argentique.

Corentin Fraisse | Mardi 30 mai 2017

Quand le skate s'expose

Positivité « Quand j’ai commencé place Louis Pradel, on nous disait toujours d’aller skater ailleurs. À l’époque, les gens nous prenaient pour des glandeurs. » En réunissant, pour l’occasion, quinze ans de photographies prises à Lyon puis tout autour du monde, French Fred aimerait aider le skate à se débarrasser de ses représentations négatives. Pour montrer toute sa richesse, promouvoir les valeurs de partage et d’ouverture qui sont intrinsèquement liées à sa pratique. Prouver que le skate développe des potentiels. « Cela m’a beaucoup appris, m’a permis de voyager et d’apprendre la positivité. » Créativité En présentant ces photographies en dehors de la communauté skate, l’idée est d’ouvrir cette culture à un plus large public. Fred Mortagne prend le contrepied du titre de l’exposition : « ces photos ont été prises dans des endroits improbables, parfois hors des centres-villes, dans des spots naturels. » Le rêve de tout skateur qui aime le challenge, puisque skater dans la rue c’est s’adapter au terrain. « C’est ce qui va contribuer à faire naître de la créativité chez le skateur. »

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David Kimelfeld : « Dans des lieux déjà existants, on peut développer des concepts nouveaux »

Politique Culturelle | Il est le dauphin désigné, celui que Gérard Collomb a choisi pour lui succéder à la mairie de Lyon. David Kimelfeld, actuel maire du 4e arrondissement, est toujours resté discret question culture. Il a inauguré ce mois-ci un concept de scène ouverte à la Maison des Associations et s'est connecté aux pratiques urbaines du street art et du skate : mots choisis.

Sébastien Broquet | Mardi 9 mai 2017

David Kimelfeld : « Dans des lieux déjà existants, on peut développer des concepts nouveaux »

Vous inaugurez un concept de scène ouverte à la Maison des Associations... La Maison des Associations fonctionne de manière classique : on y empile des activités, parce que les gens ont besoin de créneaux horaire pour faire leurs réunions, des répétitions... Cette maison-là, pour qu'elle mérite son nom, il fallait lui donner du sens et une identité : comment faire, comment la rendre utile aux associations au-delà des bureaux temporaires ? On en a déjà fait un lieu de vie, avec un bar, un babyfoot, on a voulu l'animer pour le rendre convivial, avec des rencontres, des cafés-débats. Maintenant, les gens qui ont une activité là-bas se croisent. De là, l'idée a germé de le mettre à disposition d'équipes émergentes dans la culture, pas forcément intégrées dans des réseaux, qui cherchent des lieux sans savoir forcément à qui s'adresser. Des gens ont besoin d'un lieu pour montrer ce qu'ils savent faire, dans le domaine de la musique mais aussi du théâtre ou de la lecture publique : tous les arts sont possibles. On a donc équipé le lieu, pour faire de la musique. On met aussi à disposition de la communication, nos réseaux. Et on va réfléchir à ce que l'on

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HDV : un spot de skate mondial menacé

Hôtel de ville | "HDV" pour "Hôtel de Ville" désigne un spot de skate qui se trouve place Louis Pradel, dans le 1er arrondissement. Lyon aurait de quoi en être fière, du fait de sa réputation internationale, mais les élus de la Métropole ont décidé d’éloigner les skateurs de cet espace qu’ils fréquentent depuis 30 ans.

Dalya Daoud / Rue89Lyon | Mardi 29 novembre 2016

HDV : un spot de skate mondial menacé

C’est un vaste projet de réfection et de pimpage des points stratégiques de la Presqu’île. Parmi ceux-ci, sur la colonne vertébrale de cet hypercentre urbain, on trouve la place Louis Pradel, là où une troupe de riders se donnent rendez-vous quasiment tous les jours, quelle que soit la météo. Ils ont rebaptisé l’endroit "HDV" (pour "Hôtel de Ville", le bâtiment municipal se situant à deux pas), et depuis plusieurs mois les acteurs du skate fréquentant la place parlaient de rumeurs concernant le projet de les en chasser bientôt. Cela n’a plus rien d’un bruit infondé : le chantier sera lancé de manière imminente, pour être achevé au second semestre 2017. C'est indiqué en toutes lettres sur le dossier de presse listant les travaux à venir : « Insertion de dispositifs anti-skates. » La Métropole de Lyon, après avoir fait la sourde oreille, a finalement reçu le collectif monté pour défendre le spot lundi dernier, faisant savoir à l’issue de

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Du colosse en tenue de marin Harry Merry (dont on a découvert la glam-pop pouet-pouet en première partie d'Ariel Pink) au guitariste-chanteur du duo garage rock Nancy, sorte de Jean-Claude Dusse à bouclettes attifé comme un real life superhero fauché, on pensait avoir notre content de musiciens atypiques pour la saison. A tort. Car voici qu'approche la 6e édition de Funambals, au cours de laquelle se produiront les Longskateurs, duo composé d'un joueur de vielle électroacoustique et d'un accordéoniste unis par une même passion, notamment vestimentaire, pour la board culture. D'une impulsivité d'ordinaire plus associée au rock'n'roll («Branchez la guitare (…) Un, deux, trois, quatre !», vous voyez le topo), ces deux-là pourraient cristalliser à eux seuls l'étonnante modernité qui est celle des musiques traditionnelles – et par extension de ce grandissant festival, qui les promeut le temps de bals aux airs de rave parties chorégraphiées – depuis que, dans les années 70, quelques hurluberlus se sont mis en tête de les interpréter en civil et à l'aune des avancées mélodiques et techniques de leurs voisines populaires.

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