Mory Sacko : « on ne va pas au restaurant pour se nourrir »

Food | Quelques jours avant la réouverture de son resto Mosuke à Paris, mais surtout d'un atterrissage fracassant du côté de Fourvière avec le concept Edo, on a téléphoné au top chef Mory Sacko. Et parlé longuement confinement, partage et voyage. Et cuisines africaines.

Adrien Simon | Mercredi 9 juin 2021

Photo : © Sarah Fouassier


Vous disiez cet hiver, à propos du nouveau confinement : « faire des boîtes quand tu ouvres ton premier resto, c'est pas ce que tu préfères, deux ou trois mois pour tenir ok, mais si j'en suis encore là en mars… » Trois petits points. On est au mois de juin…
Mory Sacko : Quand j'ai ouvert Mosuke [son premier restaurant, à Paris], on parlait déjà d'une deuxième vague de l'épidémie donc on savait qu'on allait sûrement devoir fermer, mais franchement personne n'imaginait que ce serait pour sept mois… Je ne suis pas tout à fait fou donc on était tout de même préparé à basculer sur une nouvelle formule [en l'occurrence des burgers au poulet frit], formule à emporter qui nous a permis de toucher une nouvelle clientèle, qui n'a pas forcément les moyens d'aller dans un restaurant gastronomique. Ça, c'est le côté positif, comme l'émission de cuisine que j'ai pu lancer sur France 3, mais il faut bien avouer que dans mon équipe tout le monde commence à fatiguer, surtout psychologiquement, et il était temps qu'on puisse rouvrir…

Il y a beaucoup de spéculations sur les changements durables que va laisser cette crise et cela vaut aussi pour le monde de la gastronomie. À votre avis qu'est-ce qui va changer, ou qui est déjà en train de changer ?
Le changement le plus évident, c'est la place qu'a pris la commande de nourriture sur les plateformes de livraison. Phénomène qui est en train de s'ancrer dans la population, au-delà des jeunes qui étaient déjà familiers de la chose. Mais je ne crois pas que cela vienne mettre en danger la restauration traditionnelle : il s'agit là de deux modes de consommation totalement différents. La période actuelle a permis d'illustrer que même avec le meilleur chef du monde, recevoir sa nourriture dans une boîte dans son salon ça n'a absolument rien à voir avec le fait de s'installer dans une salle de resto pour y passer un bon moment. Un restaurant ne se résume pas à la nourriture qu'on y sert. Il existe aussi par tout le decorum, par toute la cinématique, comment on est installé et servi, et par le fait qu'on est avec des gens avec qui on partage un repas. On ne va pas au restaurant pour se nourrir, on y va parce que c'est un lieu de vie, parce qu'on veut fêter des choses, et c'est ce que ces sept mois de fermeture ont mis en lumière.

J'ai l'envie d'aller chercher ces étoiles

Depuis le premier confinement on a vu l'essor des cuisines virtuelles, dédiées aux plateformes, on a aussi vu des chefs étoilés arrêter la haute gastronomie. Vous, vous avez ouvert, à Paris, un vrai restaurant, en dur, avec un menu gastro. Est-ce qu'avec du recul vous regrettez ?
[Il rigole] Tout ce qui nous arrive prouve que l'on a pris la bonne décision. Les chefs deux étoiles qui ont décidé de passer à autre chose ont certainement largement eu le temps de faire le tour, c'est une manière pour eux de passer à une autre étape de leur carrière. Je suis jeune et j'ai l'envie d'aller chercher ces étoiles. La cuisine gastronomique apporte quelque chose d'important, pas seulement pour moi en tant que jeune chef, mais à la clientèle parce que c'est là qu'on vient pousser quelque chose à son maximum. Quelqu'un comme Mauro Colagreco [chef niçois, élu meilleur cuisinier du monde] : si le modèle du restaurant gastronomique n'existait pas il ne pourrait pas proposer la cuisine qu'il fait. Ces établissements ce sont des petites bulles de plaisir.

Comment vous définiriez ce que vous faites ?
Une cuisine qui est ouverte sur le monde par ses influences, par tout ce qu'on va chercher en matière de technique, de produits, et surtout ouverte par sa curiosité. Je suis quelqu'un de très curieux qui emmagasine plein de connaissances et après je les réorganise pour les utiliser au quotidien. Donc une cuisine ouverte, simplement.

On a eu des années 2010 tournées vers le local : ce qui est bon c'est ce qui pousse à côté de chez soi. Est-ce qu'on n'a pas de ce fait perdu un peu en ouverture d'esprit ?
Il ne faut pas balayer cette démarche, parce que ce modèle du locavorisme, il est important, et il faut encore le faire comprendre à nos clients. Mais à une période où on ne peut pas voyager, on ne peut pas aller de par le monde, le fait de manger un jour érythréen, puis iranien, et à la fin laotien, c'est aussi une manière d'aller vers ces différents pays. C'est important pour moi qui suis convaincu que la gastronomie, mais aussi la nourriture au quotidien, sont des ambassadeurs de la culture.

Chez vous, vers où on voyage ?
Chez nous on voyage entre le Japon et l'Afrique subsaharienne : l'Afrique de l'Ouest, Centrale, et la corne de l'Afrique. Quand on parle de cuisine africaine, j'insiste sur son caractère pluriel. Parce que ces différentes cultures culinaires ont des marqueurs différents. La cuisine subsaharienne ce sont autant des plats mijotés autour d'une viande (Mali, Mauritanie), qu'une cuisine marquée par le poisson (en Côte d'Ivoire, au Sénégal), et aussi des sauces comme la sauce mafé, qui sont là pour accompagner une céréale, d'ailleurs souvent peu connue ici : comme le sorgo, le mil, le fonio. À l'Est on retrouvera des recettes plus végétales avec une large part laissée aux légumineuses. Plus j'observe ces cuisines plus je constate qu'elles utilisent beaucoup ce qu'on appelle aujourd'hui des super aliments, qui ont aussi des caractéristiques gustatives qui sont folles. Dans la corne de l'Afrique, qui est au carrefour du monde, qui est sur la route des épices, le métissage culinaire est déjà là, avec des influences d'orient, d'Inde, et de toute la cuisine africaine.

Ça parait bizarre comme question

C'est une cuisine que vous connaissez depuis longtemps ?
Oh, non ! Moi la cuisine que je connaissais le mieux, puisque c'est ma cuisine maternelle, c'était la cuisine d'Afrique de l'Ouest. Celle d'Afrique Centrale aussi un peu, car j'avais énormément d'amis d'Afrique Centrale et je passais mon temps à manger chez eux. Celle de l'Est c'est celle que je connais le moins bien, et ça m'éclate car j'en apprend tous les jours, j'en apprends autant que sur la cuisine japonaise, et ma cuisine évolue quotidiennement grâce à ça. Mes clients je les amène à apprendre en même temps que moi, au fur et à mesure de mes découvertes. Il y a un perpétuel apprentissage et donc une évolution constante. Quand je rencontre des gens de régions d'Afrique que je connais peu je les questionne sur leur alimentation. Ça parait bizarre comme question « qu'est ce que tu manges ? », mais pour moi c'est assez naturel [il rit].

Avant le confinement, à propos de la street food que vous alliez servir, vous disiez : « on va rendre hommage à la cuisine noire, à la soul food de la Nouvelle-Orléans ». On change encore de continent…
Il y a une base commune avec les cuisines africaines, même si c'est devenu une autre histoire. Avec Mosuke je tenais vraiment à rester sur trois territoires, mais avec la street food je voulais aussi faire des clins d'œil à ce qu'on peut appeler la cuisine noire au sens large. La cuisine soul food c'est une cuisine de descendants d'esclaves africains, qui ont conservé certains plats qu'ils faisaient sur leurs terres d'origines. Au final ces plats ont évolué, se sont adaptés et sont devenus une expression différente de la cuisine africaine. Quand on mange de la soul food on mange quelque part un petit peu d'Afrique, mais qui a évolué en étant sur un territoire différent avec un peuple différent. J'en ai fait l'expérience aussi au Brésil, là aussi avec les cuisines des descendants d'esclaves. Un jour sur un marché, j'ai eu un flash sur un plat qui était littéralement un plat que ma mère me faisait à la maison, il y a deux trois choses qui changeaient mais le plat sinon était littéralement le même. J'ai été ému de retrouver ces gouts-là au Brésil : je ne m'y attendais pas.

Le Japon, comment il se retrouve parmi les trois territoires de votre cuisine ?
Le Japon il se situe partout chez moi depuis que je suis jeune. Ça a commencé gamin avec les mangas. Tout petit je regardais beaucoup d'anime, j'en regarde toujours, d'ailleurs quasiment les mêmes. En grandissant cette passion pour la culture manga est devenue une passion pour la culture japonaise au sens large. Par mon métier, naturellement, je me suis penché sur la cuisine de l'archipel. Et au final cette gastronomie, bien que je ne sois jamais allé au Japon, je l'ai toujours cherchée dans ma carrière. En travaillant avec des chefs qui avaient une influence japonaise, dans des brigades où il y avait beaucoup de cuisiniers japonais, j'ai beaucoup échangé avec eux, je les ai beaucoup embêtés pour savoir comment ils cuisinaient et jusqu'à essayer de comprendre réellement leur cuisine. Il y a encore plein de choses à apprendre pour moi dans ce domaine, mais je commence à en avoir une assez bonne compréhension.

Edo c'est un projet résolument street food

On retrouve cette influence japonais dans votre projet Edo.
Edo c'est un projet résolument street food, il n'y a pas d'ambition gastronomique : l'objectif c'est vraiment de se faire plaisir en mangeant des bonnes choses, mais simples et accessibles. Le but c'est de lancer une conversation entre différentes cuisines de rue : le yakitori japonais qui va converser avec le poulet jerk, à la jamaïcaine, qui va lui même discuter avec le dibi sogo qui est une grillade de rue qu'on retrouve au Sénégal, en Côte d'Ivoire et au Mali. À chaque fois l'idée c'est de trouver cette belle brochette, faite de manière quasi traditionnelle, mais réveillée avec une épice qui souvent vient d'Afrique. Le dibi sogo est avec une mayo au miso alors que les aubergines laquées sont avec des épices berbères… Ce sont les épices finalement qui viennent apporter un peu de complexité et faire le trait d'union entre ces différentes cultures. On retrouvera aussi un MS Bucket, clin d'œil à la street food et à "on sait qui". Et puis le gatsby sandwich que je me suis beaucoup amusé à faire et qui vient d'Afrique du Sud. C'est plutôt un plat de la classe ouvrière, un tout-en-un assez énorme dans lequel on trouve des protéines, des crudités, des frites, une tonne de choses entre deux tranches de pain. On a retravaillé ce sandwich et on lui a apporté un peu plus de beaux produits mais gardé cet esprit riche. Ça m'amuse de garder ce côté fat et se dire qu'on peut le manger en le partageant à deux, sans trop culpabiliser.

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On n’aurait pas parié sur l’esplanade de Fourvière comme l’un des hot spot de ce début d’été. Mais voilà que Mory Sacko y plante dès ce mercredi 9 juin son restaurant éphémère, expérimenté l’an dernier au Palais de Tokyo. La scénographie est signée Visual System, qui va dresser aux côtés de la basilique une structure de bois et de leds. Le chef explique l’intention : « croiser l’esprit des neon markets et de Shibuya la nuit avec les maquis, ces bars clandestins qu’on retrouve en Côte d’Ivoire, souvent cachés dans les broussailles — ici des éléments en bois. » On trouvera dans les verres des cocktails signés Julian Short, bartender sud-africain. Et évidemment, pour éponger, la street food de Mory Sacko : grillades de poulet, maquereau ou bœuf, tempuras de légumes, sandwich gatsby aux aubergines massala, frites de patates douces, crème sucrée au miso et glace café. Le projet est mené, entre autres (notamment en partenariat avec la Fondation Fourvière), par le groupe Assembly (le Silencio), qui devrait veiller à la programmation musicale. « C’est un endroit qui se veut aussi festif, avec un

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« M. Da Silva souhaite démentir les propos avancés dans l'article du Petit Bulletin du 14/01/2021 au sujet de son travail, notamment la gestion dite "légère", les locaux sur la péniche, les résultats d'audience, et préciser : - La gestion budgétaire stricte en respectant le budget établi - La mise en place d'une équipe de professionnels pour l'éditorial avec l'augmentation de l'audience régulière depuis le début (cf. Médiamétrie) - Les nombreux soutiens culturels obtenus localement au moment de l'obtention de la fréquence - L'installation sur une péniche, visitée par la direction du groupe, lieu exceptionnel et emblématique pour une radio, bénéficiant d'un loyer très inférieur au prix du marché dans le quartier de la Confluence - Plus récemment, le travail sur le dossier déposé auprès de la Ville de Lyon ayant permis une aide de 25 000€ au titre du Fonds d'urgence pour la Culture, dans le cadre de la pandémie. »

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Camille de Toledo : « un temps autre s’est ouvert »

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Vous remodelez votre cycle de résidence et de rencontres à Lyon en une forme nouvelle, des conversations nocturnes chaque dimanche soir : pouvez-vous nous présenter ce concept et comment il va se dérouler ? Camille de Toledo : Je crois ardemment aux vertus d’une conversation croisée entre les arts et les sciences humaines, entre une poétique et une politique, entre thérapeutique et savoir. C’est à cette intersection que nous avons lancé avec l’École Urbaine de Lyon, la Fête du Livre de Bron et l’European Lab, en janvier dernier, le cycle "Enquêter, enquêter, mais pour élucider quel crime ?". Nous vivons aujourd’hui à l’heure d’une très vaste révélation d'un "crime terrestre", ce qu’on nomme également en droit un écocide, même si la notion n’est pas encore, hélas, reconnue pénalement. Quand nos affaires humaines, à l’échelle planétaire, ont été interrompues par cet

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À l'école de l'Anthropocène : Les Soucis de la terre

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Vincent Raymond | Jeudi 18 avril 2019

Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la question à Sempé — moi-même j’avais envie — mais il ne répondra jamais. Pour moi, faire du vélo, c’est l’image de l’apprentissage ; faire du vélo en retirant les petites roulettes, c’est entrer dans la vie. Une fois que tu commences à pédaler, c’est exponentiel, tu vas bouger et te dire : « comment ai-je pu avoir si peur ? ». D’ailleurs, on pourrait réfléchir : est-ce que mettre les roulettes n’encombre pas ? À force d’être tombé trois ou quatre fois, on se dit qu’on va faire du vélo uniquement pour le plaisir de ne plus tomber. Et une fois qu’on commence à pédaler, on se dit : « c’était aussi con que ça ? ». C’est un peu comme rentrer dans l’eau froide. Alors, est-ce qu’on a fait un film philosophique ? Sempé en tout cas a fait un ouvrage philosophique. On peut le prendre comme toutes les choses très simples et universelles, de manière philosophique : il est plus compliqué qu’il n’y paraît, mais en même temps on peut

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Le supplice du deux-roues : "Raoul Taburin"

Comédie | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

Le supplice du deux-roues :

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) — pour sa fameuse morale (« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ») condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue — avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil de tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un coànte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la g

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Les ombres errantes : "Los Silencios"

Drame | De Beatriz Seigner (Col-Br-Fr, 1h29) avec Doña Albina, Yerson Castellanos, Enrique Díaz…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Les ombres errantes :

En compagnie de sa mère Amparo et de son frère, la petite Nuria arrive sur une île amazonienne à la frontière du Brésil, de la Colombie et du Pérou, bien loin de la guérilla qui a eu raison du père de cette famille. Pourtant, celui-ci va refaire surface dans ce village habitué au surnaturel… Pour son premier long-métrage, Beatriz Seigner convoque le réalisme fantastique avec cette histoire de fantômes sans repos traitée de manière elliptique et poétique. Peu d’explications, encore moins de dialogue : on s’imprègne autant du récit que les réfugiés s’acclimatent à leur nouvel environnement, avec prudence et méfiance. D’autant que l’île, zone frontière au statut indistinct, se trouve elle aussi dans l’attente d’une décision radicale : des entrepreneurs la convoitent pour la métamorphoser selon leurs désirs. Une atmosphère d’entre-deux nimbe l’ensemble de ce film traversé d’esprits impalpables, qui cependant “prend corps“ à sa toute fin avec une mise en images fascinante du dialogue entre fantômes et vivants. Du pur songe dissout dans l’éveil.

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Rédaction sur une rédaction : "Depuis Mediapart"

Documentaire | L’année précédant la présidentielle de 2017, une documentariste s’est incrustée à Mediapart, livrant le quotidien du média en ligne indépendant. La fan a hélas pris le pas sur la cinéaste dans ce film hésitant entre myopie, naïveté et page de pub. Un super sujet, mais de travers.

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Rédaction sur une rédaction :

Contempler de trop près de l’objet aimé n’est jamais bon : le regard louche facilement et l’on perd cette bienvenue vision périphérique qu’offre un tantinet de recul. Naruna Kaplan de Macedo avoue d’entrée son affection quasi-idolâtre pour Mediapart : c’est “son“ journal, celui dans lequel elle se retrouve en tant que lectrice, comme sans doute beaucoup d’orphelins d’un certain débat d’idées et/ou d’une certaine gauche en déshérence. Cet attachement affirmé en voix off renforce la subjectivité du propos, mais relativise fatalement la valeur du témoignage à une opinion, la sienne, partagée par les inconditionnels du pure player. Des contributeurs plus enclins à applaudir qu’à voir ses limites… ou ses marges de progression. Car ce film globalement laudatif ne montre pas ce que la création du média a provoqué comme chamboulements dans la presse ni les mœurs socio-politique comme son titre le laisse faussement penser : moins référent temporal que spatial, son “depuis“ indique surtout que le tournage a été réalisé quasi-intégralement à l’intérieur des locaux de Medi

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Une sorte de monstre contemporain...

Art Contemporain | Ludovic Chemarin a mis fin à son activité artistique en 2005. Damien Beguet et P. Nicolas Ledoux font renaître l'artiste à travers l'entité (juridique, économique, imaginaire) Ludovic Chemarin©. Et des expositions interrogeant la notion d'auteur jusqu'à l'os et au vertige.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 13 février 2019

Une sorte de monstre contemporain...

En 2005, l'artiste lyonnais Ludovic Chemarin (auteur surtout d'installations) annonce qu'il cesse son activité. En 2011, deux autres artistes, Damien Beguet et P. Nicolas Ledoux rachètent le nom et les droits patrimoniaux de Ludovic Chemarin, et créent l'improbable entité Ludovic Chemarin©, artiste tout à la fois réel et fictif, concret et désincarné, unique et biface, disparu et ressucité... Cet acte est au fond un simple acte juridique mais transgresse bien des codes du monde de l'art, des conceptions normales de l'auteur, voire d'un simple individu. Ludovic Chemarin© est une sorte de monstre contemporain, de Frankenstein juridique et artistique, tout droit sorti de l'imagination vampirique de deux cannibales ou de deux pirates ! Depuis 2011, Ludovic Chemarin© multiplie (mais faut-il conjuguer ce verbe au singulier ou au pluriel ? Au présent, au passé ou au futur ?) des expositions où les œuvres de Chemarin sont

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La parole à la défense : "Le Silence des autres"

Documentaire | De Almudena Carracedo & Robert Bahar (Esp, 1h35)

Vincent Raymond | Mercredi 13 février 2019

La parole à la défense :

Une loi d’amnistie générale des crimes commis pendant la période franquiste ayant été votée dans la foulée de la mort du dictateur, la justice espagnole n’a pas eu la possibilité de poursuivre les tortionnaires du régime. Mais de même que Pinochet avait été mis en accusation en Espagne, un groupe de victimes, de descendants de disparus, de parents dont les enfants furent volés a déposé plainte devant les tribunaux argentins, qui ont jugé l’affaire recevable. Ce documentaire produit par Pedro Almodóvar relate leur longue procédure, toujours en cours… Une piqûre de rappel aux mémoires défaillantes ainsi qu’aux jeunes générations : une nation qui banalise ou oblitère les crimes d’une dictature au nom de la réconciliation s’expose à des contre-coups violents : résurgence de la haine et impossibilité pour les victimes de tourner la page. C’est justement ce qui se passe en Espagne où l’ombre du franquisme a continué à planer. Résultat ? Le parlement andalou vient d’accueillir ses premiers élus d’extrême-droite et certaines personnes n’ont toujours pas pu se reconstruire, quarante ans après. L’une d’elle e

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Père fondateur : "Jean Vanier, le sacrement de la tendresse"

Documentaire | De Frédérique Bedos (Fr, 1h29)

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Père fondateur :

Fils de diplomate canadien, marin et homme de grande foi, Jean Vanier découvre à l’aube des années soixante les conditions misérables d’accueil des personnes en situation de handicap mental. Il crée alors la Communauté de L’Arche, devenue aujourd’hui institution internationale… Triste exemple de documentaire juste sur le fond, mais totalement trahi par sa forme, ce portrait mettant en lumière le parcours d’un homme bienveillant flirte dangereusement avec l’hagiographie — à se demander s’il ne s’agissait pas plutôt d’une commande de L’Arche destinée à sa communication interne. Empilant les effets de style dans un zapping déroutant (noir et blanc, couleur, entretiens posés puis en mouvement…), nappé d’une musique façon sirop lourd, ce bout à bout de conversations avec Frédérique Bedos où l’intervieweuse se met autant en valeur à l’image que son interlocuteur, se révèle en définitive d’une grande indigence visuelle : les hochements et les acquiescements souriants aux propos de Vanier ayant une plus-value signifiante nulle. L’affaire aurait pu être bouclée en un 52’ propre pour la télév

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Un jour ça ira

Documentaire | Édouard Zambeaux est un homme de parole. Pas uniquement pour avoir œuvré comme journaliste radio, mais pour son engagement pour la cause des réfugiés. Pour (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Un jour ça ira

Édouard Zambeaux est un homme de parole. Pas uniquement pour avoir œuvré comme journaliste radio, mais pour son engagement pour la cause des réfugiés. Pour Un jour ça ira, il a suivi avec son frère Stan le parcours d’adolescents dans un centre d’hébergement installé à l’intérieur de l’ancien siège de l’INPI à Paris. Et depuis la sortie du documentaire en février, il multiplie les interventions et rencontres autour du film pour sensibiliser à la situation des exilés et faire en sorte qu’une politique humaniste voie le jour. Un jour ça ira Au Lumière Fourmi ​le mercredi 14 novembre à 20h30

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman | Un brave toiletteur pour chiens et une brute qui le traite pis qu’un chien sont au centre de "Dogman", le nouveau conte moral de Matteo Garrone. Une histoire italienne d’aujourd’hui récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes pour Marcello Fonte.

Vincent Raymond | Jeudi 12 juillet 2018

Matteo Garrone : « Dogman est un film darwinien »

Dogman est inspiré d’un fait divers ? Matteo Garrone : Oui, il s’est déroulé à la fin des années 1980, et il est très célèbre en Italie parce qu’il a été particulièrement violent. Mais on s’en est très librement inspiré : on l’a retravaillé avec notre imagination. Il n’a jamais été question de reconstruire dans le détail ce qui s’était passé. On a également changé la fin, puisque Marcello est un personnage doux, incapable de violence. Dans le film, il agit par légitime défense, non par préméditation. Je suis particulièrement content que le film soit présenté dans un pays où ce fait divers n’est absolument pas connu : le spectateur idéal, c’est celui qui le verra sans avoir cette histoire en tête et sans comparaison avec la réalité. En Italie, le film a un peu souffert de ce fait divers — en tout cas au début. Certains spectateurs se disaient « ça va être extrêmement violent, donc je n’irai pas le voir ». Ensuite, le bouche-à-oreille l’a aidé. En fait, la violence présente dans le film est surtout psychologique, et pas aus

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Un chien de sa chienne : "Dogman"

Drame | de Matteo Garrone (It, int. -12 ans, 1h42) avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria…

Vincent Raymond | Mardi 10 juillet 2018

Un chien de sa chienne :

Toiletteur pour chiens dans une cité délabrée, Marcello la bonne pâte devient le larbin d’une brute toxicomane terrorisant le quartier, Simoncino, lequel ne manque pas une occasion d’abuser de sa gentillesse. Mais après une trahison humiliante de trop, le frêle Marcello réclame son dû… « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » Blaise Pascal pressentait-il le décor de Dogman en rédigeant ses Pensées ? Vaste étendue ouverte sur une non moins interminable mer, cette scène rappelle l’agora de Reality, ce microcosme dans lequel une kyrielle de drames peut éclore et se jouer aux yeux de tous ; chacun étant libre d’ouvrir ou de fermer les yeux sur ce qui se déroule sous ses fenêtres. Et de se claquemurer dans une passivité complice, surtout, quand un fou-furieux a fait du secteur son espace de jeu. Mettre au ban une de ses victimes, la plus inoffensive (en l’occurence le serviable Marcello) tient de la pensée magique ou de l’exorcisme : en se rangeant implicitement du côté du bourreau, on espère

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Hybrides débridés : "Mutafukaz"

Animation | Retour gagnant sur grand écran pour Guillaume Renard, alias Run, qui offre de l’espace et du temps aux héros de l’univers pop-pulp-futuriste de Mutafukaz, la série qu’il avait développée en BD. Une synthèse street punk bariolée, avec des cafards, des mutants et de la lucha libre.

Vincent Raymond | Mardi 22 mai 2018

Hybrides débridés :

Dark Meat City. Livreur de pizzas parfumé à la lose, Angelino voit sa vie changer le jour où, après avoir un peu trop maté une belle donzelle, il percute un camion. Une armée de tueurs détruit son taudis, le forçant à partir en cavale avec son coloc’. Au passage, il se découvre des pouvoirs… Apparue avec le millénaire et son cortège de néo-usages techno-ludiques, la maison Ankama héberge une flopée de séries transmédia qui, fort logiquement, trouvent au cinéma un terrain de jeu supplémentaire. Après le réussi Dofus, livre 1 : Julith (hélas passé un peu inaperçu), voici donc un nouvel objet pop-fusion post-moderne tirée de cette galaxie aux inspirations multiples et débridées : entre l’anticipation et la dystopie, la jungle urbaine peuplée d’aliens undercover visant à prendre le contrôle de la planète en asservissant les humains rappelle le John Carpenter de Invasion Los Angeles. Ados dans le viseur Mais aussi la désinvolture vitaminée du Tarantino de

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Édouard Baer en direct à Lyon le 11 janvier

Nova Lyon | Radio Nova installe au Sucre son Nova Mix Club en mensuel et délocalise pour un one shot sa matinale Plus près de toi.

Sébastien Broquet | Jeudi 21 décembre 2017

Édouard Baer en direct à Lyon le 11 janvier

Premiers effets de l'arrivée de Nova Lyon dès les foulées initiales de 2018 : Édouard Baer délocalise sa matinale à succès au restaurant À La Piscine, le jeudi 11 janvier. L'émission baptisée Plus près de toi, décomplexée et cultivée, se déroulera donc face au public lyonnais de 7h à 9h. Les invités ne sont pas encore connus, le live non plus. Autre nouveauté : le Nova Mix Club déboule au Sucre, une fois par mois. Ce before très clubbing se déroulait jusque-là trois vendredis par mois au Badaboum, club parisien dédié à la house et situé près de Bastille (et anciennement La Scène Bastille, donc un lieu historique pour Nova : c'est là qu'ont été créées les fêtes Nuits Zébrées). Il n'y en aura plus que deux à Paris, la troisième migrant du côté de Confluence. Le concept de l'émission : tro

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Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Le gay savoir :

Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu’une issue existe, qu’il peut s’affirmer dans son identité… Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l’une ni à l’autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu’elle ne doit guère connaître. Non qu’il faille adoucir ni faire de l’angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste. De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu’inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tran

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Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Entretien | Queer Lion à la Mostra de Venise, le quinzième long-métrage d’Anne Fontaine est une adaptation aussi lointaine que promet de l’être son futur Blanche-Neige, qu’elle tournera en avril et mai entre Lyon et Vercors avec Isabelle Huppert…

Vincent Raymond | Lundi 20 novembre 2017

Anne Fontaine : « avoir un autre regard sur soi peut permettre d’exister autrement »

Adapté d’un livre racontant une “renaissance” passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s’agit donc d’un changement au carré… Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec En finir avec Eddy Bellegueule dont j’ai voulu sortir en inventant le parcours que j’imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s’en sortir… Ce qui n’est pas le cas du livre, qui est sur l’enfance, et ne traite pas l’épanouissement ni la singularité de son destin. Très vite avec Édouard Louis [l’auteur du livre, NDR], on est tombé d’accord sur le fait que ce n’était pas une adaptation, mais un acte d’inspiration. Près de 70% du film est inventé à partir d’une enfance traumatisante et difficile. Mais j’ai aussi mis beaucoup d’éléments personnels : j’ai moi aussi changé de nom quand j’avais 17 ans, j’ai été actrice… J’ai construit l’histoire avec des points communs, et elle un peu mienne. Y avait-il chez vous le même bes

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Aime le mot dit : "M"

Et aussi | Elle est bègue ; il n’ose lui avouer qu’il ne sait pas lire. Malgré une foule de barrières, ils vont tenter de s’aimer. Pour sa première réalisation de long-métrage, Sara Forestier opte pour la complexité d’une romance abrupte nourrie de réel, de vécu et de non-dit. De beaux débuts.

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Aime le mot dit :

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus — rien de commun donc avec ces it-girls précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Un film initial Le changement d’état, de statut, par l’accomplissement artistique est précisément l’un des sujets de

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JLG, portrait chinois : "Le Redoutable" de Michel Hazanavicius

Le Film de la Semaine | Une année à part dans la vie de Godard, quand les sentiments et la politique plongent un fer de lance de la Nouvelle Vague dans le vague à l’âme. Une évocation fidèle au personnage, à son style, à son esprit potache ou mesquin. Pas du cinéma juste ; juste du cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

JLG, portrait chinois :

1967. Au sommet de sa gloire, Jean-Luc n’est pas à une contradiction près : s’il provoque en public en professant des slogans marxistes ou égalitaristes, il aspire en privé à une union conformiste de petit-bourgeois jaloux avec la jeune Anne. Tiraillé entre son Mao et son Moi, le cinéaste passe de l’idéologie au hideux au logis. L’insuccès de La Chinoise ne va rien arranger… Toutes proportions gardées, la vision du Redoutable rappelle celle de AI (2001), cette étonnante symbiose entre les univers et manière de deux cinéastes (l’un inspirateur, l’autre réalisateur), où Spielberg n’était jamais étouffé par le spectre de Kubrick. L’enjeu est différent pour Hazanavicius, à qui il a fallu de la témérité pour se frotter à un Commandeur bien vivant — certes reclus et discret, mais toujours prompt à la sentence lapidaire ou la vacherie définitive. Hommage et dessert En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Hazanavicius a extrait du récit autobiographique d’Anne Wiazemsky

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Le Mépris, le plan cul de Godard

Redoutable Reprise | L’anecdote a beau être connue, elle vaut qu’on la raconte tant elle en dit long sur le cinéma, les hommes qui le produis(ai)ent et le caractère taquin du (...)

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Le Mépris, le plan cul de Godard

L’anecdote a beau être connue, elle vaut qu’on la raconte tant elle en dit long sur le cinéma, les hommes qui le produis(ai)ent et le caractère taquin du rusé Godard époque 62-63. L’histoire commence lorsque le cinéaste convainc le mogul Sam Levine de cofinancer son adaptation du roman de Moravia, en lui promettant Bardot au générique. Au premier montage du film, l’Américain tombe des nues, car la comédienne ne l’est justement jamais à l’écran. Or Levine a cher payé pour voir BB en tenue d’Ève — très cher, même, puisque le cachet de la star représente la moitié du budget du film s’élevant à 5 millions de francs de l’époque. Alors il se fâche et met en demeure JLG d’ajouter une séquence, mais en lui retranchant des vêtements. Levine désire la nudité de Bardot ? Soit. Godard va lui offrir sur son plateau, dès l’ouverture du film dans une scène dialoguée raboutée dont on ne sait dans quelle mesure elle est improvisée. Couchée sur le ventre dans le plus simple appareil, la blonde callipyge passe en revue son anatomie, demandant à son partenaire

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Festival Lumière : Godard se fait la belle

Festival Lumière | L’un des programmes les plus ambitieux de cette 9e édition du Festival Lumière (du 14 au 22 octobre prochains) n'a pas survécu à l’été : la première (...)

Vincent Raymond | Jeudi 31 août 2017

Festival Lumière : Godard se fait la belle

L’un des programmes les plus ambitieux de cette 9e édition du Festival Lumière (du 14 au 22 octobre prochains) n'a pas survécu à l’été : la première partie de l’Intégrale Godard — allant grosso modo pour les longs-métrages de À bout de souffle (1959) à La Chinoise (1967). On espère que cette annulation aussi subite que regrettable n’a rien à voir avec un veto du principal intéressé — connu pour ses redoutables mouvements d’humeur — et qu’elle annonce au contraire un événement encore plus prestigieux dans le futur. Le reste de la programmation sera, quant à lui, dévoilé lors des séances de présentation des 7, 9 et 12 septembre à l’Institut Lumière. Les spectateurs du Lumière Terreaux pourront néanmoins se consoler avec l’avant-première de l’évocation très réussie du “personnage” de Godard, croqué par Michel Hazanavicius dans Le Redoutable le lundi 4 septembre à 20h30. Ce sera le lancement des lundis d’avant-premières dans cette salle. Et là, il n’y aura pas de lapin…

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Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

Vincent Raymond | Mercredi 30 août 2017

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

Mother! de Darren Aronofsky Initialement programmée pour novembre, la sortie du nouveau Aronofsky a été avancée pour cause de sélection vénitienne et c’est, à bien des égards, une excellente nouvelle. Déjà victorieux sur la Lagune avec The Wrestler en 2008, l’auteur de Requiem for a dream et de Black Swan convoque ici du lourd — Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle - toujours active - Pfeiffer, Ed Harris — pour ce qui s’annonce comme un bon vieux thriller des familles, mâtiné de fantastique dérangeant. La double affiche préventive, offrande de style sulpicien revisité grand-guignol, tient de la promesse merveilleuse ; il faudra cependant patienter jusqu’à la clôture d’une très alléchante Mostra — le festival qui, désormais, donne avec Toronto le tempo des Oscar — pour savoir si ce mystérieux flacon recèle l’ivresse escomptée. Le 13 septembre

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Première vague de Cannes

Comœdia | Le Festival de Cannes à peine achevé, le Comœdia nous titille en distillant chaque soir pendant une semaine un florilège de la sélection officielle, toutes (...)

Vincent Raymond | Mercredi 7 juin 2017

Première vague de Cannes

Le Festival de Cannes à peine achevé, le Comœdia nous titille en distillant chaque soir pendant une semaine un florilège de la sélection officielle, toutes sections confondues. Au programme, sept avant-premières pour prendre la température de la rentrée cinématographique, avec pour commencer Visages, Villages de Varda & JR, Un beau soleil intérieur de Claire Denis, Le Redoutable de Hazanavicius, Faute d’amour de Zvyagintsev (Prix du Jury), mais aussi L’Atelier de Laurent Cantet (entre autres). Une très heureuse initiative permettant au grand public de se raccrocher à l’actualité et de commencer à faire vivre les films avant la torpeur estivale. Au Comœdia du 7 au 13 juin

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Aux Beaux-Arts, Édouard Pignon met les voiles

Peinture | Le Musée des Beaux-Arts remet au devant de la scène le peintre Édouard Pignon, en se concentrant sur une période où son œuvre bascule et s'émancipe, lors de séjours au port d'Ostende en 1946.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 juin 2017

Aux Beaux-Arts, Édouard Pignon met les voiles

Au début de l'exposition Édouard Pignon (1905-1993), on découvre son Olivier noir (1952), qui frappe par son aspect à la fois tragique et physique. Ses longues branches noires se courbent et se tordent, laissant apparaître au milieu de l'arbre comme une blessure de lumière et de peinture blanche. La figure est entourée de gris, alors que des couleurs plus réalistes se devinent en arrière-plan, comme prise dans un halo la séparant du reste du champ pour l'en arracher et l'offrir au regard. Dans des écrits parus en 1966, Édouard Pignon note : « D'abord mes premiers oliviers sur nature ressemblaient à mes voiles d'Ostende. J'ai essayé de travailler avec plus d'exactitude, si l'on veut. Et c'est là que j'ai ressenti une sorte de désir d'appréhender davantage la réalité. Et par là une autre manière de concevoir l'espace, à cause de cette précipitation des volumes, des ouvertures des branches qui se pressaient l'une sur l'autre parce que je me plaçais très près de l'olivier : méthode que j'ai toujours conservée. » Réalisme atypique L'exposition débute par un olivier et, si l'on

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Les 5 expos à voir en juin

Art | 1/ Frédéric Khodja à la galerie Françoise Besson, jusqu'au 31 juillet L'artiste lyonnais présente trois nouvelles séries de dessins à partir de réminiscences (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 1 juin 2017

Les 5 expos à voir en juin

1/ Frédéric Khodja à la galerie Françoise Besson, jusqu'au 31 juillet L'artiste lyonnais présente trois nouvelles séries de dessins à partir de réminiscences d'images et de souvenirs personnels : des Paysages mentaux, des Architectures fantômes. Ou encore des Rêves d'expositions, notre série favorite, où Frédéric Khodja met en scène une sorte de studio photo où rideaux, cadres vides, figures géométriques s'ouvrent sur de nouveaux espaces énigmatiques. Ces rêves s'avèrent être d'ailleurs étonnamment proches de l'univers d'un David Lynch et des prémices de la troisième saison de Twin Peaks ! 2/ Frédéric Houvert à Néon, jusqu'au 24 juin Frédéric Houvert a invité au centre d'art Néon trois autres artistes (Daniel Mato, Laurent Proux et Fabio Viscogliosi) pour une exposition épurée aux confins de l'abstraction, de l'ornementation et du minimalisme. Les formes et les sensation

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Je est un migrant : Patrick Chamoiseau dialogue avec Michel Lussault

Littérature | Le géographe Michel Lussault, dont nous vous avons parlé avec enthousiasme dans ces colonnes, s'entretiendra à Bron avec l'écrivain Patrick Chamoiseau qui vient de publier un essai revigorant, "Frères migrants".

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 mai 2017

Je est un migrant : Patrick Chamoiseau dialogue avec Michel Lussault

« L'Europe envisagée comme solitude au monde ! » Rien ne saurait plus indigner l'écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, penseur avec Édouard Glissant du concept de "Tout monde". Contre la mondialisation capitaliste et financière (la « barbarie » dit-il), Patrick Chamoiseau rappelle, dans Frères migrants, que « la planète n'est pas seulement globalisée par l'appétit capitaliste. Elle est par nature une. Un seul lieu où l'horizon ne s'ouvre que sur lui-même, où la perspective se renouvelle autour d'un cœur unique. Les mondes multiples se percevant autonomes et se croyant étanches n'existent que dans les stases de nos imaginaires. » Cette globalité des multitudes, cette humanité transversale faite de pluralité, Patrick Chamoiseau lui donne une figure, une existence concrète à travers la richesse, la beauté et la matérialité de sa langue. Celle-ci prend en écharpe lyrique (c'est-à-dire : en sonorités, en couleurs, en parfums) les rêves comme les cauchemars du monde contemporain.

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"M. & Mme Adelman" : un ego trip visant à côté

ECRANS | M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de (...)

Julien Homère | Mardi 14 mars 2017

M. & Mme Adelman a une ambition qui va au-delà des a priori existants sur l’ex-miss météo et l’ex-chroniqueur tête à claques. S’inspirant ouvertement de Citizen Kane, le film est un flashback fleuve, retraçant l’histoire d’amour entre Sarah Adelman et son mari décédé. Relecture des années 1970, ce long souvenir narré formule le seul atout de l’œuvre où les performances d’acteurs sont crédibles et le romantisme s’assume à travers une dramaturgie maîtrisée. Mais les défauts sur les scènes au temps présent trahissent cette note d’intention originelle. Au rayon des maladresses grossières, citons Jack Lang dans son propre rôle, lien ridicule malgré lui avec le réel et le twist final déplacé, sapant toute émotion post-générique. Se rêvant grands dés leur premier essai, Bedos et Tillier visent à côté, pris au piège par leurs citations écrasantes. M. & Mme Adelman De Nicolas Bedos (Fr, 2h) avec Nicolas Bedos, Doria Tillier, Pierre Arditi…

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Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Entretien | Difficile de condenser en deux heures toute la seconde moitié du XXe siècle français en miroir avec les sentiments d’un couple d’écrivains : c’est pourtant ce qu’ont tenté Nicolas Bedos et son actrice/coscénariste Doria Tillier. Réponses et références seventies des intéressés.

Julien Homère | Mercredi 15 mars 2017

Nicolas Bedos & Doria Tillier : « on fait un cinéma de l’entre-deux qui est celui qui nous plaît le plus. »

Est-ce que l’époque du film était déjà plantée dés l’écriture ? Doria Tillier : On s’est très vite arrêtés sur les années 1970. On les aime visuellement, humoristiquement et intellectuellement, avec l’état d’esprit dans lequel les personnages sont au début : la liberté, Beauvoir, Sartre, le quartier latin… Je trouvais cool que le film finisse aujourd’hui et pas en 2000 ou 2025. Cet univers correspondait naturellement aux personnages, et on ne s’est pas posé vraiment la question. Votre premier désir de cinéma découle-t-il de cette période historique ? Nicolas Bedos : Plus du côté des années 1990. Comme beaucoup de gens de ma génération, on s’était pris Tarantino, Kassovitz et Wong Kar-wai. Il y avait beaucoup de cinéastes dans des genres très différents à cette époque. C’était le début des grands formalistes américains comme Paul Thomas Anderson ou David Fincher

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13e Prix Jacques-Deray : voyez plutôt "Credo" que "Diamant Noir"

ECRANS | Quand la perle rare n’est pas où on l’attend… Un mixte de stupeur et d’incrédulité accompagne souvent la révélation du Prix Jacques-Deray, remis cette année à (...)

Vincent Raymond | Mardi 28 février 2017

13e Prix Jacques-Deray : voyez plutôt

Quand la perle rare n’est pas où on l’attend… Un mixte de stupeur et d’incrédulité accompagne souvent la révélation du Prix Jacques-Deray, remis cette année à Diamant noir. Aussitôt balayé, heureusement, par l’annonce du titre complétant le programme de la soirée de remise de la récompense à l’Institut Lumière : le second film est choisi dans la filmographie de Jacques Deray, grand maître du genre policier, mais aussi de la tension psychologique. Tel Credo (1983), œuvre inconnue de la plupart des spectateurs — ou plutôt des télespectateurs, car ce huis clos fut tourné pour le petit écran — mettant en scène Alexandre Lenski, un professeur de sociologie convoqué par le commissaire d’un quelconque “État frère” pour répondre de sa foi catholique et y renoncer comme l’on consent à se défaire d’une sale manie. D’une pesanteur beige glaçante, cette dramatique écrite par Jean-Claude Carrière (qui fourbit ici des arguments théologiques avant La Controverse de Valladolid

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Édouard, le réveil malin

Plus près de toi | C'est à Radio Nova qu'Édouard Baer s'est fait un nom. Quand Jean-François Bizot, le maître de maison (à qui Ouvert la nuit est dédié), l'a mis à l'antenne et en (...)

Sébastien Broquet | Mardi 10 janvier 2017

Édouard, le réveil malin

C'est à Radio Nova qu'Édouard Baer s'est fait un nom. Quand Jean-François Bizot, le maître de maison (à qui Ouvert la nuit est dédié), l'a mis à l'antenne et en tandem avec un autre iconoclaste, Ariel Wizman. Les deux durant cinq années mirent le feu à la bande FM avec une émission nommée La Grosse Boule. Façon flipper, la boule : ça remuait dans tous les sens, sans peur du tilt. Culte. Depuis octobre 2016, surprise, Édouard Baer est revenu à la maison, ramené au bercail par Bernard Zekri, lui-même un ancien de la bande d'Actuel / Nova, chargé par Matthieu Pigasse (qui l'avait précédemment embauché puis écarté des Inrockuptibles, au profit d'Audrey Pulvar) de filer un coup de fouet à la radio qu'il a racheté l'an dernier. Zekri a fait ce que l'on n'attendait pas : retourner chercher les vieux. Moustic, pour une hebdomadaire, le samedi à minuit : Ok ok super FM. Gérard Davet et Fabrice Lhomme, pour une interview politique, chaque vendredi. Solide ! Et donc, Édouard Baer, propulsé sur la mat

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Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Portrait | Séduit par sa fougue, Édouard Baer a récrit pour elle le premier rôle de Ouvert la nuit, initialement destiné à un comédien. Une heureuse inspiration qui donne à Sabrina Ouazani une partition à sa mesure.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck Gastambide, le biopic inspiré de l’affaire Kerviel L’Outsider de Christophe Barratier, et enfin les drames Toril de Laurent Teyssier et Maman à tort de Marc Fitoussi. Et 2017 s’engage sous les mêmes auspices, puisqu’après avoir partagé avec Édouard Baer la vedette du pléthorique Ouvert la Nuit, on la retrouvera deux fois d’ici le printemps. À 28 ans depuis la dernière Saint-Nicolas, dont (déjà) plus de la moitié de carrière, Sabrina Ouazani a le vent en poupe. Elle possède aussi un sourire ravageur, volontiers prodigué, qui s’envole fréquemment dans de tonitruants éclats communicatifs. On n’aurait pas à creuser longtemps pour faire rejaillir son tempérament comique ; pourtant c’est davantage vers la gravité de compositions tout en intériorité que les réalisateurs l’ont aiguillée, l’obligeant à canaliser son intensité native. La faute à Abdel Le cinéaste Abdellatif

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"Ouvert la nuit" : À la Baer étoile !

Critique | Farandole joyeusement erratique à travers un Paris nocturne sublimé, cette déambulation d’un directeur de théâtre aussi fantasque qu’impécunieux signe le retour du cinéaste-interprète Édouard Baer pour un film-synthèse superlatif : la plus mélancolique, hilarante, aboutie et (surtout) réussie de ses réalisations.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Inconséquent charmeur jonglant avec les mots et les promesses, épris de l’instant et du talent des autres, Luigi gère depuis vingt ans un théâtre parisien grâce à de l’argent qu’il n’a pas. À la veille d’une première, il doit pourtant en trouver en urgence. Ainsi qu’un singe. Le voici en cavale dans la capitale, escorté par une stagiaire de Sciences-Po au caractère bien trempé. La nuit est à lui ! Accompagner Édouard Baer n’a pas toujours été chose aisée : les délires de ses personnages de dandys logorrhéiques en semi roue libre au milieu d’une troupe de trognes, nécessitaient d’être disposé à l’absurdité, comme à l’humour glacé et sophistiqué cher au regretté Gotlib. Mais de même que Jean-Pierre Jeunet a réussi à cristalliser son univers dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Baer est parvenu à réunir ici la quintessence du sien. Si les deux auteurs partagent, outre la présence d’Audrey Tautou à leur générique, le plaisir d’entretenir une troupe fidèle et une affection certaine pour le Paris d’antan, les similitudes s’arrêtent là : Baer n’aime rien tant que faire voler les contraintes et les cadres, voir j

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Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Rencontre | On se l’imagine souriant, légèrement décoiffé, la main fouillant la poche droite de sa veste à la recherche d’un hypothétique briquet ou d’un trousseau de clefs fantôme. Et c’est ainsi qu’il apparaît, affable, érudit et charmeur. Tel qu’en lui-même, et en Luigi, son lui-autre…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Quelle est la distance entre votre personnage, Luigi, et vous-même ? Édouard Baer : Elle est totale parce que j’ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j’ai vécues ; à partir de gens que j’ai croisés, comme Jean-François Bizot [NDLR le créateur d’Actuel et de Nova] que j’admirais ou certains producteurs de cinéma. J’ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies… Luigi, c’est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j’espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l’ego-cinéma comme Woody Allen — qui, dans la vraie vie, fait de la boxe — s’inventent un personnage de fiction. Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l’écriture d’un film en apparence aussi personnel ? Il a été une sorte d’accoucheur pour ce road movie que je ne voulais pas linéaire, ni plat. J’avais lu ses scénarios pour Pierre Salvadori (H

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Ouvert la nuit

ECRANS | Le nœud papillon savamment défait, le cheveu en bataille et un vers d’Aragon sur les lèvres, Édouard Baer promène sa nonchalante élégance d’artiste en quête d’un (...)

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Ouvert la nuit

Le nœud papillon savamment défait, le cheveu en bataille et un vers d’Aragon sur les lèvres, Édouard Baer promène sa nonchalante élégance d’artiste en quête d’un singe et d’argent (ne cherchez pas à comprendre, c’est ainsi) dans son nouveau film, Ouvert la nuit. Une brillante réussite qu’il vient présenter à Lyon en compagnie de la non moins talentueuse Sabrina Ouazani. Saurez-vous supporter autant de bonheurs et de délices d’un coup ? Je dis oui, car il faut savoir dire oui. Ouvert la nuit Au Comœdia le vendredi 2 décembre à 20h

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"Les Démons" : Philippe Lesage, pas pour ses images

ECRANS | de Philippe Lesage (Qué, 1h58) avec Édouard Tremblay-Grenier, Pier-Luc Funk, Pascale Bussières…

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Il y a mille et une manières de passer à côté de son film. Pourtant bien parti en agençant une collection de petites tensions diffuses ressenties par un gamin à la lisière de la préadolescence, Philippe Lesage opte pour une méthode radicale — enfin, pour qui possède le goût de se saborder. Il casse sa belle construction toute en subjectivité enfantine pour se focaliser pendant une (trop) longue digression sur un autre personnage, traité avec une froideur si outrancière qu’elle le désigne dès la première image comme l’équivalent du loup-garou. Et ces petits zooms au ralenti pour nous prévenir de l’imminence d’une abomination dans le hors champ… Ne manque qu’une lumière clignotant dans un coin et un commentaire de l’auteur, du style : « ’tânsion, maôdzit spectsâotseur ; y va-tu s’passer un trzuc pas chrâétieân d’vant tes d’zyeux, lâ ! » Blague à part, cette rupture de ton aux allures de court-métrage mal greffé démembre Les Démons. On se serait bien passé de cette élucidation triviale dans le réel, et contenté du point de vue d’un enfant, en proie à ses questionnements, ses doutes et ses peurs.

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Lyon's Gastropub : feeling english

Restaurant | Dans une rue Neuve bondée de restos, cette attraction, inratable : un bol de nouilles mécanisé, robot publicitaire d'un restaurant japonais. En face, s'est (...)

Adrien Simon | Dimanche 4 septembre 2016

Lyon's Gastropub : feeling english

Dans une rue Neuve bondée de restos, cette attraction, inratable : un bol de nouilles mécanisé, robot publicitaire d'un restaurant japonais. En face, s'est ouvert en début d'été un néo-pub, mené par des anciens de chez Têtedoie (parrainés par le grand MOF himself). Petite vitrine pour grand espace : autour d'un comptoir en chêne massif, des chaises hautes, des banquettes (hautes aussi) pour boire des coups. À l'arrière, on dîne sur chaises en cuir et tables de brasserie ; ou l'on apérote en fauteuil sur table basse. À plus de dix, il faut privilégier la superbe table d'hôte : lumière tamisée sous cloches cuivrées et baie vitrée donnant sur la cuisine. On y observe, aux casseroles, Jérémy Lemaitre, ancien sous-chef de l'Antiquaille. Il envoie quelques englisheries bien senties : fish grassouillet and chips maison à tremper dans la crème (de Bresse) tartare ; nuggets de poulet (des Dombes) au jambon truffé ; ribs braisés à la bière ou hamburger. Et des plats aux intitulés "fusion", comme ces morceaux d'encornet poêlés, sauce aux cacahuètes, soja et coriandre, ou un pavé de bonite, juste cui

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