Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Restaurant | Un néotorréfacteur vénissian deale désormais ses grains sur les Pentes. À accompagner d'une nourriture d'inspiration street et asiatique.

Adrien Simon | Mardi 14 janvier 2020

Photo : © Benoît Gomez-Kaine


Les années 10 du XXIe siècle auront chamboulé le contenu de nos verres, chopes, mugs, tumblers et tasses. Discrètement (on boit toujours les mêmes breuvages), mais durablement : ce fut l'explosion du vin nature, des brasseries artisanales, des cocktails d'auteurs, et puis d'une nouvelle forme de torréfaction. Concernant le café, le ravalement avait débuté lors de la décennie précédente. Notamment outre-Atlantique où l'on nomme ça la « troisième vague ». Un genre de reboot de ce qui fut engagé dans les années 60 par des hippies-torréfacteurs contre l'industrialisation du petit noir (et qui donna malheureusement Starbucks à la fin). Renouveau à la fois en ce qui concerne le produit (pousser plus loin le sourcing des grains, adapter la torréfaction à ces derniers, et développer différentes extractions) et le way of life associé (le néo-kawa américain est indissociable du laptop). S'il y a dix ans les sceptiques pouvaient réduire ce nouvel élan à une mode pour hipsters, il est difficile aujourd'hui de ne pas voir un mouvement de fond : c'est en tout cas ce que considèrent les géants de l'agro-alimentaire (qui investissent à fond, aux US, dans d'ex-petits artisans), autant qu'Alain Ducasse (qui vient d'ouvrir sa propre Manufacture à Paris).

Il faut enfin admettre que le café, quand il est issu de petites productions, torréfié plus doucement mais à cœur, extrait par des machines à espresso ultra-modernes ou simplement par filtration, est infiniment meilleur que le Richard du comptoir.

Ce qui sort de la terre

Si les grands noms français du nouveau café sont parisiens, Lyon n'est pas non plus à la ramasse, loin de là. Grâce notamment au torréfacteur Mokxa qui débuta en 2011, ouvrit avec succès un coffee shop précurseur place du Forez, et conquit rapidement les tables des restos à la mode. Julien Da Silva, qui était destiné à devenir architecte mais préféra se lancer dans l'arabica, a connu de l'intérieur les premiers pas de Mokxa : « on n'avait pas de formation, on tâtonnait en réalité, on faisait beaucoup de tests ». En 2016, alors que les torréfacteurs commencent à se multiplier dans l'agglomération, et qu'il est plus sûr de lui, il crée Placid Roasters à Vénissieux. Et fournit des pros avec ses grains, toujours issus d'une seule parcelle, et torréfiés de manière à en soutirer, espère-t-il, « ce qui sort de la terre ». Pour faire connaître sa came au grand public et pour réaliser un projet avec un ami de longue date, Adrien Fabius, il vient d'ouvrir un coffee shop, rue Leynaud. Ce qui lui permet d'appliquer son perfectionnisme au dernier maillon de la chaîne, l'extraction. Avec l'aide de machines clinquantes : moulin allemand, « le meilleur au monde » et espresso américaine, idem. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut manger ici autre chose que des scones ou du carrot cake. Puisqu'Adrien, passé par les cuisines de l'Adams à Bellecour et de l'Olympique Lyonnais, confectionne une cuisine viandarde d'inspiration asiatique. « On voulait sortir du cliché anglo-saxon ou healthy », dit-il, ce qui donne, entre autres : le fameux phở, avec du black angus en lamelles et en boulettes nageant dans la soupe aux nouilles ; des banh mi briochés et un poireau-vinaigrette au yuzu ; et un bizarre dessert vietnamien aux perles de lotus, tapioca, soja et.. algues. Aussi, pour faire une entorse à l'arabica, quelques très jolies bouteilles de vin nature, chinées aux Vins d'Anges.

Placid
23 rue René Leynaud, Lyon 1er
De 9h à 19h, fermé le lundi
Espresso 2€, filtre 4€, entrée-plat-dessert 20-28€

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La pause s’impose : "7 Minuti"

Social | de Michele Placido (It-Fr-Sui, 1h28) avec Ottavia Piccolo, Anne Consigny, Clémence Poésy

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

La pause s’impose :

Dilemme pour un groupe de délégués du personnel, qui doit statuer sur l’abandon de sept minutes de pause déjeuner en échange du sauvetage de son usine. Tel est le marché pervers proposé par leur future actionnaire majoritaire. La division s’installe parmi les salariés et salariées… Mettons au crédit de Michele Placido l’idée de transposer ce fait social survenu à Yssingeaux en Italie puisque le capitalisme n’a pas de frontière, et la pertinence d’en faire un huis clos : cette situation d’un choix cornélien — face à un marché de dupes ! — renvoie à 12 hommes en colère. Les similitudes s’arrêtent là. Du fait de sérieux problèmes d’écriture, dont de grotesques effets de suspense théâtraux destinés à différer la divulgation de la fameuse mesure (on se croirait dans Le Prénom) ; à cause également de quelques personnages féminins au-delà de la caricature et d’une mise en scène contemplative là où du vif aurait été nécessaire, on s’agace au lieu de compatir. Un grand sujet potentiel, qui sans doute eût été plus à sa place sur les planches, devien

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L’Ange du mal

ECRANS | De Michele Placido (Ita, 2h05) avec Kim Rossi Stuart, Filippo Timi…

Dorotée Aznar | Mercredi 31 août 2011

L’Ange du mal

Après Romanzo Criminale, Michele Placido poursuit son exploration de la criminalité italienne avec ce biopic de Renato Vallanzasca, gangster aussi dangereux que charismatique campé avec beaucoup de conviction par Kim Rossi Stuart. La bonne nouvelle, c’est qu’en dehors de quelques montages syncopés et tape-à-l’œil, le réalisateur arrête de se prendre pour Scorsese et resserre sa mise en scène sur son personnage principal. La mauvaise, c’est que cette sobriété entraîne une absence de point de vue dommageable. L’Ange du mal se contente d’aligner les faits sans jamais les réfléchir, les inscrire dans une quelconque évolution ou tenter de percer les motivations de son antihéros. Braqueur et détenu violent, tueur de flics, fille de l’air devant l’éternel mais pas si mauvais bougre (!), Vallanzasca, dans le film, n’agit finalement que par simple pragmatisme. En taule, il cherche à s’évader ; en liberté, il redevient un criminel. Voilà le constat, pour le moins sommaire, dressé par L’Ange du mal… François Cau

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The American

ECRANS | George Clooney, tueur à gages américain mélancolique, effectue sa dernière mission en Toscane : un polar atmosphérique et cinéphile signé Anton Corbijn. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 20 octobre 2010

The American

The American part d’un archétype éculé : le tueur à gages qui cherche à raccrocher les gants et accepte une ultime mission avant de redevenir anonyme. Pour compléter le cliché, ledit tueur est américain, peu loquace et très séduisant (normal, c’est George Clooney en mode Samouraï qui l’incarne). On le découvre d’abord en Suède dans un chalet enneigé, au lit après l’amour avec une superbe créature, qui se fera descendre quelques plans plus loin. Anton Corbijn (qu’on n’attendait pas ici après son superbe Control) privilégie le mystère et l’atmosphère sur l’intrigue, dont le déroulé respecte là encore à peu près tous les lieux communs du genre. D’abord détaché affectivement, le héros finira par s’éprendre d’une prostituée italienne rencontrée dans cette Toscane automnale où il accomplit son dernier contrat ; et il soupçonne que ceux qui le traquent sont peut-être ceux qui l’ont engagé. Beauté volée En fait, derrière cette panoplie de film noir appliqué, Corbijn se livre à une pertinente expérience de cinéphile. Prenez un corps marqué par le cinéma américain (le tueur Clooney) et faites-le naviguer dans des références venues du ci

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