Les makis locaux de Lipopette

Restaurant | Des sushis, plutôt des makis, et des bols de riz, appelés donburi, garnis d'ingrédients d'ici.

Adrien Simon | Jeudi 22 octobre 2020

Photo : © Mona Bonetto


Ils nous avaient déjà fait le coup avec la pizza. C'était chez Hape (anciennement Harvest) rue Flandrin dans le 1er. L'idée ? Utiliser des produits locaux, bio et de saison, pour un resto qui est italien du côté des recettes, pas du côté des ingrédients (farine de l'Ain, leur huile d'olive de Nyons, jambon du Rhône, etc.) La même équipe voit double, en ouvrant en face un comptoir à sushis. Même ambition : non pas perfectionner la tradition japonaise (est-ce seulement possible ?) mais l'adapter à des produits d'ici.

Des rouleaux californiens

Leurs bouchées sont des makimono, pour être précis des rouleaux californiens. Cette variété de sushi vient des 70's et de la côte ouest américaine — plus certainement de Vancouver que de L.A., d'ailleurs. Là-bas un Japonais avait compris que les Nord-Américains n'aimaient guère le poisson cru et les algues. Il remplaça le premier par du crabe et de l'avocat, cacha le nori à l'intérieur, et ajouta de la mayonaise — le sushi occidentalisé était né.

Chez Lipopette on pratique aussi le maki à l'envers, où la feuille d'algue, de Bretagne, s'insère dans une coque de riz, et enserre un morceau de truite bio du Vercors préparée en gravlax, avec mayo au paprika fumé, concombre (car on refuse ici les avocats) et oignons grillés ; ou bien en version vegan : tofu mariné à la citronnelle, wasabi, graines de sésame, et caviar de légumes (de chez Agriz). Les 8 makis (7€) s'arrosent d'une sauce maison au miso de bourgogne (de chez Kura) et réduction de jus de légumes. Côté dessert (7€) on s'éloigne du Japon avec un excellent sablé breton, surmonté d'une sorte de ganache au chocolat blanc Valrhona, et confiture de rhubarbe. Aussi, une carte de bières régionales.

Lipopette
17 rue Hippolyte Flandrin, Lyon 1er
Au déjeuner du jeudi au lundi, et le soir (hors alerte maximale)

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L'Odyssée d'Obi

Afro Trap | Demandeur d'asile nigérian de 33 ans, dont dix d'une invraisemblable errance entre l'Afrique et l'Europe, Obinna Igwe a fini par se poser et s'apprête à lancer une carrière de musicien dont il n'avait jamais osé rêver. Épaulé en cela par Cédric de la Chapelle, l'homme qui avait découvert Slow Joe. Il a accepté de nous raconter son histoire.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 octobre 2020

L'Odyssée d'Obi

« J'ai grandi au Nigeria, à Abakliki ». Ainsi Obinna Igwe, dit "Obi", commence-t-il, assez logiquement pense-t-on, le récit d'une vie qui l'a mené jusqu'à Lyon. Mais, dans la seconde, il se raccroche à ses premiers mots et nous fait comprendre en une phrase ce qui porte les hommes et les femmes qui traversent les continents et les mers pour un peu d'espoir : « en fait je n'ai pas grandi au Nigéria, j'y ai survécu, c'est après que j'ai grandi ». Il a pourtant déjà 23 ans lorsqu'il quitte son pays. Sa vie est une histoire comme on en entend rarement, peut-être parce qu'on oublie un peu facilement de prêter l'oreille. C'est celle de milliers de migrants dont certains ne voient pas la fin du voyage. S'il est possible de survivre — et encore — dans le pays le plus peuplé d'Afrique — 203 millions d'habitants, 24 villes de plus d'1 million d'habitants —, la vie y est une chimère, la violence endémique, et l'école accessible à ceux qui ont un peu d'argent, à ceci près que personne n'en a. « Là-bas, il n'y a aucun espoir d'avenir, aucun rêve n'est possible » raconte Obi qui a perdu son père à l'âge de dix ans. L'espoir ne peut

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Joints, les poings : "La Prière"

ECRANS | de Cédric Kahn (E-U, 1h47) avec Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl…

Vincent Raymond | Mardi 20 mars 2018

Joints, les poings :

C'est la dernière chance pour Thomas. Lourdement dépendant, violent, le jeune homme a accepté une retraite dans une communauté montagnarde dirigée par d’ex toxicomanes n’ayant pour soutien que le groupe, l’amitié et la foi. Il va falloir tenir, avec la prière pour seul expédient. Restant extérieur au protocole, comme un observateur privilégié un brin éthologue, Kahn s’intéresse crûment la trajectoire particulière de son protagoniste durant sa parenthèse thérapeutique hors le monde “ouvert”. Ni prosélyte, ni film à charge, La Prière ne prouve ni n'élucide rien : il montre les effets — placebo ? Sur ce point, chacun se fera sa religion — d’une thérapie par l’ascèse, où une addiction est délogée par une autre (menant du désordre aux ordres), avant d’être chassée par une nouvelle idée fixe, d’ordre sentimental celle-là. Le déclic de la guérison reste aussi brutal dans son mystère que la cristallisation amoureuse ou la survenue d’un miracle : il faut vivre l’événement pour le ressentir ; aussi, les ellipses ménagées par Kahn laissent-elles toute leur place a

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Tous en prière au Comœdia

Avant-première | Inconnu au bataillon jusqu'à présent, Anthony Bajon a été sacré meilleur acteur à la Berlinale pour son rôle de jeune toxicomane dans La Prière. Tourné en (...)

Aliénor Vinçotte | Mardi 6 mars 2018

Tous en prière au Comœdia

Inconnu au bataillon jusqu'à présent, Anthony Bajon a été sacré meilleur acteur à la Berlinale pour son rôle de jeune toxicomane dans La Prière. Tourné en Auvergne-Rhône-Alpes, le film suit l'évolution de Thomas, 22 ans, depuis son arrivée dans une communauté isolée en montagne avec d'anciens drogués, où il découvre le travail, l'amitié et même l'amour. Cédric Kahn montre ici sans prosélytisme aucun la force de la foi et de la prière pour sortir de la dépendance... Il en dira plus lors de cette avant-première, à laquelle il assistera en compagnie de ses comédiens, le nouveau lauréat de l'Ours d'argent et Damien Chapelle — le bien nommé. La Prière Au Comœdia le lundi 12 mars à 20h

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Solution amoureuse en milieu aqueux : "La Forme de l'eau - The Shape of Water"

Guillermo del Toro | Synthèse entre La Belle et la Bête et un mélo de Douglas Sirk, ce conte moderne marque le triomphe de Guillermo del Toro, Lion d’Or 2017 qui signe son film le plus consensuel, sans renoncer à ses marottes arty-trashy. Une transgression homéopathique mais un spectacle impeccable.

Vincent Raymond | Mardi 20 février 2018

Solution amoureuse en milieu aqueux :

États-Unis, début des années 1960. Jeune femme muette menant une existence monotone, à peine égayée par ses caresses matinales et ses visites à son voisin homosexuel, Elisa travaille comme agent d’entretien dans un labo du gouvernement. Un jour, elle entre en contact avec un sujet d’expérience : un étrange être amphibie aux pouvoirs phénoménaux… Une créature que seuls les exclus et/ou les marginaux — les “âmes” innocentes bibliques — ont les ressources affectives pour accueillir et aider ; un méchant (irremplaçable Michael Shannon) ruisselant de cruauté, portant la haine sur son visage et la pourriture au creux du corps… rien de bien nouveau sous la lune, mais on retrouve l’excitation de l’enfant aimant entendre pour la millième fois la même histoire avant de sombrer dans les bras de Morphée. Mémoire de l’eau Guillermo del Toro possède l’art de conter, et

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Être ou avoir l’été : "Les Films de l’été"

ECRANS | Loin des clichés plage/montagne, cet assemblage de deux courts-métrages ultra primés propose deux “faces B” de l’été se déroulant dans des “non-lieux“ de (...)

Vincent Raymond | Mardi 9 janvier 2018

Être ou avoir l’été :

Loin des clichés plage/montagne, cet assemblage de deux courts-métrages ultra primés propose deux “faces B” de l’été se déroulant dans des “non-lieux“ de vacances, avec des personnages pour le moins décalés. L’étrangeté ambiante doit sans nul doute aux ascendances belges des films ; un je-ne-sais-quoi d’absurdité faisant écho à cette intangible sensation que, durant la saison chaude, tout est possible. Et l’éternité, à portée de main. Vague décalque fantaisiste de L’Année dernière à Marienbad croisé avec Le Diable par la queue, Rien sauf l’été projette un jeune homme en recherche de quiétude dans un château en réfection, peuplé d’une famille bizarre mais accueillante. Quant au Temps de l’été, il suit l’autoroute vers le sud de la France en compagnie d’un fils, de son père et du vieux pote suicidaire de ce dernier. Dans les deux cas, les instants de vie se succèdent et s’empilent, sans qu’il y ait forcément d’histoire à raconter : le moment est capturé dans la fugacité de son évocation, comme la fraîcheur d’une glace à l’eau ou la morsure c

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Petit Bulletin Festival #1 : clap de fin !

Pop Contemporaine | La première édition du Petit Bulletin Festival s'est achevé ce dimanche 29 octobre en La Chapelle de la Trinité. Une première réussie avec trois concerts complets mais surtout trois moments hors-du-temps dans la droite ligne de l'ambition du festival : proposer des concerts pas comme les autres. Ce qui fut fait et pas qu'un peu avec Cocoon, Keren Ann et Rover. Petit bilan pour la bonne bouche.

Stéphane Duchêne | Lundi 30 octobre 2017

Petit Bulletin Festival #1 : clap de fin !

Ça y est, c'est terminé et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est passé vite. Le Petit Bulletin Festival s'est achevé dimanche soir après trois soirs de concerts vibrants en une Chapelle de la Trinité comble à chaque fois. De public, mais aussi d'émotions. Tout avait commencé le vendredi soir avec la création opérée par Cocoon et baptisée Chupee Chapel. Accompagné de la pianiste et chanteuse Thea et, sur certains morceaux, du Quatuor Debussy, c'est un Mark Daumail aux anges qui entamait le concert par un Cathedral joué au milieu du public et sans micro, avant de délivrer un mélange des classiques de Cocoon (On my way, Hummingbird, Tell me, Comets, Sushi) et d'extraits de son dernier album, W

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La chapelle de la Trinité : Un cocon pour concerts

Petit Bulletin Festival | Il fallait un écrin pour les voix et les arrangements de Cocoon, Keren Ann et Rover. La Chapelle de la Trinité est indissociable de la délicatesse de ces concerts à venir. Découverte de ce lieu atypique dédié au baroque, classé monument historique depuis 1939.

Nadja Pobel | Mercredi 20 septembre 2017

La chapelle de la Trinité : Un cocon pour concerts

Elle est passée par la Scala de Milan, le Carnegie Hall de New York et pourtant à Lyon, c'est à la Chapelle de la Trinité qu'elle a demandé à pouvoir chanter. Cécilia Bartoli était là le 18 juin dernier pour un récital avec son ami, habitué du lieu, le contre-ténor Philippe Jaroussky. Excusez du peu ! L'acoustique y est impeccable, l'intimité garantie et le décorum impressionnant. En arpentant la salle et ses coursives, Éric Desnoues, directeur artistique qui en a les clés depuis 1999, déroule cette histoire intrinsèque à la ville de Lyon puisque c'est elle qui en 1617 fait sortir de terre cet édifice, destiné à consolider la démarche d'enseignement entreprise plus tôt par des artisans et des commerçants lyonnais du XIIIe siècle qui cherchaient alors à créer une confrérie pour s'entraider, afin de lutter contre les aléas de la vie (maladie, manque d'argent...). C'est ainsi qu'est créé le Grand Collège de la Trinité (actuellement le lycée) avec sa chapelle comprenant dix petites chapelles latérales. Lyon, cette ville alors sans université, est dotée d'un haut lieu de l'enseignement

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Peur de rien

ECRANS | De Danielle Arbid (Fr, 1h59) avec Manal Issa, Damien Chapelle, Paul Hamy…

Vincent Raymond | Mercredi 10 février 2016

Peur de rien

Un quart de siècle s’est écoulé depuis que Danielle Arbid, étudiante venue de Beyrouth, a fait ses premiers pas en France. Un laps de temps suffisant pour qu’elle ose se confronter à son passé dans cette autobiographie romancée — bien qu’elle soit, selon ses dires, fidèle à la jeune femme qu’elle était à l’époque. Voulu plus sensoriel que documentaire, ce film ne peut prétendre à l’exactitude dans la reconstitution d’époque : sur ce plan, citant volontiers Manet, on pourrait le qualifier d’Impressionniste dans l’ambiance, composant un flou global fait d’éléments disparates allant de la musique aux rares accessoires. Il raconte en revanche des choses très intimes sur son auteur : la manière dont elle a été préservée de la guerre du Liban, l’indifférence naïve qu’elle affiche face aux discours politiques/politisés des étudiants français, son ingénuité amoureuse… Plus mainstream dans sa forme que son précédent long-métrage, le très abrupt Un homme perdu (2007), Peur de rien risque cependant de paraître abstrait aux spectateurs n’ayant pas partagé le même espace-temps que la cinéaste : à l’inverse de mai 68 ou de l’Occupa

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Ciné O’Clock : le cinéma britannique au Zola

ECRANS | Prévu du 6 au 14 février au Zola, le festival anglo-irlandais étend son empire. En plus des traditionnelles projections, de sa cargaison d’avant-premières, de (...)

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Ciné O’Clock : le cinéma britannique au Zola

Prévu du 6 au 14 février au Zola, le festival anglo-irlandais étend son empire. En plus des traditionnelles projections, de sa cargaison d’avant-premières, de son faramineux blind test, voici qu’il se penche sur le cas des séries télévisées en consacrant une soirée le vendredi 12 au monument du réseau ITV : Chapeau melon et bottes de cuir, avec un propos du spécialiste Alain Carrazé et la projection de deux épisodes-clef, Ne m’oubliez pas (le meilleur : Mrs. Peel et Tara King réunies !) et Jeux. Heavens !

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Riddim Collision 2015 : une édition d'envergure

MUSIQUES | Amis lecteurs, si vous n'avez toujours pas entendu le vol noir du corbeau sur la plaine, now is the time. Car le noir volatile vient de retrouver, à (...)

Benjamin Mialot | Mardi 3 novembre 2015

Riddim Collision 2015 : une édition d'envergure

Amis lecteurs, si vous n'avez toujours pas entendu le vol noir du corbeau sur la plaine, now is the time. Car le noir volatile vient de retrouver, à l'occasion de la dix-septième édition du Riddim Collision, dont il est l'animal totem, l'emploi d'oiseau de plus ou moins bon augure qui était le sien dans la mythologie scandinave, annonçant l'arrivée au Transbordeur d'une nuée de ses congénères aux ramages ambigus. À commencer par Ho99o9 (prononcez "Horror"), duo du New Jersey qui, à l'instar des deux chantres de la difformité présentés ici, nourrit une passion aussi captivante que dérangeante pour la difformité (son premier EP s'intitulait Mutant Freax) et la canalise en de foudroyantes décharges nihilistes mi-punk mi-hip-hop. Radical et hybride, Gum Takes Tooth ne l'est pas moins, cet autre binôme (de Londres cette fois) orchestrant à visages couverts la rencontre, forcément impressionnante, de la noise maximaliste à la Fuck Buttons (décidément)

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Insomniaque - Semaine du 2 au 8 avril

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : Mumdance à la Marquise, Redshape au DV1 et le label Fachwerks Records au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 1 avril 2014

Insomniaque - Semaine du 2 au 8 avril

04.04 Polaar #7 A peine a-t-elle retrouvée le devant de la scène - avec Ritual, live aux ensorcelants accents tribaux élaboré avec les designers scéniques de WSK - que Flore repasse (partiellement) derrière, le temps d'organiser à la Marquise la septième de ses soirées Polaar, dédiées au versant le plus métissé de la bass music. Elle accueillera pour l'occasion Mumdance, Britannique parrainé par Diplo qui, s'il revendique un peu trop crânement son originalité, n'en est pas moins l'auteur, à la croisée de la techno pour soundsystem et du grime pour radio pirate, parmi les plus grisants de ces dernières années.   04.04 Redshape Qu'est-ce qui est jaune et traverse les murs ? Une banane magique. Facile. Qu'est-ce qui est rouge et écrasé contre un mur ? Une t

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Insomniaque - Semaine du 27 mars au 2 avril

MUSIQUES | 29.03 Reperkusound #8 - Nuit 1 S'il ne fallait retenir qu'une des trois nuits composant la huitième édition du festival Reperkusound (organisé une fois (...)

Benjamin Mialot | Jeudi 21 mars 2013

Insomniaque - Semaine du 27 mars au 2 avril

29.03 Reperkusound #8 - Nuit 1 S'il ne fallait retenir qu'une des trois nuits composant la huitième édition du festival Reperkusound (organisé une fois n'est pas coutume au Double Mixte), ce serait celle-ci. Pour les présences à son affiche de Redshape, référence berlinoise de la techno masquée, et Dusty Kid, prodige italien de la techno vagabonde (son Lynchesque est un peu l'hymne officiel du Petit Bulletin, NDLR), tous deux invités par Ed'n'Legs dans le cadre d'une carte blanche. Et pour celle de FUKKK OFFF, le nouveau kaiser de l'électro rentre-dedans.   30.03 Reperkusound #8 - Nuit 2

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Mosaïque picturale

ARTS | La galerie Descours expose une trentaine d’œuvres de toutes époques et de styles très différents. Où l’on découvrira quelques pépites signées par des artistes méconnus. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 décembre 2012

Mosaïque picturale

Lumières tamisées, cimaises bleu gris… L’antre est austère mais recèle quelques trésors et bien des curiosités. Des petites toiles (ou dessins) de grands maîtres (Jacques-Louis David, Jacques Stella, Gustave Doré…) ou de grandes toiles de petits maîtres. La nouvelle exposition de la galerie Michel Descours, Varia, rassemble une trentaine d’acquisitions récentes, des peintures et des dessins allant du XVIIe au XXe Siècle. Nous accueillent à coups de vrilles et de loopings quelques œuvres de Tullio Crali, artiste italien du second Futurisme qui cultivait un intérêt tout particulier pour les «aeropittura» ou aéropeintures, ces vues aériennes qui confinent parfois à l’abstraction et au délire perspectiviste. En face, beaucoup plus terriennes et charnelles, les deux fillettes aux expressions neutres d’Emilie Charmy fixent le spectateur engoncées dans leur fauteuil. Plus loin, une voluptueuse Diane pourchassant les satyres de Nicolas Chaperon (vers 1635) confronte chasteté et perversité, générosité des chairs et exubérance de la végétation. Une toile contrastant avec son vis-à-vis du même siècle, La remise des clefs à Saint

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Un Indien dans la ville

MUSIQUES | Fort d'un premier album chaudard baptisé "Sunny Side Up", Slow Joe & the Ginger Accident, mariage d'un lapin lyonnais et d'une carpe indienne, vient démontrer sur la scène du festival Plug & Play que derrière la belle histoire, il y a des talents dont il aurait été ballot que le destin ne les réunisse pas. Présentation de l'artiste, du festival et interview d'un autre de ses invités. Textes et entretien : Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 6 janvier 2012

Un Indien dans la ville

Il y a quelques années nous avions rencontré, à l'occasion d'un dossier du Petit Bulletin consacrée aux lauréats du regretté tremplin Dandelyon (parmi lesquels on trouvait également Coming Soon) un certain Cédric de la Chapelle. Cédric était alors le leader enflammé et roux de S., un groupe de rock français particulièrement hardcore et assez génial qui, s'il avait percé, aurait probablement rendu fou plus d'un référenceur Google. Plus calme à la ville, Cédric, qui nous avait reçu chez lui à la coule du côté de la place Sathonay, était alors prof de maths et, entre deux roulages de clopes et deux bières, ne semblait pas imaginer une seconde être un jour happé par le succès, cette Money Mama («Money talks, bullshit walks») chantée par Slow Joe & the Ginger Accident, le groupe dont il est aujourd'hui l'instigateur. Dartford indien Car entre temps, on connaît l'histoire, Cédric de la Chapelle est allé traîner son short de bain en 2007 sur une plage de Goa et comme dans un récit du Perceval de Kaamelott, y a croisé un vieux. Dans Kaamelott, c'est là que les choses auraient pris fin (le vieux serait mort ou quelque chose comme

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Jeunes et baroqueux

MUSIQUES | Classique / Loin de la Star’ac, des jeunes instrumentistes des écoles de musiques et des conservatoires de la région lyonnaise vont se mettre dans la peau (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 19 mars 2010

Jeunes et baroqueux

Classique / Loin de la Star’ac, des jeunes instrumentistes des écoles de musiques et des conservatoires de la région lyonnaise vont se mettre dans la peau de véritables professionnels lors d’un concert à la Chapelle de la Trinité. Cet événement, intitulé Le Jardin de la Chapelle et impulsé par les Amis de la Chapelle, a remporté un vif succès lors de sa première édition la saison dernière. Les jeunes musiciens ont été écoutés par plus de quatre cents spectateurs dans une ambiance sérieuse et festive à la fois. Pour sa deuxième édition, la programmation s’affine et se veut plus riche. C’est ainsi que le public pourra entendre – et voir – des instruments baroques comme la viole de gambe, le clavecin, le hautbois et bien d’autres encore. Pas question ici de faire un énième concert de bric et de broc autour d’enfants plus ou moins doués. Il s’agit de mettre les petits musiciens en situation professionnelle dans un lieu dédié à la musique baroque. Du plus petit au plus grand, de six à dix-sept ans, ils sont sur scène et sont écoutés par un public exigeant et attentif. Bien sûr, les familles des instrumentistes sont présentes mais le pari va plus loin puisque les abonnés du Festival de m

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Éloge de la lenteur

MUSIQUES | Musique / S’il n’y a plus d’âge pour partir à la retraite, il n’y a pas d’âge non plus pour en revenir. Slow Joe, 67 ans, en est sans doute l’exemple le (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 5 mars 2010

Éloge de la lenteur

Musique / S’il n’y a plus d’âge pour partir à la retraite, il n’y a pas d’âge non plus pour en revenir. Slow Joe, 67 ans, en est sans doute l’exemple le plus criant. Des années que cet Indien né à Bombay vivait paisiblement à Goa au rythme, lent donc, du soleil et des petits boulots. Au rythme aussi des chansons qu’il interprétait pour son plaisir depuis des décennies. C’est au cours d’un voyage sur place que le musicien lyonnais Cédric de la Chapelle rencontre Joe le lent, tombe en arrêt devant son talent sexagénaire et l’enregistre a capella. De retour à Lyon, il compose la musique qui lui semble aller avec et deux ans plus tard, Slow Joe estomaque en improbable découverte des Transmusicales, accompagné d’un groupe mis au point par Cédric, The Ginger Accident. Entre album à venir et documentaire en préparation, le conte de fée est tel qu’on se pince presque pour y croire. Mais au-delà, il y a la musique. Et le fait est que, tout en ne gâtant pas l’histoire, elle se suffit à elle-même : Slow Joe chante comme Elvis soudainement téléporté dans le corps d’un Sammy Davis Jr croisé Gandhi. Pour Cédric de la Chapelle, même si l’intention n’était pas là c’est aussi l’occasion de prouv

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Le Chaperon rouge mis à nu

SCENES | Joël Pommerat offre une version du Petit Chaperon rouge épurée. Retour aux fondamentaux avec ce metteur en scène au travail limpide. A voir ou à revoir au théâtre de Vénissieux. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 3 décembre 2008

Le Chaperon rouge mis à nu

Tout le monde connait l'histoire du Petit chaperon, mais Joël Pommerat décide de la raconter comme si c'était la première fois. Il fait appel à un narrateur. Debout, droit comme un piquet, un peu sombre, omniprésent. Sa voix grave énonce : «La petite fille pensait souvent à la mère de sa maman. Elle y pensait tellement souvent qu'elle demandait si c'était aujourd'hui le jour d'aller la voir». Les dialogues sont économisés. C'est pour Pommerat un artifice peu nécessaire pour donner des informations. Le narrateur raconte ; les personnages, pantins désarticulés, incarnent. Transposé dans une époque qu'on devine être la nôtre, la petite fille n'a plus de chaperon ni de rouge sur les épaules ; elle s'ennuie, s'agrippe à une mère insaisissable, happée par une autre vie. Cette mère avance mécaniquement sur le plateau, trace de longues lignes en marchant sur la pointe des pieds. Un bruitage strident accompagne ses pas d'un claquement de talon. Pommerat dessine son espace scénique comme un architecte : un carré de lumière pour espace de jeu, deux chaises et des variations d'intensités d'éclairage pour construire une forêt, dire la balade insensée de la petite fille à la recherche de sa g

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